Le « cordon sanitaire »Le terme français est également utilisé dans d’autres langues. est une pratique politique visant à exclure les partis politiques d'extrême droite de toute majorité politique. L'expression est employée par les commentateurs pour décrire des situations où des partis rivaux se réunissent contre des partis jugés menaçants pour la démocratie (gauche ou droite radicale).
Exemples internationaux
Allemagne
Le cordon sanitaire est appelé mur pare-feu ( en allemand) et s'applique traditionnellement contre : La Patrie (, avant juin 2023: Nationaldemokratische Partei Deutschlands) ; l'Alternative pour l'Allemagne () (2014). Les autres partis politiques refusent de s'allier avec l'AfD pour former des majorités..
En , l'élection d'un ministre-président d'un Land avec les voix décisives de l'extrême droite, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, provoque une et au niveau fédéral. Elle se solde par la démission du ministre-président en question, Thomas Kemmerich, suivie de celle de la présidente fédérale de l'Union chrétienne-démocrate d'Allemagne (CDU), Annegret Kramp-Karrenbauer.
Le , lors d'une interview avec la chaîne ZDF, le président fédéral de la CDU, Friedrich Merz, ouvre la porte à une collaboration, au niveau local, avec des élus de l'AfD, avant de rétropédaler le lendemain. Une étude de la Fondation Rosa-Luxemburg, parue en , rapporte de coopérations locales entre l'AfD et les partis traditionnels, dont la CDU, en Allemagne de l'Est, entre et .
Le , un texte proposé par la CDU, plaidant pour un durcissement de la législation en matière d'immigration, obtient une courte majorité au Bundestag grâce aux voix de l'AfD. C'est la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale que le cordon sanitaire est rompu au niveau fédéral. , réagit immédiatement le premier secrétaire du groupe parlementaire de l'AfD, Bernd Baumann. , déplore la coprésidente du groupe parlementaire des Verts, Britta Haßelmann. , s'emporte la députée Die Linke (gauche) Heidi Reichinnek. Le coprésident du Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD), Lars Klingbeil, interroge Friedrich Merz : . Se référant à l'appel du de Friedrich Merz aux Sociaux-démocrates et aux Verts pour que , l'ancienne chancelière fédérale Angela Merkel déclare : . Dans son intervention au parlement, le , Merz temporise : . Ainsi, pour Le Nouvel Obs, du texte, tandis que L'Opinion écrit plus sobrement : .
Le , le vice-président des États-Unis, J. D. Vance, déclare qu' lors de à la Conférence sur la sécurité de Munich, ce qui est perçu comme une ingérence étrangère et ou à une semaine des élections fédérales anticipées.
Belgique
En Belgique, le cordon sanitaireEn néerlandais, le terme français est également utilisé, plutôt que . est instauré en deux étapes en 1989 et 1992 entre les partis politiques flamands, à l'initiative du dirigeant écologiste flamand Jos Geysels et vise à exclure les partis politiques d'extrême droite de toute majorité politique.
Chronologie et mise en place Concrètement, le premier accord interpartis flamands (écologistes d', sociaux-chrétiens du , socialistes du , libéraux du et nationalistes de la ) a été signé le , mais a été dénoncé quelques semaines plus tard par Jaak Gabriëls, président de la , bientôt suivi par le et le .
Le deuxième a été concrétisé par une motion du Conseil régional flamand le , déposée par Marc Van Peel (), (), Edward Beysen (), Jos Geysels () et Jan Decorte ()à l'époque, le Conseil flamand était composé des parlementaires nationaux, les premières élections régionales n'ont eu lieu que trois ans plus tard., condamnant le programme de du (VB) comme contraire à la Convention européenne des droits de l'homme, , , Conseil flamand, ..
Un troisième accord, la Charte pour la démocratie, a été adopté avant les élections communales et provinciales belges de 2000.
Conceptions flamande et francophone
En Flandre, cette pratique se limite à un accord entre partis démocratiques pour ne pas conclure de coalition avec le , alors qu'en Belgique francophone elle a été étendue à certains médias, en particulier au service public (Radio-télévision belge de la Communauté française). Le dispositif est mis en place en deux grands volets : Le volet « politique » : il n'est basé sur aucun texte législatif, seuls des accords entre partis le maintiennent. Il consiste, pour les partis démocratiques, à éviter toute discussion ou coalition avec un parti extrémiste et à le maintenir dans l'opposition ; Le volet « médiatique » : les médias doivent éviter de parler des partis extrémistes en termes positifs, ne pas donner la parole aux chefs de partis extrémistes et mettre l'accent sur les éventuelles décisions judiciaires à leur encontre.
Le « cordon sanitaire » a ses partisans pour qui ce dispositif évite de faire de la publicité à ces partis, partant du principe que certains d'entre eux sont déjà de suffisamment bons « communicants ». Une des mesures préconisées par les partisans de cette formule est d'ailleurs la suppression de la dotation publique des partis « liberticides ». D'autre part, cela enverrait un message au corps électoral sur l’inutilité du vote pour un parti d'extrême droite, qui ne pourrait jamais accéder aux responsabilités Pascal Delwit, La vie politique en Belgique de 1830 à nos jours, Bruxelles : Éditions de l'Université de Bruxelles, 2010 (), ..
Cordon politique
Le cordon sanitaire a été rompu pour voter la loi de compétence universelle du Jean-Pierre Stroobants, Bruxelles réduit la compétence universelle de sa justice, Le Monde, ; .
Après les élections régionales et communautaires de 2004, le CD&V consulte dans le cadre de la formation d'une coalition gouvernementale tous les groupes parlementaires, dont le qui était le deuxième en sièges, pour prouver aux électeurs que ce parti avait un programme incompatible avec ceux des partis démocratiques. Cet épisode se situe deux ans après la formation du aux Pays-Bas, qui incluait la Liste Pim Fortuyn, mouvement de droite populiste, et un an après de nouvelles élections législatives néerlandaises qui avaient vu la LPF électoralement laminée.
En , la Chambre fédérale a voté par (tous les partis flamands) contre 51 (les francophones), le président de la Chambre, le libéral flamand Herman De Croo s'abstenant, la prise en considération d'une résolution du demandant « de préparer le démembrement de la Belgique », ce qui a été considéré par les francophones comme une rupture du cordon sanitaire alors que les chefs de groupe socialiste et libéral flamands déclaraient que Christian Laporte, Le cordon saute sur un vote anti-belge, La Libre Belgique, ..
En , dans la commune de Schoten, des libéraux flamands () ainsi que le CD&V (chrétiens-démocrates) ont affirmé ne pas refuser de gouverner avec le si cela s'avérait nécessaire pour conserver le poste de bourgmestreChristian Laporte, Un cordon de plus en plus élastique, La Libre Belgique, ..
Le Roi ne concourt pas à la réalisation du cordon sanitaire. Du point de vue de la Constitution belge, le Vlaams Belang est un parti comme les autres. À ce titre, afin de respecter le principe d'égalité entre les partis politiques et entre les électeurs, le Roi peut recevoir l'extrême-droite, ce qui signifie pas pour autant qu'il déciderait de lui donner un rôle prépondérant dans la formation d'un gouvernement.
À Ranst, à la suite des élections communales de 2024 le cordon sanitaire est rompu pour la première fois : le bourgmestre Lode Hofmans est élu avec les voix du Vlaams Belang, en plus de celles des listes Vrij Ranst affiliée à Open VLD et PIT affiliée à CD&V. Les élus participant à cette coalition sont exclus de leurs partis : CD&V et OpenVLD.. À Izegem, la liste locale STIP+ avait initialement annoncé également briser le cordon pour s'allier au Vlaams Belang. À la suite de menaces de licenciements, d'annulations de contrats ou de violences physiques contre les membres de la liste STIP+, celle-ci choisit le de renoncer à l'alliance avec le Vlaams Belang.. À Brecht, la liste locale Nu2960 ayant échoué à s'allier à la N-VA annonce le s'allier au Vlaams Belang pour former une majorité communale. Les partis CD&V et OpenVLD ont annoncé par conséquent exclure leurs membres faisant partie de cette liste..
Cordon médiatique
Le « cordon sanitaire » envers l'extrême droite est très présent dans le paysage médiatique et politique francophone, alors que la Communauté flamande a choisi de ne pas appliquer ce système sur le plan médiatique. Toutefois, la situation politique est totalement différente dans la mesure où le est, depuis 1991, un parti doté d'un groupe parlementairevoir . ce qui, de par le Pacte culturelvoir Pilarisation et ., lui assure automatiquement une représentation dans les conseils d'administration des organismes publics, que ce soit à la Radio-télévision publique flamande () ou à l'université de Gand. Côté francophone, le Front national et le Front nouveau de Belgique sont toujours restés très faibles sur le plan électoralvoir : les résultats électoraux (1985-2010) du FN. et n'ont jamais disposé d'un groupe parlementaire qui aurait pu leur permettre de bénéficier du Pacte culturel.
Un exemple concret du cordon sanitaire tel qu'appliqué dans les médias francophones :
En , dans un numéro consacré à la Seconde Guerre mondiale, Wilfried Magazine donne pour la première fois la parole à Tom Van Grieken, dirigeant du .. D'aucuns dénoncent une rupture du cordon sanitaire.
Critiques et controverses
Le cordon sanitaire fait l'objet de controverses aussi bien au sein de la droite que de la gauche, ainsi que parmi les analystes politiques.
La droite y voit une forme de censure idéologique et antidémocratique car imposant une forme de pensée unique.
Parmi les critiques de gauche, plusieurs aspects ressortent :
en Belgique, le cordon sanitaire n'est pas d'application au niveau du parlement flamand, ce qui permet à l'extrême-droite d'y prospérer impunément dans un nombre grandissant de matières à mesures que les compétences des régions sont de plus en plus nombreuses. De plus, bien que le cordon sanitaire impose à l'extrême-droite flamande de rester dans l'opposition au niveau fédéral, elle n'y est pas pour autant réduite à l'impuissance car pouvant malgré tout influencer le vote de lois ;
le cordon sanitaire peut se révéler impuissant face à des idéologies dangereuses émergeant, voire prospérant au sein de partis pourtant qualifiés de « démocratiques ». .
le cordon sanitaire ne s'attaquerait qu'à un des symptômes de l'adhésion à l'extrême-droite tout en négligeant les causes profondes de cette dernière, telles que les crises sociétales et la perte de confiance envers la politique ;
le cordon sanitaire est également qualifié de contreproductif car permettant aux partis qui en font l'objet de se poser en victimes, permettant à ces derniers de bénéficier d'un effet Streisand ;
les médias sociaux n'étant pas soumis au cordon médiatique, il serait devenu inopérant du fait de la montée en puissance de ces derniers ;
l'apparente inexistence de l'extrême-droite au niveau du parlement wallon pourrait donner une image trompeuse du climat politique en amenant à sous-évaluer la prédominance des idées d'extrême-droite au sein de l'opinion publique ;
enfin, le cordon sanitaire serait vulnérable à l'instrumentalisation. Ainsi, en 2022, le MR préconise d'étendre le cordon sanitaire au Parti du travail de Belgique. En réaction, le chef de groupe du PTB au parlement wallon Germain Mugemangango accuse Georges-Louis Bouchez d'instrumentaliser le cordon sanitaire pour banaliser l'extrême droite en l'amalgamant au PTB et de tenter de museler ce même parti, et ajoute que Georges-Louis Bouchez a lui-même indiqué avoir du pour Éric Zemmour. Le PTB estime en outre que les tentatives du MR de lui imposer un cordon sanitaire est « illibérale » et .