Killing Joke () est un groupe musical britannique, originaire de Cheltenham, en Angleterre, actif entre 1979 et 2023. Il est reconnu comme l'une des formations les plus importantes de la période post-punk, new wave et rock gothique de la fin des années 1970 et du début des années 1980, , traduction française éd. Allia, 2007 . et s'impose ensuite comme l'un des groupes majeurs du courant metal industriel à compter de l'album Extremities, Dirt and Various Repressed Emotions sorti en 1990... Il a fortement influencé des groupes comme Nirvana, Metallica, Ministry, Soundgarden, Korn, Marilyn Manson ou encore Fear Factory, qui ont tous mentionné être redevables à ce groupe...

Les seuls membres permanents du groupe depuis sa fondation sont Jaz Coleman, chanteur et leader historique du groupe, joueur de claviers et synthétiseurs, compositeur, directeur des cordes et orchestres, et Geordie Walker, guitariste et choriste. En 1994, Killing Joke sort l’album qui marque et influence profondément et durablement la scène du metal industriel. L’album est resté une référence dans ce style musical. Leurs sons de guitare et de basse jouent beaucoup sur la distorsion, accompagnés selon l'époque par une batterie tantôt tribale et puissante, tantôt funky et par des synthétiseurs typiques de la new wave. Le chant joue, selon les morceaux et les périodes, sur des plages allant d’une grande douceur au hurlement tribal. Coleman partage son temps entre la composition d’œuvres classiques et le travail en studio et sur scène pour Killing Joke. Il étudie de nombreuses cultures, vit désormais entre Prague et la Nouvelle-Zélande et développe un intérêt pour l'occultisme, le folklore tchèque et la musique māori.

Killing Joke se met en sommeil vers le milieu des années 1990, ses membres se focalisant sur divers projets personnels. Après une parenthèse de sept ans entre la sortie de l'album et celle de en 2003, le groupe reprend un rythme de production plus régulier, sortant consécutivement plusieurs albums studio ainsi qu'un album et DVD live célébrant les 25 ans d'activité discographique de Killing Joke. Cette période est également marquée par la mort du bassiste Paul Raven en 2007. Le groupe fête ses trente ans de production artistique courant 2010 avec un album studio intitulé et une tournée en Europe et aux États-Unis, rassemblant les quatre membres d'origine, dont deux avaient fait défection — Martin Glover dit « Youth » en 1982 et Paul Ferguson dit « Big Paul » en 1987. Depuis cette année-là, le groupe réuni produit à son tour régulièrement albums et tournées.

L'un des deux seuls membres de Killing Joke à avoir participé à l'intégralité de la carrière du groupe, le guitariste Geordie Walker, meurt à Prague au matin du . Son décès marque la fin de l'activité du groupe.

Histoire Origines gauche|vignette|redresse|alt=Homme caucasien portant un t-shirt rouge.|Jaz Coleman, chanteur et meneur de Killing Joke, avant un concert en 1991.

La légende veut que Killing Joke soit né d’une rencontre dans une file d’attente de l'agence britannique pour la recherche d'emploi, le British Unemployment Office, tout à la fin de l’année 1978.. Ce jour-là, Jeremy Coleman rencontre un ami et lui parle de ses aspirations musicales. En entendant le discours de Coleman, son ami lui glisse qu’il a quelqu’un à lui présenter, puis l’emmène à son appartement londonien où les attend le batteur Paul Ferguson.. Selon Coleman, sans échanger un seul mot, les deux musiciens réalisent qu’ils sont destinés à jouer ensemble une musique que Ferguson décrira plus tard comme Ils sont tous deux férus d'occultisme : afin de les aider à choisir les personnes les plus adaptés pour mener à bien leur projet, ils affirment avoir alors pratiqué un rituel magique dit de « localisation », au cours duquel ils auraient involontairement invoqué le feu, déclenchant un début d'incendie. Pour donner corps à leurs idées, Coleman et Ferguson font passer une annonce dans le journal musical , disant en substance Peu de temps après, le bassiste Martin Glover puis le guitariste Kenneth Walker les rejoignent et le groupe prend vie.

Selon Coleman, Killing Joke se forme autour d’intentions bien particulières : Le nom provient d’une expression britannique faisant référence à une situation ou un événement paradoxal, ironique. Ils commencent alors à écrire et se produire en concert et gagnent rapidement une assez bonne réputation à travers Londres avec des morceaux comme , et une reprise des Sex Pistols, . Neil Perry, journaliste musical, estime que Killing Joke est alors le meilleur groupe de la scène londonienne, décrivant leur découverte comme « un électrochoc ».

Le groupe déménage et s’installe dans le quartier de Notting Hill Gate, pour y enregistrer le premier single du groupe, , avec de l’argent emprunté à la petite amie de l’époque de Coleman. John Peel., impressionné par l’enregistrement, propose au groupe un passage dans son émission. Killing Joke devient l’un des groupes les plus populaires parmi ceux diffusés par ce biais, à la fin des années 1970. À la fin de l’année 1979, les membres du groupe signent avec Island Records, qui leur permet de créer leur propre label, Malicious Damage..

Années Malicious Damage (1979–1982) Après la sortie du quatre titres / sur Malicious Damage par le biais d’E’G Records, Killing Joke fait paraître son premier album, en 1980. La couverture est en noir et blanc, et il n’y a aucune mention des noms des membres du groupe. Saturé de nombreuses sonorités électroniques, de batterie tribale, de basse syncopée et d’un son de guitare rythmique unique à l’époque, l’album inclut le titre qui devient un standard des clubs des deux côtés de l’Atlantique. Ferguson dira alors :

Les membres de Killing Joke écrivent tous les morceaux de leur album suivant, alors qu’ils sont déjà en studio. Selon Geordie, ce procédé s’est révélé difficile, puisque pour le premier album ils disposaient d’un an de travail d’avance avant l’enregistrement. Sorti en ., l’album révèle un groupe focalisé sur le développement de son propre son. Depuis , long de sept minutes, jusqu’à et , l’album continue dans le sillon tracé par le groupe, basé sur leur prédiction d’une fin prochaine de la raison et d’un retour à un type d’homme plus primitif. C’est aussi un bon indicateur de l’humour pervers qui se cache derrière Killing Joke. La couverture montre une mère de famille / touriste contemplant un champignon atomique., en contrepoint de paroles comme .

Pressions et dépression (1982) vignette|Geordie Walker, guitariste du groupe depuis sa création (en tournée en Australie en 2005).

À l’issue d’une tournée mondiale, Killing Joke s’aventure en Allemagne avec le producteur vétéran Conny Plank. Cette première collaboration avec un producteur extérieur au groupe donne , sorti en .. Nouveau travail anonyme, l’album comprend le hit . Tout au long de cet album sont évoquées les pressions auxquelles le groupe est soumis, aussi bien dans un registre personnel et relationnel que de la part de l’industrie musicale. y fait directement référence..

Incertain quant à la direction musicale à suivre, et confronté à la perspective d’une nouvelle tournée mondiale, le groupe craque et se sépare.. Jaz Coleman, au bord de la dépression nerveuse, quitte le groupe pour se réfugier en Islande à la fin d’un concert, le soir de son anniversaire.. Officiellement, il choisit cette destination à la suite de la vision d’une imminente fin du monde, ses interlocuteurs mystiques souhaitant ainsi le mettre en sûreté. Officieusement, il s'agissait plus simplement de « mettre un frein à Killing Joke et faire d’autres choses ».. Geordie Walker le rejoint et ils enregistrent sur une brève période avec le groupe local Peyr tandis que Youth et Big Paul forment leur propre groupe, Brilliant, apparemment nommé ainsi à cause de la face B du single . Cependant, avant que Brilliant ait eu le temps de produire un enregistrement, Paul Ferguson quitte le groupe. La presse spécialisée britannique s’exprime assez vertement sur ces déboires, et Youth, accompagné de divers collaborateurs, sort finalement courant 1982 un premier single appelé (littéralement ). Malgré ses membres tous issus de formations à succès, son équipe marketing ambitieuse et un budget de pour un premier — et unique — album., le groupe évolue jusqu'en 1986 sans connaître ni succès commercial ni critique réellement enthousiaste..

Délicat tournant (1982–1986) Après sa parenthèse islandaise, Coleman rejoint finalement Walker et Ferguson afin de sortir Killing Joke de ce bref hiatus. Ils recrutent un bassiste alors inconnu, Paul Raven. Ils tournent en Europe et aux États-Unis au cours de l’année 1982, permettant ainsi à Raven de découvrir le monde de la scène. Plusieurs concerts à Toronto sont enregistrés pendant la tournée, donnant naissance au maxi . Au début des années 1980, une des affiches du groupe destinée à annoncer une série de concerts leur vaut d’être interdits de scène à Dublin : elle représente l’abbé catholique allemand Albanus Schachleiter bénissant une haie d’honneur de soldats nazis au congrès de Nuremberg de 1934.. Cette même image est reprise sur la couverture de la compilation sortie en 1992. Les croix gammées des brassards sont cependant remplacées par les symboles monétaires de la livre sterling, du yen japonais et du dollar américain.

Killing Joke amorce un virage sujet à controverse, la recherche d’un nouveau public pour leurs albums. Cette même demande de la part de Youth, quelque temps plus tôt, avait pourtant été ignorée. Le résultat, sorti en 1983, est l’album . C’est alors la première fois qu’apparaissent, dans un livret, les photos des membres du groupe. Présentant des styles musicaux plus variés, Coleman dira de cet album qu’il est « leur meilleur à ce jour » (comme il semble l’avoir dit de chaque nouvel opus) et est choisi comme single de lancement. L’album contient quelques bons morceaux devenus des classiques du groupe, comme et . Après un moment de silence, Killing Joke revient en 1984 avec une nouvelle paire de 45 tours, et , qui sont plus diffusés à la radio qu’aucun de leurs singles précédents. Jouant devant d’immenses drapeaux américains et soviétiques, le groupe reprend les tournées et semble vouloir donner une image plus homogène, coordonnant les costumes noirs, avec pour Walker et Raven de grandes bottes en caoutchouc et métal à la Kiss.

Profitant du succès d', le groupe sort l’album , enregistré à Berlin et comprenant la chanson qui jette à nouveau du Killing Joke sur les pistes de danse des États-Unis et de l’Europe. couvre plusieurs genres, passant du rock gothique à la dance musique tout en ayant une accessibilité pop.. En France, la version maxi de ce titre remixée avec un son de batterie plus en avant, suscite un grand intérêt chez un public plus large. Comprenant huit titres, dont Eighties, l’album est basé sur des sons de claviers mélodiques, typiques de cette période, et sur la guitare de Geordie Walker sur des morceaux comme et .

Après six années de collaboration avec la maison de disques Polydor, le groupe signe un contrat avec la compagnie de Richard Branson, Virgin Records. Sur leur sixième album, (, trouvant son nom dans une description japonaise de l’explosion nucléaire d’Hiroshima ; cette citation célèbre a également donné son titre à , livre de Robert Jungk), le groupe s’offre un succès plus modeste dû à des articles de presse mitigés.. Le format des photos du groupe, pour sa part, s’agrandit. Coleman apparaît en couverture, les autres membres dans le livret. Les deux chansons promues en singles, et , sont assez peu diffusées à la radio. Nous sommes alors en 1986.

Problèmes artistiques et juridiques (1987-1988)