Aubigny est une ancienne seigneurie du Pays messin, commune éphémère de la Moselle rattachée à Coincy peu après la RévolutionLe code commune est donc celui de Coincy à savoir 57145. Au début du Aubigny possède une exploitation agricole, un château, deux étangs et les ruines d’un moulin.

Géographie

Hydrographie Le ruisseau passant à Aubigny se nomme ruisseau de VallièresLe nom donné sur Sandre est plutôt étrange car c'est un autre ruisseau qui passe à Vallière. : d’une longueur de 6,4 km, il prend sa source sur le territoire de la commune de Laquenexy au sud. Il traverse ensuite Ars-Laquenexy et passe à droite des étangs d’Aubigny. Il afflue au ruisseau venant de Coincy (Dame Jeanette) au lieu-dit La Planchette à Montoy-FlanvilleSandre – Cours d’eau : ruisseau de Vallières (A7890400). Fin 2000, on pouvait encore voir au lieu-dit « trou des potyres » près de l’étang, au sommet d’une chute d’eau de quelques mètres, une arche de pierre qui s’est aujourd’hui effondrée ; il ne reste qu’un petit tas de pierre pour témoigner de l’existence d’un moulin en cet endroit.

Toponymie L’origine du nom Aubigny est certainement celle d’un nom d’homme bas latin Albinius, dérivé d’Albinus, suivi du suffixe -acum (issu du gaulois -acon) indiquant la propriété. Il devait y posséder ces terres (Holder, t. I, col. 82). On trouve dans les archives : 1267 : Aubigney (Wichmann, t. IV, ) ; 1269 : Abigney (Wichmann, t. IV, ) ; : Olbigny (censier Claris.), Olbigney ; 1426 : Aulbingny (archives de l’hôtel de ville de Metz AA, 23, lett. de défi) ; 1495 : Abigney (journal de Jean Aubrion, manuscrit du Paul de Mardigny, Dénombrement des villages et gagnages des environs de Metz au commencement du , dans les Mémoires de l’Académie impériale de Metz, vol. XXXVI, 1855, .) ; 1577 : Aubigney (abbaye Saint-Vincent, dîmes, liasses Altroff) ; 1617 : Aubigny (carte d’Abraham FabertGallica — Abraham Fabert, Description du Pays Messin et ses confins…, 1617, également sur une carte du diocèse de Metz de Nicolas Sanson de 1656Gallica — Nicolas Sanson, Mediomatrici. Archidiaconés de Metz…, 1656.) ; 1869 : Aubigny ; En Lorrain : AubniErnest de Bouteiller, Dictionnaire topographique de l'ancien département de la Moselle, rédigé en 1868, Aubenîn/obniLéon Zéliqzon, Dictionnaire des patois romans de la Moselle, vol. 1, 1922..

Histoire Ce lieu était déjà habité à l’époque gauloise, comme l’attestent les mardelles, excavations argileuses découvertes dans les bois. Le château d’Aubigny et sa ferme sont mentionnés dans les archives dès le début du ; le village possède deux feux et vingt-sept bêtes à cornes. Du point de vue religieux, Aubigny fut une annexe successivement de la paroisse de Colombey et de celle de Saint-Agnan, lesquelles relevaient des Trois-Évêchés. Du point de vue administratif, Aubigny relevait du bailliage et donc de la coutume de Metz.

Aux mains des maisons de Baudoche, Vy et Roucel La seigneurie d’Aubigny est tenue de 1404 à 1706 par les maisons de Vy, Baudoche et de Champel dit « Roucel ». Il semble que Marguerite de Vy l’ait apportée en dot à son mari Poince Baudoche († 1465), chevalier, d’où il passa probablement à leur fille Catherine Baudoche († 1474), laquelle avait épousé Wary Roucel († 1491), chevalier. Ce qui est certain, c’est que sire Androuin Roucel († 1564), chevalier, fils de Wary Roucel et de sa seconde épouse Anne de Barbay († 1489), est non seulement maître-échevin de Metz dès 1505 et 1525 mais encore seigneur d’Aubigny et de Vernéville. Il avait épousé en 1503 Perrette Baudoche, fille de Pierre Baudoche, seigneur de Lorry et Moulins, et nièce de l’évêque de Liège, mais cette union fut cassée en 1515 faute d’impuissance. Plus tard, il logea en son hôtel messin de la place du Champ-à-Seille tout d’abord l’empereur Charles Quint (1500-1558) puis le roi Henri II (1519-1559), lorsqu’ils dormirent à Metz, respectivement en et le Ernest de Bouteiller (1826-1883) [pub.], Journal de Jean Le Coullon (1537-1587), Paris : D. Dumoulin, 1881, , 18, 96 et 97.. Les maisons de Vy et Baudoche portaient respectivement : « d’or, à une bande de sable chargé de trois tours d’argent » et « d’argent, à trois chevrons de gueules, au chef d’azur chargé de deux tours d’or », comme on les voit sur les enluminures du Livre d’Heures de Jean de Vy († 1449) et de sa femme Perrette Baudoche († 1440), peint vers 1435-1447 à MetzMs 1598, bibliothèque municipale du Pontiffroy, Metz..

De son premier mariage avec Catherine Baudoche, Wary Roucel eu Jean Roucel nommé maître-échevin de Metz en 1508 et 1517. Il épouse Jeanne Chaverson de qui il eut Warin Roucelz vers 1500 que l'on retrouve comme seigneur d’Aubigny et Vernéville. Ce dernier épouse Anne de Gournay, fille de Renaut, chevalier, seigneur de Secourt et de Villers, aussi maître-échevin de Metz. C’est leur descendance qui hérite du domaine : de Philippe (1531-1583) à Jean (1568-1611), puis Jean Philippe (1601-1672).

À la date du , on trouve dans les registres paroissiaux de Saint-Martin de Metz, le baptême de Louis-Philippe de Roucel, second fils d’« honoré seigneur » Jean-Philippe de Roucel (1601-1672), seigneur d’Aubigny, Vandelainville, Fléville, Lixières et Peltre, et de son épouse Anne Barbe Judith de Gournay (…-1680), et filleul de Louis-Philippe de Custine (1595-…), seigneur de Pontigny, lequel était cousin-germain de Jean-PhilippeBMS 1633-1667 Metz paroisse Saint-Martin (microfilm 1 Mi E467J/3), archives départementales de la Moselle.. Enfin, les Champel dits Roucel portaient : « de vair, à trois pals de gueules, au chef d’or chargé d’une étoile de gueules accostée de deux tourteaux de gueules. »Émile Auguste Bégin, Histoire et description pittoresque de la cathédrale de Metz, des églises adjacentes et collégiales, Metz, 1840, pp. 463 et 468..

Louis-Philippe a un frère cadet Goéry Jean Nicolas (1639-1701), chevalier et également seigneur d’Aubigny. De se première femme Anne de Vignacourt, il eut deux filles ainsi qu’un fils. Sa fille Gabrielle est dite « dame d’Aubigny » et sera la dernière dame de sa maison, elle épouse le baron de Briey de Landres en 1696. Son fils Pierre, brigadier des armées du Roi, fut tué le à la bataille de Ramillies.

Pendant et après la guerre de Trente Ans Composé d’une ferme-château, d’une trentaine de maisons, d’une chapelle, d’un cimetière et d’un puits, le village d’Aubigny est brûlé par les Suédois en 1630. En 1648, au sortir de la guerre, Jean Philippe de Roucel reconstruit le château. Les archives paroissiales de Colombey de cette époque mentionnent Jean Morisse (avant 1598) et Jean Hennequin (~1627-1706), échevin d’église, comme maires d’Aubigny, probablement à la nomination des seigneurs du lieu.

Le , Goeric Jean Nicolas de Roucel, quatrième fils de Jean Philippe, aussi seigneur de Vandeléville, Fléville, Baudeville et Lixières, présente à la Chambre royale de Metz l’aveu et dénombrement de sa seigneurie d’Aubigny, fief mouvant du roi de France, avec droit de haute, moyenne et basse justice. Le siège de cette seigneurie était alors la maison-forte reconstruite en 1648, flanquée de trois tours, et dont ne subsistent aujourd’hui que des vestiges : un pan de mur de tour, un balcon dans le style de ceux de la place Saint-Louis à Metz, une porte et une fenêtre à meneaux incomplète.

Aux mains de la famille de Clinchant En 1728 sinon dès 1706, la seigneurie d’Aubigny passe entre les mains de la famille de Clinchant, qui en prend bientôt le nom et la possède au moins jusqu’à 1751. C’est sans doute à cette époque que le château fut entièrement remanié dans le style Louis XV, qui lui donne encore aujourd’hui son élégance, et qu’il fut doté d’un jardin à la française avec cadran solaire, massifs de buis, et ifs aujourd’hui tricentenaires. Tous deux fils de Pierre Clinchant, porte-table-bouche du Roi en 1653, concierge garde-clefs de la salle des comédies et ballets du palais des Tuileries en 1660, et de son épouse Marie Hugerot, les deux frères Jacques et Jean Baptiste Pierre de Clinchant d’Aubigny, brillants officiers supérieurs, chevaliers de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, successivement concierges du palais des Tuileries, sont anoblis par lettres patentes données en à Paris par le jeune roi Louis XV, alors sous la régence du duc d’Orléans. Major-général des dragons de l’armée commandée par le maréchal de Tallard (1652-1728), le premier « eut son cheval tué sous luy et ensuitte, dangereusement blessé et fait prisonnier de guerre, [il fut libéré et servit] depuis à la bataille d’Oudenarde en 1708. »Cabinet d’Hozier 343, dossier Clinchant 9.731, folios 1-5 (BNF, site Richelieu, département des mss occidentaux). Pour sa part, le second fut capitaine au régiment de dragons de la Reine de 1697 à 1703 puis au régiment de Choiseul-Cavalerie en 1704. Il passa alors en Bavière où il participa à l’attaque des lignes qu’il fallut forcer pour passer et, « tout blessé qu’il y fut, il ne laissa pas de gagner un estandart sur ces ennemis. »Idem. Il fut aussi aux deux batailles de Höchstädt, les et , à la seconde desquelles il reçut plusieurs contusions et eut son cheval tué sous lui. Ensuite placé capitaine en pied en ce régiment, il ne tarda pas à repasser en France avec les troupes et continua à servir jusqu’en 1707. Fils du premier et filleul du second, Jean Baptiste Pierre II de Clinchant d’Aubigny (Metz 1710 - 1794) fut à son tour seigneur d’Aubigny et concierge du palais des Tuileries. Les Clinchant portaient : “d’argent, à une fasce vivrée d’azur accompagnée de trois merlettes de gueules, deux en chef et une en pointe.”Cf. Cabinet d’Hozier 343, dossier Clinchant 9.731, folio 1 recto.

Avant, pendant et après la Révolution française La seigneurie passe ensuite entre les mains des familles de Baignault et Le Duchat. Désormais appelés Le Duchat d’Aubigny, ces derniers possèdent encore le château au début du et portent : d’argent, à cinq fusées de gueules rangées en fasce. Entre 1790 et 1794, la commune éphémère d’Aubigny fut rattachée à celle de Coincy. Après la mort de François Le Duchat d’Aubigny, sa veuve Angélique-Anne Le Jeune, qui n’avait pas d’enfants, élève à partir de 1813 sa nièce et filleule Aurélie-Marie O’Riordan (1800-1869) à Aubigny. En 1828, celle-ci épouse le comte Théodule François Nicolas Félix de Belchamps (1796-1893) avec qui elle vivra au domaine de La Grange-aux-Bois. Le , Le Duchat adopte la comtesse de Belchamps et lui laisse non seulement sa fortune mais encore son château d’Aubigny. Après avoir fait supprimer les tours du château et réaménager la salle-à-manger, elle meurt subitement, le Cf. Georges Blondeau, La famille de Belchamps, Metz, mai 1926, .. Les Belchamps portaient : « d’azur, à un pal componné de six pièces d’argent et de gueules, qui est Belchamps, écartelé d’azur, à une croix d’or chargée en cœur d’une molette de sable, qui est Dieuves. »

Pendant et après la guerre franco-allemande de 1870 Mais Aubigny aura bientôt à souffrir de la bataille de Borny-Colombey ; le , M. de Belchamps est emprisonné par les Prussiens dans une étable d’Aubigny. Malgré son grand âge, il supporte vaillamment les privations du siège. Son château est transformé en hôpital prussien, sa bibliothèque brûlée, sa cave vidée, ses bois et ses belles avenues ravagées. Un film Aubigny, Mémoires de 1870 relatant de cette période a été réalisé par les descendants des BelchampsSite du film Aubigny, Mémoires de 1870. Après la guerre, il consacre ses étés à restaurer son domaine, résidant l’hiver à Metz, où il meurt le , dernier du nomCf. Georges Blondeau, La famille de Belchamps, Metz, mai 1926, .. Les Allemands érigeront en souvenir de la guerre un monument du de Prusse orientale ; trois tombes d’officiers allemands se trouvent encore à Aubigny.

Avant et pendant la Première Guerre mondiale