Zhiar Ali (en kurde : ; en alphabet sorani : , ), né le 2 septembre 1999 à Souleimaniye (Irak), est un militant kurde des droits LGBT, journaliste et musicien. Il réside aux Pays-Bas.

Au Kurdistan irakien, il est le fondateur et directeur exécutif de Yeksani, une organisation de promotion des droits LGBT dans la région du Kurdistan. Il a auparavant milité pour la cause animale et a été l'un des fondateurs de , présentée comme la première organisation végane d'Irak. À partir de 2020, il devient l'une des voix les plus visibles de la communauté LGBT kurde lors de plusieurs controverses, notamment une opération des forces de sécurité à Sulaymaniyah en 2021, ce qui lui vaut des menaces et une campagne médiatique hostile.

Il a par ailleurs publié quatre singles à partir de 2022 et se produit comme DJ.

Biographie Parcours militant En 2017, Ali fonde la Lava Foundation, une organisation non déclarée consacrée à la sensibilisation aux questions LGBT. Dans un entretien accordé la même année à makanati.net, il indique avoir fait son coming out auprès de sa mère et de sa sœur aînée. Fin 2019, il rejoint Rasan, organisation aux objectifs proches, et les activités de la Lava Foundation y sont intégrées. Après plus d'un an, il quitte Rasan pour fonder Yeksani, dont il devient directeur exécutif. Rasan devient ensuite inactive à la suite d'une plainte réclamant sa dissolution.

En 2018, Ali cofonde Kurdistan Vegans, présentée comme l'une des premières organisations véganes d'Irak, qui promeut le mode de vie végétalien et la sensibilisation à l'écologie. Il en est chef de projet et coordonne deux éditions de la Journée mondiale du véganisme. Végane pendant cinq ans, il évoque la difficulté de suivre ce régime en Irak, où les produits véganes sont rares et coûteux.

Ali a aussi signé des articles de journalisme musical et des textes sur les conflits au Proche-Orient, les droits LGBT en Irak et des questions sociales, pour un média local indépendant.

Militantisme LGBT

Ali utilise les réseaux sociaux comme principal outil de sensibilisation. Il s'est fait connaître en exposant les dispositions juridiques utilisées pour arrêter des personnes LGBT dans sa région, en particulier les articles 393, 394, 400 et 401 du code pénal. Dans un entretien à BBC Persian, il décrit la manière dont ces articles sont employés pour détenir des membres de la communauté LGBT. Il a aussi évoqué les procédures que doivent suivre les demandeurs d'asile LGBT pour établir leur orientation sexuelle.

Polémique autour du drapeau de la fierté vignette|En 2021, lors d'une attaque transphobe. All Out, une organisation internationale de défense des droits LGBT, publie alors une pétition réclamant justice pour elle, illustrée d'un mélange du drapeau kurde et du drapeau arc-en-ciel orné d'un portrait de Doski Azad. Ce drapeau est utilisé par une partie de la communauté queer kurde pour exprimer son identité. Le 17 mai 2020, les ambassades de l'Union européenne, du Royaume-Uni et du Canada hissent le drapeau de la fierté au fronton de leurs représentations à Bagdad, ce qui suscite de nombreuses critiques. L'ambassade de l'Union européenne est contrainte de retirer le drapeau au bout de quelques heures. Cet épisode déclenche une campagne de haine contre la communauté LGBT en Irak, soutenue par plusieurs responsables politiques irakiens de premier plan.

En réaction, Ali rédige un rapport détaillé sur la situation des personnes LGBT en Irak, publié sur le site de Rasan, l'organisation à laquelle il participe. Le rapport recense des cas de violences et de meurtres visant des personnes perçues comme homosexuelles, ainsi que des propos haineux diffusés à l'encontre de la communauté LGBT sur les chaînes nationales. Il servira par la suite de référence pour des évaluations et des études consacrées aux droits LGBT dans la région.

Plainte contre Rasan Le 22 février 2021, Rûdaw rapporte qu'un membre du Groupe islamiste de la justice du Kurdistan a déposé une plainte contre Rasan, qui estime que la défense des droits LGBT par l'organisation va « à l'encontre des valeurs de la culture kurde ». En réponse, Rasan annonce qu'elle se défendra en justice et rappelle qu'elle œuvre pour les droits de tous sans distinction. Lors d'un entretien en direct sur Rûdaw, Ali prend la parole contre le député, défend les droits de la communauté LGBT et qualifie les accusations de l'élu de « sans fondement et dépourvues de toute base scientifique ». Il rappelle que la promotion des droits LGBT relève des droits humains fondamentaux et doit, à ce titre, être respectée et protégée par l'État comme par la société.

Par la suite, le Parlement irakien adopte une loi qui interdit aux professionnels de santé d'apporter une aide effective aux personnes LGBT et qui punit les militants et les personnes LGBT d'amendes et de peines de prison. Ali déclare à Middle East Eye : « Nous ne pourrons plus dénoncer les discriminations et les violences que nous subissons sans craindre des poursuites. »

Opération de l'Assayech Le , plusieurs médias rapportent que les forces de sécurité kurdes, l'Assayech, ont installé des points de contrôle à Sulaymaniyah et arrêté plusieurs personnes soupçonnées d'être homosexuelles. Malgré une large condamnation de l'opération sur les réseaux sociaux, celle-ci reçoit le soutien d'un groupe de dix-sept membres du conseil provincial de Sulaymaniyah, qui signent une pétition en sa faveur.

En réaction à ces arrestations, Ali, directeur exécutif de Yeksani, lance une campagne en ligne baptisée « Take Action », destinée à attirer l'attention sur la situation et à la porter devant les acteurs internationaux. Parmi ceux qui s'expriment figurent Amnesty International, le consulat des États-Unis à Erbil, Human Rights Watch et . La campagne est largement relayée et contribue à porter l'affaire à la connaissance d'organisations internationales et locales.

On apprend ensuite que la décision de mener cette opération a été influencée par des groupes conservateurs de la région, en particulier le Groupe de la justice du Kurdistan (anciennement Groupe islamique du Kurdistan) et l'Union islamique du Kurdistan. Ces groupes sont connus pour défendre activement des positions discriminatoires envers la communauté LGBT. Des membres du GJK ont notamment été vus à la télévision en train d'employer un vocabulaire hostile aux personnes LGBT.

Selon Ali, l'opération conduit à l'arrestation de quinze personnes, dont certaines mineures. Il rapporte que des points de contrôle ont été installés dans des lieux connus pour être fréquentés par la communauté LGBT. Ali affirme aussi que l'Assayech n'a fait aucune distinction entre les travailleurs du sexe LGBT et les autres membres de la communauté, et que l'opération a ensuite été présentée comme une lutte contre la prostitution afin d'éviter une réaction internationale.

Il critique le recours, par les forces de sécurité, à des « tests » censés déterminer si les personnes interpellées avaient eu des rapports sexuels avant leur arrestation, qu'il qualifie de criminels et d'humiliants. Il déclare également à Middle East Eye que, quand bien même certaines personnes se seraient tournées vers le travail du sexe, la responsabilité en incombe à l'État, qui ne leur offre aucun autre moyen de subsistance. Il insiste sur le fait que le gouvernement doit répondre des conditions de vie des personnes LGBT au Kurdistan, l'absence de solutions de rechange en poussant beaucoup vers le travail du sexe.

Tout au long de l'opération, Ali alerte à plusieurs reprises les médias sur le danger qui pèse sur la vie des membres de la communauté. Il appelle l'opinion publique et les organisations internationales à se mobiliser contre l'opération et à faire pression sur le gouvernement kurde pour qu'il libère les personnes détenues et y mette fin.

Sous la pression des organisations de défense des droits civiques et des militants, l'Assayech finit par interrompre l'opération, libère les personnes arrêtées et publie un communiqué affirmant enquêter sur des signalements de prostitution dans la région sans « cibler aucun groupe particulier de la société ». Ali et d'autres militants soulignent toutefois que l'opération visait manifestement la communauté LGBT et que ce communiqué ne fait que masquer les atteintes aux droits humains commises au cours de celle-ci.

À la suite de ces discriminations et de cette opération, Ali rapporte que de nombreuses personnes LGBT, lui compris, se sont senties exclues de la société kurde. Beaucoup d'autres dénoncent également une opération déshumanisante et criminelle. Ali critique par ailleurs d'autres ONG qui se réclament de la défense des droits LGBT : selon lui, malgré des financements importants, elles agissent peu dans les faits et ne sont souvent que des structures symboliques. Il insiste sur la nécessité d'organisations réellement engagées pour les droits et le bien-être de la communauté LGBT au Kurdistan.

Justice pour Doski Azad Ali s'est élevé contre l'absence de condamnation publique, par le gouvernement kurde, du meurtre de , l'une des très rares femmes ouvertement transgenres, dont le corps a été découvert le 31 janvier 2022. Ali a exprimé son mécontentement face à la réaction des autorités lors d'un entretien avec , affirmant que la communauté LGBT est très inquiète des atteintes répétées à ses droits dans la région.

Il a aussi établi un parallèle entre le meurtre d'Azad et celui de Misho, une personnalité transgenre d'internet tuée par son frère l'année précédente, et a appelé le gouvernement régional kurde à agir plus fermement pour prévenir de tels crimes. Il a souligné que les crimes d'honneur sont fréquents dans la région du Kurdistan et que le cas d'Azad n'est que l'un des nombreux qu'il pourrait citer, rappelant que vivre ouvertement en tant que personne LGBT en Irak est très dangereux, en raison du risque d'être pris pour cible. La prise de position d'Ali et l'affaire Doski Azad ont été largement relayées par les médias internationaux et les organisations de défense des droits LGBT.

Discriminations dans le logement et l'emploi Lors d'un entretien, Ali évoque les difficultés que rencontrent les personnes LGBT pour se loger : de nombreux jeunes se voient refuser une location ou l'achat d'un bien, au point d'être contraints d'épouser une personne du sexe opposé pour obtenir un logement. Il explique aussi que la direction des organisations non gouvernementales rend impossible l'enregistrement d'associations LGBT dans la région.

Yeksani signale qu'outre les discriminations au logement existent des discriminations à l'emploi, les personnes LGBT n'étant pas promues, voire licenciées, en raison de leur orientation sexuelle. Pour remédier à cette situation, l'organisation réclame l'adoption de lois antidiscrimination, ce qui revient aussi à « envoyer un message clair : les discriminations et les violences contre la communauté LGBT ne sont pas tolérées ».

Carrière musicale Ali est affilié à l'organisme de gestion des droits d'exécution Broadcast Music et représenté par pour l'édition. Sa musique est distribuée par .

Le 9 mai 2022, Ali fait ses débuts musicaux en publiant en indépendant un single intitulé « Miles Away » sur les plateformes de streaming, dont Spotify et Apple Music. Le titre est une ballade lente, portée par le piano, les cordes et le violon.

Son deuxième single, « Metamorphosis », aux sonorités électroniques, paraît le sur les plateformes de streaming. Le 16 août 2024, Ali publie son troisième single, « Cloud Nine ». Le 10 octobre 2024, il sort un quatrième single inspiré de Daft Punk, « Limerence », et annonce qu'il l'interprétera en concert aux côtés de Cloud Nine à la Villa Concordia d'Utrecht.