Une illusion auditive ou illusion sonore est une perception d'un phénomène sonore partagée par des personnes ne présentant aucune pathologie, qui ne correspond pas à l'effet qu'il devrait produire selon les représentations communes. Une illusion auditive se distingue d'une hallucination sonore en ce qu'elle se reproduit avec des auditeurs différents, tandis que l'hallucination est individuelle et peut souvent se dispenser complètement d'un phénomène physique.
Les illusions auditives, ou sensations auditives paradoxales, provoquées en laboratoire en psychologie expérimentale, psychoacoustique, psychologie de la musique, permettent de mieux comprendre le fonctionnement du système auditif, ..
La stéréophonie est sans doute l'illusion auditive la plus répandue. Dans un système de reproduction sonore avec seulement deux enceintes acoustiques, dans de bonnes conditions l'auditeur peut percevoir des sons provenant de directions intermédiaires entre celles des sources réellement existantes. La bande son du cinéma sonore est aujourd'hui le champ d'exercice de la création d'illusions auditives dans un but dramatique. Le mixage crée l'illusion de personnages ou d'objets qui se déplacent, s'approchent, s'éloignent, même si on ne les voit pas.
En musique, notamment en orchestration et surtout dans le domaine de la musique électronique, les illusions auditives font partie des ressources des compositeurs. L'informatique musicale permet de créer une grande quantité de sons qu'on peut dire « paradoxaux », parce qu'ils remettent en cause la compréhension de la matière sonore inspirée par la théorie de la musique occidentale..
Présentation Les illusions auditives ont été plus tardivement explorées et beaucoup moins étudiées que les illusions visuelles, car elles requièrent le développement de l’électroacoustique pour leur étude expérimentale..
Définition Du point de vue médical et psychologique, on classe comme illusion auditive une perception partagée par des personnes ne présentant aucune pathologie de l'audition, ni psychiatrique. Ni les hallucinations auditives, qui ne se rapportent à aucun sonTrésor de la langue française, « Illusion »., ni les acouphènes, qui sont un symptôme d'une défaillance du système auditif, ne sont des illusions auditives.
Certains effets physiques nous étonnent, tant que nous n'en saisissons pas la cause. Jusqu'à ce que nous ayons compris comment notre perception se produit, nous pouvons croire que ce sont des illusions.
Cependant, dans certains cas, comme celui de la gamme de Shepard, notre perception débouche sur un paradoxe, puisque d'un son à l'autre, la progression de hauteur musicale se fait toujours dans le même sens, et pourtant les sons se répètent identiques, mais la physique ne peut nous dire pourquoi. Pour l'expliquer, il faut revoir notre notion de la perception des sons.
La nature interprétative de la perception Les illusions soulignent la nature interprétative de la perception humaine. En effet, si notre système perceptif nous semble défaillant, c’est parce que nos sens ne sont pas une simple fenêtre sur le monde qui nous entoure, que notre cerveau contemple. Notre système auditif construit sa perception à partir d'un acte volontaire, l'écoute, capable de modifier la disposition de l'oreille moyenne et interne, et qui implique une sélection des influx nerveux et leur comparaison avec des traces dans la mémoire, qui constituent, pour finir, une classification et une interprétation.. Les illusions auditives se produisent quand des sons surprennent et mettent en défaut ces classifications et ces interprétations.
La bi stabilité perceptive illustre le caractère interprétatif de la perception. La bi stabilité auditive est le fait de percevoir comme changeant un son pourtant invariable, mais pour lequel notre cerveau hésite entre deux interprétations. Entre les deux possibilités, la perception ne fournit jamais une interprétation hybride. Elle propose alternativement l’une puis l’autre, ce qui la rend instable (d’où le nom de bi stabilité).
Notre cerveau construit notre perception à partir des messages nerveux transmis le long des voies sensorielles en trois étapes. Les influx nerveux du système auditif sont d’abord envoyés par le corps genouillé médian du thalamus sur le cortex auditif primaire (surface supérieure du lobe temporal ou gyrus de Heschl, ou aire 41 et 42 de Brodmann) qui reconstitue un aspect du stimulus (par exemple l’intensité ou la fréquence sonore). Puis les différents aspects du stimulus sont mis en relation dans les aires auditives secondaires dans le lobe temporal supérieur (ou aire 22 de Brodmann). Enfin, les messages se transmettent aux aires associatives multimodales à travers les différents lobes : pariétal, frontal, temporal.
L’information sensorielle est mise en relation avec d’autres modalités de sensations ainsi que nos souvenirs, nos connaissances et nos classifications mentales. Ces deux éléments mis en jeu dans la perception seront à l’origine de certains phénomènes illusoires.
Classification des illusions + Classification des illusions selon Jacques Ninio. Catégorie Exemple du prototype auditif Limites perceptives Bruit du coquillage Contrastes Effet Rawdon-Smith Ségrégations, fusions Fission mélodique Complétions Restitution auditive Adaptations Effet Zwicker Constances Négligence de la phase Repères, localisations Illusion de Deutsch Conflits intersensoriels Effet Mc Gurk
Les illusions relatives aux limites perceptives s’expliquent par la gamme de fréquences perçue par l’oreille humaine. En appliquant l’oreille à l’ouverture d’un coquillage, on entend le bruit de la mer. Ce n'est pas une illusion, cela témoigne de la sensibilité de l’oreille qui capte d'infimes fluctuations de pression à l’intérieur du coquillage.. Que nous interprétions ce bruit si ténu qu'il n'excite que les parties de l'audition les plus sensibles, dans la région de 1000 à , comme le bruit de la mer est le résultat d'une association d'idées. Les illusions de contrastes résultent d’une erreur dans la discriminationEn psychophysique, on appelle discrimination la différence de grandeur (intensité, fréquence, pression, etc.) minimale entre deux stimulus que les sujets parviennent à distinguer . des sons. L’effet Rawdon-Smith correspond à l’impression qu’un son se renforce alors que son niveau moyen reste stable. Les illusions de ségrégationEn psychologie cognitive, les lois de ségrégation figure-fond régissent la possibilité, pour une personne, de distinguer ce qui appartient au fond et ce qui appartient au motif ou au flux qu'elle prétend observer. En psychoacoustique, il s'agit de distinguer un flux acoustique dans un bruit de fond. Suivre ce que dit une personne dans un brouhaha de conversation est une capacité décrite par l'effet cocktail party, qui illustre un cas de ségrégation. et de fusion correspondent à un regroupement inadapté ou à une absence de regroupement de différents sons (phénomène de la fission mélodique ; .). Les illusions de complétion sont le fait que notre cerveau complète une phrase ou une mélodie par des productions internes si on remplace une petite section, une syllabe ou un phonème par un bruit quelconque. Le cerveau complète l’information manquante en fonction de la tonalité et de la ligne mélodique. Ces illusions témoignent de la mobilisation de notre mémoire et de nos connaissances au niveau même de notre perception. Les illusions d’adaptation sont quotidiennement expérimentées lorsque l’on s’habitue à un son permanent, et que pour cette raison, on le perçoit atténué (par exemple si l’on habite à côté d’un aéroport). Eberhard Zwicker a exposé des sujets à un bruit blanc duquel un étroit intervalle de fréquences a été filtré. Il a constaté qu’ils entendaient après l'interruption du bruit un sifflement, rapidement amorti, à la fréquence supprimée ; , .. L’illusion de constance relève de la capacité à reconnaître une mélodie quel que soit l’instrument ou le tempo sur lequel elle est jouée. Les illusions mettant en jeu les repères et les localisations s’illustrent avec l’« effet de précédence »Connu également sous le nom d'Effet Haas, du nom de Helmut Haas qui l'a décrit dans sa thèse soutenue en 1949. : un son semble provenir de la direction d'où il arrive en premier lieu. Si, dans un bref délai, des sons de même nature proviennent d'autres directions, ils renforcent cette première perception sans modifier la perception de la direction d'origine.. . Les différentes modalités sensorielles peuvent se contredire et provoquer une ambiguïté d’interprétation de la part du cerveau. Ces conflits produisent des illusions comme l’effet Mc Gurck. Si dans un film, en effet, est vu une personne prononcer la syllabe « ga », et que la bande-son émette un « ba », la syllabe comprise par la plupart des sujets sera une sonorité intermédiaire telle que la syllabe « da ». Le cerveau créé une syllabe intermédiaire entre les deux entrées sensorielles, mais il peut aussi faire prédominer l’une ou l’autre des informations..
Psychoacoustique La psychoacoustique, aidée en cela par les outils de la synthèse sonore, a éclairci certains phénomènes particuliers d'interprétation : les illusions auditives.
Les sons paradoxaux Les chercheurs ont vérifié leurs hypothèses sur la perception en créant en laboratoire des sons qui aboutissent à des perceptions qui contredisent les notions sonores que l'on a, sur la base des sons quotidiens et des sons musicaux.
La forme la plus envoûtante d’illusion est celle qui permet de créer des phénomènes paradoxaux, c'est-à-dire qui s'opposent (para) au sens commun (doxa), qui, dans ce cas, est celui des postulats de la théorie de la musique occidentale.
On compare souvent ces sons aux objets impossibles et notamment l’escalier de Penrose, ou la cascade d'Escher, qui, jouant sur les conventions de la perspective et les approximations de la représentation du volume sur deux dimensions, donnent l'impression à l'escalier de monter sans fin ou à l'eau de couler de sa source vers sa source.
Jean-Claude Risset, qui a étudié leurs mécanismes dans le champ auditif, a composé plusieurs sons paradoxaux au moyen de l’ordinateur. Il a publié sur la matière de nombreux articles qui mettent en lumière toutes les difficultés d’appréhension de ce problème.
Ces illusions ont été particulièrement étudiées par John Chowning (pionnier de la synthèse numérique des sons)brahms.ircam.fr puis par Jean-Claude Risset, chercheurs et compositeurs, qui, à l'aide de l'ordinateur ont créé plusieurs formes d'illusions intégrées dans leurs œuvres.
Renforcement infini du son vignette|Le stimulus de Rawdon-Smith. Rawdon-Smith et Gridley se sont rendu compte que l'on est plus sensible aux augmentations brusques qu'aux décroissances lentes. Ils ont créé un son paradoxal qui semble se renforcer, tout en restant toujours au même niveau.
Les sujets écoutant un son pur à dont l'amplitude augmente brusquement de 20 % (), avant de revenir discrètement en au niveau initial perçoivent les augmentations ; mais ils se rendent compte que sur la longue durée, le son devrait devenir plus fort, alors qu'il ne le fait pas. L'effet ne se produit pas avec une baisse rapide et un rattrapage progressif ; ..
Comme souvent, la différence de perception correspond à une adaptation écologique. La croissance d'un son correspond, dans la nature, à l'irruption d'un danger ou d'une opportunité. L'alarme est d'autant plus forte que la croissance est brusque. La décroissance du stimulus ressemble à l'éloignement de la cause du bruitJames J. Gibson développe une explication écologique de la performance sensorielle humaine. Voir en bref ..
Élévation infinie de la hauteur
vignette|Gamme de Shepard, diatonique en Do majeur, répétée 5 fois.