L'islam libéral se distingue des mouvements réformateurs islamiques en ce sens qu'il s'intègre dans le courant du libéralisme théologique que connurent les autres monothéismes au tournant du et tandis que les mouvements réformateurs islamiques incluent aussi bien les mouvements réformateurs intégristes. Sur ce point, l'expression anglophone Mouvements libéraux islamiques peut prêter à une ambiguïté que l'expression européenne vise à leverOn se trouve exactement devant le même problème avec l'islam libéral qu'avec le judaïsme libéral que la traduction depuis les pays anglophones ne résout pas. En effet, les auteurs anglophones nomment Reform Judaism ce que les autres Européens désignent par Judaïsme libéral ; toutefois, les pays anglophones peuvent occasionnellement englober dans cette appellation le judaïsme massorti que les anglophones nomment Conservative Judaism alors qu'il n'a rien de conservateur, spécifiquement si elle empêche de réduire l'islam libéral à la mise aux normes d'une modernité sociétaleEn effet, rien n'est plus « moderne » que la réforme néo-salafiste des années 1980 qui suppose un équipement de haute technologie vecteur de l'assujettissement du pratiquant, où qu'il vive dans le monde, aux avis circonstanciés qu'il demande à son maître spirituel établi en Arabie saoudite, en Syrie, au Yémen. À ce sujet, voir Gilles Kepel, Fitna.
L'islam libéral traite des disciplines historiques et critiques concernant les origines de l'islam et du CoranPour un tour d'horizon sur ces sujets, on consultera le portail tenu par Mehdi Azaiez qui annonce tout ce qui se publie dans la discipline et pour une initiation au sujet, on consultera l'article en 11 épisodes de Mohammad Ali Amir-Moezzi Un Texte et une histoire énigmatiques. Ce texte fondamental n'étant plus disponible en ligne, un autre article propose un tour d'horizon sur la recherche historique et critique sur le Coran et les origines de l'Islam Emmanuel Pisani Les lectures nouvelles du Coran et leurs implications théologiques, Revue d'éthique et de théologie morale, 2009/1 () , L'islam libéral désigne aussi un mouvement réformateur au sein de l'islam qui concilie modernité et religion musulmane si l'on considère que la modernité se définit en une liste d'un certain nombre de sujets sociaux et sociétaux, qui semblent tabous dans les sociétés islamiques, comme le sont respectivement la place des femmes ou les relations de la religion et de l'ÉtatEssayons un vieux remède : la démocratie par Abdou Filali-Ansari.. Les auteurs en sont aussi bien des militants associatifs que des auteurs académiques ou encore des théologiens. Ces théologiens et théologiennes se réclament du sunnisme comme du chiisme.
Il faut aussi distinguer le courant libéral de l'islam, dit aussi « progressiste », dont les tenants visent à restaurer le pluralisme des interprétations au sein même de l'islam, contre une simple lecture d'un texte qui se suffirait à soi-mêmel'expression est empruntée à Youssef Seddik, Nous n'avons jamais lu le Coran, Édition de l'aubedans la bibliographie mais se retrouve sous la même forme chez Mahmoud Hussein, op. cit dans la bibliographie et sous des formes voisines chez des auteurs comme Safi, Kepel ou Meddeb, que véhiculent les courants actuellement dominants qui sont les plus fondamentalistes de l'islam séculariséThe St. Petersburg Declaration, Institution for the secularization of Islamic Societies, aussi nommé « islam laïc » dans les pays francophonesMohamed Sifaoui, son site, dont les tenants considèrent que l'islam construit une part importante de l'Homme, spécifiquement dans son comportement moral, et du citoyen mais est une religion dont ils se reconnaissent agnostiques
Avant même les aspects sociétaux, comme la défense de la laïcitéLes contours d’une théorie islamique de la séparation de la religion et de l’État, revue Rives Méditerranéennes, - année 2004, la non-obligation voire la restriction du port du voile islamique ou le refus des peines corporelles prévues par la charia ou le jihad sont autant de points (non exhaustifs) défendus par une grande partie des « musulmans libéraux » du . La NahdaLa tradition réformatrice de l'islam par Abdou Filali-Ansari est d'abord un courant d'approfondissement théologique.
Concept de crise moderniste Définition À partir de la crise moderniste qui traversa le christianisme depuis le Syllabus jusqu'à Vatican IIselon Emile Poulat, Histoire, dogme et critique dans la crise moderniste. Paris, Casterman, première édition : 1962. Encore plus précise dans que dans sa troisième préface, celle de la réédition de 1997 dans la collection Évolution de l'humanité, chez Albin Michel, on peut définir une crise moderniste de la façon suivante. C'est la lutte d'une ou plusieurs autorités, dont au moins une religieuse, pour obtenir à leur seul profit la légitimité de l'interprétation.
Elle nécessite : un seuil critique de population alphabétisée ; un développement économique qui porte la pensée de ses élites au-delà de leurs frontières ; plusieurs pôles de légitimité possibles.
Cas de l'islam Le concept de crise moderniste est peu étudié en ce qui concerne l'islam sauf, pour les auteurs francophones, par Gilles KepelGilles Kepel, Fitna., Malek ChebelUn islam libéral, nourri de sa tradition philosophique, interview de Malek Chebel dans Évangile et Liberté. Voir aussi L'Islam et la raison du même auteur et Abdelwahab MeddebAbdelwahhab Meddeb, La Maladie de l'islam, Seuil Paris, 2002. Même si l'auteur se trompe sur les dates auxquelles il fixe respectivement le fondamentalisme protestant évangélique et l'intégrisme catholique, il voit bien la relation entre les deux mouvements catholiques et protestants et expose bien la similitude avec la situation actuelle de l'islam en une longue note à la page 45, Makram AbbesMakram Abbes, La pensée islamiste, Revue Esprit, octobre 2014.
Similitudes Un seuil critique de population alphabétisée Dans le monde arabo-musulman 50 % de la population est alphabétiséeCarteindex Mundi. Faire bien attention à la date de référence, située entre 2003 et 2014 mais dans le monde asiatique, la population bénéficiant d'une éducation supérieure est plus importante en fonction des foyers de population et de la volonté du colonisateur anglais de dégager une élite indienne accueillie dans ses universités Patrick Petitjean : « La science doit achever sa décolonisation » alors que, dans la formation d'élites locales, la colonisation française fut différente.
Un développement économique La crise moderniste rebondit du , quand la découverte du pétrole en Arabie saoudite et l'alliance avec les États-Unis (protection de la dynastie monarchique saoudienne contre fourniture permanente du pétrole) conduit à ce que l'école wahhabite supplante l'école égyptienne, avec la création des Frères musulmans en ÉgypteIls tiennent dans l'antimodernisme musulman la place théorique occupée dans l'anti-modernisme occidental par Joseph de Maistre et Louis de Bonald. On parle alors d'islam capitaliste.
Plusieurs pôles de légitimité possibles. Dans le cas de la crise moderniste du christianisme, les 3 pôles de légitimitévoir la chronologie en début d'article étaient l'université allemandeavec une accentuation du phénomène du fait du Kulturkampf et françaisela réalisation de 5 universités impériales avec un enseignement de théologie sous Napoléon III qui attendirent leur reconnaissance comme universités pontificales sans jamais les obtenir comme le signale Geneviève Commeau, Catholicisme et judaïsme dans la modernité, Cerf, puis la création des « sciences religieuses » avec la de l'EPHE16 ans plus tard, Omero Marongiu-Perria valide l’interprétation en crise moderniste. Ecouter aussi la discussion sur ce sujet sur France Culture entre Omero Marongiu-Perria et Mohamed Bajrafil , les protestantismes européens, l'Église catholique romaine, ces deux derniers pôles étant en conflit ouvert puis larvé depuis le concile de Trente.
On a aussi les deux autorités réclamant l'orthodoxie : l'école wahhabite qui vient combattre l'adoration des saints et des mausolées, mais qui réclame le monopole de l'interprétation, et accentue sa mainmise sur les lieux saintsAbdelwahab Meddeb, op.cit) ; l'école égyptienne, qui bénéficiait de cette autorité et de cette légitimité jusqu'à Mohammed Abduh ; s'y ajoute la montée de l'islam asiatique dont l'islam indonésienAbdou Filali-Ansary, Réformer l'islam ? (La Découverte, 2003) ; s'y ajoute l'université occidentale, du fait du jeu des alliancesAbdelwahab Meddeb, Pari de civilisation, Seuil, 2009(l'Empire ottoman puis la plupart les États qui découlent de son dépeçage sont alliés de l'empire allemand tandis qu'après la guerre de 1914-1918, une partie d'entre eux sont mis sous protectorat par les puissances françaises et britanniques) dont l'archéologie allemande et britanniqueSalah Stétiétémoigne que les autorités d'Arabie saoudite coulent une chape de ciment sur tout site archéologique révélant des éléments afférant à l'islam ancien.Abdelwahhab Meddeb, qui cite Salah Stétié dans la Maladie de l'islam commente de la façon suivante : pour éviter au mythe de se confronter avec l'histoire. La polémique entre Ernest Renan et Jamal Al Dîn Al Afghanià la suite de la conférence L'Islamisme et la Science prononcée par Ernest Renan à la Sorbonne en 1883, en porte témoignage ; Pour en combattre l'influence, les frères musulmans reprennent à Oswald Spengler sa théorie du déclin de l'OccidentOswald Spengler, Le Déclin de l'Occident, édition originale 1918-1923, Paris, Gallimard, 1948.. On peut aussi s'interroger sur l'apport anti-moderniste de René Guénon qui, dans La Crise du Monde Moderne, 1927 récuse les éléments civilisateurs de la science moderne au nom de la règle religieuseun tour d'horizon sur la pensée de Guénon par Denis Touret, philosophe, dans René Guénon (1886-1951) : L'ordre social par la Tradition véritable , et ou encorela collusion entre les anti-modernes et les guénoniens d'une part et les sources de la philosophie politique qui président au fascisme, en particulier Julius Evola, dans Politica Hermetica et la développent en « occidentalisme »Pierre-André Taguieff, La Judéophobie des modernes de Voltaire au Jihad international, Odile Jacob
Originalités Toutefois, la crise moderniste musulmane connaît des spécificités que ne connut pas son homologue chrétienne avant la période récente : l'irruption de théologiennes dans le champ du débat ; Le courant du féminisme islamique (la Marocaine Fatima Mernissi, l'Égypto-Américaine Leila Ahmed, etc.) font partie de l'islam libéral, qui porte une attention particulière à l'ijtihad (l'interprétation du Coran). l'accent mis sur les questions sociétalesComme dans la version italienne de la crise moderniste qui aboutit à la fondation de la Démocratie Chrétienne, ce propos qui, en ce qui concerne le christianisme mériterait d'être nuancé sur le fond à l'aide du cours ronéoté de Klaus-Peter Blaser Société, Philosophie, Théologie et Églises au , presses de L'UNIL mais qui peut, néanmoins, être soutenu au vu de la violence de la contestation européenne du Syllabus, attestée dans : Alain Dierkens, éd. : "L'intelligentsia européenne en mutation (1850-1875), Darwin, le Syllabus et leurs conséquences" , in Problèmes d'histoire des religions, Volume 9, Éditions de l'Université de Bruxelles, 1998 ;