Marie de Hohenzollern-Sigmaringen, née le à Sigmaringen et morte le à Bruxelles, est un membre de la maison de Hohenzollern devenue en 1867 comtesse de Flandre en épousant le prince Philippe de Belgique, comte de Flandre. Elle est la mère du roi des Belges .

Princesse de la maison de Hohenzollern-Sigmaringen, la branche catholique de la famille des rois de Prusse, elle est princesse héritière consort de Belgique de 1869 à 1905. Elle est l'ancêtre de tous les membres actuels de la dynastie régnant sur la Belgique. Elle est également l'ascendante du grand-duc Guillaume V de Luxembourg, et du prétendant au trône d'Italie.

Petite-fille de la princesse impériale Stéphanie de Beauharnais, fille adoptive de l'empereur des Français devenue grande-duchesse de Bade, la princesse Marie grandit dans un environnement francophile. Élevée dans les diverses résidences de sa famille, elle se révèle très tôt indépendante, pieuse et douée pour les arts. En 1852, elle s'installe avec sa famille à Düsseldorf où son père, Charles-Antoine, chef de sa maison depuis 1848, exerce ses commandements militaires avant de devenir ministre-président de Prusse (de 1858 à 1862).

L'union de sa sœur Stéphanie avec le roi de Portugal Pierre V, en 1858, témoigne de l'importance de la famille sur la scène européenne. Charles-Antoine garde jusqu'à la fin de sa vie un rôle majeur à la cour de Berlin. C'est la reine Victoria qui, comme pour sa sœur aînée, joue les intermédiaires dans la conclusion du mariage de Marie et Philippe en 1867, anéantissant toute velléité annexionniste de la France envers la Belgique.

Mère de cinq enfants, dont quatre parviennent à l'âge adulte, Marie de Hohenzollern représente, avec son époux, l'avenir de la dynastie belge après la mort du duc de Brabant, Léopold, l'unique héritier successible au trône du roi . Son existence, circonscrite dans un univers luxueux, est jalonnée par de nombreux séjours en Ardenne belge, en Auvergne, en Allemagne et en Suisse.

Recevant beaucoup de sollicitations, elle exerce un rôle caritatif, parfois remis en cause par la mouvance anti-monarchiste, tout au long de sa vie en Belgique. Artiste, la comtesse de Flandre s'adonne aux arts de l'aquarelle, de l'eau-forte et de la peinture de paysages qu'elle expose en Belgique, en France et aux États-Unis. Mécène, elle soutient des peintres tels Jean-François Portaels ou Ernest Blanc-Garin, des écrivains comme Charles Van Leberghe et Isabelle Kaiser et des musiciens tels Édouard Jacobs ou Arthur De Greef.

La mort de son mari, en 1905, la prive du statut de princesse héritière consort de Belgique. Cependant, l'accession au trône, en 1909, de son fils le roi lui confère un rôle protocolaire plus important, en sa qualité de mère du roi. Elle meurt à soixante-sept ans, en 1912, et est inhumée dans la crypte royale de Laeken.

Biographie Environnement familial

Marie (qui porte quatre prénoms en allemand : Maria Louise Alexandrina Karoline.), née à Sigmaringen le , est la seconde fille et la dernière des six enfants du prince Charles-Antoine de Hohenzollern-Sigmaringen qui fut, de 1848 à 1849, prince régnant de Hohenzollern-Sigmaringen, et de 1858 à 1862, un ministre-président de Prusse pacifique et libéral et de la princesse Joséphine de Bade, elle-même fille du grand-duc Charles II de Bade et de la grande-duchesse née Stéphanie de Beauharnais, fille adoptive de Napoléon et cousine de l'empereur des Français Napoléon III.

Sa sœur aînée, Stéphanie, éphémère reine consort de Portugal de 1858 à 1859, meurt à vingt-deux ans de la diphtérie. Marie a aussi quatre frères, dont deux jouent un rôle politique notable : Carol , premier souverain de la Roumanie moderne, et Léopold, dont la candidature un temps avancée en vue de ceindre la couronne espagnole a été à l'origine de la guerre franco-allemande de 1870. Ses deux autres frères sont Antoine, qui participe activement à la guerre austro-prussienne et meurt en 1866 à la suite de ses blessures lors de la bataille de Sadowa, et Frédéric, militaire dans sa jeunesse et homme assez flegmatique, peu désireux de jouer un rôle de premier plan.

Jeunesse et éducation vignette|gauche|redresse|alt=Debout, accoudée à une balustrade, Marie, coiffée d'un chapeau à longs rubans et vêtue d'une robe courte recouvrant des pantalons de dentelles regarde, songeuse, vers sa droite|Marie de Hohenzollern-Sigmaringen en 1858. Marie de Hohenzollern-Sigmaringen est élevée dans les différentes résidences de la famille : d'abord dans une demeure dépendant du château de Sigmaringen, ainsi qu'au château de Krauchenwies, résidence solitaire et forestière occupée par sa famille lors de la saison de la chasse. Jusqu'à ses quatre ans, la princesse séjourne également dans l'ancien couvent des sœurs augustines d'Inzigkofen. Son père devient chef de sa maison en 1848 et occupe, dès l'année suivante, l'ancestrale demeure de famille, le château de Sigmaringen dominant le Danube.

La grande-duchesse Louise de Bade, fille du Kronprinz de Prusse, décrit sa cousine Marie, qu'elle rencontre pour la première fois en 1850, comme . L'enfant aime particulièrement jouer au billard avec ses frères. Proche de Frédéric, son aîné de deux ans, elle ressent beaucoup de tristesse lorsque ce dernier rejoint ses frères dans leurs études militaires. Elle les retrouve avec plaisir lors de leurs vacances, notamment au château de la Weinbourg où les exigences de l'étiquette sont suspendues. Le prince Charles-Antoine tente alors de distraire ses invités en organisant des loteries ou des jeux de quilles.

En 1852, Marie est âgée de sept ans lorsque sa première gouvernante, Agnes Schäfer, est désignée. Trop calme, celle-ci ne réussit pas à s'accorder pleinement à la nature vive et indépendante de son élève, qui s'attache davantage à Élise von Werner, dame d'honneur et amie de sa mère. Madame von Werner accompagne fréquemment Stéphanie et Marie lors de visites à l'église ou aux pauvres et leur inculque le sens pratique de la vie. Hortense Cornu, amie du futur Napoléon III, recommande à Joséphine de Bade une demoiselle Naudin pour enseigner la musique et la peinture à Stéphanie, puis à sa sœur cadette Marie. De temps à autre, Marie effectue également de longues randonnées à cheval, notamment dans les Alpes.

vignette|alt=une imposante bâtisse rose de style rococo à la façade percée de douze travées sur deux niveaux et toit mansardé surplombe une pelouse entourée de hauts arbres|Le château de Jägerhof à Düsseldorf où vécut Marie de Hohenzollern de 1852 à 1867. En automne 1852, la famille de Marie s'installe définitivement au château de Jägerhof, à Düsseldorf, où le prince Charles-Antoine est appelé au commandement des troupes rhénanes. En 1856, Marie, sa mère et sa sœur vont à Londres rendre visite à Marie-Amélie de Bade, épouse de William duc de Hamilton et sœur de Joséphine de Bade, en s'arrêtant à Bruxelles. En Grande-Bretagne, les princesses assistent au retour des troupes de Crimée passées en revue par la reine Victoria. , roi des Belges, et ses trois enfants, Léopold, Philippe et Charlotte, sont présents dans les tribunes officielles.

En 1858, Stéphanie se fiance avec Pierre V, roi de Portugal, qu'elle n'a jamais rencontré ; ce départ pour Lisbonne constitue une épreuve pour la famille de la mariée. La même année, Marie effectue sa première communion, un événement important pour elle et qui renforce sa piété. Le , Stéphanie meurt de la diphtérie à Lisbonne. Marie, résidant cet été-là au château de Benrath, se souvient : . Au printemps 1860, la presse allemande évoque une union entre Pierre V, roi de Portugal, veuf de Stéphanie, avec Marie sœur de la défunte, mais ce projet ne se concrétise pas..

À l'automne 1861, Marie et sa famille séjournent à Hyères jusqu'à la fin de l'hiver 1862. Ce séjour est marqué par la phlébite qui atteint le prince Charles-Antoine et lui laisse des séquelles au niveau des jambes jusqu'à la fin de ses jours. Durant l'hiver 1863, Marie, âgée de , assiste avec joie aux fêtes de la cour de Berlin à l'invitation de la reine de Prusse Augusta. Les relations entre Marie et la famille du roi de Prusse sont étroites : Marie devient, en , la marraine de la princesse Victoria de Prusse, fille du Kronprinz. Trois mois plus tard, le , un nouveau deuil frappe les Hohenzollern-Sigmaringen : Antoine, l'un des frères de Marie, succombe à ses blessures après la bataille de Sadowa. Cet événement clôt, en quelque sorte, la première période de la vie de Marie qui s'apprête à envisager son mariage.

Mariage à Berlin vignette|alt=une façade rosâtre à cinq travées entourées de colonnades surmontées d'un fronton de facture néo-palladienne cache un immense dôme bleu-vert surmonté d'une croix dorée.|La cathédrale Sainte-Edwige de Berlin où s'est mariée la comtesse de Flandre. , le roi des Belges, est soucieux, dès le début de son règne qui commence en , d'assurer le maintien de l'intégrité nationale et la sécurité de la Belgique, constituée neutre, et entourée par la France et la Prusse, deux voisines puissantes et belliqueuses. La défunte mère du roi étant une princesse française et lui-même et sa sœur ayant épousé des membres de la maison d'Autriche, Léopold planifie le mariage de son frère Philippe de Belgique, comte de Flandre, avec une princesse prussienne. Marie est la candidate idéale car son père est toujours très influent à la cour de Berlin. Cette union assurerait à la Belgique une alliée précieuse. Pour parvenir à ses fins, Léopold s'adjoint le concours de sa cousine, la reine Victoria, qui connaît bien la famille des Hohenzollern-Sigmaringen. En , Marie reçoit donc la visite du frère de Léopold II à Berlin. Cette première rencontre entre Philippe et Marie se passe au mieux. Philippe est atteint de surdité, tout comme Joséphine, mère de Marie. Jusqu'ici Philippe avait refusé de se marier, mais approchant les trente ans, il accepte cette fois la proposition matrimoniale qui lui est faite. La première entrevue est suivie par une nouvelle visite de Philippe en et par une demande en mariage, lequel est prévu deux mois plus tard.

Marie épouse donc en la cathédrale Sainte-Edwige de Berlin, le , le prince Philippe de Belgique et devient, dès lors, comtesse de Flandre. Ce mariage, dont les cérémonies sont présidées par le roi de Prusse, en présence d'Otto von Bismarck, déplaît à la France de Napoléon III qui vient de manquer de peu l'annexion du Luxembourg car il protège la Belgique de toute velléité annexionniste française. L'opinion publique française juge que : . L'historien Émile Bourgeois conclut : .

Descendance

vignette|redresse|alt=le comte de Flandre assis, en habit bourgeois, pose à côté de la comtesse de Flandre en toilette de cour|Philippe et Marie, comte et comtesse de Flandre photographiés par Louis-Joseph Ghémar (vers 1870). Le couple s'installe au palais du comte de Flandre au centre de la ville de Bruxelles et a cinq enfants, dont quatre parviennent à l'âge adulte et dont sont issus dix petits-enfants. :

Baudouin, prince de Belgique, prince de Saxe-Cobourg et Gotha, duc en Saxe, né à Bruxelles le où il est mort, à vingt-et-un ans, le ; Henriette, princesse de Belgique, princesse de Saxe-Cobourg et Gotha, duchesse en Saxe, née à Bruxelles le et morte à Sierre (Suisse) le . Elle épouse le le prince Emmanuel d'Orléans, « duc de Vendôme » (1872-1931). Descendance : Louise (1896-1973), Sophie (1898-1928), Geneviève (1901-1983) et Charles-Philippe (1905-1970) ; Joséphine, princesse de Belgique, princesse de Saxe-Cobourg et Gotha, duchesse en Saxe, née le à Bruxelles où elle est morte le . Elle est la jumelle d'Henriette ; Joséphine, princesse de Belgique, princesse de Saxe-Cobourg et Gotha, duchesse en Saxe, née à Bruxelles le et morte à Namur le . Elle épouse le Charles-Antoine, prince de Hohenzollern (1868-1919). Descendance : Stéphanie (1895-1975), Marie-Antoinette (1896-1965), Albert (1898-1977) et Henriette (1907-1907) ;