Ténèbres (Tenebre) est un giallo italien sorti en 1982. Écrit et réalisé par Dario Argento, il met en scène Anthony Franciosa, Daria Nicolodi, et Giuliano Gemma. Après une période dans le registre du fantastique avec les films Suspiria en 1977 et Inferno en 1980, Ténèbres marque un retour d'Argento au film de tueur en série. Le film raconte l'histoire d'un écrivain américain faisant la promotion de son dernier roman policier à Rome, et se trouvant confronté à un assassin qui s'inspire de son œuvre littéraire pour concrétiser ses pulsions meurtrières.
Synopsis Peter Neal est un écrivain américain célèbre en Europe pour ses romans policiers. Accompagné de son agent littéraire Bullmer (Saxon) et de son assistante avec qui il entretient une liaison, il se rend en Italie à l'occasion de la sortie de son nouveau best-seller, Tenebrae, afin d'en faire la promotion. Il ignore qu'il est suivi dans son voyage par son ex-femme (Veronica Lario). Un peu avant l'arrivée de l'écrivain à Rome, une jeune femme (Ania Pieroni) est violemment assassinée à coups de rasoir par un tueur non identifié. Le meurtrier trouve l'inspiration de ses pulsions meurtrières dans les romans de l'écrivain, puisqu'il enfonce une page de Tenebrae dans la bouche de ses victimes. Peter Neal informe la police, qui place l'inspecteur Giermani (Giuliano Gemma) et sa partenaire l'inspecteur Altieri (Carola Stagnaro) chargée de l'affaire.
La série de meurtres ne fait que commencer. Tilde (Mirella D'Angelo), une journaliste, est assassinée à son domicile en compagnie de sa petite amie. Plus tard, Maria (Lara Wendel), la fille du propriétaire de Neal, est tuée de manière sanglante à la hache, après être tombée malgré elle dans l'antre du tueur. Neal remarque que le journaliste de télévision Christiano Berti (John Steiner) semble porter un intérêt anormalement démesuré au travail du romancier. À la nuit tombée, Neal et son second assistant Gianni (Christian Borromeo) partent surveiller le domicile de Berti, afin de traquer d'éventuelles activités suspectes. Neal décide de ne pas rester au même endroit que Gianni afin de mieux cerner les lieux. Seul, Gianni assiste avec horreur à l'assassinat à coups de hache de Berti, sans pouvoir distinguer le visage du meurtrier. Gianni trouve Neal assommé sur la pelouse, victime d'une attaque par derrière.
L'enquête de Giermani révèle que Berti était bizarrement obsédé par les romans de Neal et, étant donné sa mort, on pense que les meurtres vont cesser. Mais Bullmer, qui sort avec Jane, est poignardé à mort sur une place alors qu'il attend sa petite amie. Par ailleurs, Gianni est hanté par l'impression qu'il a dû, au moment du meurtre du journaliste, voir un détail important dont il ne se souvient pas. Il retourne au domicile de Berti et la mémoire lui revient : il a entendu Berti avouer à son assassin "Je les ai tous tués, je les ai tous tués !". Gianni n'aura pas l'occasion de relater ce fait à quiconque : il est attaqué et étranglé, depuis la banquette arrière de sa voiture.
Jane est assise à sa table de cuisine quand un individu muni d'une hache surgit par la fenêtre, et se jette sur elle pour lui taillader le bras. Elle perd des flots de sang qui jaillissent sur les murs de la cuisine, avant de tomber au sol tandis que le tueur l'achève à coups de hache.
Fiche technique Titre original : Tenebre Titre français : Ténèbres Réalisateur : Dario Argento, assisté de Lamberto Bava et Michele Soavi Scénario : Dario Argento Photographie : Luciano Tovoli Montage : Franco Fraticelli Musique : Claudio Simonetti, , Massimo Morante Effets spéciaux : Décors : Giuseppe Bassan Costumes : Pierangelo Cicoletti Maquillage : Production : Claudio Argento Société de production : Sigma Cinematografica Pays de production : Langue originale : Italien Format : Couleurs par Technicolor - 1.85:1 - Son mono - 35mm Durée : 101 minutes Genre : Giallo Dates de sortie : Italie : France : Classification : France : interdit aux moins de 18 ans lors de sa sortie en salles (désormais interdit aux moins de 12 ans à la suite de la nouvelle classification du )
Distribution Anthony Franciosa (VF : Marc Cassot) : Peter Neal Daria Nicolodi (VF : Frédérique Tirmont) : Anne Giuliano Gemma (VF : Hervé Bellon) : inspecteur Germani Veronica Lario (VF : Anne Kerylen) : Jane McKerrow, l'ex femme de Peter Neal Carola Stagnaro (VF : Marion Loran) : inspecteur Altieri John Saxon (VF : Jean Roche) : Bullmer Christian Borromeo (VF : Vincent Ropion) : Gianni Mirella D'Angelo (VF : Céline Monsarrat) : Tilde Ania Pieroni (VF : Maïk Darah) : Elsa Manni Eva Robin's : la jeune femme de la plage John Steiner (VF : Jean-Pierre Leroux) : Christiano Berti Lara Wendel (VF : Olivia Dutron) : Maria Alboretto Lamberto Bava (VF : Georges Berthomieu) : le réparateur de l'ascenseur Michele Soavi : petit ami de Maria, garçon sur la plage Fulvio Mingozzi (VF : Henri Labussière) : Alboretto, le porteur Isabella Amadeo : la secrétaire de Bullmer : Marion Dario Argento (VF : Joël Martineau) : le narrateur
Production Genèse et développement vignette|Argento séjournait au Beverly Hilton de Los Angeles lorsque l'hôtel est le théâtre d'une fusillade. Le réalisateur dit s'être inspiré de cet incident pour le film. Après avoir terminé Inferno (1980), le deuxième volet de sa trilogie des Trois Mères, une série de films d'horreur surnaturels, Argento devait passer directement à la production du dernier volet. Le premier volet de la trilogie, Suspiria (1977), avait fait du réalisateur ce qu'Alan Jones a appelé « une grande vedette de l'épouvante », mais Inferno s'était révélé être une suite difficile. Argento est tombé malade pendant l'écriture du film, et sa mauvaise santé s'est poursuivie pendant le tournage. De plus, la relation d'Argento avec la 20th Century Fox, coproductrice dInferno, avait rendu le réalisateur réfractaire à la « politique hollywoodienne ». Ce qui fait que lorsqu'Inferno reçoit un mauvais accueil public à sa sortie, Argento met la Trilogie des trois mères en veilleuse. Argento a déclaré par la suite qu'il voulait « mettre sur pellicule un tour de piste sanglant plein de meurtres rageurs et déchaînés » et qu'il « ne voulait plus résister à ce que [son] public inconditionnel attendait de lui ». Il a ajouté qu'il était également devenu irrité par le fait que, depuis son dernier giallo, tant d'autres réalisateurs avaient fait des films dérivés de ses propres œuvres qui avaient défini le genre.
Argento a révélé que la genèse de Ténèbres a été influencée par deux incidents désagréables qui lui sont arrivés en 1980 lors de ses vacances qu'il a prises à Los Angeles après le succès surprise de Suspiria. Un admirateur au comportement obsessionnel lui a téléphoné à plusieurs reprises pour lui parler de l'influence de Suspiria sur lui. Selon Argento, les appels ont commencé de manière assez agréable, mais sont devenus rapidement plus insistants, voire menaçants. Cet admirateur lui a confié qu'il voulait « faire du mal à Argento d'une manière qui reflète à quel point l'œuvre du réalisateur l'avait affecté », et que parce que le réalisateur avait « gâché sa vie », il voulait à son tour gâcher celle d'Argento. Bien qu'aucune violence n'ait résulté de la menace, Argento a déclaré qu'il avait trouvé l'expérience terrifiante et qu'il se sentait incapable d'écrire. Cependant, après quelques semaines, l'admirateur a retrouvé Argento et a repris ses appels, proférant de nouvelles menaces. Le réalisateur a décidé de rentrer en Italie. Argento a estimé que la surenchère de menaces de cet admirateur était « symptomatique de cette ville des rêves brisés » avec ses « harceleurs de célébrités et ses crimes insensés ». Le deuxième incident s'est produit pendant le séjour d'Argento à l'hôtel Beverly Hilton, au cours duquel un touriste japonais est abattu dans le vestibule de l'hôtel. Après avoir entendu parler d'une fusillade en voiture devant un cinéma local, Argento a réfléchi à l'absurdité de ces meurtres : « Tuer pour rien, c'est la véritable horreur d'aujourd'hui... quand ce geste n'a aucune signification, c'est complètement répugnant, et c'est le genre d'atmosphère que je voulais transmettre dans Ténèbres ».
Attribution des rôles vignette|gauche|275px|Daria Nicolodi avec les acteurs anglo-saxons du film, en haut Anthony Franciosa, en bas à gauche John Saxon et en bas à droite John Steiner. Argento aurait proposé le rôle principal de Peter Neal à Christopher Walken, mais c'est finalement Anthony Franciosa qui l'a obtenu. Le critique Kim Newman estime que l'embauche de Franciosa était bien avisée, car il était capable d'apporter plus au rôle que ce que le scénario demandait de lui. Il juge également que si Walken avait été choisi, il aurait été plus évident pour le spectateur que c'était lui le tueur. Selon Jones et Daria Nicolodi, la relation entre Franciosa et Argento était houleuse. De plus, Nicolodi et Argento avaient à l'époque une relation amoureuse agitée, puisque Nicolodi reprochait notamment à Argento de ne pas lui avoir attribué la paternité d'une partie du scénario de Suspiria. Nicolodi n'a donc au départ accepté de ne faire qu'une brève apparition dans Ténèbres. De son propre aveu, elle avait demandé à l'origine le petit rôle de Jane McKerrow - qui a finalement été attribué à Veronica Lario. Selon Alan Jones, Nicolodi avait été choisie pour jouer le rôle de la femme sur la plage dans le souvenir de Neal. À l'inverse, Thomas Rostock affirme qu'on n'a jamais envisagé Nicolodi pour ce rôle, mais seulement pour celui de Jane. L'actrice transgenre Eva Robin's est engagée plus tard pour interpréter la femme sur la plage.
Lorsque l'actrice américaine qui avait été engagée pour jouer Anne s'est désistée à la dernière minute, Argento convainc Nicolodi d'accepter ce rôle plus important. Nicolodi trouvait qu'Anne avait une personnalité différente de la sienne, et préférait de loin les personnages qu'elle avait joués pour Argento auparavant, qui, selon elle, avaient beaucoup plus de personnalité qu'Anne. Elle ajoutait que le rôle nécessitait peu d'énergie ou d'imagination, mais appréciait la nouveauté de ne jouer ni le tueur ni la victime. Newman et Alan Jones conviennent que le rôle de Nicolodi a peu d'épaisseur. Newman ajoute que ce manque d'épaisseur s'appliquait à tous les Italiens du film, et que seuls les personnages américains avaient des personnalités perceptibles. Nicolodi a raconté plus tard que, bien que le tournage ait bien commencé, Argento est devenu jaloux quand il a remarqué qu'elle et Franciosa se rapprochaient l'un de l'autre en se parlant de leurs expériences théâtrales respectives et de leur intérêt commun pour le dramaturge Tennessee Williams. En conséquence, Argento aurait fait en sorte que les scènes où Nicolodi et Franciosa jouent ensemble soient un calvaire pour l'une et l'autre. La tension était à son comble lorsqu'Argento aurait crié à Franciosa : « laissez ma femme tranquille ! ». Nicolodi dit s'être défoulée de toute cette tension dans la dernière scène de son personnage dans le film, quand Anne se tient sous la pluie et hurle à plusieurs reprises alors qu'apparaît le générique de fin. On lui avait demandé de ne crier que très peu, mais sachant qu'il s'agissait de son dernier jour de tournage, Nicolodi a crié de toutes ses forces, à la grande surprise d'Argento et de l'équipe. Nicolodi dit de cette scène qu'elle était sa « libération cathartique de tout ce cauchemar ».
vignette|L'Italien Giuliano Gemma (ici en 1983 dans Le Cercle des passions) interprète l'inspecteur Germani.