thumb|right|Septime Sévère, fondateur de la dynastie (buste conservé à la glyptothèque de Munich).

Les Sévères sont une dynastie d'empereurs romains du Haut-Empire ayant régné entre et Fondée par Septime Sévère, elle vit se succéder cinq empereurs avec une interruption d’ à avec le règne de Macrin. Elle s’éteignit en 235 lorsque Sévère Alexandre, son dernier représentant, fut assassiné. La mort de ce dernier est généralement considérée comme le point de départ de la crise du .

Bien que Septime Sévère ait été porté au pouvoir par un coup d’État militaire après l'assassinat de Commode, les Sévères se présentèrent toujours comme les successeurs légitimes des Antonins du siècle précédent et mirent l’accent sur la continuité dynastiquePour mieux se rattacher à la dynastie des Antonins, Septime Sévère se fit appeler dans les inscriptions officielles « L. Septimus Severus, fils de Marc Aurèle, frère de Commode, petit-fils d’Antonin, arrière-petit-fils d’Hadrien, descendant de Trajan au quatrième degré, de Nerva au cinquième degré (cité par ).

À strictement parler, seuls trois empereurs étaient des Sévères : Septime Sévère, le fondateur de la dynastie (193-211) et ses deux fils, Caracalla (211-217) et Geta (211). À la mort de Caracalla en 217, aucun héritier mâle ne pouvait revendiquer le trône. Les deux derniers représentants de la dynastie, Élagabal (218-222) et Sévère Alexandre (222-235) qui continuèrent la lignée après un bref intermède sous Macrin (-) n’étaient pas des parents consanguins de Septime Sévère, mais ses petits-neveux par alliance en tant que petits-enfants de la princesse syrienne Julia Maesa, belle-sœur de Septime Sévère et sœur de sa seconde épouse Julia Domna. Ces deux « empereurs syriens » insistèrent toutefois sur leur lien de parenté avec le fondateur de la dynastie et avec celle des Antonins qui l'avait précédée pour asseoir leur légitimité. Du fait qu’ils accédèrent tous deux très jeunes au trône, leurs mères respectives, Julia Soaemias pour Élagabal et Julia Mamaea pour Sévère Alexandre, de même que leur grand-mère, Julia Maesa, jouèrent un rôle capital dans le gouvernement de l’empire, tout comme Julia Domna avant elles, ce qui fut mal reçu par l’armée et le Sénat et conduisit à la chute de la dynastie.

Avec cette dynastie s’ouvre l’ère des empereurs africains et syriens qui pendant un peu moins d’un demi-siècle dirigeront l'Empire. En s’appuyant sur l’armée et les provinces (l’Afrique du Nord fournissait Rome en blé et en huile alors que la Syrie était le carrefour du commerce international), ils substitueront à l’ancienne aristocratie sénatoriale une nouvelle aristocratie administrative et militaire constituée principalement de membres de l’ordre des chevaliers. Rome et l’Italie furent dépouillées de leurs prérogatives traditionnelles et la fiction républicaine du Principat céda la place à une « monarchie militaire » qui porte en germe l’anarchie militaire qui caractérisera la seconde moitié du .

Tableau généalogique 500px|thumb|center| Tableau généalogique de la dynastie des Sévères

Histoire de la dynastie Les premiers Sévères Fondateur de la dynastie, Septime Sévère, était citoyen romain et originaire d’Afrique du Nord. Son père, Publius Septimus Geta, appartenait à une importante famille de chevaliers de Leptis Magna en Afrique Proconsulaire. Par sa mère, Fulvia Pia, il descendait d'immigrés Italiques (les Fulvii) mariés probablement à des personnes d'origine libyenne. L’empereur Marc Aurèle () le fit entrer dans l’ordre sénatorial, condition essentielle pour commencer le cursus honorum et entrer au Sénat. Tribun de la plèbe (174), puis préteur (177) il fut nommé légat (gouverneur) en Syrie (180). Il tomba en défaveur sous l’empereur Commode (r. 177-192), mais sa carrière prit un second souffle en 184 lorsqu’il fut nommé gouverneur de Gaule lyonnaise, puis de Sicile avant de devenir gouverneur de Pannonie supérieure en 191. Son mariage en secondes noces avec Julia Domna, fille cadette du grand-prêtre du dieu solaire Élagabal à Émèse et dont il eut deux fils, Caracalla (188) et Geta (189), devait revêtir une grande importance pour la politique dynastique.

L’assassinat de l’empereur Commode le marqua le début de l’année des cinq empereurs, celui-ci ne laissant pas d’héritier. Le nouvel empereur, Pertinax (r. janv – ), fut à son tour assassiné par les soldats de la garde prétorienne après seulement trois mois de règne. Après sa mort, les prétoriens mirent simplement le trône aux enchères : le vainqueur de la compétition fut le riche sénateur Didius Julianus dont le règne ne dura que soixante-six jours. En réaction contre le geste des prétoriens, les légions de province se rebellèrent et acclamèrent leurs propres prétendants : les troupes du Danube nommèrent le gouverneurAu début du principat, la carrière sénatoriale comportait des affectations à la fois militaires et civiles. Un fils de sénateur aspirant à faire carrière servait comme magistrat junior peu avant la vingtaine, puis avait une première expérience militaire d’environ un an comme tribunus laticlavus dans une des légions de province. Vers l’âge de vingt-quatre ans, il pouvait espérer faire son entrée au Sénat et obtenir un poste de questeur dans une province. Essentiellement, ce poste consistait à administrer les finances de la province et ne comportait aucun aspect militaire. Vers l’âge de trente ans, il pouvait être nommé legatus legionis et commander une légion sous l’autorité de l’empereur. Par la suite, il devenait gouverneur d’une province (propréteur) sans garnison militaire importante avant de retourner à Rome. Le sommet de la carrière consistait à être nommé legatus Augusti propraetore, chargé d’une des provinces militaires de l’Empire. Seules deux provinces ayant des garnisons militaires échappaient à cette règle : l’Égypte, généralement administrée un membre de l’ordre équestre et l’Afrique gouvernée par quelqu’un choisi directement par le Sénat. Gallien (r. 260-268) fut le premier empereur à retirer aux sénateurs le commandement des armées pour le confier à des chevaliers, militaires de carrière. de Pannonie, Septime Sévère. En Syrie, elles choisirent leur propre gouverneur, Pescennius Niger, pendant qu’en Bretagne, Clodius Albinus, gouverneur de la province, se porta candidat. Toutefois, ce dernier ne brigua pas tout de suite le trône, mais soutint initialement la candidature de Septime Sévère. Ce dernier lui offrit le titre de César, laissant ainsi entendre qu’Albinus lui succéderait. Les deux hommes exercèrent conjointement le consulat en 194Histoire Auguste, « Clodius Albinus » , 4-10..

Septime Sévère décida d’abord de se débarrasser de Pescennius Niger qu’il finit par vaincre près de Byzance à l’automne 195. Maître de l’empire, il manifesta son intention de nommer son fils Caracalla pour lui succéder, ce sur quoi Albinus se sentant trahi se proclama empereur, franchit la Manche et ne fut vaincu par Septime Sévère qu’aux environs de Lyon à l’automne 197.

thumb|right|Buste de Caracalla (Musée Pouchkine – Moscou)

Parvenu au pouvoir grâce à l’appui de l’armée, Sévère était conscient qu’il devait compter sur la loyauté de ses légionnaires dont il augmenta substantiellement la soldeMichael Grant peut ainsi qualifier son régime de (). Il en résulta des difficultés pour les finances publiques qui se traduisirent par une augmentation des impôts. Par ailleurs, dès son arrivée au pouvoir, Sévère, venu d’une province de l’empire, ne cacha son mépris ni pour le Sénat ni pour l’élite romaine. Sa victoire sur Albinus fut suivie de l’exécution de nombre de sénateursVingt-neuf selon Dion Cassius, quarante-et-un selon l’Histoire Auguste (). Il en proscrit d’autres qui avaient appuyé ses adversaires, confisquant leurs biens tant en Italie qu’en Gaule et en punissant sévèrement les villes comme Antioche sur l’Oronte qui avaient fait de même.

Contrairement à ses prédécesseurs, il parvint à rétablir l’ordre à Rome. Il commença en accordant les honneurs de l’apothéose à son prédécesseur Pertinax, se ralliant ainsi les derniers partisans de celui-ci et limogea l’ancienne garde prétorienne composée exclusivement de Romains et d’Italiens pour les remplacer par des légionnaires d’élite des armées du Rhin et du Danube. Et pour la première fois, il stationna une légion, la Parthica, en Italie sur les bords du lac Albano.

À sa mort en , il laissait derrière lui deux successeurs potentiels, même s’il semble avoir eu des doutes sérieux sur la capacité de Caracalla de régner. Tous deux Augustes, Caracalla et Geta revinrent à Rome où leur inimitié devint de plus en plus évidente. Une guerre civile menaçait jusqu’à ce que Caracalla fasse assassiner son frère après onze mois de règne commun. Il s’ensuivit un massacre des partisans de Geta ( si on doit en croire Dion CassiusDion, 77. 1.3.) dont la mémoire fut effacée. Après ce meurtre, Caracalla n’eut d’autre choix que de s’appuyer encore davantage sur l’armée vers laquelle l’inclinait du reste son caractère. La majeure partie de son règne devait se passer à continuer les combats de son père en Orient, l’administration de l’empire étant laissée à sa mère, Julia Domna.

Soldes de l’armée, campagnes militaires, généreuses subventions aux peuples barbares pour les garder hors des frontières, travaux publics pour plaire à la population de Rome, tout cela finit par affaiblir considérablement les finances publiques que ne put rétablir le recours à la dévaluation monétaire. Bientôt s’établit un climat de terreur qu’entretenait un régime de dénonciations organisé par l’empereur et qui conduisit à une agitation sociale. Si bien qu’alors qu’il préparait une campagne contre les Parthes l’empereur fut assassiné à la suite d'un complot ourdi par son propre préfet du prétoire, Marcus Opellius Severus Macrinus (Macrin), lequel craignait pour sa vie après qu’on eut prophétisé qu’il deviendrait empereur.

Interrègne thumb|left|Buste de Macrin (Musée capitolin – Rome)

Caracalla n’ayant pas d’enfant, l’empire resta deux ou trois jours sans empereur. Ignorant que le meurtre de Caracalla par Justin Martialis, un simple légionnaire, avait été commandité par Macrin, l’armée acclama ce dernier comme empereur, choix que se dépêcha de ratifier le Sénat à qui Macrin fit miroiter la promesse d’une collaboration similaire à celle qu'avait établie Marc Aurèle avec lui. Il adopta immédiatement le nom de Severus, en l'honneur de la dynastie des Sévères, et conféra le titre de César et le nom d'Antonin à son fils Diaduménien pour tenter d’établir la continuité avec les dynasties précédentes. Moins de deux mois après l'assassinat de Caracalla, Julia Domna a d'abord tenté de maintenir son pouvoir et a tenté d'évincer Macrin, mais après avoir appris la joie du Sénat romain dans la mort de son fils, Julia a été complètement déçue et elle s'est ensuite suicidée en cessant de s'alimenter. La mort de Julia n'a pas garanti le règne de Macrin, car Julia était aimée des soldats qui la vénéraient comme la mère de la garnison, et la mort de Julia a détruit le soutien de l'armée à Macrin.