La Crau ou plaine de la Crau (en provençal Crau selon les normes classique et mistralienne) est un paléo-delta de la Durance, proche de la Camargue, dans le département des Bouches-du-Rhône. La plaine de la Crau forme un triangle d'une surface estimée à . La Crau était historiquement une pelouse pastorale aride, formant une végétation unique, nommée coussoul (ou coussous), aujourd'hui fragmentée et réduite, constituant la Crau sèche, dernier habitat de type steppique d'Europe occidentale. Il subsiste aujourd'hui de steppe intacte. La partie nord de la Crau, qui fut irriguée à partir du par le canal de Craponne et mise en culture, forme la Crau humide, qui donne un foin réputé, premier fourrage à avoir obtenu une AOC, le foin de Crau. Dans la deuxième moitié du , de nombreuses cultures intensives (vergers et maraîchage) ont été implantées, réduisant encore la surface de coussoul.

La valeur écologique et patrimoniale du coussoul a été prise en compte à partir des années 1970 et plusieurs outils de protection ont été mis en place. L'habitat est aujourd'hui intégré au réseau Natura 2000 et la Réserve naturelle nationale des Coussouls de Crau a été créée en 2001. Mais cette protection partielle n'empêche pas la poursuite de l'aménagement de la Crau par divers projets incompatibles avec sa biodiversité et son paysage, tous deux uniques.

Situation vignette|droite|alt=Carte du sud de la France, d'Arles à Salon-de-Provence et de Marignane à la Camargue|Limites approximatives de la Crau.

La Crau est située dans le département des Bouches-du-Rhône. Voisine de la Camargue, elle forme un triangle d'environ entre Arles, Salon-de-Provence et le golfe de Fos. La Crau est délimitée à l'ouest par le delta du Rhône, au nord par le massif des Alpilles, au sud-est et au sud par l'étang de Berre et la mer Méditerranée. On distingue aujourd'hui deux zones bien distinctes, la Crau sèche, au sud, et la Crau humide, au nord, qui s'étend notamment sur le territoire des communes de Saint-Martin-de-Crau, Eyguières, Istres, Mouriès et Arles.

Formation Légendes Les auteurs antiques ont été frappés par le caractère particulier de ce « champ de cailloux », infinité de pierres polies comme des galets, de forme et de taille semblables. Strabon rapporte à son sujet plusieurs théories ; selon Aristote, ces pierres auraient été vomies à la surface du sol par quelque tremblement de terre, selon Posidonius, il s'agissait d'un ancien lac dont l'eau se serait solidifiée puis disloquée, enfin, Eschyle, jugeant le phénomène inexplicable, forgea une légende où Hercule, à court de flèches dans un combat contre des Ligyens, reçut l'aide de Jupiter qui provoqua une grêle de cailloux arrondis qui servirent de projectilesStrabon, Géographie, livre IV, 7.

Géologie vignette|alt=Galets au pied d'un arbuste|Les galets alluviaux sont bien visibles dans la Crau.

La plaine de la Crau a été formée au Quaternaire par l'apport d'alluvions qui se sont déposées dans un ancien delta de la Durance, lorsque celle-ci était un fleuve se jetant dans la Méditerranée, passant alors au sud des massifs des Alpilles et du Luberon. Entre la fin du Tertiaire et le début du Quaternaire, il y a environ deux millions d'années, la mer pénétrait profondément à l'intérieur de cette zone et couvrait la région de la Crau de sédiments constitués d'argile grise qui forment le substratum imperméable des étangs d'Entressen et des Aulnes. Lorsque la mer régressa jusqu'à trente mètres en dessous de son niveau actuel, la Durance forma un vaste cône de déjection de cailloutis.

La Durance emprunta successivement plusieurs passages au niveau des communes d'Eyguières et de Lamanon, ce qui donna lieu à plusieurs phases de formation des dépôts alluvionnaires. Les géologues déterminent deux formations juxtaposées distinctes dans la Crau, provenant de trois nappes caillouteuses alluviales, la Vieille Crau ou Crau d'Arles et la Jeune Crau constituée de la Crau du Luquier et de la Crau de Miramas.

La vieille Crau La première formation correspond à la première nappe caillouteuse alluviale située dans la partie nord de la plaine de la Crau aujourd'hui irriguée et devenue la Crau humide. Pendant la période du Villafranchien, étage charnière entre le Tertiaire et le Quaternaire allant de d'années à , la Durance passait par le seuil de Saint-Pierre de Vence et le vallon des Glauges, entre le mont Menu et le massif des Opies. Des galets constitués de calcaires du Jurassique et du Crétacé subalpin se déposèrent. La taille de ces galets est inférieure à 10/ de diamètre. Les déformations tectoniques et les dépôts d'alluvions entraînent un glissement de la Durance vers le sud-est. Au cours de la deuxième glaciation du Mindel (), la Durance abandonne le seuil de Saint-Pierre de Vence pour emprunter celui d'Eyguières, à l'est du mont Menu (vallon emprunté aujourd'hui par la RD 569). L'épaisseur des alluvions de cette vieille Crau est variable, entre Mouriès et Aureille, et à Raphèle-lès-Arles.

La jeune Crau Au cours de la glaciation du Riss (-240 à ), la Durance abandonne le seuil d'Eyguières pour passer par Lamanon, entre la colline du Défens et celle de Roquerousse situées à l'ouest de la chaîne des Costes. Deux formations géologiques peuvent être distinguées :

La Crau du Luquier C'est la deuxième nappe caillouteuse alluviale s'étendant au nord-ouest entre la Crau d'Arles et la troisième nappe.

La Crau du Luquier est composée de galets calcaires mais aussi de roches endogènes : granites, quartzites et variolites ; ces dernières roches proviennent du Queyras. La taille des galets varie de 20 à , ce qui laisse supposer un régime torrentiel pour la Durance. L'épaisseur de ces alluvions est faible, environ.

La Crau de Miramas La Crau de Miramas, au sud-est, où les galets siliceux et endogènes sont dominants, est la troisième nappe caillouteuse alluviale au sud de la plaine de la CrauCette dernière (Crau de Miramas) occupe la limite sud de la plaine et borde les reliefs Miocènes depuis Miramas jusqu'à Fos-sur-Mer..

L'épaisseur des alluvions est assez importante, . La formation de la Crau de Miramas s'est effectuée au cours de la phase interglaciaire Riss-Würm et au début de la période dite Würm I (-120 à ).

Assèchement Au plus fort de la glaciation du Würm (), un petit affluent du Rhône réussit, par une érosion régressive facilitée par des mouvements tectoniques, à ouvrir le pertuis d'Orgon et à capter la Durance qui se déverse alors dans le Rhône, au sud d'Avignon. Cette capture de la Durance est également facilitée par les dépôts de ses propres alluvions qui se déposent à l'entrée du seuil de Lamanon et qui entravent son écoulement. Le delta s'assèche alors. Ce phénomène a été contemporain de l'homme moderne dont la présence à Marseille a été démontrée notamment par les décorations de la grotte Cosquer.

Les galets de la Durance se sont accumulés sur une importante épaisseur. Cette accumulation a formé, avec le calcaire des eaux de ruissellement, un ciment qui donne le poudingue (nommé localement taparas en provençal), roche imperméable et résistante. Sous cette couverture, la plaine possède une nappe phréatique importante et de faible profondeur, alimentée par les eaux d'irrigation pour le foin de Crau.

La restauration des écosystèmes dégradés de la plaine de la Crau fait l'objet d'un suivi scientifique soutenu à l'échelle nationale. En juin 2026, lors de la « Semaine Écologie Environnement Biodiversité » pilotée par l'Institut écologie et environnement (INEE) du CNRS, les méthodes de restauration écologique et économique durable appliquées à cette zone singulière ont été mises en avant comme un modèle de recherche pour la résilience des territoires méditerranéens.

Économie Élevage

vignette|alt=Gros plan sur un bélier au milieu d'autres ovins|Mérinos d'Arles. La Crau est pâturée au moins depuis les temps antiques, comme l'attestent les récentes découvertes archéologiques et notamment les nombreuses bergeries romaines.

Plus tard, au , les troupeaux de brebis de l'Hôtel-Dieu du Puy-en-Velay descendent hiverner dans la plaine de la Crau. Cette transhumance inverse s’effectuait de novembre à mai, partait de La Planèze du Devès (Saint-Jean-Lachalm) et allait jusqu’au Coussou del Comte dans la Crau. Les étapes principales étaient Le Bouchet-Saint-Nicolas, La Sauvetat, Pradelles, Peyrebeille, col de la Chavade, col du Bez, Loubaresse, Petit-Paris, Peyre, Planzolles, Lablachère, Barjac, Bagnols-sur-Cèze, Avignon, Pont de Bonpas et Saint-Rémy-de-Provence.

L'élevage ovin est encore une activité importante de la région, avec un système de transhumance vers les Alpes. La race ovine locale est le Mérinos d'Arles, élevée pour la laine et les agneaux. Depuis le début des années 2000, la laine du Mérinos est un produit à nouveau demandé et apprécié pour son élasticité, sa légèreté et sa chaleur une fois tissée. De nombreuses bergeries ont été construites au . Toutes les bergeries ont un nom, reporté sur les cartes géographiques ou bénéficient d'appellations locales, telles que Peau de Meau, l'Opéra, la grosse du levant, la grosse du milieu, la grosse du couchant, la brune d'Arles, la brune d'Istres, le grand carton, le petit carton, Couliès, Collongue… vignette|alt=Gravure représentant un troupeau de moutons au pied de remparts|Passage le long des remparts d'Avignon des troupeaux venus de la Crau en transhumance vers le Vivarais. Une partie des grands troupeaux de moutons de la Crau a pratiqué pendant longtemps l'estive dans les monts du Vivarais.

La transhumance se pratiquait encore dans la première partie du :

La pratique de l'élevage transhumant des moutons dans la vallée de la Crau, a conduit à la création d'une race de chiens de berger spécifique : le Berger de la Crau

Culture La Crau humide est irriguée par les eaux de la Durance, par gravité, ce qui crée des prairies par apports de limons ; elle fournit notamment le fameux foin de Crau, le premier labellisé AOC. Les balles de foin AOC sont entourées d'une lanière rouge et blanche qui en distingue le label. Ce foin subit trois coupes successives, la première s'effectuant aux alentours du . La dernière pousse, la (parfois la pour les années excellentes) est pâturée au retour d'estive. Le foin de Crau est d'excellente qualité grâce notamment à une flore très variée ; on trouve les plantes suivantes : Poacées : le Fromental (Arrhenattherum eliatus), le Dactyle pelotonné (Dactylis glomerata), la Fétuque des prés (Festuca pratensis), la Houlque laineuse (Holcus lanatus), le paturin des prés (Poa trivalis). Fabacées : le Trèfle blanc ou rampant (Trifolium repens), le Trèfle des prés (Trifolium pratense), le Lotier corniculé (Lotus corniculatus), la Luzerne lupuline (Medicago lupulina) la Vesce craque ou vesce en bouquet (Viccia cracca). Autres : la carotte sauvage (Daucus carota), le Panais (Pastanica sativa), le Pissenlit officinal (Taraxacum officinale), le Plantain lancéolé (Plantago lanceolata), le Gaillet mollugine (Gallium mollugo), la Renoncule âcre (Ranunculus acris).

Profitant de la réserve d'eau facilement accessible que constitue la nappe phréatique, des cultures maraîchères intensives (céréales, melons…) et des vergers se sont implantés dans la deuxième moitié du .

Les principaux clients du foin de Crau se trouvent en région parisienne, en Savoie, dans les Émirats et en Arabie Saoudite.

La réputation du foin de Crau a également investi le monde culinaire avec le jambon au foin de Crau ou la farce au foin de Crau.

Eau de surface et eau souterraine Le canal de Craponne alimente la Crau humide ; la Crau sèche abrite également une immense nappe phréatique qui alimente en eau dont seulement vivent sur la plaine de la Crau.

L'eau souterraine, environ d'irrigation prélevés chaque année, est gérée par l'OUGC, Organisme Unique de Gestion Collective nappe de Crau.