vignette|Kanji de .|alt=Dessin de deux logogrammes japonais. est un mot japonais qui sert traditionnellement à désigner une personne hermaphrodite, qui possède les deux organes génitaux mâle et femelle. L'usage du mot varie en fonction des époques, servant à désigner les personnes intersexes ou travesties, il est aussi rattaché à des concepts bouddhistes ainsi qu'au concept de l'androgynie. Au cours du l'usage du mot décline dans le langage courant pour être remplacé par les mots et pour les intersexes et pour l'androgynie.
Le mot est repris par la pornographie japonaise à partir des années 1990 : dans ce contexte, il décrit spécifiquement des femmes dotées d'un pénis dans des proportions souvent exagérées, surtout dans le milieu du hentai japonais.
Histoire Japon antique vignette| à Ishinomaki, Miyagi.|alt=Photo couleur d'autels en bois en forme de phallus, à l'extérieur d'un tmple shinto. L'ancienne vision japonaise de l'hermaphrodisme est dérivée de la vision du bouddhisme chinois, qui considère que les hermaphrodites sont des hommes qui se transforment en femmes, ou inversement, parfois selon des cycles semi-mensuels. Lors de la première partie du mois ils possèdent une forme masculine et un pénis, puis lors de la seconde partie du mois, une forme féminine et une vulve. Aussi le nom de leur est attribué.
Il est supposé que les vêtements de l'époque rendent difficile la distinction entre hommes et femmes, ce qui mène les gardes à pratiquer des fouilles corporelles afin de détecter des contrebandiers qui se font passer pour des femmes, ou inversement des femmes qui essaient de pénétrer dans des zones réservées aux hommes. Des histoires et poèmes, tels que , font état de telles pratiques.
Le culte d'entités androgynes et hermaphrodites se répand au Japon, avec par exemple les du shintoïsme, des qui protègent les voyageurs sur les routes. Bien que les soient généralement représentés sous la forme d'un phallus, ils possèdent un sexe ambigu, ni mâle ni femelle. Ou encore le culte du bodhisattva Kan'non, un homme indien dont la représentation a été féminisée lors de la diffusion de son culte en Asie, notamment au Japon.
Japon médiéval À partir de l'époque de Kamakura (1185–1333) la vision du bouddhisme orthodoxe s'impose à partir d'une interprétation des textes de Nichiren ; celle-ci considère qu'une femme est un être pollué ainsi qu'une forme d'existence inférieure. Aussi une femme doit se transformer en homme si elle veut atteindre l'illumination. Cette transformation se fait au moyen du concept du et s'étale sur plusieurs générations de réincarnation. Les personnes hermaphrodites sont alors considérées comme des femmes qui sont en train de se transformer en hommes, il est dit que ces personnes sont atteintes du . Ainsi ces personnes sont considérées comme atteintes d'une affection et porteuses d'un mauvais karma.
vignette| dans le Rouleau des maladies.|alt=Parchemin divisé en deux parties, avec sur la gauche un dessin représentant un couché au sol à-demi nu et qui est moqué par deux autres personnages, et sur la droite un texte japonais servant de légende à l'illustration. Le plus ancien usage connu du terme remonte au : le qui illustre diverses maladies ou difformités de l'époque possède une scène nommée , légendée ainsi :
Le texte de la scène semble considérer comme problématique la physiologie inhabituelle du joueur du tambour, mais pas son attitude ambiguë. Il en va de même dans le poème daté dans les environs de 1162-1164, qui conte l'histoire d'une femme à moustache.
La japonologue Kazue Harada considère à partir du et du Rouleau des maladies que les appartiennent anatomiquement aux deux sexes ; construits sur un modèle masculin auquel on a ajouté des organes et comportements féminins. Et que si les marqueurs du sexe et du genre sont flous, le masculin reste central et sert de base.
C'est aussi au qu'apparaissent les , des danseuses vêtues d'atours d'hommes et qui pratiquent des . Les inspirent le théâtre nô du . Les acteurs y sont tous des hommes et jouent à la fois les rôles masculins et féminins, même si le travestissement y reste très stylisé.
Japon moderne vignette|L' Akifusa Guraku qui effectue la danse .|alt=Photo couleur d'un homme travesti en femme, il porte une robe traditionnelle japonaise blanche et noire et tient dans ses mains un parapluie. L'époque d'Edo (1603–1868) voit la confrontation de deux visions. D'un côté des médecins, scientifiques, érudits confucianistes ainsi que le shogunat prônent une distinction claire entre hommes et femmes, entre yin et yang, ainsi que des valeurs telles que le pour les samouraïs ou le pour les femmes. De l'autre côté apparaissent les du théâtre kabuki, des acteurs masculins qui se travestissent en femmes et se prostituent à l'occasion, attirant les faveurs des hommes comme des femmes. En parallèle des les voient le jour, des prostituées-danseuses qui se travestissent en hommes au point que certaines d'entre-elles portent des noms d'hommes. Ces dernières sont particulièrement populaires auprès de la clientèle masculine.
À cette époque les qualités de sont recherchées chez les , comme le montre ce poème de 1644 qui loue les qualités androgynes de l'acteur Shimada Manosuke : Texte en japonaisTexte en Texte en françaisUne femme, peut-être, quand on la voit… Mais c’est un homme, Manosuke Tout le portrait de Narihira Ni l'un ni l'autre et les deux à la fois Le terme qui apparaît dans ce poème est un mot-valise produit de la fusion des deux mots et Narihira, nom d'un poète du . Selon Sunaga Asahiko, Narihira est associé à la figure de l'androgyne à l'époque où apparaissent les premiers . Le spécialiste en théâtre et littérature Imao Tetsuya dit à propos des personnes qu'elles . Maki Morinaga, de l'université du Minnesota considère que les de l'époque sont des personnes de sexe masculin mais de genre androgyne, elle note aussi une évolution entre le concept de qui est perçu comme une difformité, et le concept de qui est perçu comme une esthétique positive.
L'esthétique reste dominante au sein du théâtre kabuki jusqu'à ce qu'Yoshizawa Ayame (1673–1729) théorise ce que doit être un dans son écrit au début du . Ayame reprend le concept du mais l'altère quelque peu : selon le orthodoxe, c'est le corps qui doit se transformer, quand pour Ayame il s'agit de l'esprit, du genre. Pour lui un doit devenir mentalement une femme, vivre comme une femme dans la vie de tous les jours, suivre les idéals féminins tels le , et ne pas se contenter de simuler le rôle d'une femme. Il rejette la figure de l' qui serait , car un est indubitablement une femme, puisque selon lui, le genre féminin des annule et remplace leur sexe physique masculin. Les préceptes d'Ayame se diffusent dans la société japonaise, au point que les utilisent désormais les bains dédiés aux femmes.
Japon contemporain vignette|upright=0.7|alt=Photo portrait noir et blanc d'une femme qui porte un uniforme et casquette d'un officier militaire.|Asako Uchigawa, 1936, actrice travestie de Takarazuka. Lors des ères Meiji (1868–1912) et Taishō (1912–1926), le gouvernement influencé par la sexologie austro-germanique exécute une politique qui sépare les individus dans deux catégories et , sans qu'elles puissent se recouper. Le travestissement et l'androgynie ne doivent pas sortir des théâtres et Takarazuka. Quant aux personnes considérées jusque-là comme hermaphrodites, comme possédant deux sexes, elles se voient désormais attribuer un et sont considérées comme ou encore comme .
La majorité de la presse et des intellectuels de l'époque s'accordent avec la volonté du gouvernement : par exemple la criminelle Takahashi Oden, perçue comme étant plus forte que ce que devrait être une femme, est considérée comme et que ses caractéristiques masculines sont non-naturelles et sont la source de ses crimes. Les journaux publient des articles pour se moquer des hermaphrodites qui ont été ou encore créent des articles à scandale à propos de supposées relations homosexuelles entre femmes, notamment entre actrices de Takarazuka. Cette forme de lynchage provoque des tentatives de suicide.
Outre le terme , d'autres mots apparaissent à cette époque afin de désigner l'hermaphrodisme et l'androgynie : , , , ou encore .
Après la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1945, les restrictions du gouvernement sont levées, et les critiques envers l'androgynie et l'hermaphrodisme se font de plus en plus rares, d'abord parce que les Japonais, par pudeur, ont tendance à éviter les sujets liés à la sexualité, puis en raison de l'influence de la revue Takarazuka qui se fait sentir dans les arts, notamment dans le monde du manga et de la musique.
Influences dans l'art Pornographie vignette|Exemple de deux .|alt=Photographie de deux jeunes filles, assises nues sur du carrelage, dotées de pénis et se masturbant mutuellement. Le genre du apparaît dans la pornographie japonaise à la fin des années 1980 et se démocratise pendant les années 1990 grâce à des mangas tels que de Toshiki Yui ou de Haruka Inui. Outre le nom , d'autres noms sont donnés au genre, tels que , ou encore .
Ce type de pornographie met en scène des femmes qui possèdent à la fois une vulve et un pénis, ou plus rarement seulement un pénis. La taille de leur pénis est généralement disproportionnée, pouvant atteindre les de long. Le genre du est surtout présent dans les mangas et animes et est particulièrement populaire dans les cercles amateurs . Il est souvent couplé avec les autres genres de l'humour, de la parodie, de la romance ou de l'horreur.
Bien qu'étant similaires dans leur apparence, il existe une nuance entre les de la pornographie occidentale et les de la pornographie japonaise : les premières sont généralement perçues comme des hommes ayant été féminisés, quand les secondes sont perçues comme des femmes phalliques, ce qui confère un contexte plus lesbien au genre, les ayant une apparence et personnalité féminine. Indépendamment du sexe et du genre auxquels ils s'identifient, on peut extraire trois sous-ensembles majoritaires parmi la morphologie de ces personnages : le premier, affilié aux , évoque l'apparence des présents dans la culture pornographique occidentale, les dits personnages possédant sobrement un ensemble d'appareils génitaux similaire à ceux des hommes. Les deux autres sous-ensembles, davantage proches des et des , représente des êtres aux caractéristiques tendant vers l'intersexualité, affichant des appareils génitaux des deux sexes à un stade pleinement maturé et fonctionnel : respectivement un ensemble verge-vulve, le pénis étant le plus souvent implanté en lieu et place du clitoris ou ancré légèrement au dessus ; et un ensemble verge-testicules-vulve, cette dernière se trouvant alors à l'emplacement du périnée.
Le spécialiste en manga Patrick Drazen estime que le principal attrait de ce type de pornographie consiste à voir des femmes subir les mêmes pulsions sexuelles que les hommes à cause de leur pénis. Il souligne que les possèdent généralement une forte libido et que certaines d'entre-elles considèrent que l'érection de leur pénis est une entité à part entière, et y voit un parallèle entre l'expérience vécue par les et celle vécue par les adolescents en pleine puberté.
Si le genre existe surtout dans les mangas et animes, il existe aussi avec des vraies actrices, qui portent des godemichets disproportionnés comme s'ils faisaient partie intégrante de leur corps, renforçant l'idée que les sont une extension de la thématique lesbienne du gode ceinture.
Mangas La figure mythologique des et le concept du sont à l'origine d'une thématique populaire dans les mangas, où le personnage principal voit son sexe se transformer, devenant une personne au sexe fluide. Cette thématique se retrouve dans des mangas populaires tels que Ranma ½ de Rumiko Takahashi, de Hiroshi Aro ou encore Hen de Hiroya Oku.