Georg Philipp Telemann (né le à Magdebourg et mort le à Hambourg) est un compositeur allemand.

Il fut pendant sa longue période créatrice l'un des plus célèbres compositeurs allemands de l'âge baroque et l'un des compositeurs les plus prolifiques de tous les temps (du moins sur la base des partitions qui nous sont parvenues : environ ).. Dans l'ensemble de sa production — près de œuvres.., dont plusieurs ont été malheureusement perdues —, on compte douze séries de cantates, une centaine d'oratorios, 44 passions, plus de 600 suites orchestrales, 40 opéras et de nombreux concertos, quatuors et sonates. Son ami Haendel a pu dire de lui qu'il était capable de composer une musique religieuse à huit voix aussi naturellement que s'il s'agissait d'écrire une lettre.. Par les impulsions novatrices qu'il a données tant à l'art de la composition qu'à la sensibilité musicale, il a puissamment marqué la musique de la première moitié du .

Enfant surdoué, Telemann (prononcer ) reçoit très tôt ses premières leçons de musique. Mais ses parents, descendants d'une lignée de pasteurs luthériens, souhaitaient plutôt le voir faire une brillante carrière universitaire. S'il apprend à jouer du violon, de la flûte et du clavecin, il semble toutefois hostile à tout enseignement de la composition. Musicien en grande partie autodidacte, Telemann est devenu compositeur malgré les souhaits de sa famille. Après avoir étudié à Magdebourg, Zellerfeld et Hildesheim, il connut ses premiers grands succès de compositeur pendant ses études de droit à Leipzig, où il créa un orchestre amateur, monta des spectacles d'opéra et prit la direction musicale de l'église de l'université. Après un séjour à la cour de Sorau, puis à celle d'Eisenach, il fut nommé en 1712 directeur de la musique de la ville et maître de chapelle de deux églises à Francfort-sur-le-Main, où il commença l'édition de ses propres œuvres.

À partir de 1721, il occupa, en tant que Cantor Johannei et Director Musices de Hambourg, l'un des postes les plus prestigieux du monde musical allemand, et se dirigea peu après vers l'opéra. Là encore, tout en restant en relation avec les cours princières, il organisa régulièrement des concerts publics pour l'élite bourgeoise de la ville. Un séjour de huit mois à Paris, en 1737 et 1738, lui donna enfin accès à la renommée internationale. Tandis que sa carrière prospérait, la vie privée de Telemann fut toujours troublée : sa première épouse mourut quelques mois après leur mariage, et la seconde accumula aventures extra-conjugales et dettes de jeu avant de le quitter.

Musicien multi-instrumentiste, il a produit une œuvre immense touchant à tous les genres reconnus de la musique de son temps. Sont particulièrement remarquables ses mélodies vocales, son utilisation imaginative des timbres ainsi que, surtout dans ses dernières œuvres, l'originalité de ses effets harmoniques. Ses pièces instrumentales dénotent souvent des influences venues de France, d'Italie et parfois de la musique populaire polonaise. Sa musique, qu'il sut maintenir à l'avant-garde de toutes les tendances nouvelles, constitue un lien important entre les styles baroque et classique. Alors que son époque l'avait préféré à Jean-Sébastien Bach et Georg Friedrich Haendel (qu'il connut tous deux personnellement), l'évolution des idéaux musicologiques au cours du conduisit à une dépréciation de ses créations. L'exploration systématique de l'œuvre complète, commencée dans la seconde moitié du , n'est pas encore achevée.

Biographie

Enfance et jeunesse Telemann est issu d'une famille cultivée de Magdebourg, presque tous ses ancêtres ayant fréquenté l'université. Son père Heinrich ainsi que le père de sa mère Maria ont exercé une fonction ecclésiastique. Son arrière-grand-père paternel avait été un temps chef de chœur à l'église (plus exactement Cantor ou Kapellmeister, c'est-à-dire maître de musique, actuellement maître de chapelle, en français). En dehors de cela aucun autre membre de sa famille n'entretenait un rapport direct à la musique. Georg Philipp est le dernier des trois enfants ayant atteint l'âge adulte.

Georg Philipp fréquente le collège de la vieille ville et l'école de la cathédrale de Magdebourg, où il reçoit une instruction en latin, rhétorique, dialectique et poésie allemande. Témoignent par exemple de sa vaste culture générale les vers allemands, français et latins qu'il écrivit et publia dans son autobiographie ultérieure. En outre, Telemann maîtrise l'italien et l'anglais, jusqu'à un âge avancé.

À l'époque de Telemann, les concerts publics étaient encore inconnus à Magdebourg, pour quelqu'un de son âge c'est la musique profane apprise et exécutée à l'école qui complétait la musique religieuse. En particulier l'école de la vieille ville où était régulièrement exécutée de la musique avait une grande importance pour l'éducation musicale de la ville. C'est aussi dans les écoles privées plus petites qu'il fréquenta que Telemann apprit, seul, à jouer de divers instruments comme le violon, la flûte, la cithare et le clavecin.

Telemann fait rapidement preuve d'un grand talent musical et commence à composer ses premiers morceaux dès l'âge de dix ans, souvent en secret et sur des instruments prêtés. Il doit ses premières expériences musicales à son cantor Benedikt Christiani. Après seulement quelques semaines d'enseignement du chant, il est en mesure de remplacer son maître dans les classes supérieures.

À part un enseignement de clavecin qui dure deux semaines, Telemann n'a jamais pris de cours de musique. Ses parents veulent plutôt modérer son zèle. En particulier sa mère qui, devenue veuve en 1685, désapprouve son engouement pour la musique, considérant le statut social du musicien comme inférieur.

C'est à douze ans que Telemann compose son premier opéra, Sigismundus, sur un livret de . Pour détourner Georg Philipp d'une carrière musicale, sa mère confisque alors tous ses instruments et l’envoie, à la fin de 1693 ou au début de 1694, à l'école à Zellerfeld. Elle ignore alors probablement que le surintendant y est , passionné par l'écriture de la musique et qui exigera beaucoup de Telemann. Presque chaque semaine, Telemann compose des motets pour le chœur de l'église, ainsi que des arias, de la musique de circonstance qu'il présente aux musiciens municipaux.

En 1697, Telemann est élève du à Hildesheim. Sous la conduite du chef Johann Christoph Losius, il parfait son instruction musicale et apprend, là aussi en grande partie en autodidacte, à jouer de la flûte à bec, de l'orgue, du violon baroque, de la viole de gambe, de la flûte traversière, du hautbois, du chalumeau, de la contrebasse et du trombone. Parallèlement, il compose des œuvres vocales pour le théâtre de l'école et aussi pour un livre d'école publié en 1708 (Géographie chantante, dont la paternité est toutefois discutée). D'autres commandes de compositions pour le service de l'abbaye Saint-Gothard lui furent passées par le directeur musical jésuite de la ville, le père Crispus.

Telemann est aussi influencé par la vie musicale des cours de Hanovre et de la principauté de Brunswick-Wolfenbüttel, où il a l'occasion d'entendre de la musique instrumentale française et italienne. Les expériences accumulées à cette époque marqueront une grande partie de son travail ultérieur. En outre, il fait la connaissance des styles plutôt italiens de Rosenmüller, de Corelli, de Caldara et de Steffani.

Les années d'études à Leipzig En 1701, Telemann s'inscrit à l'Université de Leipzig pour étudier le Droit et, sous la pression de sa mère, s'engage à ne plus s'occuper de musique. C'est du moins ce qu'il a affirmé dans son autobiographie ; cependant, le choix de la ville de Leipzig, qui est alors la capitale de la musique moderne, ne semble pas être un hasard. En chemin pour Leipzig, Telemann fait halte à Halle pour y rencontrer Georg Friedrich Händel, alors âgé de seize ans. Une amitié nait qui durera toute la vie. Telemann a écrit qu'il a d'abord caché ses ambitions musicales à ses condisciples. Son camarade de chambre trouve cependant par hasard une composition dans son bagage à main et la fait exécuter le dimanche suivant à l'église Saint-Thomas de Leipzig. Le maire de Leipzig commande alors à Telemann la composition de deux cantates par mois pour le service religieux.

Dans l'année qui suit son entrée à l'Université, Telemann forma un orchestre composé de 40 étudiants mélomanes (le Collegium Musicum), qui donne aussi des concerts publics. Contrairement à d'autres orchestres amateurs, le Collegium survivra, sous le même nom, après le départ de Telemann. Plus tard encore, sous la direction de Johann Sebastian Bach, le Collegium Musicum télemanien aura une grande influence sur la vie musicale de la ville.

Telemann semble avoir continué ses études universitaires mais surtout, dans la même année, est nommé directeur de l'Opéra de Leipzig aux représentations duquel participent également beaucoup de membres du Collegium et dont il restera le compositeur principal jusqu'à sa fermeture. Au cours des représentations, il réalise la basse continue et chante aussi occasionnellement. De plus en plus irrité par l'aura croissante de Telemann, le directeur musical municipal officiel Johann Kuhnau lui reproche d'avoir pris avec ses œuvres profanes une trop grande influence sur la musique sacrée et lui refuse, pour les concerts de l'opéra, la collaboration du chœur qu'il dirige. En 1704, Telemann est engagé comme directeur musical à la Neukirche (église neuve) de Leipzig, qui est alors l'église universitaire de la ville. Il se décharge toutefois de la place de titulaire de l'orgue afférente à ce poste sur des étudiants. Telemann ne dispose alors probablement pas d'un chœur et écrit exclusivement des cantates pour solistes.

Telemann entreprend deux voyages à Berlin. En 1704, il reçoit du comte Erdmann II de Promnitz la proposition de succéder à Wolfgang Caspar Printz comme Kapellmeister à la cour de Sorau en Silésie. La raison pour laquelle l'attention du comte s'est portée sur lui reste inconnue. Après cela, la ville, qui apprécie son style nouveau de composition, offre à Telemann le poste de cantor à Saint-Thomas pour succéder à Kuhnau. Les tensions nées entre Kuhnau et Telemann l'ont peut-être incité à quitter Leipzig prématurément.

Sorau et Eisenach

En , Telemann commence son travail à Sorau (aujourd'hui Żary en Pologne). Le comte est un grand admirateur de la musique française et voit en Telemann un héritier talentueux de l'école de musique de Versailles de Lully et Campra, dont il avait rapporté quelques partitions d'un voyage en France, et que Telemann se met à étudier. À Sorau, Telemann rencontre Erdmann Neumeister, dont il mettra plus tard les textes en musique et qu'il reverra à Hambourg. Lors de voyages à Cracovie et Pless (Pszczyna), il apprend à apprécier le folklore polonais et morave, qu'il découvre aussi bien dans les auberges que dans des manifestations publiques.

En , Telemann quitte Sorau, menacée par l'invasion de l'armée suédoise et se rend à Eisenach, probablement avec une recommandation aux familles de princes saxons apparentés aux comtes de Promnitz. Là, il est nommé en décembre Premier violon et cantor à la cour du duc Jean-Guillaume et fonde un orchestre.

Il fait souvent de la musique avec Pantaléon Hebenstreit. En outre, il rencontre le théoricien et organiste Wolfgang Caspar Printz ainsi que Johann Bernhard Fischer von Erlach et Jean-Sébastien Bach. Il compose à Eisenach plusieurs concerts pour différentes formations, entre 60 et et autant de sérénades, de la musique religieuse, des opérettes à l'occasion de fêtes. Il en rédige par ailleurs le texte en grande partie seul. À cela s'ajoutent quatre ou cinq années passées à fournir des cantates à caractère religieux. Il participe lui-même à la représentation de ses œuvres en tant que baryton.