vignette|upright=1.6|Environ 90 des personnes exhibées pendant l'Exposition coloniale de Berlin devant le bâtiment administratif du « comité de travail de l'Exposition coloniale allemande » ; à l'arrière-plan, environ 13 autres personnes, photographie de 1896.

L'Exposition coloniale de Berlin se déroule du au dans le cadre de l'Exposition industrielle de Berlin, au Treptower Park, à Berlin. Le centre de l'exposition est une exposition ethnographique avec autochtones réparties dans cinq « villages indigènes » groupés autour du Karpfenteich. Six halls d'exposition présentent aussi différents aspects économiques, scientifiques et culturels des colonies, afin de faire la promotion des colonies allemandes, constituées depuis 1884.

L'Exposition coloniale de Berlin est la première et la seule grande exposition coloniale organisée pendant l'Empire allemand, dans laquelle des personnes venues des colonies allemandes sont publiquement exhibées. Selon les organisateurs, l'exposition reçoit plus de deux millions de visiteurs payants. Trois des personnes exposées meurent de maladie pendant l'exposition. Deux autres zoos humains ont lieu au même moment, directement à proximité de l'Exposition coloniale : l'Exposition du Caire, une exposition beaucoup plus grande avec environ désignées comme « Arabes », et le Panorama de la mer de glace de Carl Hagenbeck, dans lequel trois Inuits sont présentés.

Expositions coloniales 140px|vignette|gauche|Affiche publicitaire, 1896.

À l'Exposition internationale d'Amsterdam de 1883, des personnes autochtones venues des colonies sont exhibées pour la première fois afin de faire directement de la propagande en faveur de la politique coloniale. Six ans plus tard, l'Exposition universelle de Paris présente plusieurs « villages indigènes » avec environ autochtones, afin de permettre une « immersion supposée dans un monde étranger avec les cinq sens ».

Dans l'Empire allemand, l'exposition berlinoise de 1896 est la première grande exposition de ce type, après deux expositions coloniales plus petites à Brême en 1890 et à Lübeck en 1895. Jusqu'en 1940, environ 50 autres expositions publicitaires consacrées aux colonies suivent. Le but de ces manifestations est d'améliorer l'image souvent mauvaise des colonies dans la population allemande, d'encourager les investissements de l'économie privée dans les colonies et d'inciter la population à acheter des produits coloniaux. L'Empire allemand veut aussi se présenter comme une puissance coloniale de rang équivalent aux autres puissances internationales.

Des personnes autochtones sont rarement exhibées dans les expositions coloniales organisées en Allemagne. Après l'interdiction, prise en 1900, de recruter des personnes des colonies allemandes pour des zoos humains (voir plus bas), seules trois expositions humaines ont encore lieu dans l'Empire allemand : l'Exposition allemande de l'armée, de la marine et des colonies à Berlin en 1907, avec des personnes autochtones venues de colonies françaises et britanniques, l'Exposition coloniale de Stuttgart de 1928 et la Deutsche Afrika-Schau sous le national-socialisme.

Planification et ouverture L'initiative de préparer une exposition coloniale dans le cadre de l'Exposition industrielle de Berlin, considérée par la recherche comme une « exposition universelle empêchée », vient de plusieurs entreprises d'exportation actives dans le commerce colonial. La Société coloniale allemande et la section coloniale de l'Office des Affaires étrangères accueillent d'abord le projet « avec beaucoup de froideur ». Les entreprises commerciales poursuivent surtout l'objectif de gagner les « contribuables allemands », comme « consommateurs […] », au soutien des territoires coloniaux.

Elles reçoivent en novembre 1894 l'appui du chancelier impérial récemment nommé Chlodwig de Hohenlohe-Schillingsfürst, qui demande, par circulaire adressée aux gouverneurs des colonies, d'examiner les possibilités de recruter des « indigènes des protectorats ». Trente représentants de l'économie, de la science et de l'administration se réunissent ensuite, en février 1895, au sein du « comité directeur de l'Exposition coloniale allemande ». Ils définissent entre autres la « présentation d'indigènes » comme un élément essentiel de la manifestation, car, selon le Rapport officiel de l'Exposition coloniale publié en 1897, les « collections mortes seules » ne seraient « jamais capables d'attirer la grande masse du peuple […] ». Ce point est visiblement discuté de manière controversée et rencontre, dans une partie de la Société coloniale allemande, une

La volonté de se démarquer des zoos humains commerciaux, populaires depuis 1875, a pour conséquence que les organisateurs veillent à un recrutement encadré par contrat, ainsi qu'à un hébergement, une alimentation, des soins médicaux et une rémunération meilleurs que dans les zoos humains antérieurs, où des décès s'étaient déjà produits plus fréquemment>.

Le « comité de travail de l'Exposition coloniale allemande », mis en place ensuite et chargé de la réalisation concrète de l'exposition, comprend, en plus de représentants de l'économie, le président de la Société coloniale allemande, fondée en 1887, Johann Albrecht von Mecklenburg-Schwerin, le directeur de l'Office des Affaires étrangères Paul Kayser, ainsi que l'ancien chef de la section coloniale de cet office, le prince Franz von Arenberg. Par l'Exposition coloniale, le comité veut « montrer au monde que l'Allemagne a pleinement compris sa vocation à la politique coloniale ».

L'exposition est inaugurée le 1896. Ce jour-là, l'empereur Guillaume II visite toute l'Exposition industrielle avec l'impératrice Augusta-Victoria. Pendant leur visite d'une heure à l'Exposition coloniale, des danses guerrières leur sont notamment présentées dans les « villages indigènes ». À la fin, Guillaume II aurait déclaré : « Pour l'Exposition coloniale, ces messieurs peuvent se féliciter ; elle deviendra une grande force d'attraction ». Site de l'exposition vignette|Site de l'Exposition industrielle de Berlin au Treptower Park, avec l'Exposition coloniale et l'Exposition du Caire dans la partie sud. À l'emplacement de l'actuel Mémorial soviétique de Treptower Park, se trouvait en 1896 le « Nouveau lac ».

Le site de de l'Exposition coloniale fait partie de l'Exposition industrielle de Berlin, qui couvre sur l'ensemble du Treptower Park. L'exposition est structurée autour de deux pôles. Le premier est la reconstitution de « villages indigènes » dans la partie « ethnologique ». Le second est une partie « scientifique et commerciale », construite dans le style d'une « ville de Zanzibar », avec six halls d'exposition présentant des objets venus des colonies, des produits d'exportation destinés aux colonies, ainsi que des matières premières et des marchandises importées des colonies. Sur plus de , 271 sont des entreprises tournées vers l'exportation.

vignette|upright|gauche|Dans la partie « scientifique et commerciale », un tronçon de la voie ferrée tropicale est construit. Cette variante simple de la voie suspendue nouvellement inventée, proche du monorail suspendu de Wuppertal, est destinée à être construite dans les colonies. vignette|Plan détaillé de l'Exposition coloniale. Dans la partie sud-ouest du Karpfenteich se trouvent l'entrée et les « villages indigènes » ; au-delà de la Parkstraße, aujourd'hui Bulgarische Straße, se trouvent les six halls d'exposition.

Alors que les « villages indigènes » situés au bord du Karpfenteich doivent souligner la « proximité avec la nature » et la supposée primitivité des personnes exhibées, les halls d'exposition de style colonial, disposés autour d'un lac artificiel ovale dans la deuxième partie du site, au-delà de la Parkstraße, expriment la prétendue supériorité des maîtres coloniaux. La séparation nette entre les « villages indigènes », ou ce que l'on appelait alors les « villages de Nègres », d'un côté, et un quartier des « maîtres coloniaux » de l'autre, correspond à la division de la plupart des villes coloniales de l'époque. À la transition entre les deux parties de l'exposition, le plan indique, comme une sorte de « cordon sanitaire », trois « baraques hygiéniques » qui abritent une exposition de l'Office des Affaires étrangères consacrée à l'« hygiène tropicale », avec une pharmacie tropicale, un laboratoire et un « hôpital tropical de l'Association allemande des femmes pour les soins aux malades », doté d'une salle d'opérationFriedrich Fülleborn : Die tropenhygienische Ausstellung des Auswärtigen Amtes auf der deutschen Kolonialausstellung in Berlin. Dans : Deutsche Kolonialzeitung, 9e année, no 35, 29 août 1896, p. 276-277..

Un an après l'exposition, le « comité de travail de l'Exposition coloniale allemande » publie un Rapport officiel sur la première Exposition coloniale allemande de 486 pages. La plupart des photographies suivantes des « villages indigènes », toutes sans visiteurs, réalisées par l'entreprise Meisenbach, Riffarth & Co., sont tirées de ce rapport avec leurs légendes originales. La photographie des « huttes de Nouvelle-Guinée », tirée d'une autre documentation photographique, est la seule qui montre aussi des visiteurs dans les « villages indigènes »Erinnerung an die Berliner Gewerbe-Ausstellung 1896. Berlin, 1896, sans pagination..

Le portail d'entrée imitant le style architectural de la Nouvelle-Guinée se trouve au sud-ouest du Karpfenteich. De là, les visiteurs arrivent d'abord à une « factorerie de brousse », puis traversent successivement le « village camerounais », le « village togolais », les « maisons de l'archipel Bismarck » et enfin le « village de Tarawai », situé au bord du Karpfenteich. Les habitants autochtones du village venus de Nouvelle-Guinée circulent sur le Karpfenteich avec leurs bateaux pouvant atteindre de long. Dans les huttes des villages sont accrochés notamment des portraits de l'empereur et, chez les figurants christianisés, des images de saints chrétiens. Le village est construit principalement avec des matériaux importés de Nouvelle-Guinée, avec de grands moyens et avec la prétention d'une « scientificité ethnographique et anthropologique » pseudo-scientifiqueMichael Falser : Vom pittoresken Display zur ethnologischen Typologie. Ozeanien in der Berliner Kolonialausstellung (1896) und in der Systematik von Hermann Frobenius. Dans : id. (dir.) : Deutsch-koloniale Baukulturen. Eine globale Architekturgeschichte in 100 visuellen Primärquellen. Passau, 2023, p. 200-203, ici p. 200 et suiv.. En face du village, une reconstruction de la forteresse « Quikuru qua Sike » des Wanjamwesi, un groupe bantou, est édifiée. Ces derniers y avaient résisté aux troupes de protection allemandes. La Berliner Illustrirte Zeitung remarque que la reconstruction était un « rempart non négligeable même selon les critères européens ». À l'intérieur de la forteresse se trouvent une « tembe arabe », les « huttes des Hottentots et des Herero », une « maison swahilie » et les « habitations massaï ».

Au-delà de la Parkstraße, six halls d'exposition forment le deuxième ensemble de l'Exposition coloniale. Un « Hall scientifique » ressemblant à une mosquée présente des objets liés à la biologie, à la géographie et à l'ethnologie. Dans la maison tropicale sont exposées des pièces d'habitation de colons européens ainsi que des marchandises importées dans les colonies, comme des articles ménagers ou de la porcelaine. La maison en bois repose sur des pieux de fer dans un bassin rempli d'huile, afin de montrer comment les colons tentaient de se protéger des insectes tels que les termitesBritta Lange : Deutsch-koloniale Baukulturen ephemer. Die Kolonialhalle und das Tropenhaus in der Berliner Gewerbeausstellung 1896. Dans : Michael Falser (dir.) : Deutsch-koloniale Baukulturen. Eine globale Architekturgeschichte in 100 visuellen Primärquellen. Passau, 2023, p. 204-207, ici p. 206-207..