Pablo Reinoso, né le à Buenos Aires, Argentine, est un artiste franco-argentin. Il vit et travaille à Paris depuis 1978.
Sa pratique pluridisciplinaire évolue à travers les médiums de la sculpture, de l’installation, de l’architecture, du design, du dessin et de la peinture. Organisée en série, son œuvre explore les notions de matérialité, de fonction et d’espace. Travaillant à partir d’une variété de matériaux et de supports, il s’intéresse à leur fonction intrinsèque, qu’il questionne, prolonge et transforme, afin de les faire basculer vers des nouveaux territoires plastiques et conceptuelles.
Il est reconnu pour ses œuvres monumentales au sein de l’espace public, qu’il réalise tant en France qu’à l’international, telles que les œuvres Nouages (2013), s’étendant le long du quai Gillet de la Saône à Lyon ; Only Children’s Bench et We Watch You Too à Londres (2016) ou encore Aires de Buenos Aires (2019) dans sa ville natale.
Son travail a été exposé dans de prestigieuses institutions telles que le Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris, le Musée d'Art Latin-américain de Buenos Aires (MALBA), le Kunstmuseum den Haag (La Haye) ainsi que dans le cadre de manifestations d’envergure telles que la Biennale de Venise ou la Bienalsur. Il réalise souvent des installations monumentales dans le cadre des programmes de foires comme la FIAC Hors-les-Murs à Paris, la Frieze Sculpture à Londres ou encore Art Basel Miami: Cities. En 2022, le Château de Chambord lui consacre une exposition majeure, titrée Débordements.
Biographie et début de la carrière artistique Né à Buenos Aires en 1955, Pablo Reinoso est le fils des psychanalystes Janine Puget et Diego Garcia Reinoso. Dès son plus jeune âge, il s’intéresse à la création artistique, réalisant sa première sculpture intitulée Tronc Articulé en 1970. En 1973, il bénéficie de sa première exposition à la Galería Lirolay de Buenos Aires, puis en 1975 il expose à la Galería Van Riel. Dans ce cadre, il présente ses premières œuvres en bois, dont Virapita, une pièce emblématique de la série "Articulations". Inspirées des articulations humaines, ces sculptures sont composées d’éléments en bois reliés entre eux, permettant de les présenter sous différentes configurations. Ainsi, ces œuvres n'ont pas de forme définitive, mais peuvent constamment évoluer, offrant une multiplicité de formes potentielles.
À partir de 1972 Pablo Reinoso suit des études en architecture à l’Université de Buenos Aires, avant de s’installer en France. En 1978, il obtient une bourse d’études pour se spécialiser dans le travail du marbre et s’installe à Carrare (Italie) pendant un an, partageant son temps entre Paris et la Toscane. En 1981, il figure parmi les finalistes de la Bourse d’art Monumentale d’Ivry-sur-Seine, et en 1982, il participe à la Biennale des Jeunes Artistes au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris, où il présente l’installation Paysage d’eau/Mer de Charbon (1982). Cette œuvre en marbre sculpté repose sur une surface de charbon, interrogeant ainsi la relation entre les écosystèmes naturels et humains. gauche|vignette|300x300px|Pablo Reinoso, Paysage d'eau/Mer de Charbon, 1982 Au cours des années 1980, il développe les séries « La découverte de l’Amérique », liée à l’histoire de l’exploration de l’Amérique, ainsi que « Fragments d’un discours amoureux » en 1987, inspirée du livre de Roland Barthes. Ces sculptures interrogent les notions de temps, de seuil et de passage, chaque œuvre étant inspirée du titre de l’un des chapitres du livre.
Parallèlement à son œuvre sculpturale, les années 1980 sont marquées par l’implication de Pablo Reinoso dans l’univers du théâtre et du ballet en tant que photographe. Il réalise les photographies des ouvrages Tango, consacré au ballet du chorégraphe Oscar Aráiz avec le ballet du Grand Théâtre de Genève (1981) et Béjart au travail (1984), portant sur le travail de Maurice Béjart. Entre 1984 et 1986, il est conseiller auprès de Gerard Mortier dans le cadre de la réouverture du Théâtre Royal de la Monnaie. En 1985, il réalise les photographies de la pièce Le Mahâbhârata, mise en scène par Peter Brook au Festival d’Avignon.
Au tournant des années 1980 et 1990, Pablo Reinoso intègre le travail du bronze et de l’acier dans sa pratique, marquant le début de la série « Passeurs du temps ». Ces sculptures mesurent le temps ou symbolisent son écoulement, créant une tension entre les objets dont elles s’inspirent — tels que des cuillères ou des sabliers — et l’objet sculptural en tant que tel. Dans les années 1990, l’artiste réalise ses premières œuvres pour l’espace public, dont les œuvres The potato harvester (1994), installée à Tokyo au Japon, ou Mémorial, au Colegio Nacional de Buenos Aires (1997). Il expose ses œuvres dans le cadre d’expositions collectives au Centre Georges-Pompidou (1990), à la Biennale de Venise (1993) et bénéficie de plusieurs expositions personnelles en galerie.
Les « Respirantes », à partir de 1995 vignette|250x250px|Vue de l'exposition A Mestiçagem (Le métissage) au Musée National d’Art Moderne de Bahia en 1996. Ensemble d'œuvres respirantes faisant partie de l'installation Syncrétisme. À partir de 1995, Pablo Reinoso inaugure la série des « Respirantes ». Ces œuvres sont réalisées à partir de toiles sur lesquelles sont cousus des “coussins” alimentés par un système électrique, leur permettant de se gonfler et de se dégonfler. Évoquant la respiration humaine, ces sculptures fonctionnent grâce à un système de support artificiel, symbolisant la vie et l’interdépendance de toutes les formes du vivant. En 1996, ce travail fait l’objet de l’exposition A Mestiçagem (Le métissage) au Musée National d’Art Moderne de Bahia, au Brésil. L’exposition réunit une cinquantaine d’œuvres Respirantes explorant le syncrétisme religieux, à travers une représentation des Orixás, divinités afro-brésiliennes du candomblé, qui sont mises en relation avec leurs équivalents catholiques, illustrant la fusion de ces deux univers spirituels. La même année, l’artiste expose également au Centro Cultural Borges de Buenos Aires dans le cadre d’une exposition monographique. vignette|L'œuvre respirante La parole, 1998. Vue d'exposition, Palais des congrès, Barcelone|gaucheEn 1998, l’artiste bénéficie d’une exposition personnelle à la Maison des Arts de Malakoff, où il présente un ensemble d’œuvres respirantes liées à de concepts et de représentations propres à la psychanalyse. En 2001, dans son exposition Œuvres récentes 2000 - 2001 à l’Arsenal de Soissons, il présente des œuvres majeures, telles que les Monochromes respirants, ou encore Las Meninas (Ejercicio Horizontal) (2000) et Men-in-a (2000), s'inspirant des analyses de Jacques Lacan et de Michel Foucault sur le célèbre tableau de Diego Velázquez, Les Ménines (1656). alt=Pablo Reinoso, Monochrome respirant, 1999|vignette|Pablo Reinoso, Monochrome respirant, 1999 L’année 2002 marque un tournant important pour l’artiste, avec la présentation d’installations in-situ majeures. Il réalise d’abord Ashes to Ashes à la Casa de América à Madrid. Composée de planches de bois tordues et brisées, cette installation monumentale et immersive investit le lieu d’exposition dans son ensemble, brouillant les repères et la perception de l’espace. La même année, Pablo Reinoso présente l’œuvre L’observé aux Galeries Lafayette, lors de la Nuit Blanche de la Ville de Paris. L’installation se compose d’une immense œuvre persistante de forme ovale longue de 30 mètres, suspendue sous la coupole de l’édifice. Une ouverture située à la base de la sculpture permet aux visiteurs d’observer l'intérieur de l’œuvre et de découvrir leur reflet dans un miroir positionné à l'autre extrémité, interrogeant leur relation à l’espace et à l’autre.
Au début des années 2000, il expose également à l’Espace d’Art Yvonamor Palix (2001), au Centre d’art André Malraux (2003) et à la galerie Ruth Benzacar (2003) et participe à des nombreuses expositions collectives, telles que El final del eclipse (2001) à la Fundación Telefónica de Madrid, une exposition itinérante qui est également présentée à Mexico, Buenos Aires, Santiago du Chili et à Lima dans les années suivantes, ainsi qu’à l’exposition Blow-up au Vitra Design Museum (2000) ou encore Paris pour escale (2000) au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris.
La série « Thoneteando » et « Prêt-à-thonet » (à partir de 2004) alt=Pablo Reinoso, Thonet 01, 2005|vignette|Pablo Reinoso, Thonet 01, 2005 En 2005 Pablo Reinoso inaugure la série « Thoneteando » Arte Aldia, Pablo Reinoso, par Patricia Avena Navarro, un hommage aux chaises conçues par le fabricant Michael Thonet et à sa méthode de production innovante, qui marque l’histoire du design industriel. Il compose à partir de plusieurs modèles d’assises Thonet des sculptures qui interrogent, prolongent ou bouleversent la fonction première du support, créant ainsi de nouvelles associations plastiques, visuelles et symboliques. Cette série d’œuvres fait notamment l’objet d’une exposition personnelle titrée Nouages d’ombre à l’Instituto Cervantes de Paris en 2006.
En 2004 et 2006, l’artiste réalise les deux films Séances et Thoneteando autour de l’univers Thonet en collaboration avec la danseuse et chorégraphe Blanca Li. Dans la lignée de ce travail, l’artiste réalise également la série « Prêt-à-thonet », composée de sculptures qui mélangent les fonctions des sièges, de la pièce de mode ou de l’accessoire vestimentaire, à l’intersection de l’art, du design et de la mode. À deux reprises, ces pièces ont été portées lors de défilés de mode : pendant le défilé Automne-Hiver 2006 du designer David Delfin, puis en 2007 lors de la présentation de la collection Printemps-Été du designer Martin Churba.
Les « Bancs Spaghetti » et les « Cadres » (à partir de 2006) alt=Pablo Reinoso, Curly Bench, 2019|gauche|vignette|Pablo Reinoso, Curly Bench, 2019 Au milieu des années 2000, Pablo Reinoso développe la série « Bancs Spaghetti ». Ici, il prend comme point de départ le banc public, un objet au design universel qui traverse l’époque et les cultures, auquel il applique une logique de déploiement, d’évolution et de croissance. Sensible aux enjeux liés à la crise climatique, Pablo Reinoso conçoit ses « Bancs Spaghetti » comme un hommage à l’intelligence végétale, aux agencements que le monde naturel adopte afin d’assurer sa croissance et sa pérennité. Dans ces œuvres, le bois se met à croître de manière organique, colonisant les objets, l’architecture et l’environnement. L’installation monumentale Enredamaderas que l’artiste réalise en 2009 pour le Musée d’Arte Latinoamericano à Buenos Aires est emblématique de cette démarche. Le banc prolifère à travers l’espace du Musée, bouleversant la relation entre l’œuvre, le lieu et ses spectateurs.
En 2009, l’artiste s’empare à nouveau de l’objet assise — cette fois celle d’écolier — pour créer l’installation Chaises au collège pour la façade du College Hôtel à Lyon.
Parallèlement, l’artiste développe la série « Cadres », des œuvres en bois inspirées de l’objet cadre, où la matière déborde en dehors de son périmètre et se déploie dans l’espace. Ces sculptures sont souvent inspirées de thèmes tirés de l’histoire de l’art et de la mythologie, comme Laocoonte (2014) ou Les trois grâces (2012). En 2011, l’artiste réalise une commande pour l’Hôtel du Marc à Remis, créant l’œuvre Cadre de vie, composée d’un cadre en bois dont les courbes en bois s’entrelacent avec celles d’un banc de sa série Spaghetti.
Années 2010 : le travail de l'acier et les installations dans l'espace public alt=Pablo Reinoso, Huge Sudeley Bench, 2009|vignette|Pablo Reinoso, Huge Sudeley Bench, 2009