Le K-278 Komsomolets (en , littéralement « jeune adhérent du Komsomol »), est un sous-marin nucléaire soviétique qui a coulé le . Ce jour-là, un incendie se déclara à l'intérieur, provoquant la mort de 4 sous-mariniers, puis de 38 autres lors de son naufrage par de fond, au large des côtes de Norvège.
Description du bâtiment thumb|left|Schéma d'un sous-marin de classe Mike. Le Projet 685 Plavnik (en , « nageoire ») est conçu par le Bureau d'étude Rubin afin de développer un sous-marin capable d'emporter aussi bien des torpilles que des missiles de croisière conventionnels ou dotés d'ogives nucléaires. Le but de ce projet était d'étudier l'effet des grandes profondeurs sur les systèmes d'arme. L'ordre de concevoir les plans du sous-marin est donné à la demande de l’État-major de la Flotte en 1966 et ils sont achevés en 1974. La quille du K-278 — premier (et seul) sous-marin de sa classe — est posée le à Severodvinsk, une ville fermée soviétique située sur les bords de la mer de Barents. Il est lancé le et commissionné le .
Il fait de long, de hauteur un tirant d'eau de avec un déplacement d'eau de . Sa double coque en titane fait alors de lui le sous-marin pouvant plonger le plus profondément au monde, avec une profondeur opérationnelle de ., bien plus importante que celle des sous-marins américains. Sa coque interne est divisée en sept compartiments ; les cloisons des compartiments et 3 étant renforcées afin de créer une « zone de sécurité ». Une capsule de sauvetage — résistante jusqu'à , pouvant accueillir tout l'équipage — est intégrée au kiosque au-dessus de ces deux compartiments pour permettre à l'équipage d'abandonner le bâtiment en cas d'urgence.
Les services de renseignement occidentaux estiment dans un premier temps la vitesse du K-278 en partant de l'hypothèse qu'il était propulsé par deux réacteurs à métal liquide plomb-bismuth, révolutionnaires pour leur système de refroidissement.
Lorsque l'Union soviétique révèle que le sous-marin est propulsé par un seul réacteur à eau pressurisée conventionnel (un OК-650b-3), les estimations de vitesse sont revues à la baisseLe réacteur OK-650 est également installé dans les sous-marins appartenant aux Projet 971 (classe Akoula), Projet 945 () et par paires dans ceux du Projet 941 ()..
D'après Norman Polmar et Kenneth J. Moore - deux experts occidentaux des sous-marins soviétiques - la conception du Projet 685 comprend de nombreux systèmes automatisés, qui permettent de réduire le nombre de marins normalement nécessaires pour manœuvrer un sous-marin de cette taille. Les listes d'équipage du Ministère de la Défense soviétique prévoient en 1982 un équipage de . Ce nombre a été porté par la suite à : , vingt-deux premier maîtres et douze marinsNorman Polmar et Kenneth J. Moore, Cold War Submarines : The Design and Construction of U.S. and Soviet Submarines, 2004, Brassey's Inc., Dulles, Virginie, . Son premier commandant est le capitaine de vaisseau Iouri Zelenski.
Il fait partie de la classe Mike et est censé devenir le premier d'une large classe de sous-marins nucléaires d'attaque. Il devient opérationnel fin 1984. Les autres exemplaires construits d'après le même plan ne verront jamais le jour.
Prototype d'une nouvelle catégorie de sous-marins, le Komsomolets devait être le laboratoire d'étude pour la marine soviétique pour la résistance aux hautes profondeurs, d'abord pour des bâtiments militaires sous-marins puis, si le concept avait été validé, pour des permettant le transport de passagers et de fret .
Après avoir passé le stade de prototype, il prend part aux patrouilles de surveillance sous-marines. En , il est affecté à la de la de sous-marins de flotte du Nord. Le , il bat le record de plongée pour un sous-marin d'attaque, avec une immersion à ., résistant à une pression de 100 kg par cm2.
Le , il est renommé « ». Il est alors décrit comme un sous-marin opérationnel de lutte anti-sous-marine. Le , il part pour sa dernière mission.
La catastrophe du 7 avril 1989 Ce jour-là, le Komsomolets navigue à de profondeur près des côtes norvégiennes, à au sud-ouest de l'île aux Ours Gary Weir et Walter Boyne, Rising Tide, New York, Basic Books, 2003, pour une patrouille commencée 39 jours auparavant.
À , un incendie se déclare dans le compartiment 7, sans doute dû à une petite quantité d'huile se déversant sur une surface brûlante, dans cet endroit où passent des flux d'air comprimé connectés aux ballasts. Le centre de commandement ordonne alors d'éteindre le feu grâce à du fréon, un gaz inerte susceptible de l'étouffer. Cela provoque l'asphyxie du sous-marinier Boukhnikachvili qui se trouvait dans le compartiment. Le commandement ignore qu'un flux d'air s'y déverse, ce qui annule l'effet du gaz fréon par un effet de dilution et transforme le compartiment en fournaise.
Le feu commence à se répandre par des fumées dans le sixième compartiment (qui jouxte le septième), à partir de , puis à dans le cinquième compartiment. Au même moment, les communications sont interrompues entre les compartiments tandis que la gouverne de direction se bloque.
Alors que l'incendie s'amplifie, le générateur bâbord se met à l'arrêt à la suite du déclenchement de son système d'alarme, suivi par celui de tribord stoppé par l'équipage. Cela a pour conséquence de priver le sous-marin de sa principale source d'énergie. Le commandant ordonne alors la remontée du bâtiment, par la vidange des ballasts.
À , arrivé en surface, il envoie un SOS chiffré au quartier général de la flotte du Nord de l'armée soviétique, qui en accuse réception à .
Parallèlement, l'incendie continue alors sa progression. Les compartiments touchés émettent au contact de l'eau de mer des jets de vapeurs continue en raison de l'élévation de température tandis que le revêtement anéchoïque a fondu.
À , le commandant Vanine prend la décision de faire évacuer sur le pont tous les hommes non indispensables à la poursuite des manœuvres.
L'équipage est loin d'être tiré d'affaire car l'incendie, qui se propage par les câbles, dégage une chaleur intense. En grand nombre, des hommes tombent inconscients, le étant détecté trop tard. Les tentatives de ventilation et de mise en route du moteur Diesel sont vaines.
À , le sous-marin a envoyé huit signaux d'alerte. Le quatrième compartiment est atteint à son tour par l'incendie généralisé qui a gagné le bord. Le troisième compartiment commence à se remplir de fumée épaisse.
À , le commandant Vanine abandonne le protocole de sécurité et envoie un SOS non chiffré en indiquant son nom, sa position et les circonstances de la catastrophe. L'amiral Tchernavine ordonne le secours immédiat du sous-marin, avec l'aide possible et souhaitée de la flotte norvégienne. Celle-ci ne fut pas alertée. Les secours sont totalement désorganisés et trop tardifs.
À , un quadrimoteur Iliouchine Il-38 décolle pour porter assistance au sous-marin.
À , plusieurs navires et hélicoptères de la marine norvégienne patrouillent à proximité du sous-marin. En raison de l'appartenance de la Norvège à l'OTAN et du statut ultra-secret du Komsomolets, il est interdit à l'équipage de demander l'assistance à cette nation.
À , la communication par radio est établie entre l'Iliouchine Il-38 et l'équipage. À , le quadrimoteur effectue le premier survol du bâtiment et constate la situation critique. Le sous-marin gîte par tribord.
À , le bâtiment est repéré par les secours aériens. L'eau est glacée, la visibilité mauvaise et la majorité de l'équipage est sortie, chassée par la fumée. Seul le commandement et quelques techniciens sont encore à bord pour tenter de sauver le bâtiment.
À , l'eau envahit progressivement le septième compartiment.
À , la différence d'assiette atteint 30° et le Komsomolets s'enfonce par l'arrière.
À , après quatre heures d'efforts infructueux, le naufrage paraît inévitable mais les secours ne sont prévus que pour . L'ordre est donc donné d'abandonner le navire malgré les conditions météo défavorables. Les hommes prennent alors place dans les canots de sauvetage et de petits radeaux de sauvetage sont lancés par un avion. De nombreux hommes sont déjà morts d'hypothermie dans les eaux à de la mer de Barents.
À , le Komsomolets continue de sombrer avec six hommes encore à l'intérieur, dont le commandant. Il s'agit du capitaine de vaisseau Evgueni Vanine, des capitaines de corvette Anatoli Ispenkov et Viatcheslav Youdine, ainsi que des maîtres principaux Alexandre Krasnobaïev, Victor Slioussarenko et Sergueï Tchernikov. Demeuré à son poste, Ispenkov permet de maintenir l'alimentation électrique du bâtiment pendant les opérations d'évacuation. Il reste piégé à l'intérieur lorsque la coque du sous-marin affaiblie se retrouve écrasée à de profondeur par la pression de l'eau. Les cinq autres hommes s'échappent du sous-marin par une capsule de secours interne lors du détachement du navire à . En raison de la décompression subie par l'équipage et de la mauvaise conception des scaphandres qui rend leur usage précaire en cas d'urgence, seul le maître principal Slioussarenko rejoint la surface en vie.
Les radeaux de sauvetage, trop peu nombreux, laissent une cinquantaine d'hommes à la mer. L'usine flottante de transformation de poissons B-64/10 Alexeï Khlobistov (Алексей Хлобыстов) arrive à , après le naufrage du K-278 et recueille vingt-cinq survivants et cinq morts à son bord.
Au total, le naufrage fait quarante-deux victimes ; trente-huit hommes meurent noyés et quatre sont portés disparus.
Victimes Voici la liste des quarante-deux victimes ainsi que leurs grades +NomGradeTalant BourkoulakofCapitaine de vaisseauEvgueni VanineCapitaine de vaisseauIouri MaximtchoukCapitaine de frégateOleg AvanesovCapitaine de frégateValentin BabenkoCapitaine de frégateAlexandre VolodineCapitaine de corvetteAnatoli IspenkoCapitaine de corvetteSergueï ManiakineCapitaine de corvetteViatcheslav YoudineCapitaine de corvetteNicolaï VolkovLieutenant de vaisseauEvgueni NaoumenkoLieutenant de vaisseauSergueï NejoutineLieutenant de vaisseauMikhaïl SmirnovLieutenant de vaisseauIgor SperanskiLieutenant de vaisseauSergueï MarkovLieutenant chefVadime ZimineLieutenantIgor MoltchanovLieutenantAlexandre ChostakLieutenantVladimir TkatchPremier maître principalSergueï BondarMaître principalIouri BrodovskiMaître principalMikhaïl ValiavineMaître principalMikhaïl ElenikMaître principalSergueï ZamoguilnyMaître principalIouri KapoustaMaître principalGuennadi KovalevMaître principalVladimir KolotilineMaître principalAlexandre KrasnobaievMaître principalSergueï NakhalovMaître principalSergueï TchernikovMaître principalSergueï GolovtchenkoSecond maître de classeIgor ApanassevitchMatelot brevetéNadar BoukhnikachviliMatelot brevetéEvgueni VerchiloMatelot brevetéAlexeï GroundoulMatelotSergueï KrasnovMatelotVladimir KoulapineMatelotAndreï MikhalevMatelotValery SoukhanovMatelotVitalï TkatchevMatelotRoman PhilippovMatelotStasis SimkunasMatelot
Les réactions après la catastrophe La catastrophe est alors connue par toute la presse mondiale. Le décompte des morts et l'enchaînement des événements sont divulgués par les journaux Komsomolskaïa Pravda et Sovietskaïa Rossia. L'équipage du Komsomolets est décoré et des missions océanographiques sont envoyées sur le site de l'épave.