L'autisme infantile en psychanalyse désigne des élaborations conceptuelles et des pratiques variables suivant les écoles et les praticiens. Un débat s'est développé, qui questionne tant les présupposés théoriques que les applications pratiques.
Autisme « processus » ou « état(s) »
Pour les analystes freudiens comme les lacaniens, l'autisme infantile n'était pas assimilable aux habituels troubles psychiques de l'enfant. Ainsi, Jean Bergeret l'explique dans son abrégé, à propos de ce qu'il appelle les il écrit : Jean Bergeret et coll., Abrégé de psychologie pathologique, Paris, Masson, collection Abrégés, , 2008, .. Le même auteur, et à propos de la mise en cause des parents dans l'étiologie des états autistiques, a critiqué quelques-uns de ses collègues : "Question à Jean Bergeret", in Journal des psychologues, avril 1990, n° 76.. Cette était le fait de différents courants, qu'ils soient psychanalystes ou
Autismes : origines organiques ou psychogènes Les causes de l'autisme infantile font l'objet de controverses entre les tenants d'une étiologie organique et ceux d'une origine psychologique.
Les avancées scientifiques permettent aujourd'hui de relier ce syndrome à un trouble neurologique, donc d'origine organique. La piste génétique est de plus en plus probable : l’autisme résulterait de mutations génétiques et d’interactions spontanées entre plusieurs gènesAutism Genome Project consortium « Functional impact of global rare copy number variation in autism spectrum disorders », Nature, 10 juin 2010, , ..
Parallèlement à ces données génétiques, il faut ajouter des apports successifs en psychanalyse, de plusieurs analystes anglophones et francophones, notamment liés aux premières analyses pour enfants et à la notion de psychose infantile (Anna Freud, Mélanie Klein, Donald Winnicott). Ceci renvoie à l'histoire de la psychanalyse et de ses écoles. Il est donc impossible de décrire une position unique de la psychanalyse sur les états autistiques, chaque psychanalyste pouvant avoir divers modèles théoriques.
Concernant les causes de l'autisme, la plupart des psychanalystes évoquent l'interaction d'étiologies organiques et psychogénétiquesTustin 1970 puis 1981, Mahler 1958..
De plus, pour certains psychanalystes freudiens, l'autisme se différencie de la psychose infantile par le fait qu'il renvoie à une perturbation encore plus précoce que la psychose infantile ; la psychose étant une problématique de la symbiose (donc à la séparation d'avec l'objet) alors que l'autisme est un état antérieur à l'individualisation d'un self ayant constitué une séparation d'avec les objets, et une relation préalable à l'identification projective : l'identification adhésivespp.asso.fr..
Ce qui est en jeu dans l'autisme profond, serait l'expression d'une vie psychique, qui s'exprimerait également dans la psychose dite archaïque. Les psychanalystes ont par ailleurs utilisé la dénomination « psychose » dans un double sens, soit pour y inclure l'autisme infantile (ce qui est contesté actuellement) soit pour signifier que la « psychotisation » d'un enfant autiste ouvrait, en réponse à un état pathologique, la possibilité d'un processus thérapeutique avec son propre pronostic ou d'amélioration ou de guérison. Pour ces auteurs, d'un « état » proche du handicap cérébral constitutionnel plus ou moins chronique et figé, l'enfant passait à un « processus psycho-dynamique » tel qu'il est en œuvre dans toutes les psychoses.
Quelques théories psychanalytiques Exemple de points de vue de différents psychanalystes Pour Jacques Lacan, le signifié de la mère n'aurait pas été intégré. Michael Fordham (psychologue analytique jungien) a émis l'hypothèse d'un clivage du soi dont une part serait gelée. Frances Tustin exprime un "encapsulement auto-généré" comme mécanisme de défense. Françoise Dolto parle de "souffrance dans les pulsions passives"Documentaire vidéo Francoise Dotlo, volume 2, Parler vrai ( environ).. D'après Jean-Claude Maleval « l'approche psychanalytique propose une saisie tout autre de la différence autistique, à partir du fonctionnement subjectif et de la manière de se protéger du désir de l'Autre ».. La psychanalyse lacanienne s'intéresse à la singularité du sujet. « Faute d'une cause connue, l'appréhension de l'autisme reste aujourd'hui essentiellement clinique, ce dont témoignent les variations de sa définition. ». La clinique analytique considère qu'il s'agit ainsi de se faire partenaire du sujet dans l'accueil de sa souffrance, de ses angoisses, et de l'accompagner au plus près des solutions qu'il trouve pour circuler dans le monde et d'entrer en interaction. Une attention est portée à l'usage des objets, du double et des intérêts spécifiques en tant qu'ils ont une fonction pour le sujet dit autiste. Il ne s'agit pas de chercher à les supprimer mais d'en serrer la fonction et d'interroger comment ils peuvent constituer un appui, un soutien à l'élargissement du lien social. Aussi, l'approche psychanalytique lacanienne est attentive à « donner la parole aux parents et à leur savoir. » en tant que les parents sont les premiers partenaires du sujets dits autistes. « Parce que les parents connaissent leur enfant, et que ce qu'ils en connaissent ou reconnaissent tient à la relation, au lien d'amour et de corps qu'ils ont avec lui. Dans ce lien, par ce lien, ce savoir peut devenir une aide précieuse. ».
Toutes ces expressions visent à représenter une défaillance dans la façon dont le psychisme de l'enfant se structure par le rapport à son environnement (environnement parfois appelé symboliquement la mère, le sein, ou l'objet primaire). Selon ces modèles ,l'autisme est lié aux toutes premières bases de cette organisation psychique (on parle parfois de forte carence en termes de symbolisation primaire). La psychanalyse bien comprise et les hypothèses qu’elle permet de faire sur la psychopathologie de l’autisme n’ont aucune prétention causale. Elles cherchent à élucider les mécanismes qu’utilise un enfant, privé, pour toutes sortes de raisons, en grande partie biologiques, d’une communication normale avec son environnement, afin d’organiser sa représentation du mondeJacques Hochmann Un phénomène social : l'autisme (lire en ligne)..
Premiers liens, polémiques sur les causes
Avant de trancher sur la fin de sa vie pour une étiologie génétique, le psychiatre Leo Kanner, un des précurseurs de la recherche sur l'autisme et créateur de la notion d'autisme infantile, a d'abord privilégié une origine psycho-affective en évoquant une froideur maternelle susceptible selon lui, d'entraîner des difficultés de contact avec le bébé.
Ce changement de perspective n'a pas un écho médiatique comparable à la popularisation des idées de Bruno Bettelheim, qui s'est davantage effectuée par les médias (émissions de télévision) que par ses livres, . La direction de l’École orthogénique en 1947, sous la forme d'un internat où lui seul rencontrait les familles avec l'hypothèse d'une fonction psychotisante du milieu (les situations extrêmes) ; alimente l'idée selon laquelle les parents peuvent être directement responsables de l'apparition des troubles autistiques chez leur enfant. Dans son approche de l'autisme infantile, Bettelheim est beaucoup plus "éducateur" que psychanalyste et son cadre théorique fait intervenir des éléments extérieurs, ce qui n'est pas la piste privilégiée de la psychanalyse qui met en avant le monde fantasmatique, donc intrapsychique.
Le lien à la psychanalyse n'est donc pas évident, y compris pour les psychanalystes. Par exemple, on peut lire
Le manque de manque Cette théorie repose sur l'idée que les communications sociales, et en particulier par l'échange verbal, nécessitent de mettre de côté certains éléments pour être intelligible par l'autre. Pour cela il faut avoir appris à mettre de côté, à présenter de l'incomplet, ce qui est parfois traduit en psychanalyse par « l'apprentissage du manque ».
Le troisième temps pulsionnel oral Le groupe de recherche et de prévention de l’autisme (P.R.E.A.U.T.) a proposé de relier plus précisément l'établissement du trouble autistique au « troisième temps pulsionnel oral » qui n'aurait pas pu se faire normalementsource utilisée..
Cette étape s'inscrit dans l'interprétation théorique selon laquelle dans un premier temps l'enfant cherche à obtenir une satisfaction qui provient de l'extérieur ou de l'autre ; dans un deuxième temps il déplace cette recherche sur son propre corps ; et un troisième temps il se fait « l’objet de satisfaction de l’Autre » (selon FreudFreud, Pulsions et destins de pulsions, O.C. Vol XIII, PUF, 1988 (source identique).), autrement dit il « s’agit d’une apparente passivité dans laquelle quelqu’un se laisse regarder, se laisse manger…dans le jeu du faire semblant » (selon LacanLacan, Les quatre concept fondamentaux, Paris, Seuil, 1973 (source identique).).
Dans cette « épopée symbolique du nouveau-né »selon les termes du titre du livre de G. Cullere‑Crespin (: L’épopée symbolique du nouveau‑né, Paris, Eres, 2007, l'enfant autiste se distinguerait donc, selon ces conclusions, par le fait qu'il n'entrerait pas dans cet échange symbolique qui consisterait donc à faire semblant pour satisfaire l'autre.
Les traitements d'inspiration psychanalytique de l'autisme Bruno Bettelheim : un pionnier critiqué puis dépassé Bruno Bettelheim, un éducateur d'origine autrichienne, formé à la psychanalyse et émigré aux États-Unis, s'est rendu célèbre en proposant de créer, dans un établissement de Chicago, l'École orthogénique, un milieu structuré de manière spécifique pour rétablir le contact de l'enfant avec le monde.
Utilisant une métaphore inspirée par son expérience personnelle des camps de concentration, il a utilisé le concept de "situation extrême" pour décrire le monde tel que l'enfant autiste se le représente, c'est-à-dire comme un univers incompréhensible, sidérant, auquel on ne peut s'adapter qu'en s'enfermant dans les stéréotypies et les rituels. Cette comparaison a été entendue par les parents comme signifiant que les autistes étaient réellement victimes de parents tortionnaires ou de mères glaciales qui avaient désiré la mort de leur enfant. Cette comparaison, vécue comme une mise en cause directe, a été accentué par le régime d'internat préconisé afin que la vie quotidienne de l'enfant puisse être organisée dans un sens thérapeutique. Son école étant un centre de formation pour les éducateurs associé à l'Université, il disposait d'un personnel nombreux et qualifié, auquel il assurait une supervision pour décrypter les symptômes de l'enfant et l'effet de ces symptômes sur les émotions des éducateurs. En effet c'est en se basant sur ces interactions émotionnelles que Bruno Bettelheim ambitionnait de restituer un échange intersubjectif avec l'enfant autiste.
Contenu d'une prise en charge d'approche psychanalytique La prise en charge psychanalytique de l'autisme comprend divers ateliers individuels ou collectifs à destination de l'enfant. Ces ateliers sont fondés sur le jeu et la communication plutôt que sur l'éducation à des tâches particulières. L'approche psychanalytique s'avère ainsi partager nombre de points communs avec l'approche développementale, parfois elle-même d'orientation psychanalytique (cf. Stanley Greenspan).
Les programmes d'orientation psychanalytique mettent en œuvre : des temps de jeu interactif avec les enfants un atelier conte un atelier pataugeoire du psychodrame de groupe une prise en charge orthophonique avec la méthode PECS