La géologie de la Guinée-Bissau se caractérise par une opposition est-ouest nette. Les formations les plus anciennes, d'âge Protérozoïque et Paléozoïque, affleurent dans la moitié orientale du pays, tandis que les terrains plus récents, essentiellement cénozoïques, occupent la partie occidentale, en direction de la côte atlantique. Cette répartition reflète une histoire géologique marquée par la chaîne des Mauritanides, une ancienne chaîne de montagnes dont l'orogenèse s'est achevée au Permien, puis par l'ouverture de l'océan Atlantique, qui a modelé la marge occidentale du pays. Le territoire a été, pendant de longues périodes, une plate-forme marine ou un delta, ce qui explique la prédominance des roches sédimentaires. L'exploitation minière reste modeste, mais le sous-sol recèle des gisements de bauxite, de phosphate et des indices aurifères, ainsi qu'un potentiel en hydrocarbures offshore.
Stratigraphie
La colonne stratigraphique de la Guinée-Bissau se divise en trois grands ensembles : un socle précambrien à l'est, une couverture paléozoïque au centre, et des sédiments mésozoïques à cénozoïques à l'ouest. Les environnements de dépôt du Bassin de Bové, depuis le Cambro-Ordovicien jusqu'au Dévonien supérieur, ont fait l'objet d'études stratigraphiques et sédimentologiques détaillées mettant en évidence une transgression marine culminant à l'Emsien supérieur, suivie d'un retrait progressif de la mer jusqu'au Famennien.
Socle précambrien
Les roches les plus anciennes du pays, âgées de 680 millions d'années, affleurent dans l'extrême nord-est. Elles appartiennent au Groupe de Koulountou, qui comprend des laves schisteuses issues d'un volcanisme de marge continentale, associé à l'orogenèse des Mauritanides. Ce groupe est daté du Néoprotérozoïque. Le Groupe de Youkounkoun, daté de 580 millions d'années, est constitué de roches sédimentaires faiblement plissées, interprétées comme une molasse post-orogénique. Les Groupes de Mali et de Batapa sont d'âge similaire ou légèrement plus récent.
Paléozoïque
Le Bassin de Bové couvre une grande partie du centre du pays et est comblé par d'épaisses séquences sédimentaires paléozoïques. L'unité la plus ancienne est le Groupe de Pita, daté de l'Ordovicien au Dévonien inférieur, dont l'épaisseur varie de 250 à 600 mètres. Il est composé de conglomérats et de grès, témoignant d'un environnement de plaine alluviale. Le Groupe de Télimélé, attribué au Dévonien supérieur, renferme des fossiles de graptolites. Le Groupe de Bafata, également du Dévonien supérieur, préserve les vestiges d'une plate-forme carbonatée marine.
Les faciès sédimentaires du Paléozoïque sont majoritairement clastiques, les carbonates n'apparaissant que dans le Silurien.
Mésozoïque et Cénozoïque
Les dépôts du Mésozoïque sont largement absents en Guinée-Bissau. À l'ouest, on observe une discordance entre les sédiments paléozoïques et les sédiments marins cénozoïques, qui sont recoupés par des dykes mafiques. Les sédiments d'âge crétacé à cénozoïque sont principalement d'origine marine. Le Continental Terminal, d'âge mio-pliocène, couvre 20 à 30 % du territoire avec une épaisseur moyenne de 30 mètres thèse de doctorat..
Au cours du Quaternaire, la géomorphologie a été profondément remaniée, avec la formation de terrasses, de duricrustes et de transgressions marines répétées. Des vastes glacis et des cuirasses latéritiques se sont développés, témoignant d'une altération intense sous climat tropical.
Structure et tectonique
La Guinée-Bissau occupe l'extrémité sud de la chaîne des Mauritanides, un orogène ancien qui longe la côte ouest-africaine, du Maroc à la Guinée-Bissau. L'orogenèse mauritanide, active entre 320 et 270 millions d'années (Carbonifère-Permien), a déformé les terrains précambriens et paléozoïques.
Le Bassin de Bové présente un grand pli ouvert et peu penté, le synclinal de Bové-Bafata, d'orientation nord-est-sud-ouest. Ce synclinal est recoupé par des failles cassantes. La structure est également marquée par l'ouverture de l'Atlantique, qui a engendré une marge divergente de type atlantique, avec des bassins de rift sous-jacents. Le socle précambrien et les sédiments paléozoïques forment l'infrastructure de cette marge, dont les études sismiques récentes du bassin sénégalo-mauritanien voisin ont précisé l'architecture en distinguant un socle plissé et une couverture paléozoïque tardive peu déformée. La région côtière et le plateau continental sont affectés par une tectonique salifère (halocinèse) dans le compartiment de la Casamance.
Hydrogéologie
Le pays se divise en deux provinces hydrogéologiques distinctes. La zone orientale, aux roches paléozoïques et précambriennes, contient des aquifères de faible productivité, tandis que la zone occidentale, composée de sédiments mésozoïques à cénozoïques, renferme des aquifères plus productifs. L'aquifère crétacé majeur est un épais banc de grès d'âge Maastrichtien, qui constitue une ressource importante. Cet aquifère maastrichtien est un système transfrontalier partagé avec le Sénégal, la Mauritanie et la Gambie au sein du bassin sédimentaire sénégalo-mauritanien. Les eaux souterraines sont principalement de type bicarbonaté et calcique, avec une minéralisation généralement faible dans le centre du pays, mais plus élevée dans le sud. Les ressources renouvelables en eau souterraine sont estimées à 14 000 millions de mètres cubes par an. Ces ressources sont essentielles pour l'approvisionnement en eau pendant la saison sèche, dans un pays au climat tropical marqué par une saison des pluies de mai à octobre.
Ressources naturelles
L'activité minière se limite à l'extraction de matériaux de construction (argile, sable, gravier). Le pays possède néanmoins un potentiel minier significatif, notamment en bauxite, phosphate, or et hydrocarbures.
Bauxite
La région de Boé, dans le sud-est du pays, renferme des gisements de bauxite estimés à 113 millions de tonnes. Les teneurs moyennes sont de 44,9 % d'alumine et 3,7 % de silice. Ces gisements, reconnus dès les années 1950, sont associés à des profils latéritiques développés sur les sédiments paléozoïques. Des études ont porté sur les éléments traces et les phases minérales de ces bauxites latéritiques.
Phosphate
Le gisement de phosphate de Farim-Saliquinhé, situé dans le nord du pays, est un dépôt sédimentaire enfoui d'âge Éocène moyen (Lutétien). Découvert dans les années 1980 par le BRGM, il est situé sur la bordure sud du bassin sédimentaire cénozoïque Mauritanie-Sénégal-Guinée. Les réserves prouvées sont estimées à 43,8 millions de tonnes, avec une teneur moyenne de 30,0 % de P2O5. L'exploitation est contrainte par une couverture sédimentaire de 26 à 50 mètres d'épaisseur.
Or et métaux de base
Des anomalies aurifères de faible teneur ont été mises en évidence dans le nord-est du pays. Des anomalies en zinc, cuivre, molybdène et plomb ont également été détectées dans les roches sédimentaires paléozoïques.
Hydrocarbures
La Guinée-Bissau fait partie de la province pétrolière du MSGBC (Mauritanie, Sénégal, Gambie, Guinée-Bissau, Guinée-Conakry). Le segment de Bissau de ce bassin renfermerait plus de 1,1 milliard de barils de réserves potentielles. Des réservoirs potentiels sont présents dans les grès du Crétacé supérieur et dans les roches clastiques et carbonatées du Tertiaire inférieur. En septembre 2024, la société Apus Energy a foré le puits Atum-1X, le premier test offshore en Guinée-Bissau depuis près de deux décennies, avec un potentiel estimé à 314 millions de barils de pétrole récupérable.
Cartographie géologique
Les premières cartes géologiques ont été dressées par les Portugais dans les années 1950 et 1960, à l'échelle 1:50 000, dans le cadre plus large des levés menés sur l'ensemble de l'ancienne Guinée portugaise. Ces travaux de terrain ont ensuite servi de base à une compilation à l'échelle 1:400 000, publiée en 2014 par le LNEG (Portugal) en coopération avec la Direction générale de la géologie et des mines de Guinée-Bissau (DGGM), et rendue disponible sous forme numérique à partir de 2015. Cette édition constitue à ce jour la référence cartographique la plus détaillée disponible pour l'ensemble du territoire. À une échelle continentale, la carte simplifiée à 1/5 000 000 utilisée dans l'infobox est issue des travaux de synthèse de Persits et al. (2002) sur les provinces géologiques et pétrolières d'Afrique, qui replacent la Guinée-Bissau dans le contexte plus large de la marge ouest-africaine.
Voir aussi
Articles connexes Guinée-Bissau Géographie de la Guinée-Bissau Géologie de l'Afrique Chaîne des Mauritanides Bassin de Bové Bauxite Phosphate Hydrogéologie
Liens externes Carte géologique de la Guinée-Bissau (LNEG) Hydrogéologie de la Guinée-Bissau (BGS)
Notes et références