Francisco Cándido Xavier ( - ), aussi connu sous le diminutif Chico Xavier, est un célèbre médium et auteur spirite brésilien du . Il a publié 451 livres et aura joué un rôle important dans l'histoire religieuse, sociale et du spiritisme au Brésil.
En 2000, il est élu « Minéro du », par l'État du Minas Gerais"... ayant été élu, en 2000, le Mineiro du , selon une enquête menée auprès de la population du Minas Gerais." Biographie de Chico Xavier, texte en de couverture de son livre : Nosso Lar, éditions du CSF, Brasilia, 2005..
Biographie Son récit biographique, tel qu'il pouvait être raconté au Brésil dans les années 1980, a été amplement développé par les anthropologues français Marion Aubrée et François Laplantine.
Enfance Francisco Cándido Xavier nait le dans la municipalité de Pedro Leopoldo, dans l'État du Minas Gerais (Brésil). Il est le fils d'une famille qui compte neuf enfants, né de parents tous deux présentés comme analphabètes. Son père avait été vendeur de billets de loterie et sa mère, blanchisseuse. Le médium brésilien raconte que c'est à l'âge de cinq ans, après avoir perdu sa mère, qu'il commence à entendre des voix. Dès neuf ans, en parallèle de l'école, son père le fait embaucher dans une usine textile.
Les récits de sa biographie relatent qu'à douze ans (1922), à l'occasion du centenaire de l'indépendance du Brésil, il rédige en classe une rédaction qui recevra une mention Honorable, expliquant à sa maîtresse que ce texte lui avait été dicté par un esprit qui se tenait près de lui.
Vivant dans une famille catholique, c'est à l'âge de 17 ans, après la guérison de l'une de ses sœurs qui « souffrait d'obsession », que toute sa famille se convertit au spiritisme, véritable « religion curative » dans le pays.
Le phénomène Chico Xavier
Débuts dans le spiritisme thumb|250px|Centre spirite « Luiz Gonzaga », à Pedro Leopoldo, en 2008. Peu après avoir été informé de l'existence de la doctrine spirite, il fonde le centre spirite « Luiz Gonzaga » le . Il s'investit dans son activité de médium et développe ses capacités en psychographie. Il affirme voir, en 1931, son « mentor » spirituel sous la forme d'un esprit prénommé Emmanuel.
Successivement, il publie un premier ouvrage en : Le Parnasse d'outre-tombeParnasso do Alem-Tumulo, Federação Espírita Brasileira, 1932. C'est un recueil totalisant 60 poèmes attribués à neuf poètes brésiliens, quatre portugais et un anonyme, tous défunts. Le quotidien carioca, O Globo, dépêchera l’un de ses rédacteurs assister pendant plusieurs semaines aux réunions du groupe spirite du centre Luiz Gonzaga.
Avec cet ouvrage, il contribue activement au mythe nationale d'alors qui voulait que le Brésil soit un des pays au monde, sinon le principal, à pouvoir développer l’Évangile et le spiritisme, comparativement à l'Europe ou au Moyen-Orient. Bien qu'au début des années 2000, 2,3 millions de personnes s'autodéterminaient comme « spirites », derrière celles se déclarant adeptes du catholicisme et du protestantisme évangéliste, ce nombre tend à diminuer depuis les années 2020. En proportion de la population totale du pays, cet effectif oscillera entre 1% et 3%.
Le spirite catholique À partir des années 1930, Francisco Candido Xavier écrit de manière continue des poèmes, des romans, des recueils de pensées, des ouvrages de morale et des traités médiumniques. Ces publications et leurs diverses appropriations participent d'un mouvement de « catholicisation » du spiritisme au Brésil tout au long du , combinant le système de valeurs individualiste des catholiques brésiliens à la métempsychose des spirites dans une perspective karmique. Pour autant, Francisco Xavier ne manquera pas non plus de critiquer l'institution catholique au Brésil.
Il est possible d'analyser sa vie à la lumière de la représentation de la sainteté véhiculée au , sous le prisme du renoncement, de la charité et du don gratuit aux pauvres. Il dédiait des jours spécifiques pour rendre visite aux personnes démunies, pour faire des distributions de nourriture, de vêtements, lui valant d'être comparé au saint catholique François d'Assise.
Parmi ses productions littéraires, deux sont à caractère nationalistes : Parnasse d'outre-tombe (1932) et Brésil, Cœur du Monde et Patrie de l'Évangile (1938). Le régime nationaliste de Vargas s'en servira notamment pour distinguer : 1) le spiritisme kardéciste (chrétien, européen, pratiqué par des fonctionnaires et des militaires de la classe moyenne) ; et 2) le « bas-spiritisme », comme le candomblé et umbanda (afro-brésilien, pratiqué par les classes pauvres et populaires noires) ; resté en vigueur jusque dans les années 1980.
Ainsi, ses ouvrages légitiment la fédération spirite brésilienne auprès du régime militaire en place, certains membres de ce régime l'administrant directement, confortant son hégémonie face aux fédérations umbandistes et scientifiques, jugées dissidentes (ex : la CEPA, fédérations régionales et centres locaux).
Une vie de médium C'est dans les années 1930 et 1940 que Francisco Candido Xavier signe ses premiers livres. Il débute avec un recueil de poésie Parnasse d’outre-tombe, poursuit avec les romans signés Emmanuel — Il y a 2000 ans, Cinquante ans plus tard, Paul et Etienne, Renoncement — puis Brésil, cœur du monde, patrie de l’Évangile, qu'il attribue à Humberto de Campos, et Nosso Lar, signés du pseudonyme André Luiz.
Signant plusieurs livres du nom d', sa veuve intentera un procès au motif des droits d'auteurs de son mari. Même si elle n'obtient pas gain de cause, les livres seront signés plus tard du nom de « Frère X ».
Ses treize premiers titres se vendront à exemplaires entre 1932 et 1943, puis à exemplaires entre 1943 et 1954, son catalogue d'ouvrages totalisant alors 44 titres. Le plus vendu, et le plus rapidement traduit, étant Nosso Lar, à plus d'1,3 million d'exemplaires.
Cependant, en 1942, il devient notoire que les manuscrits sont falsifiés par la FEB. Ainsi, dans un passage de Brésil, Cœur du Monde, Patrie de l'Évangile, le nom de Roustaing est mentionné comme « missionnaire de la foi » et « assistant d'Allan Kardec » ; ou bien l'original de Paul et Etienne qui s'avèrera ne « plus être exploitable » pour une révision.
Dans les années 1950, certains de ses ouvrages seront rapidement traduits en anglais, français et espagnol. Sa vie durant, il aura cédé l'intégralité de ses droits d’auteurs à des œuvres caritatives.
À partir de 1957, il déménage à Uberaba qui devient, compte tenu de l'exportation du modèle religieux brésilien, un lieu de rassemblement pour des spirites dans le monde, principalement brésiliens. Il y meurt le , sans qu'il ne varie d’explications sur l'origine de sa production littéraire.
Notoriété La renommée de Francisco Candido Xavier avait rapidement traversé l'atlantique. Dès 1936, un correspondant de la Revue Spirite en parle de manière élogieuse. On y apprend notamment qu'après la publication du Parnasse d'outre-tombe il n'avait plus rien écrit durant trois ans. On y relate aussi les anecdotes dans lesquelles le médium brésilien est évoqué et on cite ses livres, notamment ceux signés du nom d'. C'est en 1950 qu'un premier portrait détaillé du médium est dressé dans les colonnes de la Revue spirite. Le principal auteur de ces articles étant Louis Fourcade.
De son vivant, Francisco Candido Xavier est fait citoyen d’honneur de plus d’une centaine de villes, dont São Paulo. En 1980, un gigantesque mouvement national se constitue afin qu'il obtienne le prix Nobel de la paix l’année suivante. Dans tous les États du Brésil des comités de soutien se forment, des centaines de municipalités, des assemblées législatives de la plupart des états, des parlementaires de Brasilia, dont Tancredo Neves alors président du Mouvement démocratique brésilien au Sénat, appuient sa candidatureLa Table, le Livre et les Esprits, naissance, évolution et actualité du mouvement social spirite entre France et Brésil, Marion Aubrée et François Laplantine, éditions JC Lattès, 1990, page 169.. En 1981, plus de 10 millions de Brésiliens signent une pétition en sa faveur.
La même année, le député José Freitas Nobre transmettait au comité de Stockholm un dossier étayé permettant d’appuyer la candidature du médium. Francisco Candido Xavier ne recevra finalement pas de prix Nobel, mais restera une figure emblématique au Brésil.
Controverses Si les actes de Francisco Candido Xavier paraissent exemplaires, et malgré des succès de ventes, ses ouvrages feront régulièrement l'objet de controverses, la plus importante étant la conformité de ses thèses avec celles défendues par Jean-Baptiste Roustaing, conforme au le dogme catholique de la virginité mariale, du péché originel ; thèses que critiquait pourtant Allan Kardec.
Concernant les écrits signés de l'esprit André Luiz, soit ils empruntent des termes ésotériques étrangers à Kardec (aura, corps mental, corps astral, corps vital ou corps éthérique, psychosome, corps physiopsychosomatique, centres de force (shakras)), soit ils reprennent des thèses combattues par Allan Kardec (les cités angéliques de Swedenborg, vie spirituelle jugée trop matérielle). Aussi, une partie de la vie dans l'au-delà décrite évoque davantage « l'Enfer catholique et l'Hadès païen » que la vie des Esprits décrite par le fondateur du spiritisme dans ses écrits.
Le chiquisme Le « chiquisme » est le nom donné à une croyance selon laquelle le médium Francisco Candido Xavier serait la réincarnation du fondateur de la philosophie spirite, Allan Kardec. Cette idée sera développée du vivant du médium et entretenue par lui-même. Ses partisans sont nommés chiquistes. C'est le journaliste et président de l'Association médico-spirite Arthur Massena qui défendra le premier cette idée dans le journal Desobsessäo, en .
À la même période, de nombreuses autres ramifications du spiritisme kardéciste verront le jour. distinguait en 1975 : le roustainguisme (Jean-Baptiste Roustaing), le divinisme (Oswaldo Polidoro), le ramatisme (esprit Ramatis), l'armondisme (Edgard Armond), la théorie du « continuum médiumnique » () et l'andréluizisme (esprit ).
Au cours de l'année 1998, période durant laquelle le spiritisme kardéciste connaitra une nouvelle croissance importante, cette idée est activement répandue dans la presse brésilienne. Des personnalités proches du médium la défendront activement, tels que le Dr Marlene Nobre, Weimar Muniz de Oliveira, Adelino da Silveira, Arthur Massena, le Dr Jarbas Leone Varanda, et bien d'autres. Dans ce contexte, Bernardo Lewgoy (2001) montrera les compatibilités et les différences du spiritisme défendu par Chico (mystique et catholique) comparé à celui d'Allan Kardec (rationnel et laïque).
Matheus Laureano et Wilson Garcia (2024) rappellent que cette croyance n'est pas unanimement partagée parmi les spirites du Brésil et dans le monde ; plus de douze prétendants à la réincarnation d'Allan Kardec se sont manifestés depuis le . D'autres encore parlent de « maladie infantile du spiritisme » et des difficultés à remettre en question cette croyance, partagée par des personnes influentes au sein de la fédération spirite brésilienne.
Postérité Devenu une figure mythique au Brésil, plusieurs villes possèdent une rue, une place portant le nom « Chico Xavier »lien vers une décision officielle de baptiser une rue Chico Xavier.
Biographies La quasi-unanimité des biographies de Francisco Candido Xavier le sont sur un modèle hagiographique. Sandra Jacqueline Stoll (2002) explique en quoi ce plan reprend ceux de la vie des Saints. Elle identifie 1) la période profane (enfance, adolescence) ; 2) la conversion (entrainant un retrait de son monde antérieur) ; et 3) la construction de son leadership à partir de sa production littéraire et de ses actes. Ainsi, les récits de sa vie sont présentés eux aussi comme des modèles de synthèse entre le catholicisme et le spiritisme.
En français . .
En portugais
. .
Au cinéma