Avventure e osservazioni sopra le coste di Barberia, publié en 1817, est un ouvrage de Filippo Pananti dont la version française porte le titre Relation d’un séjour à Alger, contenant des observations sur l’état actuel de cette régence, les rapports des États barbaresques avec les puissances chrétiennes, et l’importance pour celles-ci de les subjuguer.

L’ouvrage s’inscrit dans la littérature européenne du début du consacrée aux États barbaresques, et plus particulièrement à la Régence d'Alger, dans un contexte de tensions maritimes en Méditerranée occidentale, de rivalités diplomatiques avec les puissances européennes et de déclin progressif de la course algéroise.

Contexte Filippo Pananti (1766–1837) est un poète et écrivain italien. Lors d’un voyage maritime en 1813, il fut capturé par des corsaires algériens, puis fait prisonnier par Raïs Hamidou en 1814 à bord d’un navire portugais intercepté dans l’océan Atlantique avec un groupe de captifs. Cette expérience inspira par la suite son récit de captivité et ses observations sur la Régence d’Alger.

Sa captivité ne dura pas longtemps et il parvint à regagner son pays après avoir été racheté par le consul d’Angleterre à Alger, après quoi il rédigea un témoignage mêlant expérience personnelle, descriptions ethnographiques et analyse politique des sociétés nord-africaines. L’ouvrage original paraît en 1817 sous le titre Avventure e osservazioni sopra le coste di Barberia. La version anglaise de l’ouvrage fut publiée en 1818 sous le titre Narrative of a Residence in Algiers: Comprising a Geographical and Historical Account of the Regency; Biographical Sketches of the Dey and His Ministers; Anecdotes of the Late War; Observations on the Relations of the Barbary States with the Christian Powers, tandis que la traduction française parut à Paris en 1820 sous le titre Relation d’un séjour à Alger, contenant des observations sur l’état actuel de cette régence, les rapports des États barbaresques avec les puissances chrétiennes, et l’importance pour celles-ci de les subjuguer, dans un contexte d’intérêt européen croissant pour la Régence d’Alger avant la conquête française de 1830.

Pananti a notamment laissé une description détaillée de Raïs Hamidou, évoquant sa taille, sa corpulence, ses traits physiques, la couleur de sa peau ainsi que son comportement envers les prisonniers. Il écrit à son sujet :

Contenu L’ouvrage de Filippo Pananti, Relation d’un séjour à Alger, s’inscrit dans une série de récits de captivité ayant contribué à façonner la perception européenne de la Méditerranée sud-occidentale au . Fondé sur l’expérience personnelle de l’auteur après sa capture par des corsaires algériens, le texte mêle récit autobiographique, description ethnographique, analyse politique et plaidoyer anti-barbaresque. Dès l’ouverture de son ouvrage, l’auteur présente son récit comme une aventure extraordinaire digne d’être racontée, déclarant :

L’ouvrage se compose de , accompagnés de notes et d’illustrations explicatives, et compte . Il aborde plusieurs thèmes liés à l’Algérie ottomane et aux régences barbaresques, notamment le voyage maritime en Mer Méditerranée et la capture de l’auteur, Tunis et les États barbaresques, son arrivée à Alger et sa comparution devant le dey, ainsi que la captivité et l’esclavage des européens. L’auteur décrit également l’organisation politique de la Régence d'Alger, ses institutions, les janissaires, le divan, les corsaires et la course maritime, ainsi que les relations diplomatiques entre les puissances européennes et les États nord-africains. Concernant la géographie du territoire de la Régence d’Alger, l’auteur expose l’étendue territoriale de la Régence d’Alger :

L’ouvrage s’intéresse aussi aux différentes populations de la Régence — Turcs, Maures, Arabes, Kabyles, Juifs, renégats et esclaves chrétiens — ainsi qu’aux tribus, aux espaces désertiques, aux coutumes, aux pratiques religieuses, au commerce et aux ressources économiques du pays. Le texte combine plusieurs registres : récit de captivité et de navigation, description de la ville d’Alger, observations sur la société urbaine et les autorités locales, réflexion sur la piraterie barbaresque et la captivité des européens, ainsi qu’analyse des rapports politiques entre les puissances européennes et les États nord-africains. À propos des Juifs, l’auteur écrit :

Filippo Pananti décrit également le gouvernement du dey, l’armée, la marine, la fiscalité, les villes, les tribus et les activités économiques de la Régence. Son récit contient de nombreuses descriptions des habitants d’Alger, souvent interprétés à travers les catégories orientalistes européennes du début du , telles que l’exotisme, l’altérité, la violence ou le despotisme. L'auteur exprime également sa grande admiration pour l’ordre et la sécurité qui régnaient dans la ville d’Alger durant la période ottomane lorsqu’il écrit :

L’ouvrage présente ainsi une vision fortement marquée par les stéréotypes européens de son époque, dans laquelle la Régence d’Alger apparaît comme un espace dominé par la violence maritime, la « barbarie » et l’instabilité politique. Cette lecture s’inscrit dans un ensemble plus large de récits orientalistes élaborés par les voyageurs européens sur l’Afrique du Nord.

Au-delà du récit de voyage, l’ouvrage développe également une réflexion géopolitique favorable à une intervention européenne contre les régences maghrébines, que l’auteur considère nécessaire afin de mettre fin à la course barbaresque.

Importance Pendant longtemps, l’histoire de la régence d'Alger a été principalement étudiée à partir de sources européennes et étrangères, en l’absence d’un recours systématique aux archives ottomanes et aux sources locales arabes ou turques. Parmi les premiers à exploiter ces documents, Albert Devoulx a utilisé et publié plusieurs archives ottomanes, contribuant à leur intégration dans l’écriture de l’histoire de l'Algérie. À l’inverse, Henri-Delmas de Grammont a privilégié les sources européennes (récits de voyage, archives diplomatiques, correspondances consulaires) tout en rejetant la fiabilité des sources locales. Ces divergences illustrent les débats historiographiques sur les méthodes et les sources, ainsi que les limites des approches dominantes dans l’étude de la régence d'Alger.

Du point de vue des études postcoloniales et de l’historiographie algérienne contemporaine, les récits européens comme celui de Pananti sont étudiés moins comme des descriptions objectives que comme des productions intellectuelles reflétant des représentations politiques et culturelles de l’Afrique du Nord au . La Régence d’Alger y est fréquemment représentée à travers les catégories de violence, d’altérité, de « barbarie » et de « piraterie », dans le cadre d’un discours européen ayant contribué à la formation d’un imaginaire précolonial accompagnant les justifications idéologiques de l’expansion coloniale française. Mais d’autres estiment qu’il n’est pas possible d’étudier l’histoire de l’Algérie ottomane sans consulter les écrits des Européens — voyageurs, consuls, espions, religieux, touristes et captifs étrangers — sur l’Algérie et ses acteurs extérieurs. Dans les ouvrages de ces auteurs se trouvent des témoignages et des chronologies précises, des statistiques, des listes de gouverneurs, des analyses d’événements importants, des rapports et des détails que l’on ne retrouve pas ailleurs.

Des historiens comme Mahfoud Kaddache, Yahia Bouaziz et Abou el-Kacem Saadallah soulignent que de nombreux récits de voyageurs européens et d'orientalistes sur la Régence d'Alger reposent sur une vision asymétrique et des présupposés civilisationnels ou coloniaux, interprétant les sociétés maghrébines à travers des cadres conceptuels européens. Tout en reconnaissant l’intérêt de ces textes pour l’étude des représentations européennes de la Régence d’Alger, ils insistent sur la nécessité de les confronter aux sources locales, arabes et ottomanes afin de restituer une vision plus équilibrée des dynamiques internes de la société maghrébine.

La période ottomane en Algérie, longtemps étudiée à travers une vision essentiellement européenne, a également suscité l’intérêt d’historiens maghrébins qui se sont appuyés sur les archives ottomanes et les sources locales. Parmi eux, Abdeljelil Temimi s’est particulièrement distingué par l’exploitation et la valorisation des archives ottomanes, contribuant ainsi à renouveler l’écriture de l’histoire de la régence d’Alger et du Maghreb grâce à sa maîtrise des langues et des sources ottomanes.

Historiographie comparée Durant la période ottomane, l’Algérie attira de nombreux étrangers — consuls, voyageurs, religieux et captifs européens — dont la plupart laissèrent des récits, mémoires et journaux relatant leur séjour dans le pays. Ces écrits, produits dans un contexte de rivalités méditerranéennes et de conflits opposant la Régence d’Alger aux puissances européennes, constituent aujourd’hui des sources majeures pour l’historiographie de l’Algérie ottomane. Ils permettent d’appréhender la réalité politique, sociale, économique, religieuse et culturelle de l’époque, tout en reflétant les représentations et les intérêts des auteurs qui les ont produits.

L’historiographie comparée de ces témoignages met en évidence la diversité des regards européens portés sur la Régence d'Alger. Elle montre que certains auteurs privilégient une approche descriptive et ethnographique de la société urbaine, notamment celle d’Alger, tandis que d’autres s’intéressent davantage aux institutions politiques, aux relations diplomatiques ou aux enjeux militaires. Dans ce cadre, les mémoires d'Elizabeth Blanckley Broughton, fille du consul britannique à Alger Sir , offrent un témoignage précieux sur les cercles du pouvoir algérois. Dans son ouvrage intitulé Six Years Residence in Algiers, publié en 1839, elle relate ses observations sur la société de la Régence d’Alger, les usages diplomatiques ainsi que les relations entretenues entre les représentants européens et les autorités algéroises. À l’inverse, les récits consulaires français de Laugier de Tassy, notamment Histoire du royaume d'Alger, avec l'etat présent de son gouvernement, de ses forces de terre & de mer, de ses revenus, police, justice politique & commerce, ainsi que ceux attribués à Césaire Philippe Vallière, généralement connus sous le titre de L'Algérie en 1781، mémoire du consul C.-Ph. Vallière (avant-propos et notes par Lucien Chaillou), mettent davantage l’accent sur la vie sociale, les pratiques urbaines et les perceptions européennes de la société algérienne.

L’ensemble de ces textes s’inscrit dans une production plus large de récits européens consacrés à la Régence d’Alger. L’ouvrage de Filippo Pananti, issu d’une expérience de captivité, peut être comparé à celui de William Shaler, Sketches of Algiers (1826), traduit en français en 1830 sous le titre Esquisse de l'État d'Alger, considéré sous les rapports politique, historique et civil : contenant un tableau statistique sur la géographie, la population, le gouvernement, les revenus, le commerce, l'agriculture, les arts, les manufactures, les tribus, les moeurs, les usages, les langues, les événemens politiques récens de ce pays, qui adopte une approche diplomatique et institutionnelle du fonctionnement de la Régence, ainsi qu’à celui de Claude Antoine Rozet, Voyage dans la Régence d’Alger (1833), rédigé dans le contexte de l’occupation militaire française et marqué par une logique de reconnaissance coloniale.