Le conclave (mot dérivé du latin et , littéralement « avec clef » et désignant en latin classique une « pièce fermée à clef ».) est, pour l'Église catholique, le lieu où sont enfermés les cardinaux rassemblés pour élire le pape pendant la période de vacance du siège pontifical. Par extension, il désigne aussi les discussions du Collège des cardinaux durant cette période.

Cet enfermement trouve son origine dans diverses ingérences politiques auxquelles a mis fin le décret du pape Grégoire X lors du deuxième concile de Lyon en 1274. Depuis cette date, les cardinaux électeurs doivent rester dans l'isolement et ne pas être autorisés à sortir tant qu'un nouveau pontife n'a pas été élu. Le premier conclave à se tenir dans la chapelle Sixtine eut lieu en 1492, et ce n’est qu’à partir de 1878 qu’elle devint le lieu de tous les conclaves sans exception.

Le dernier conclave, qui a élu le successeur du pape François, mort le , a débuté le et a pris fin le lendemain, par l'élection de Léon XIV. Le conclave précédent avait eu lieu en 2013, avec l'élection de François, succédant à Benoît XVI.

Histoire Moyen Âge thumb|Le conclave de 1492 est le premier à s'être tenu dans la chapelle Sixtine, lieu de tous les conclaves depuis 1878. thumb|Habemus papam au concile de Constance le 11 novembre 1417.

Le processus du choix du pape avant 1059 est peu connu, la documentation étant fragmentaire et peu fiable, tel le Liber Pontificalis, compilation de sources se basant en grande partie sur des légendes.. De plus, la prééminence de l'évêque de Rome ne se manifeste que lentement au cours du Moyen Âge.. Au début du christianisme, selon la tradition d'après les plus anciennes sources romaines à ce sujet et qui datent du , le premier évêque de Rome l'apôtre Pierre choisit ses successeurs les papes Lin, Anaclet et . L’élection de l'évêque de Rome se fait par la suite par les membres de l', l'assemblée des fidèles (clergé et peuple de la ville, avec en plus les évêques suburbicaires). À partir du , le corps électoral se restreint aux grands laïcs et dignitaires cléricaux. mais, au gré de l'emprise du pouvoir temporel sur le spirituel, la nomination du pape est soumise à l'approbation des grands princes (l'empereur romain, puis les empereurs byzantins, voire les rois barbares) par laquelle ces princes sanctionnent après coup le résultat du scrutin, Prompta Bibliotheca canonica, juridica, moralis, theologica, necnon ascetica, polemica, rubricistica, historica, 1890, apud Franciscum Storti, 1752, sub verbo papa. Le concile de Latran en 769 retire l'élection du pape aux laïcs et impose à l’élu d'être prêtre ou diacre, ce qui n'empêche pas les traditionnelles ingérences des empereurs..

Le , le pape Nicolas II, dans le but d'éviter ces ingérences, promulgue une bulle pontificale, In nomine Domini, décrétant que le pape est désormais élu par les seuls cardinaux-évêques, que l'approbation impériale est abolie et que son élection marque le début de son pontificat. En 1179, le décret d’Alexandre III lors du troisième concile du Latran étend cette prérogative à l'ensemble des cardinaux qui élisent le pape à la majorité des deux tiers des voix..

Depuis le Moyen Âge, les modalités du conclave ont évolué sous les différents papes, le canon 24 du quatrième concile du Latran en 1215 prévoyant trois types d’élection: par « inspiration » ou acclamation (les cardinaux, sans concertation, spontanément acclament l'un des leurs comme pape), par « compromis » (lorsque l'élection tarde, les cardinaux délèguent à une commission d’arbitres le soin de désigner un candidat et s'engagent à voter pour lui) et par vote à « bulletin secret »Depuis la constitution apostolique du pape Jean-Paul II le Universi Dominici gregis, l'élection par acclamation ou compromis est abolie..

La bulle pontificale Ubi periculum, promulguée par le pape Grégoire X lors du deuxième concile de Lyon le , établit le conclave comme méthode d'élection d'un pape. Cette mesure est prise à la suite de l'élection mouvementée de Grégoire X, en 1271, qui avait duré près de 3 ans, et s'était tenue à Viterbe. Au bout de 2 ans et 9 mois, les autorités romaines avaient emmuré les cardinaux, ôté le toit de la salle où ils se réunissaient et menacé de les affamer pour les pousser à la résolution. Les cardinaux déléguèrent alors cette décision à une commission de six membres, aboutissant à une élection par « compromis ». En réalité, cette mesure avait déjà été prise auparavant, comme en 1241 par le sénateur Matteo Orsini et en 1254 par le podestà Bertolino Tavernieri, l'élection ayant lieu à cette époque dans la ville où était mort le pape.. Pour éviter de nouvelles élections à rallonge, Grégoire X décide ainsi de garder le principe de l'enfermement. Il y ajoute de nouvelles restrictions : au bout de 5 jours de conclave, les cardinaux sont réduits au pain, au vin et à l'eau, ils doivent vivre en commun sans séparation dans la pièce — ce qui provoque un tollé parmi les cardinaux., mesures qui seront modifiées par la suite.

Le conclave de janvier 1276, qui met sur le trône de Saint-Pierre le pape Innocent V, est la première élection à employer le terme de « conclave », en raison des circonstances dans lesquelles elle se déroule.. En , Jean XXI suspend les mesures de Grégoire X et les élections de 1277, 1280-81, 1287-1288 et 1292-1294 sont particulièrement longues, jusqu'à ce que Célestin V —un autre élu n'appartenant pas au collège des cardinaux— rétablisse le système conclaviste, en 1294. Depuis lors, toutes les élections pontificales ont eu lieu en conclave, conformément à cette bullePhilippe Boutry, « Les conclaves et leurs mystères », émission Concordance des temps sur France Culture, 22 mars 2013..

Temps modernes À partir du , en même temps que débute un conclave, apparaissent, dans un premier temps à Rome puis dans toute l'Italie, des pratiques parieuses structurées enserrant la vacance du trône pontifical. Il est aussi aisé que fréquent de parier de sommes d'argent sur le futur pape, grâce à un système de courtiers adossés aux banques romaines..

En 1621, sous le pontificat de Grégoire XV, le vote à bulletins secrets est définitivement instauré, bien qu'il ait déjà été mis en avant auparavant (notamment lors du quatrième concile du Latran, en 1215).

Époque contemporaine Jusqu'à la constitution apostolique Commissum nobis du de Pie X, le droit d'exclusive est régulièrement employé par la France, l'Espagne et l'Autriche, ces États catholiques utilisant leur droit de veto pour exclure leurs candidats respectifs. Le jus exclusivæ est supprimé en 1904 mais les ambassades continuent d'intervenir activement pour soutenir l'élection de leur favori, le secret des scrutins leur étant dévoilés par les conclavistes. Par cette même constitution, Pie X impose que l'élection soit secrète, et que les cardinaux gardent le silence sur ses circonstances, sous peine d'excommunication.

Depuis 1975, seuls les cardinaux de moins de peuvent voter et le nombre de cardinaux électeurs est limité à cent vingt (le conclave de 2025 sera le premier conclave depuis l'introduction de la limite des 120 où il y aura plus de électeurs le jour où la papauté est devenue vacante). Depuis 1996, les cardinaux sont logés dans la résidence Sainte-Marthe. Depuis 2005, en plus de la fumée blanche censée indiquer que l'élection d'un nouveau pape a abouti, les cloches de la basilique Saint-Pierre sonnent, pour indiquer ce fait plus clairement.

Au cours du , les dirigeants de l'Église catholique se divisent entre réformateurs (ou ) et conservateurs (ou zelante), chacun de ces camps ayant son papabile. Cette division traverse tous les conclaves, toutefois pour éviter une division profonde, les cardinaux élisent le plus souvent un troisième candidat de compromis. Ainsi, le favori du conclave devient rarement pape (à l'exception de Pecci en 1878, Pacelli en 1939, Montini en 1963 et Ratzinger en 2005.).

Le , Jean-Paul II promulgue la constitution apostolique Universi Dominici gregis. sur la vacance du siège apostolique et l'élection du pontife romain. Celle-ci fixe les modalités du conclave qui élit Benoît XVI à la suite de Jean-Paul II le et reste en vigueur à ce jour. Dans l'article 75, Jean-Paul II avait prévu que si, au bout de de scrutin, l'élection n'était pas encore acquise, on pourrait procéder à l'élection valide du Souverain Pontife seulement à la majorité absolue (la moitié des voix plus une) et non plus à la majorité des deux tiers exigée précédemment. Cependant par une lettre apostolique, en forme de motu proprio, intitulée De aliquibus mutationibus in normis de electione Romani Pontificus., du , le pape Benoît XVI a modifié cet article et supprimé cette clause, revenant ainsi pleinement aux normes édictées par le concile de Latran III en 1179 : la majorité des deux tiers doit être dans tous les cas obtenue pour élire validement un Souverain Pontife.

Organisation thumb|Vidéo explicative:Comment fonctionne un conclave?, 2:12 vignette|Bulletin de vote (conclave de 1878) sur lequel est déjà inscrite la formule « » (« Je choisis pour souverain pontife le Très Révérend Seigneur, Monseigneur le Cardinal »). Le nom du cardinal Ruggero Antici Mattei apparaît. Depuis 1975, le format du bulletin ne comporte plus le ni le ..

Selon la législation actuelle conformément au motu proprio Ingravescentem aetatem du , seuls les cardinaux de moins de sont admis au conclave, et leur nombre ne peut excéder 120. L'entrée en conclave débute au moins, au plus, après la mort ou le renoncement d'un pape ; néanmoins, depuis le motu proprio Normas Nonnullas du , le conclave peut être convoqué avant ce délai de si les cardinaux le décident lors des congrégations générales. Les cardinaux prêtent le serment de respecter le secret des délibérations et du vote (son non-respect est passible d'une excommunication )Formule . et d'en accepter le résultat.. Après le serment du dernier cardinal, le maître des célébrations prononce l'Extra omnes ! La discipline grégorienne est assouplie au cours des siècles et Universi Dominici gregis prévoit que les cardinaux électeurs séjournent pour la durée du conclave à la résidence Sainte-Marthe (Domus Sanctæ Marthæ), construite à cet effet dans l'enceinte de l'État de la Cité du Vatican, derrière la salle des audiences. Les électeurs ne sont reclus que dans la chapelle Sixtine, où ils procèdent aux votes d'élection. Officiellement, tout homme baptisé, adulte, non marié, vivant en règle avec l'Église, peut prétendre au pontificat, mais c'est généralement l'un des cardinaux membres du Collège cardinalice qui est élu, Urbain VI étant le dernier non-cardinal élu en 1378..