Le château du Taureau est situé sur la commune de Plouezoc'h, en baie de Morlaix dans le Finistère. C'est un fort construit, entre 1690 et 1745, sur un îlot rocheux en pleine mer. Peu importe le coefficient de marée, il n'est jamais accessible à pied. Il est ouvert au public depuis et accueille chaque année plus de . Il est classé monument historique par arrêté du ..
Histoire vignette|Vue d'ensemble de la baie de Morlaix. Attaque anglaise de 1522 En 1520, à la suite de l'échec de la rencontre du camp du Drap d'Or, les relations entre les royaumes de France et d'Angleterre se dégradent et débouchent sur un rapprochement de cette dernière avec l'Espagne de Charles Quint. Ainsi, en 1522, une flotte anglaise attaque Cherbourg puis se dirige vers Morlaix où elle arrive début juillet. Le jour de l'attaque est choisi en fonction de la foire de Guingamp. Ainsi, tous les notables et surtout les soldats sont absents, laissant la ville sans défense. Une flotte de soixante navires s'approche de la côte et débarque plusieurs centaines d'hommes déguisés en marchands pour ne pas éveiller la curiosité. La nuit venue, ils se dirigent vers la ville où ils ne rencontrent aucune résistance. Dans le même temps, les navires remontent la rivière afin de débarquer directement des hommes dans la ville. Toutefois, ils sont bloqués par des arbres abattus dans le lit de la rivière. Ayant pris la ville, les Anglais se livrent au pillage, incendient les maisons et massacrent les habitants qui n'ont pu fuir. Le lendemain, prévenus par les habitants en fuite, les soldats de arrivent sur les lieux afin d'en chasser l'ennemi. Ce dernier, ayant découvert des victuailles et de nombreux fûts de vins, avait fêté la victoire toute la nuit et dormait, la plupart des soldats étant enivrés. Les Français massacrent tous les Anglais qu'ils trouvent, ces derniers offrant peu de résistance du fait des libations de la nuit précédente.
Construction Le premier fort vignette|Le premier château. À la suite de cet évènement, il est décidé de construire un fort en baie de Morlaix. Toutefois, pour construire ce type de bâtiment sur la côte, il faut une autorisation du roi accordée par sur intervention du duc d'Étampes en 1542. Mais aucun financement royal n'est prévu. Le fort doit être construit sur les deniers des Morlaisiens qui seront remboursés plus tard, lorsque les finances du royaume le permettront. À titre de compensation, le Roi leur octroie le privilège de nommer le gouverneur du fort ainsi que sa garnison tout en assurant son équipement et son traitement. Ce privilège se révèle fort coûteux, ainsi, en 1620, le budget alloué à la gestion du fort est de Le Taureau, sentinelle de la baie de Morlaix, Éditions Ouest-France, .
Le choix de l'emplacement se porte sur un îlot rocheux, dépendant du village de Plouezoc'h, nommé « Taureau » qui contrôle l'accès à la ville et oblige les navires à emprunter la seule passe possible, à l'ouest, à portée de canon.
Les bourgeois de la ville entreprennent la construction de la forteresse. Elle se compose d'une tour d'artillerie - la Tour Française peut être due à l'architecte de la Renaissance Philibert Delorme, et de canonnières situées au ras de l'eau et d'une enceinte haute de ..
En 1544 est nommé son premier commandant, Jean de Kermellec qui dispose d'une garnison forte de vingt-trois soldats, un trompette, un canonnier ainsi qu'un aumônier ; à partir de 1564 les Morlaisiens prirent l'habitude de nommer gouverneur pour un an le syndic de la ville sortant de charge : par exemple en 1576, Maurice BalavenneMaurice Balavenne, né le à Morlaix, paroisse de Saint Mathieu, décédé vers 1615, seigneur de Kerlan en Camlez, de Kervézec en Plougasnou, de Mésily et de Lestrézec en Taulé. est nommé gouverneur du château du Taureau. Pendant les guerres de religion, en 1590, le rocher de Primel fut fortifié par Guillaume du Plessis, seigneur de KerangoffGuillaume du Plessis, né le à Morlaix, décédé le à Morlaix. (gouverneur de 1594 à 1604), qui possédait aussi le château du Taureau, ce qui lui permettait de bloquer à son profit la rade de Morlaix et de rançonner ou piller les bateaux, amis comme ennemis.. Cependant, ce premier fort avait été construit dans la précipitation et les assauts répétés de la mer détruisent la Tour Française en 1609. Cette dernière est reconstruite en 1614.
Dans son projet du , Vauban décrit le fort primitif comme « extraordinairement petit, bas, peu contenant, et très mal assorti ». La découverte d'un soubassement de colonne en granit et du dallage en schiste du logement du gouverneur lors d'un sondage archéologique entrepris en 2001 pendant les travaux de restauration a permis de déterminer le niveau de la cour du fort primitif à environ cinquante centimètres de profondeur et Site internet de Guillaume Lécuillier.
Le nouveau fort vignette|left|La cour intérieure. vignette|Levée du château du Taureau en vue de modifications (1689) par Vauban. Le la ville de Morlaix est informée que le roi , en raison du mauvais état des finances de la ville et de la négligence des officiers du Taureau dans la répression de la contrebande., reprend le fort aux Morlaisiens et l'intègre dans le système de défense du royaume.
Vauban, ingénieur-architecte visite le château en et le trouve en fort mauvais état. Dans un rapport daté du , Vauban fait une description du fort primitif avant de donner son projet pour la reconstruction ; c'est ce projet général et ces idées qui seront utilisés jusqu'à l'achèvement du château en 1745. « Faire tout de pierre de taille. Choisir ces pierres des meilleures de l'Isle Calot qui tiennent bien leur arête, les tailler très proprement sur les faces » ordonne Vauban en 1689. La tour Française, même si elle est en bon état au niveau de sa maçonnerie, fait l'objet des bons soins de l'ingénieur. La tour d'artillerie devant assurer la défense du fort pendant sa reconstruction. Vauban propose de changer les deux planchers et leurs corbeaux de pierres de taille pour les ancrer dans le vieux mur, de réparer toutes les embrasures de la tour et de les doter de sabords.
Du reste de l'édifice, il veut construire un nouveau fort de « bonne et solide maçonnerie à chaux et sable ». Son profil « doit être fort et robuste, tant à raison des coups de mer dont il sera terriblement battu que de la grande hauteur qu'il est nécessaire de lui donner tant pour le rendre inaccessible aux entreprises de basse mer, que pour lui donner fleuron supérieur à celle de tous les vaisseaux qui passeront près ». La tour Française dominera l'ensemble du nouveau fort. Les quatre casemates à canons de l'ancien fort seront « déménagées », une nouvelle batterie basse voûtée de « pierres ardoisines » remplacera l'ancienne. Les basses embrasures sont destinées, selon les propres termes de Vauban, « contre le dehors à tenir du mousquet ».
Les travaux du nouveau fort du Taureau approuvés par Vauban commencent au printemps 1689.
vignette|Les pierres ayant servi à la construction sont de diverses provenances, ce qui explique les coloris différents. 1690-1692 : reconstruction du front Sud (pont-levis et môle ; porte d'entrée, corps de garde et chapelle), construction du front Nord (les trois casemates à canon orientées vers le nord-ouest et magasin à poudre au premier étage) et fondations de la partie Ouest (du front nord à la tour Française). Le chantier progresse assez vite ; il est vrai que les carrières sont nombreuses dans la baie de Morlaix et que le transport de la matière première est facilité par la voie maritime. Paradoxalement, il est plus facile de construire un château en pleine mer que sur la terre ferme où les matériaux sont très difficilement acheminés, compte tenu de l'état des routes et des chemins. Le fort du Taureau est ce qu'on appelle un ouvrage polylithiqueSur ce sujet, voir les articles de Louis Chauris.. De nombreux îlots et îles de la baie de Morlaix tous proches du chantier comme l'île Callot (granite rose-rougeâtre), l'île de Batz (granite gris), le Jardin du Roi (granite ocre) (aujourd'hui, île Louët) ou encore Roc'h Gored… ont fourni la matière première à la reconstruction. Ce sont les pierres situées au niveau de la mer, les « boules de granite », qui sont extraites en premier et acheminées par des chalands et http://pagesperso-orange.fr/fortificationslittorales.labretagnenord/index_les_ingenieurs_architectes_2.html. vignette|left|Plan du fort, issu du Recueil des plans des places du Royaume, divisées en provinces, faits en l'an 1693. 1692-1699 : travaux sur la partie ouest, l'enceinte s'élève jusqu'au niveau des deux tiers de la hauteur du premier étage (huit casemates à canon orientées vers l'ouest). La plate-forme couvrant le front nord est achevée. Une coursive permet d'accéder aux casernes du premier étage. 1702 : achèvement de la jonction ouest (les casernes au premier étage et la plate-forme sont achevées ainsi que le parapet percé de neuf embrasures). Le fort est extérieurement assez proche de son aspect actuel, exception faite de l'enceinte à l'est, plus basse, qui est celle du fort primitif. Suivant les conseils de Vauban, Siméon Garangeau veut élargir l'enceinte. 1702-1740 : le fort reste inachevé. Le fort qui n'est pas encore achevé - la dernière phase des travaux commence en 1741 et s'achève en 1745, ne connaît que peu de gros changements architecturaux mais des aménagements ont continuellement lieu. La plate-forme de pierre de taille de la tour Française est démolie et rétablie. Un cordon est ajouté à la tour avec un parapet en pierre de taille de Callot au sommet coupé de quatre embrasures. Une nouvelle guérite à cinq pans avec son cul de lampe et sa calotte vient remplacer l'ancienne carrée. Jusqu'en 1741, date du début de la dernière phase de reconstruction du fort, la cour est encombrée par des petites bâtisses sans valeur mais pourtant essentielles pour la vie de la garnison et http://pagesperso-orange.fr/fortificationslittorales.labretagnenord/index_les_ingenieurs_architectes_3.html.