Les tirailleurs algériens, appelés aussi Turcos, sont des unités d'infanterie de l'armée de terre française, appartenant à l'Armée d'Afrique
Ces unités constituées en Algérie française, à recrutement majoritairement indigène (70-90 % selon les époques), sont actives de 1842 à 1964. Les tirailleurs algériens participent à toutes les campagnes militaires du Second Empire et de la et se distinguent particulièrement lors de la Première Guerre mondiale, au cours de laquelle les ayant combattu obtiennent à l'ordre de l'Armée14 régiments combattants au 31 aout 1918. 5 sont créés entre septembre et novembre 1918 mais ne participent pas aux combats, recevant la fourragère aux couleurs de la Légion d'honneur6 citations à l'ordre de l'Armée. Seules 23 unités (17 régiments et 6 bataillons) de l'Armée de Terre la reçoivent en 1914-1918, puis lors de la Seconde Guerre mondiale, notamment lors de la campagne d'Italie au sein du corps expéditionnaire français du général Juin puis du débarquement de Provence en .
right|300px|thumb| RTir d'Épinal (sous-officier) - (troupe) - (troupe) écussons modèle 1945.
Le mot « Turcos » Le surnom de « Turcos » a été donné aux Tirailleurs algériens lors de la guerre de Crimée par les Russes qui les avaient pris pour des Turcs. Parfois, il est utilisé en reprenant le terme espagnol, à propos d'Amérique latine (de Cuba à l'Argentine) pour désigner les descendants des immigrés de l'ex-empire ottoman, Syriens et Libanais.
Le terme Turcos est surtout employé à la fin du , notamment pendant la guerre de 1870-1871. Des Turcos sont ainsi les héros de la commune de Chanteau (Loiret) ou d'un des Contes du lundi d'Alphonse Daudet, « le Turco de la commune ».
Les traductions successives du mot, désormais français, de « turco » amènent à des contre-sens. Ainsi, le roman La Ciociara d'Alberto Moravia (dont Vittorio De Sica tire le film le film homonyme en 1961, avec Sophia Loren et Jean-Paul Belmondo) évoque les crimes perpétrés en Italie, dans la région d'Esperia, par l'armée française et notamment par certains de ses goumiers marocains assimilés aux Turcos. La traduction en français en 1958 par Claude Poncet parle de « Turcs » (pages 293 & 297 de l'édition J'ai Lu, 1984, 350 p.) faisant un lien, non voulu par l'auteur, entre les anciennes et les nouvelles catégories de sujets de ressentiment.
Historique Dès les débuts de la conquête de l'Algérie, en 1830, les soldats français s'entourent de troupes indigènes car ces dernières connaissent bien le pays, la culture locale, l'adversaire et s'adaptent généralement mieux au climat local que les Européens.
Ces troupes indigènes sont tout d'abord appelées zouaves par les Français du nom d'une confédération tribale qui servit les turcs d'Algérie, entrée au service de la France peu après la prise d'Alger. Le recrutement des tirailleurs algériens est rapidement () ouvert aux colons européens d'Algérie.
Trois bataillons de Tirailleurs Indigènes sont créés par l'ordonnance du pour accueillir les indigènes au moment où les Zouaves deviennent un corps à recrutement exclusivement français.
Les premiers bataillons de tirailleurs algériens apparaissent ainsi en 1842 et servent de force de souveraineté dans les territoires conquis. Ces unités de tirailleurs, recrutés parmi les indigènes, se différencient des unités de zouaves, à recrutement européen. Au début les bataillons sont indépendants et participent à la plupart des opérations de conquête et de pacification en Algérie notamment à Constantine et Laghouat. En 1854, un régiment provisoire est organisé pour la guerre de Crimée puis en 1856, trois régiments à trois bataillons de six compagnies sont créés, un dans chaque département d'Algérie, et comportent chacun 106 officiers et . En 1884, un est formé en Tunisie. Au départ, les tirailleurs tunisiens sont intégrés aux tirailleurs algériens et portent des numéros d'unités multiple de quatre. C'est seulement en 1921 que le terme de Tunisien sera adopté pour désigner ces derniers. En 1914, cinq nouveaux régiments, les , , , et , sont créés.
À partir de 1854, les tirailleurs vont servir hors d'Afrique du Nord et stationneront régulièrement en France entre 1918 et 1960. Le commandement français montrera une grande confiance dans ces troupes et leur implication au service de la France ainsi que leur « exotisme » les rendront souvent très populaires auprès des populations locales.
Les régiments de tirailleurs algériens écrivent pour l'armée française parmi les pages les plus glorieuses de son histoire, général André Lenormand, « La guerre d'Algérie », in Historia Magazine, , 6 mars 1972. Ils participent à toutes les campagnes du Second Empire et de la République : Laghouat (1852), guerres de Crimée (1854-1855), où ils gagnèrent leur surnom de « turcos », et d'Italie (1859), campagne du Sénégal (1860-1861) et de Cochinchine (1858-1862), guerre du Mexique (1862-1867), guerre franco-prussienne de 1870-1871 en Lorraine, aux armées de la Loire et de l'Est, campagnes de Tunisie (1881-1883), du Tonkin (1883-1886), de Madagascar (1895), opérations de pacification en Algérie, au Sahara, campagne du Maroc de 1907 à 1912. Ils s'illustrent ensuite durant la Première Guerre mondiale, notamment lors de la bataille de Verdun en 1916, puis durant la Seconde Guerre mondiale, en Tunisie (1942-1943), en Corse (1943), en Italie (1943-1944), sur l'Île d'Elbe (1944), en Provence (1944), dans les Vosges (1944), en Alsace (1944-1945) et en Indochine plus particulièrement à la Bataille de Điện Biên Phủ en 1954.
Les régiments de tirailleurs algériens (RTA) deviennent en 1958 « régiments de tirailleurs » (RT), le « A » disparaissant. En 1964, les tirailleurs sont dissous, et à leur place on forme des bataillons de chasseurs ou des régiments d'infanterie.
Les différentes appellations des régiments de tirailleurs algériens et tunisiens
1856-1913 : Régiments de tirailleurs algériens (RTA) 1913-1921 : Régiments de tirailleurs indigènes (RTI). Appellation officielle mais peu utilisée. Durant la guerre 1914-1918 des régiments de marche de tirailleurs (RMT) sont formés à partir des différents régiments organiques. 1921-1924 : appellation par recrutement d’origine : Régiments de tirailleurs algériens (RTA) et Régiments de tirailleurs tunisiens (RTT) au : Régiments de tirailleurs nord-africains (RTNA) 1926-1958 : retour à l'appellation par recrutement d’origine : RTA et RTT 1958-1964 : Régiment de tirailleurs (RT)
La numérotation des régiments est commune aux tirailleurs algériens et tunisiens.
Uniforme, nouba et mascotte du régiment thumb|left|Uniforme en 1852 : tambour et officier « indigènes », officier français, soldat « indigène », cantinière (de gauche à droite) thumb|right|Uniforme des tirailleurs algériens vers 1866
L'uniforme des tirailleurs dit « à l'orientale » remonte à la création des premiers régiments vers 1840. Cet uniforme, quasiment identique à celui des zouaves et des spahis, hormis dans le choix des couleurs comprend : une coiffure : la « chéchia » ou le « chèche » une veste de couleur bleue avec des parements jaunes, portée sur une « sédria » (gilet sans manches) une ceinture de laine rouge le séroual, un pantalon bleu ou blanc, ample avec de nombreux plis
En plus de leur uniforme particulier, les tirailleurs possèdent également une musique originale, la nouba, caractérisée par son chapeau chinois, et une mascotte (généralement un ovin, bélier, mouflon ou bouc) qui marche en tête lors des défilés.
Composition d'un régiment de tirailleurs Première Guerre mondiale thumb|left|Le et son drapeau en 1917 En 1914, un régiment d'infanterie possède trois bataillons et compte environ . Un bataillon d'infanterie comprend quatre compagnies et compte et deux mitrailleuses. Une compagnie d'infanterie compte de .
À la mobilisation, les neuf régiments de tirailleurs algériens et tunisiens représentent quarante bataillons dont dix-neuf se trouvent au Maroc. sont envoyés en France en août et , six demeurent au Maroc et deux en Algérie. Au cours de la guerre l'effectif s'accroît encore avec la formation de régiments de marche (RMT) et de régiments mixtes de Zouaves et de Tirailleurs (RMZT). Deux réorganisations se produisent, l'une en et l'autre en . Elles se traduisent par l'apparition de neuf régiments de marche, numérotés de 1 à 9 qui comprendront au cours des trois années de guerre suivantes quelque auxquels s'ajouteront dans les derniers mois de la guerre. Le jour de l'armistice, de environ sont présents.
Seconde Guerre mondiale Durant la Seconde Guerre mondiale, un régiment de tirailleurs est commandé par un colonel assisté d'un lieutenant-colonel. Il comprendPaul Gaujac, Le Corps expéditionnaire français en Italie, Histoire et Collections, 2003, : un état-major trois unités régimentaires : une compagnie hors-rang (CHG) une compagnie antichar (CAC) une compagnie de canons d'infanterie (CCI) qui dispose de six obusiers de 105 trois bataillons qui comprennent chacun une compagnie de commandement trois compagnies à trois sections de fusiliers-voltigeurs et une section de mitrailleuses et d'engin une compagnie d'accompagnement à deux sections de mitrailleuses lourdes, une section de mortiers de 81 et une section de canons antichars
Un régiment comporte un peu plus de (dont et sous-officiers) et . La proportion de Maghrébins atteint 70 % pour le régiment, 75 % pour le bataillon et 80 % pour la compagnie de fusiliers-voltigeurs.
Campagnes du Second Empire Guerre de Crimée (1853-1856)