Mani Ratnam, de son vrai nom Gopala Ratnam Subramaniam, né le à Madurai (Tamil Nadu), est un réalisateur, scénariste et producteur indien. Le choix de ses sujets, souvent ancrés dans la réalité sociale ou politique, et la qualité de ses réalisations alliés au respect des conventions du cinéma populaire, lui valurent la reconnaissance du grand public, des critiques et des plus grandes stars qui tournent volontiers avec lui. Sa façon de filmer, avec un esthétisme qui lui est propre, influence profondément le cinéma indien.

Biographie Gopala Ratnam Subramaniam est né le à Madurai, l'état du Tamil Nadu, en Inde. Il est le deuxième enfant d'une famille évoluant dans le milieu du cinéma. Son père Gopal Ratnam est distributeur pour la société Venus Pictures et son oncle "Venus" Krishnamurthy était producteur. Son frère aîné, G.Venkateswaran (1948 - 2003), dit G.V., patron de la Sujatha Productions (P) Ltd, puis de la G.V.Films Ltd. Son frère cadet, G.Srinivasan (1958 - 2007), responsable de la Madras Talkies (avec Mani Ratnam)

Mani Ratnam étudie dans le domaine du management à l'institut Jamnalal Bajajet et entame, par la suite, une brève carrière de consultant.

Vie professionnelle

1983–1985: Les premières réalisations Puis en 1983, Mani Ratnam s'oriente vers le cinéma.

N'ayant fait aucune d'études ou de formation au préalable dans cette discipline, ni d'avoir jamais été assistant d'aucun, sa seule force de conviction lui permet de convaincre Balu Mahendra, (chef opérateur et metteur en scène de renom), de travailler pour lui, sur sa toute première réalisation, en langue Kannada, intitulé Pallavi Anu Pallavi dans laquelle l'acteur hindi Anil Kapoor interprète son premier grand rôle. Ce triangle amoureux ne remporte pas un franc succès public, mais il est acclamé par la critique, ce qui lui vaut de remporter le Karnataka State Film Award du meilleur scénario. Les chansons d'Ilayaraja sont déjà très mélodieuses.

Pour Unaru, en 1984, Mani Ratnam s'envole dans un autre état du sud, le Kérala, sur la demande du producteur N.G.John qui souhaite qu'il réalise un thriller politique avec Mohanlal. Il est question de corruption au sein d'un mouvement syndicaliste. C'est Ilayaraja qui assure la musique du film. Finalement à sa sortie, en avril, Unaru ne laisse pas une grande trace dans la mémoire des spectateurs malayalams, mais permet, tout de même, à Mani Ratnam de continuer sa passion : la réalisation.

Arrive en 1985, Pagal Nilavu, un film de gangsters, qui marquait les débuts de Mani Ratnam dans le cinéma tamoul. C'est son ami d'enfance, Thiyagarajan qui le produisit sous la bannière de sa Sathiya Jyothi Films. La musique est confiée à Ilayaraja. Mais Pagal Nilavu ne remplit pas les salles de cinéma tamoules à sa sortie, durant cet été-là, c'est un revers.

À la suite de ces deux échecs commerciaux, le cinéaste connait enfin, quelques mois après, en septembre, son premier succès au box-office tamoul, avec le mélodrame Idaya Kovil (1985), Ilayaraja est alors, au sommet de sa créativité musicale.

1986–1991: Percée et reconnaissance L'année d'après, en 1986, il réalise et sort son Mouna Ragam. Projet que le réalisateur mit longtemps à mettre sur pied et grâce à son grand frère, le producteur G.Venkateswaran (dit G.V., de la Sujatha Productions (P) Ltd, ici, qui deviendra, plus tard, la maison G.V.Films Ltd). L'immense succès commercial et critique de ce mélodrame le propulse au rang de cinéaste de premier plan à Kollywood. La bande originale composée par Ilayaraja y contribue pour beaucoup, c'est depuis un grand standard de la musique tamoule.

Il confirme cette importante réussite, dès l'année suivante, en 1987 (lors du Deepavali), avec, à nouveau, un film de gangsters Nayakan (porté par un très "grand" Kamal Hassan) qui rafle de nombreuses récompenses et représente l'Inde aux Oscars.

En 1988, Mani Ratnam réunit Prabhu Ganesan et Karthik, (deux fils d'acteurs, respectivement, du monstre sacré Sivaji Ganesan et du grand Muthuraman) autour dAgni Natchathiram. Ce thriller reçoit de nombreux prix.

Puis, Mani Ratnam tourne pour le public de l'Andhra-Pradesh, Geethanjali. Cette tragique histoire d'amour suscite un énorme engouement populaire et médiatique, qui se traduit par de grosses recettes et récompenses pour toute l'équipe du film. Le film a été sorti en tamoul ave une version doublée intitulée Idhayathai Thirudathe.

Et il la démarre par un drame familial, Anjali, du prénom de sa petite héroïne, de trois ans, mentalement déficiente à sa naissance, cachée par son père au reste de la famille. En 1990, Mani Ratnam fondait une maison de production avec S.Sriram, l'Aalayam.

Puis quelques mois après, pour les fêtes de Deepavali 90, c'est un polar musclé, Chatriyan, avec l'un des spécialistes du genre, Vijayakanth et produit par Mani Ratnam (via sa Aalayam Productions), qui cède sa place ici, de réalisateur à K.Subash. Si sa bande originale ne contient que trois chansons, la musique du film d'Ilayaraja prend le relai et vient combler ce manque. Chatriyan, en plus d'engranger d'énormes bénéfices, se paie le luxe de gagner le statut de film culte. C'est avec Chatriyan que Mani Ratnam devint producteur à part entière, sous l'appellation d'Aalayam.

Un peu plus d'un an après, pour les fêtes de Deepavali 91, Mani Ratnam revient, en force, aux commandes d'un autre grand film de gangsters, Thalapathi, à la distribution quatre étoiles, Rajinikanth, d'un côté et de l'autre, Mammootty. Les deux grandes stars du Sud incarnent deux styles de criminels. Le succès de Thalapathi est retentissant car il est populaire, générant de très gros gains et aussi une critique élogieuse à son égard, résultant de nombreuses distinctions.

1992–2000: Acclamation et critique nationale Mani Ratnam élargit ses thèmes et enclenche un nouveau cycle consacré au terrorisme, à travers trois longs-métrages.

En 1992, il met en œuvre le premier de cette trilogie, le thriller-romantique Roja et produit par la Kavithalayaa Productions de K.Balachander, avec l'acteur Arvind Swamy. Le film fut doublé dans les autres langues dravidiennes, y compris en Hindi, faisant valoir la reconnaissance nationale pour Mani Ratnam. C'est à cette occasion-là, qu'il introduit officiellement, un jeune prodige de la musique de film, A. R. Rahman Sa bande originale fut une tempête musicale. Un nouveau son était né, en Inde. À partir de ce temps-là, les deux professionnels (Mani Ratnam et A.R. Rahman) ne vont plus se quitter.

Pour Dasarathan, Mani Ratnam reprend sa casquette de producteur et délègue son poste de réalisateur à l'acteur Raja Krishnamoorthy, (plus connu sous le surnom de Kitty). Ce pur film d'action tamoul ne trouve ni son public, ni de bonnes critiques pour le sauver.

Le mois suivant, avec Gaayam, Mani Ratnam revient sur les terres de l'Andhra-Pradesh, où il co-écrit, (seulement) avec Ram Gopal Varma, réalisateur de ce film de gangsters, (inspiré de la guerre des gangs qui fit rage dans la cité de Vijayawada, dans les années 1980) avec l'acteur télougou Jagapati Babu, en tête d'affiche. Gaayam triomphe auprès du grand public et se voit décerner une flopée de récompenses. Le compositeur Sri Kommineni (dit Sri) fournit cinq chansons pour le film. Une suite lui sera donnée en 2010, Gaayam 2.

Puis, le metteur en scène tamoul revient avec un sujet plus léger, Thiruda Thiruda, une comédie d'aventures, qui est l'affiche pour le Deepavali 93. Si le film ne fonctionna pas correctement au box-office, en revanche, il se tailla, au fil du temps, le statut de grand classique. La musique d'A.R. Rahman fit sensation, dès sa sortie.

La Madras Talkies, une autre maison de production de Mani Ratnam en partenariat avec son petit frère, G.Srinivasan et son épouse, la comédienne Suhasini, née en 1995.

Toujours en 1995. Mani Ratnam s'attaque à son second volet sur le terrorisme avec le drame Bombay (1995). En toile de fond les émeutes de Bombay de décembre 1992 à janvier 1993 qui ensanglantèrent cette grande ville. C'est au milieu de ce bourbier, qu'un journaliste hindou (joué par l'acteur Arvind Swamy) marié à une jeune musulmane (Manisha Koirala), cherche désespérément leurs petits jumeaux. Mani Ratnam y dénonce le sectarisme religieux et incite à plus de tolérance et d'ouverture. Le cinéaste fut victime d'une tentative d'attentat sur sa personne, en représailles. Encore actuellement sur la "liste noire" de groupes terroristes, Mani Ratnam bénéficie d'une protection policière. A.R.Rahman, pour sa part, donne l'une de ses meilleures bandes originales. Bombay remporte un vif succès populaire malgré la controverse qui l'entoure et reçoit une pluie de récompenses, au printemps de cette année-là.

Deux mois après Bombay, sort Indira. Si le premier s'attaquait vigoureusement aux guerres de religion, le second combat énergiquement le système pervers des castes. Écrit à quatre mains, c'est-à-dire, avec Suhasini, sa femme, Mani Ratnam lui confie également son fauteuil de metteur en scène, pour que la comédienne tourne ce drame rural, où l'héroïne, Indira (Anu Hassan), accompagnée de son bien-aimé (Arvind Swamy) luttent pour leur communauté face à un élu peu scrupuleux qui veut les spolier. A.R.Rahman délivre une très mélodieuse bande originale.Aasai est un thriller de , produit par Mani Ratnam. Vasanth, assistant du légendaire K. Balachander, en est l'auteur et dirige le jeune Ajith Kumar, dont son personnage. Aasai est un énorme succès populaire, son histoire et sa musique du compositeur Deva en sont à l'origine. Le film reçoit aussi des récompenses.

En 1997, Mani Ratnam co-produit (Madras Talkies) et réalise Iruvar, une biographie romancée, inspiré de la vie de MGR, de M. Karunanidhi, de J. Jayalalithaa avec des liaisons étroites entre leur cinéma et de leur politique, dans l'état du Tamil Nadu, durant un demi-siècle. Servie par la star du Kérala, Mohanlal, en tête. C'est dans cette saga, que l'actrice Aishwarya Raï, ex-Miss Monde 1994, débute au cinéma. Programmé pour les fêtes de Pongal, ainsi que pour le cinquantenaire de l'Indépendance de l'Inde, Iruvar est mal accueil au Pays Tamoul, cependant il connait un énorme engouement à travers le monde et gagne finalement la qualification de grand classique du cinéma. Le jeune virtuose A.R.Rahman signe à nouveau un bel album.Nerrukku Ner est une variation, à peine voilée d' Agni Natchathiram. C'est l'équipe technique d'''Aasai qui se reforme. Mani Ratnam, producteur, Vasanth, auteur-réalisateur et Deva, compositeur. Pour cet autre thriller, son affiche rassemble deux futurs stars des années 2000, Vijay et Surya (dans son premier rôle).

C'est donc ainsi, en 1998, qu'il se retrouve à tourner son tout premier long-métrage hindi, Dil Se, marquant par là, son entrée dans la grande Mecque du cinéma du Nord (c'est-à-dire à Bollywood). Dil Se, c'est aussi le troisième film de la « trilogie du terrorisme », avec un Shah Rukh Khan en reporter très convaincant face à une Manisha Koirala en terroriste-kamikaze fanatisée jusqu'au fond des yeux, dans une histoire d'amour impossible. Le film, sorti quelques jours après les commémorations de l'Indépendance, fut un échec au box-office indien, mais connaît comme la précédente œuvre du cinéaste (Iruvar), un immense succès à l'étranger. Il devient le premier film indien à être classé dans le top 10 au box-office anglais. A.R.Rahman, toujours égal à lui-même, franchit avec la musique et les chansons de Dil Se, encore une nouvelle étape, dans sa notoriété. C'est la India Talkies (composée de Bharat Shah, Ram Gopal Varma, Shekhar Kapur, Mani Ratnam et G.Srinivasan) qui produit ce thriller.