La musique limousine est la musique traditionnelle du territoire correspondant au moins à la province historique française du Limousin, et davantage l'ancienne région administrative du même nom, voire encore plus justement l'aire culturelle fondée sur la zone traditionnelle de locution de l'occitan limousin. Suivant cette dernière acception, ce territoire correspond approximativement aux trois départements de la Corrèze, de la Creuse et de la Haute-Vienne, ainsi qu'à des marges de quelques départements voisins, dans le sud-ouest de la France.

La musique limousine est une des variantes locales de la musique occitane, aux côtés de la musique auvergnate par exemple. Elle présente aussi des caractéristiques voisines des musiques de tradition d'oïl du Berry ou du Poitou.

Au-delà, plusieurs spécificités instrumentales (la chabrette), rythmiques, socio-culturelles (comme le rôle des migrations économiques récurrentes dans la fabrique des traditions) ou liées au répertoire chanté justifient que l'on parle de traditions proprement limousines. Cependant, le territoire recèle des pratiques parfois très localisées et donc très variées. Françoise Étay parle ainsi de la région comme d'une « mosaïque à grands carreaux ». ; par exemple, certaines traditions de l'est du territoire (Combrailles, Xaintrie) présenteront d'importantes similitudes avec les traditions de pays auvergnats tels l'Artense, le Mauriacois ou le Bourbonnais.

Le terme de musique traditionnelle limousine renvoie aux traditions populaires recueillies aux , mais aussi par extension aux pratiques d'interprétation ou de ré-interprétation et de recréation observées dès lors et aujourd'hui encore, revendiquant une filiation avec les traditions précitées.

Les traditions musicales limousines sont indissociables de traditions de danses bien identifiées et documentées, dont la bourrée et la sautière sont les plus spécifiques.

Histoire Quelles origines ? vignette|Joueur de cornemuse sur un chapiteau de l'ancienne église d'Oradour-sur-Glane (Haute-Vienne), .

Il est difficile de relier les traditions populaires limousines, de transmission orale, à des pratiques pluriséculaires. On peut affirmer qu'elles sont issues des pratiques de communautés essentiellement rurales., comme c'est le cas d'un grand nombre de traditions musicales occidentales, identifiées au début de l'époque contemporaine. Elles ont aussi été largement façonnées par les mouvements migratoires qui ont apporté leur lot d'influences extérieures, a fortiori urbaines.. À partir du , les sociétés citadines composées de nombreux ruraux expatriés ont contribué à enrichir et renouveler le répertoire rural en intégrant des danses importés de l'étranger (mazurka, polka), ou en adaptant leurs propres instruments (c'est le cas de la cabrette inventée par les Auvergnats de Paris). Les traditions de cornemuses doivent probablement en partie à la pratique de la musette de cour.. En retour, les musiques populaires ont aussi inspiré la musique savante (Camille Saint-Saëns et sa Rhapsodie d'Auvergne par exemple).

Premiers collectages, premières re-créations vignette|Contrairement à ce que semble indiquer le titre de l'œuvre, les paysans peints ici par Jeanron n'ont probablement rien de limousin. Les premiers collectages sont écrits : dans les années 1850, plusieurs informateurs corréziens contribuent au Recueil des poésies populaires de la France d'Hippolyte Fortoul ; certains comme Oscar Lacombe collectent même en autonomie. George Sand (Les Maîtres sonneurs, Le marquis de Villemer) ou Alfred AssollantAlfred Assollant décrit dans François Bûchamor une scène de bal censée se dérouler au début du , mais qui semble plutôt décrire les pratiques de la fin du siècle. évoquent les pratiques de musique populaire du centre de la France dans leur œuvre littéraire. Les peintres représentent peu les traditions musicales : Paysans limousins de Philippe-Auguste Jeanron mentionne de façon très certainement abusive une scène limousine ; le paysage comme l'allure des personnages ne paraissent pouvoir attester cette hypothèse.

Le est aussi marqué par un essor des pratiques facilité par la plus grande accessibilité des instruments : l'abolition des privilèges et des corporations permet à un nombre croissant de personnes d'acquérir des instruments et donc de diffuser les airs. Les chorales et ensembles instrumentaux développés par les Limousins de Paris à partir des années 1890 (comme la chorale de l'Orphéon limousin de Jean Clément) et les bals organisés par cette « colonie » (notamment par la Ruche corrézienne) contribuent aussi à la popularisation des airs du pays., collectés par quelques figures comme le peintre saint-juniaud Jean Teilliet.. L'accordéon investit le répertoire régional.

Dans le même temps, de nombreux musiciens et poètes (François Sarre ou Jean Rebier par exemple) commencent à renouveler le répertoire en signant des compositions inédites. Les musiciens sont influencés par le mouvement félibréen : bien souvent les airs sont doublés de paroles en occitan limousin. Certaines de ces créations intègrent rapidement un corpus perçu encore aujourd'hui comme traditionnel.. Les groupes folkloriques qui naissent au début du (L'Eicola dau barbichet, L'Eicola de la Brianço) présentent dans des « reconstitutions » en costumes spectaculaires des airs traditionnels et des compositions. Une partie du mouvement folkloriste, qui prétend pratiquer une tradition immuable et authentique, se compromet pendant l'Occupation. Mais une autre partie demeure populaire même après-guerre, portée par les succès musette tels Bruyères corréziennes (Jean Ségurel).

Au , les collectages deviennent sonores. Pour ses Archives de la parole, Ferdinand Brunot prospecte en 1913 en Corrèze, et y enregistre plusieurs airs chantés. Dans les années 1930 à 1960, plusieurs enregistrements commerciaux (ceux de Martin Cayla notamment) permettent aussi de fixer et populariser une partie du répertoire ; l'essor du bal musette y contribue entre autres par la voix de Jacques Mario, auteur compositeur, l'un des chanteurs de l'accordéoniste corrézien Jean Ségurel, qui lui-même a appris d'oreille dans sa jeunesse. Dans les années 1950 et 1960, la radio locale (Robert Dagnas pour son émission Chez nous sur Radio France Limoges ou Antoinette Cougnoux et Jean Ségurel pour Le Limousin sur les ondes par exemple.) joue un rôle dans la sauvegarde de chants et airs traditionnels.. Les enquêtes du Musée national des Arts et Traditions populaires laissent peu de traces mais constituent un autre exemple des collectages à cette époque.

Le renouveau folk

Les années 1970 et 1980 sont marquées en France par la vague du « renouveau folk », en partie stimulée par les contestations populaires des années 1960 qui aux États-Unis notamment mettent en lumière les cultures afro-américaines. En France, et notamment en Limousin, ce sont avant tout des anglo-saxons qui mettent en évidence la richesse du patrimoine musical hexagonal : Hugh Shields publie un disque French folk songs from Correze, John Wright entame de premiers collectages dans la région, aux côtés d'autres musiciens, originaires ou non du Limousin, engagés dans les premiers folk-clubs du pays (Le Bourdon à Paris et surtout La Chanterelle à Lyon). Le musicien folk Pete Seeger invite même les « jeunes gens » qui s'intéressent aux traditions nord-américaines à ne pas se laisser « coca-colaniser » et donc à étudier leurs propres traditions..

Les collecteurs du mouvement revivaliste, qui s'érigent tant contre les codes de la musique savante, ceux d'une ethnomusicologie parfois perçue comme réactionnaire et prédatrice et ceux des groupes folkloriques, ont mis un point d'honneur à concilier collecte, apprentissage, jeu et transmission de ce patrimoine musicalFrançoise Étay, « La pédagogie des musiques traditionnelles françaises à l’épreuve de l’ouverture », intervention au symposium Musiques de tradition orale et éducation interculturelle, à la Cité de la musique de Paris, 3 et 4 décembre 2009.. Parmi leurs idéaux figure la volonté de valoriser les cultures minoritaires comme créatrices de nouvelles sociabilités. Cet intérêt pour le milieu rural est assez novateur, alors que les traditions paysannes demeurent dans certaines consciences associées au ruralisme idéologique du régime de Vichy. Quelques collectages sont également réalisés en milieu urbain, notamment auprès des témoins du quartier populaire des Ponts à LimogesLe matériau recueilli dans le cadre de ces collectages a irrigué le projet musical « Rue de la Mauvendière », porté et réalisé par Philippe Destrem, Françoise Étay et Jean-Jacques Le Creurer, édité une première fois en 1986, puis réédité en 2005 en CD, qui présente des chants et airs à danser du Limoges populaire des années 1900.. Dans les années 1970 et 1980, quelques groupes réputés mettent en valeur ce patrimoine, comme Le Grand Rouge.

Ces nombreux collectages, réalisés pour la plupart à partir du début des années 1970. et jusque dans les années 1990, ont permis dans l'urgence de restituer et de conserver des airs des joueurs qui disparaissent pour les derniers au seuil des années 2000. Parmi ces musiciens collectés, figurent notamment les « vielleux » et « violoneux ».Parmi les violoneux corréziens les plus connus et les plus interprétés, figurent les frères Chastagnol, François Malthieu, Henri Lachaud, Léon Peyrat, Gaston Cessac ou Michel Meilhac. de la montagne limousine, la vielle à roue (en Creuse) et le violon (sur les hauteurs du plateau de Millevaches) étant deux instruments emblématiques du patrimoine musical régional. À ces deux pratiques instrumentales, s'ajoutent l'accordéon diatonique et la chabrette (cornemuse limousine, sauvée de l'oubli et érigée en emblème régional.) ; ces quatre instruments sont ceux qui ont le plus laissé de traces musicales au Françoise Etay, Le violon traditionnel en Limousin, mémoire de maîtrise d'éducation musicale, sous la direction d'Édith Weber, Université Paris-Sorbonne, 1983 en ligne.. La chabrette est néanmoins le seul instrument qui soit réellement spécifique au Limousin, et dont seulement trois musiciens ont pu être enregistrés.

Institutionnalisation La pratique contemporaine des musiques de tradition a été facilitée et entretenue par la création, en 1971, à Limoges, de l'Association des Ménétriers du Massif Central, une des premières associations nationales de formation mutualisée en musique et en danses traditionnelles, puis de l'association des Musiciens routiniers et plus tard encore, en 1987, du premier département de « musiques et danses traditionnelles » en France, au sein du Conservatoire à rayonnement régional de Limoges (à l'époque conservatoire national de région).. Y sont depuis et encore en enseignés la pratique des danses et ensembles musicaux traditionnels (et pas folkloriques) et cinq instruments : la vielle à roue, la cornemuse du Centre, le violon, l'accordéon diatonique et la chabrette limousine.

Première nationale, le Conservatoire a également mis en place en 1998 un diplôme d'études musicales spécialité musique traditionnelle, qui prépare en deux ans les candidats aux épreuves de culture musicale et de pratique instrumentale et collective., et dont un nombre important de lauréats évolue depuis dans le milieu musical professionnel..

Répertoire traditionnel vignette|Boîtiers ornés de chabrettes limousines, sources de nombreuses interprétations.

Instruments La tradition de violon corrézien (à rattacher à une pratique commune dans l'ouest du Massif central) et la pratique originale de la chabrette constituent selon Françoise Étay deux des principales singularités musicales du Limousin.