Marie-Noëlle Thémereau, née Billet le à Darnets (Corrèze), est une femme politique française de Nouvelle-Calédonie.

Origines familiales

Marie-Noëlle Billet est la fille de Claude Billet, natif de Corrèze et vétéran de la France libre arrivé en Nouvelle-Calédonie en 1949, travailleur sur les minéraliers de la Société Le Nickel (SLN) et secrétaire général à partir de 1952 du syndicat professionnel de cette entrepriseH. ISRAËL, Une histoire du mouvement syndical en Nouvelle-Calédonie, Île de Lumière, Nouméa, 2007, p. 77-78. Il fait venir sa famille peu de temps après son installation, et Marie-Noëlle est ainsi élevée à Nouméa.

Formation et carrière professionnelle Titulaire d'une maîtrise en droit spécialisée dans le droit du travail et de la sécurité sociale de l'Université Bordeaux IV, elle fait d'abord carrière dans l'administration publique. Elle se fait ainsi remarquer à la tête du service des études, de la législation et du contentieux puis de celui des finances du Territoire de 1986 à 1988. Elle est surtout chargée de mettre en place la loi Debré et de développer l'enseignement professionnel. Elle fonde ensuite une agence immobilière, l'Agence générale, en association avec Pierre Frogier qu'ils continuent à gérer ensemble aujourd'hui, bien qu'ils soient devenus adversaires en politiquePrésentation de l'Agence générale de Nouvelle-Calédonie sur son site officiel.

Carrière politique Les débuts Elle s'intéresse à la politique calédonienne à partir des années 1970. Elle est alors proche des milieux autonomistes et de l'Union calédonienne avant de rejoindre le Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR) de Jacques Lafleur en 1977, étant hostile à l'indépendance. Elle se fait élire sous l'étiquette de ce parti à l'Assemblée de la Province sud et au Congrès du Territoire à partir de 1989. Elle est d'abord chargée à la Province de la réglementation économique et fiscale, de la réglementation générale et de l'enseignement. Elle est ensuite deuxième vice-présidente de la Province sud de 1996 à 1999 et présidente de la Commission des finances et du budget à partir de 1998. Réélue en 1999 à l'Assemblée de la Province sud et au tout nouveau Congrès de la Nouvelle-Calédonie issu des Accords de Nouméa, elle aurait voulu pourtant, pour des raisons familiales, se retirer un temps de la vie politique, mais Jacques Lafleur aurait insisté pour qu'elle prenne la première vice-présidence du Congrès, ce qu'elle accepta (il lui aurait même proposé de prendre la présidence du Gouvernement).

Elle est portée le à la 1 vice-présidence du Congrès et le suivant à la présidence de la commission de la Santé et de la Réglementation sociale de cette assemblée. Elle travaille ainsi avant tout, aux côtés de Aukusitino Manuohalalo, à la préparation du Régime unifié d'assurance maladie-maternité (RUAMM), nouveau nom donné à la Couverture sociale unifiée (CSU), visant à assurer une protection sociale à tous les Néo-Calédoniens et à maîtriser le déficit de la CAFAT qui a atteint 4 milliards de francs CFP (33,52 millions d'euros) en 2001. Le projet de loi de pays relative à la Sécurité sociale en Nouvelle-Calédonie est présenté en décembre 2001 et devient la loi du pays n°2001-016 du , entrée en vigueur le , le RUAMM devant être mis en place au plus tard au 1er juillet suivant Loi du pays n° 2001-016 du 11 janvier 2002 relative à la sécurité sociale en Nouvelle-Calédonie, JONC n°7 606, 18/01/2002, p. 2002-223 - 2002-239« Tino Manuohalalo, membre du gouvernement chargé de la santé : "La couverture sociale : un droit universel" », Les Nouvelles Calédoniennes, 19/07/2002.

La rupture avec le RPCR et le retrait Mais, de plus en plus en désaccord avec la politique menée par Jacques Lafleur et dénonçant le fait que toutes les décisions sur le Territoire soient prises par le président de la Province sud, elle démissionne de tous ses mandats politiques le . De 2001 à 2004, elle est totalement absente de la vie politique, ne sortant de son silence que pour défendre la mise en place du RUAMM en 2002.

La tête de liste de l'Avenir ensemble Le , elle sort définitivement de sa réserve politique pour annoncer qu'elle prendra la tête de la liste Avenir ensemble en vue des élections provinciales de mai 2004. Cette liste a pour but d'offrir en Province sud une alternative anti-indépendantiste au RPCR dont elle dénonce la gestion. Composée de dissidents du RPCR (Harold Martin, Philippe Gomès, Réginald Bernut), d'opposants de longue date à Jacques Lafleur (le représentant de l'UDF local Didier Leroux, la chiraquienne Sonia Lagarde, l'autonomiste Jean-Pierre Aïfa), de représentants syndicaux (Alain Song) ou des professions libérales (Alain Descombels), cette liste est la cible d'une campagne violente de la part du RPCR (elle est ainsi parodiée en « Trahir ensemble »). Néanmoins, l'attitude posée de Marie-Noëlle Thémereau lui attire les sympathies, présentant un programme en 75 points et appelant à une « politique de consensus » non « politicienne » basée sur l'objectif de construire le destin commun prévu par l'Accord de Nouméa.

L'onde de choc du 9 mai Les élections provinciales du font figures de tremblement de terre politique. En effet, pour la première fois depuis la création des Provinces, le RPCR n'est plus le premier parti de Province sud, la liste de Jacques Lafleur étant devancée de près de 3 points (31,18 % pour le RPCR contre 33,9 % pour l'Avenir ensemble) et de 3 sièges (16 sièges Rassemblement contre 19 pour l'Avenir ensemble sur 40) à l'Assemblée de Province.

Néanmoins, aucun parti politique n'a de majorité absolue et Marie-Noëlle Thémereau, relayée par les poids lourds de sa liste, annonce que l'Avenir ensemble ne contractera aucune coalition que ce soit avec les indépendantistes (qui sont de toutes façons absents en Province sud mais qui sont présents au Congrès), avec le RPCR (cette alliance paraissait de toute manière impossible) ou avec le Front national local qui, avec ses 5 sièges, disposent d'un rôle charnière à la Province.

Marie-Noëlle Thémereau veut instaurer des majorités d'idée suivant les dossiers débattus. Et si l'Avenir ensemble est devenu le premier parti de Province sud, le RPCR reste la première formation politique de la Nouvelle-Calédonie en étant notamment la seule à être représentée dans les trois provinces, l'Avenir ensemble quant-à-elle ne disposant que d'un élu en Province nord (contre 3 pour le RPCR) et aucun aux Îles Loyauté où elle n'avait pas présenté de liste. Au Congrès, l'Avenir ensemble et le RPCR font donc jeu égal avec 16 sièges chacun sur 54, et encore une fois personne n'a la majorité (le FLNKS, divisé en deux groupes, disposant lui aussi de 16 élus).

L'arrivée à la présidence du gouvernement Disposant du bénéfice d'incarner le changement, l'Avenir ensemble réussit à prendre la présidence de la Province sud (Philippe Gomès est élu au troisième tour à la majorité relative de ses 19 colistiers, contre 16 voix au RPCR Pierre Maresca, le FN s'abstenant). De même au Congrès, obtenant le soutien inopiné de l'Union calédonienne et du FN (soit 28 voix en tout et donc la majorité absolue), Harold Martin est élu président de cette chambre (contre 17 voix au candidat RPCR Jean Lèques et 9 abstentions). Mais la formation du gouvernement est plus compliquée.

L'affaire Vigouroux L'élection au gouvernement est faite par le Congrès à la proportionnelle à partir de listes. Marie-Noëlle Thémereau mène donc la liste Avenir ensemble. Le gouvernement comporte 11 membres, et il est prévu, compte tenu de l'organisation politique du Congrès, que l'Avenir ensemble et le RPCR fassent jeux égal avec 4 membres chacun et 3 pour les indépendantistes (2 pour le FLNKS-UNI, qui regroupe le Palika et l'UPM, et 1 pour l'UC).

Mais l'élection du donne 5 membres à l'Avenir ensemble contre 3 seulement au RPCR qui est à égalité ainsi avec les indépendantistes. Il s'agit en fait d'une élue Rassemblement, Suzie Vigouroux, qui, au lieu de voter pour une liste, a inscrit sur son bulletin le nom du numéro 1 de la liste RPCR, Pierre Frogier. Son bulletin a donc été compté nul. Par la suite, Marie-Noëlle Thémereau a à peine le temps de se faire élire présidente de ce gouvernement que, dans l'après-midi même, Pierre Frogier dépose la démission collective des élus de son groupe au gouvernement, entraînant ainsi la chute de ce dernier.

A commencé alors une véritable crise institutionnelle cristallisée autour de ce qui est appelée dans les médias « l'affaire Vigouroux ». En effet, peu de temps après, Jacques Lafleur attaque Marie-Noëlle Thémereau et le groupe Avenir ensemble, l'élue Suzie Vigouroux ayant déclaré avoir voté nul sous pression de ces derniers. La présidente du gouvernement mort-né réplique en portant plainte pour diffamation. Finalement, l'affaire s'étouffe, il est reconnu que le vote nul était bien le fruit de l'erreur d'une nouvelle élue inexpérimentée qui participait à son premier vote au Congrès et non d'une pression quelconque. Suzie Vigouroux, déclarant avoir été manipulée par les leaders du Rassemblement dans cette affaire, se retire du groupe RPCR et siège comme indépendante au Congrès où elle vote désormais traditionnellement avec l'Avenir ensemble.

L'incertitude Lors du nouveau vote organisé au Congrès le pour former le gouvernement, le Rassemblement fait cette fois le plein de ses voix et obtient les 4 sièges prévus, à égalité avec l'Avenir ensemble. Les indépendantistes gardent quant-à-eux leurs 3 membres. Mais la crise institutionnelle perdure : en effet, le candidat à la présidence du gouvernement, élu par les membres de ce dernier, doit obligatoirement obtenir la majorité absolue (soit 6 voix). Or, aucun des candidats ne peut obtenir cette majorité : Marie-Noëlle Thémereau ne peut compter que sur les 4 Avenir ensemble, de même pour Pierre Frogier qui n'obtient que les voix des 4 RPCR et pour Déwé Gorodey qui est soutenue par les 3 FLNKS. Finalement, le , au nom de la raison et pour éviter un « blocage institutionnel » inutile, Pierre Frogier décide de retirer sa candidature et apporte ses voix à Marie-Noëlle Thémereau qui est donc élue présidente de ce nouveau gouvernement avec l'ensemble des suffrages anti-indépendantistes.

La première présidente d'un gouvernement de Nouvelle-Calédonie