vignette|redresse=1.5|La Grèce antique au

La Grèce antique est une civilisation de l'Antiquité des peuples de langue et de culture grecques développée en Grèce et dans la partie occidentale de l'Asie Mineure, puis, à la suite de plusieurs phases d'expansion, à Chypre, sur le pourtour de la mer Noire, en Sicile, en Italie du sud, en Cyrénaïque, en Égypte, au Levant méridional, en Syrie, constituant des points d'implantation jusque dans les actuelles Espagne et France à l'ouest, et jusqu'au territoire de l’actuel Afghanistan (Bactriane) à l'est.

Cette civilisation de culture grecque prend forme durant les « siècles obscurs » (-), à partir des décombres de la civilisation mycénienne, et se développe en particulier durant l'époque archaïque (-), et s'épanouit pleinement durant l'époque classique (-) et l'époque hellénistique (-). La conquête romaine (entre et ) marque la fin de l'indépendance politique grecque, mais la culture grecque antique a conservé un réel dynamisme sous domination romaine, évoluant progressivement vers la civilisation byzantine à partir du .

À compter de l'époque archaïque et plus fortement durant l'époque classique, la Grèce voit le développement d'une civilisation novatrice par bien des aspects, qui se singularise par rapport aux plus anciennes civilisations antiques des pays orientaux, et entame une phase d'expansion maritime (la colonisation grecque). Au sein de la cité (polis) se met en place une vie politique, sociale et culturelle très dynamique, appuyé de plusieurs centres (Ionie, Athènes, Sparte, Syracuse), dans un contexte marqué par de nombreux conflits entre cités où se forme un art de la guerre spécifique sur lequel elle s'appuie par la suite pour son expansion. Les cités grecques élaborent des formes politiques originales (comme la tyrannie et la démocratie), ont une vie religieuse dynamique aux aspects locaux très marqués tout en reconnaissant un groupe de divinités et des sanctuaires panhelléniques, leurs citoyens donnent naissance à une littérature variée (épopées, mythes, poésie, histoires, etc.), à des réflexions sur le monde et la vie en société dans le cadre de la philosophie, aussi un développement des sciences et des techniques, et à des réalisations artistiques et architecturales s'affranchissant des modèles orientaux pour devenir à leur tour des références, d'où vient leur statut « classique ».

Les revers de ce dynamisme sont l'existence de nombreuses destructions créées par les guerres et des inégalités traversant les sociétés civiques, excluant les femmes des responsabilités politiques et reposant souvent sur l'existence d'une importante population ayant un statut d'esclave ou de dépendant.

La civilisation grecque antique a exercé une influence considérable dans le monde antique, en particulier après les conquêtes d'Alexandre le Grand et durant l'époque hellénistique quand elle a dominé et influencé les civilisations du Moyen-Orient, où se sont constitués d'importants centres de culture grecque (Alexandrie, Antioche). Dans le bassin méditerranéen, la culture grecque a joué un rôle décisif, par l'influence qu'elle a exercée sur la civilisation de la Rome antique, où le grec devient la langue du savoir utilisée par les élites, au point qu'on parle régulièrement de culture « gréco-romaine ». C'est par ce biais que beaucoup de productions politiques et culturelles du monde grec antique ont joué un rôle majeur dans le développement de la civilisation occidentale.

Le monde grec reste donc très dynamique culturellement sous la domination romaine, et les cités restent le cadre fondamental de la vie politique et sociale. Durant l'Antiquité tardive (250-700) le monde romain oriental, de culture grecque, prend progressivement son autonomie autour de Constantinople, qui devient la capitale de l'Empire romain d'Orient (ou Empire byzantin) et le nouveau pôle culturel du monde grec. La christianisation, qui conduit à la disparition de la religion polythéiste grecque, le délitement progressif des institutions des cités grecques antiques, à la même époque, ainsi que la consolidation d'un empire certes officiellement Romain mais de culture grecque, marquent le basculement vers la civilisation byzantine, la civilisation grecque médiévale.

L'influence culturelle grecque s'est aussi exercée sur la vie intellectuelle du monde arabo-musulman médiéval et surtout en Occident, où son statut de référence a été confirmé à de nombreuses reprises par la suite, plusieurs des aspects de la culture grecque antique ayant servi de sources d'inspiration. Souvent idéalisée, elle est couramment investie du statut de culture fondatrice pour le monde occidental. Les redécouvertes archéologiques effectuées sur le sol grec depuis le et de nouveaux regards sur les textes antiques grecs transmis jusqu'à l'époque moderne ont permis d'approfondir et de renouveler la connaissance et la compréhension de cette civilisation.

vignette|Kylix, céramique à figures rouges, représentant Achille et Patrocle, vers 500 , Altes Museum. vignette|L'acropole d'Athènes. vignette|Le sanctuaire de Delphes : théâtre et temple d'Apollon. vignette|La Victoire de Samothrace, v. -, musée du Louvre.

Contours et définitions vignette|Localisation des principales régions et cités de la Grèce antique (périodes archaïque, classique et hellénistique).

Cadre géographique

Le terme français « Grec » est dérivé du latin Graecus qui lui-même vient du grec . Plusieurs étymologies ont été proposées pour Graecus. Les Grecs s'appellent eux-mêmes les « Hellènes » à partir de l'époque archaïque, se considérant comme les descendants d'Hellen, un roi mythologique, et désignent leur pays (d'origine) sous le nom dHellas, qui correspond à la république grecque actuelle plus la côte occidentale de l'Asie Mineure.

De nos jours, le terme « Grèce antique » renvoie de manière implicite à l'actuelle Grèce (ou République hellénique), dont les îles des mers Égée et Ionienne, en incluant également la « Grèce d'Asie » (Ionie, Éolide et Doride sur la côte anatolienne) ainsi que des territoires colonisés par les Grecs en Thrace et en Grande-Grèce (Italie du Sud et Sicile). D'autres régions colonisées par les Grecs, comme les côtes de la mer Noire ou de la Gaule, en sont traditionnellement exclues même si des cités grecques y ont été fondées. C'est pourquoi les historiens modernes préfèrent la notion de « monde grec » qui prend en compte le fait que les Grecs ont implanté des colonies dans l'ensemble du bassin méditerranéen à l'époque archaïque, et en Asie occidentale et en Égypte durant l'époque hellénistiqueAnne Jacquemin, « Grèce », dans ..

Cadre chronologique Au plus large, l'Antiquité grecque s'étend de l'époque des palais minoens, au , et se prolonge jusqu'à la période romaine, soit au , ou jusqu'en 400 en s'arrêtant à la christianisation, ou plus loin encore en incluant l'époque de transformation de l'Empire romain d'Orient en Empire byzantin. Cette ampleur chronologique implique qu'il serait anachronique de traiter comme un tout cet ensemble, en raison des nombreuses évolutions qu'il connaît sur cette très longue période.

Au sens restreint, le plus courant, les historiens spécialistes de la Grèce antique se focalisent sur la période qui va environ de à , durant lequel se développent les spécificités de la civilisation grecque antique (cité, philosophie, théâtre, sciences, art, etc.). Cela recouvre quatre époques de l'Antiquité grecque : les siècles obscurs (-), l'époque archaïque (-), l'époque classique (-) et l'époque hellénistique (-). Le est vu comme une rupture majeure avec l'émergence de la cité grecque, mais le renouvellement des études sur les siècles le précédant a nuancé cette impression. À l'autre bout, le , quand Rome a mis la main sur la majeure partie du monde grec, est traditionnellement vu comme une séparation entre les champs d'étude des spécialistes d'histoire grecque et romaine, mais cela a évolué et la Grèce romaine est de plus en plus étudiée comme une partie de l'Antiquité grecque. Il peut aussi être considéré que c'est le triomphe du christianisme qui met fin aux Grecs « antiques » en bouleversant leur univers religieux, et plus largement culturel et social, en établissant de nouvelles références qui font un autre type d'individu.

Ethnicité et identité

vignette|gauche|Répartition des dialectes de la Grèce classique.

Définir ce que signifie « être grec » dans l'Antiquité (les Grecs anciens employant le terme « Hellènes ») est extrêmement complexe voire impossible. À l'image de toute identité, la « grécité » (ou « hellénité », « hellénisme ») se manifeste suivant différentes perspectives, elle est instable et évolue selon les époques, anciennes ou modernes, notamment parce qu'elle a des usages variables. Les historiens modernes ont forgé une conception de l'identité grecque antique en partant des notions modernes d’État-nation, de théorie raciale, puis d'identité ethnique et d'autodéfinition par construction d'un « Autre » opposé, en l'occurrence le « Barbare ». Il est anachronique de chercher une forme de nationalisme dans le monde grec antique, et l'unité politique de tous les Grecs n'a jamais été un objectif, donc comprendre son absence comme un échec du monde grec comme cela a pu être le cas par le passé est trompeur Simon Hornblower, « Nationalism », dans ..

Néanmoins on admet souvent qu'une forme d'identité grecque (certes souvent formulée du point de vue athénien) existe au moment des Guerres médiques, ou du moins à leur sortir, en réponse à la menace que font peser les Perses sur la liberté des Grecs, et à la suite de la victoire des cités grecques qui ont choisi de résister : c'est donc une définition par la négative, face à un ennemi. C'est dans ce contexte qu'un texte souvent cité d'Hérodote (, 144), définit la « grécité » par une même ascendance, l'usage d'une même langue, malgré les différences dialectales, et des mêmes rites et usages Edward Herring « Ethnicity and Culture », dans . Thomas Harrisson « The Greeks », dans .. Cependant lorsqu'un mot d'ordre d'unité des Grecs est mis en avant, c'est pour servir l'ambition hégémonique d'une puissance (Athènes, royaume de Macédoine) : c'est donc par bien des aspects une affaire de contexte politique et militaire Thomas Harrisson « The Greeks », dans ..

Le panhellénisme de la fin de l'époque classique cherche à unir les Grecs dans une conquête de la Perse sous forme de revanche, puis la réalisation de cette conquête et la mise en place des royaumes hellénistiques entraîne une nouvelle reconfiguration de l'identité grecque, d'autant plus que l'hellénisation à géométrie variable de nombreuses régions pose de nouvelles questions quant à la caractérisation d'une culture grecque. Les limites entre le monde grec et le monde barbare sont souvent floues sous la plume des auteurs grecs antiques, de même que les notions participant de l'identité grecque. Environ un siècle après Hérodote, Isocrate propose une définition des Grecs qui exclut la notion d'ascendance : Cité par : .. Cela implique un certain degré d'ouverture, et explique pourquoi durant l'époque hellénistique des individus originaires de peuples dominés par les monarchies grecques aient pu se revendiquer comme Grecs en intégrant des cités grecques et en adhérant à leur culture (paideia). Au minimum cela implique la maîtrise de la langue grecque, les autres éléments culturels dépendant des circonstances (alimentation, vêtements, loisirs, noms grecs, pratiques intellectuelles et politiques, etc.), ce qui explique pourquoi l'« hellénisation » présente des profils aussi diversMaurice Sartre, « L'époque hellénistique », dans ..

De plus le monde grec est en permanence marqué par bien des aspects par la fragmentation, les identités pouvant se décliner suivant différentes strates :