Des récits originels sont des explications, scientifiques ou mythologiques (mythe des origines), des débuts d'un peuple (mythes fondateurs), de l'humanité, de la Terre, de la vie et de l'univers (cosmogonie). Ces explications ou croyances peuvent dériver d'investigations scientifiques, de spéculations métaphysiques ou de croyances religieuses. Comme pour tout type de croyances, les opinions concernant la validité des différents récits origine dépendent du point de vue et peuvent grandement varier.

Récits originels et mythes de la création Les récits originels englobent les mythes de la création, des histoires mytho-religieuses rapportant les débuts de l'univers comme un acte de création délibéré par un être suprême. Cependant, les récits originels incluent également des postulats non-religieux, basés sur des théories scientifiques ou philosophiques contemporaines telles que le Big Bang, l'origine de la vie, la panspermie et la théorie de l'évolution.

L'appellation de mythe de la création peut paraître offensante lorsqu'il est question de théories qui sont encore communément acceptées de nos jours ; le terme mythe pouvant suggérer qu'il s'agit d'idées de l'ordre de la fiction. Cependant, ces croyances ou histoires ne donnent pas nécessairement un compte-rendu d'événements réels, mais expriment plus souvent ce qui est perçu comme des vérités à un niveau symbolique, d'où l'utilisation de ce terme. Daniel Quinn, l'auteur d'Ishmaël, note par ailleurs que les mythes de la création ne sont pas forcément de nature religieuse et qu'il en existe des formes profanes dans les cultures modernes.

Beaucoup de récits sur la création partagent une thématique fortement similaire. Parmi les motifs communs, le fractionnement des constituants du monde à partir d'un chaos primordial, la séparation de dieux père et mère ainsi que la terre émergeant d'un océan infini et intemporel sont récurrents.

Certains groupes religieux affirment que leur version du récit de la création devrait être considérée en parallèle, se confondre, voire remplacer les théories scientifiques sur le développement de la vie et du cosmos, ces théories étant, elles aussi, des croyances basées sur l'interprétation de faits. Cette assertion a déclenché de houleuses controverses, telles que la controverse création versus évolution.

Observations scientifiques En utilisant des observations vérifiables, la science peut mesurer certains effets d'événements passés liés à l'évolution de l'univers (par exemple à partir du fond diffus cosmologique, communément considéré comme étant l'écho du Big Bang) et interpréter ces observations dans un cadre scientifique. En extrapolant au passé l'état des faits actuellement observés, les scientifiques tentent d'en construire une image exacte. Les adhérents stricts au naturalisme philosophique prétendent qu'il est impossible d'en savoir plus. Cette opinion ne fait cependant pas l'unanimité et certains scientifiques encouragent d'autres voies d'accès à la connaissance, pas toujours caractérisées comme scientifiques.

Dans les théories scientifiques acceptées par la majorité de la communauté, l'univers et la vie sont décrits comme se développant par des processus exclusivement naturels.

Les grandes tendances scientifiques

Le Big Bang est la théorie cosmologique actuellement dominante sur les premiers stades du développement de l'univers, et son évolution à l'état actuel. Cette théorie est supportée par un ensemble de faits observés.

Il situe l'origine de l'Univers à environ 13,7 +/-0,5 milliards d'années plus tôt. Cette datation scientifique communément acceptée contredit beaucoup d'hypothèses cosmogoniques religieuses, par exemple le créationnisme qui, s'appuyant sur la Bible, estime la création de l'univers à quelques milliers d'années seulement.

Les préconditions au Big Bang font actuellement l'objet de théories en développement (p.e. la théorie de l'inflation cosmique) et d'expérimentations, comme celle du grand collisionneur de hadrons en 2008.

La nébuleuse solaire qui s'est formée par coalition de gaz et poussières il y a environ 4,6 milliards d'années, est considéré comme le meilleur modèle disponible de formation d'un système planétaire pour expliquer l'origine du système solaire. Le système Terre-Lune s'est formé à partir de cela, et il existe des arguments factuels pour penser que les deux corps furent formés lors d'une collision entre la proto-Terre et un corps de la taille de Mars.

La synthèse évolutionnaire moderne est la théorie biologique dominante sur l'origine de la vie humaine sur Terre. Cette théorie combine celle de Charles Darwin sur l'évolution des espèces par sélection naturelle avec la théorie de Gregor Mendel sur la génétique comme base de l'héritage biologique.

L'origine de la vie elle-même sur la Terre est plus contestée. Les conjectures et hypothèses scientifiques attenantes à ce sujet sont discutées dans l'origine de la vie.

Aucune des théories scientifiques susmentionnées ne part d'une hypothèse ex nihilo, c’est-à-dire qu'elles présupposent un état antérieur et « ne partent pas de rien » . Elles ne proposent aucun mécanisme pour l'origine ex nihilo de l'énergie ou de la matière. Elles sont de ce point de vue différentes non seulement des croyances abrahamiques, selon lesquelles le monde, la Terre et la vie proviendraient d'un acte créateur inimitable de Dieu, mais aussi de spéculations scientifiques proposant une première cause, sinon divine, d'un autre type. Pour se faire une idée plus claire des concepts scientifiques modernes sur « la matière à partir du vide » ou « quelque chose à partir de rien », voir particule virtuelle et énergie du vide.

Croyances issues du naturalisme philosophique L'atomisme est une ancienne philosophie grecque, professée par Démocrite, Épicure et Lucrèce. Les évènements dans l'univers ne sont pas la conséquence de l'acte d'un Créateur, mais plutôt le résultat de particules invisibles insécables (a-tomos) se déplaçant de manière erratique. Cette philosophie fut reformulée pour devenir le déterminisme à l'ère des Lumières et a toujours la faveur de certains scientifiques, bien que le caractère d'interactions déterministes dans une nature où joue la mécanique quantique est une question qui ne peut manquer d'intriguer. Le principe anthropique (du grec anthropos, homme), et ses "dérivés" (principes anthropique "faible", "fort", "participationnel", "final") sont le contrepied du principe copernicien de médiocrité (un système peut se développer en tout point, sans observateur privilégié). Formulé pour la première fois par Schopenhauer, il énonce que si l'homme observe l'univers tel qu'il le connaît, c'est avant toute autre chose parce qu'il s'y trouve lui-même. Bien que métaphysique, ce principe est utilisé par certains scientifiques pour déterminer certaines lois physiques ayant nécessairement résulté en l'existence de l'homme. De plus, si le principe originellement formulé est un truisme empirique, le principe anthropique fort est, lui, réfutable. Le déisme est une croyance popularisée par Voltaire (le "Grand Architecte", le "Grand Horloger"), d'usage courant parmi les scientifiques et philosophes d'après les Lumières (Newton, Leibniz, Jefferson, e.a). Elle conserve formellement l'idée d'un Créateur, mais permettant à la création de ne fonctionner que par des lois naturelles établies lors de la création (le panthéisme de Spinoza, qui influencera Einstein, est donc également une forme de déisme). Selon cette formulation, toute interaction est soumise à un déterminisme absolu. L'interprétation des mondes multiples de la mécanique quantique, introduite par Hugh Everett, conceptuellement proche des Univers parallèles (en fiction), est une tentative de résoudre des questions de causalité et déterminisme dans le cadre des interactions probabilistes. Cette interprétation spécule que l'univers que nous habitons est l'un des nombreux univers possibles qui existent en simultanéité, mais mutuellement indépendants ; chaque univers bifurque avec chaque "observation" quantique (ces univers ne sont cependant pas parallèles à proprement parler, puisqu'ils partagent un point commun dans le passé).

La création ex nihilo La création ex nihilo (Latin : à partir du néant) semble peu probable de par l'expérience quotidienne, et viole le principe de conservation d'énergie et de matière (« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme »).

Cependant, la mécanique quantique permet d'envisager la création spontanée d'énergie à partir du vide, tant que le principe d'incertitude n'est pas contredit (habituellement, par annihilation spontanée des particules créées, cf. le décalage de Lamb). Ceci pourrait être un moyen par lequel la création ex nihilo se réalise, mais on ne peut actuellement expliquer cette forme de création, ni même prouver qu'elle est nécessaire. Julian Barbour suggère que la réalité termine simplement au point alpha, ce qui devrait être accepté comme un fait, de la même façon que l'Angleterre aboutit à la mer à Land's End, sans que cela requière une explication.

Le créationnisme est souvent un argument théiste pour expliquer la création du monde par Dieu ; selon certains créationnistes, la vie fut également créée dans son état présent de variété, les organismes étant parfaitement différenciés dès le début. Bien qu'il existe de nombreuses tentatives pour faire cadrer ces idées avec des preuves acquises, et les théories couramment acceptées, leur utilité explicative, pouvoir de prédiction, et sérieux scientifique sont questionnés par les critiques du créationnisme. Beaucoup de scientifiques, théistes ou non, travaillant dans les domaines concernés ne considèrent pas les notions de pouvoir ou volonté divine comme jouant un rôle scientifiquement véritable dans la cosmologie ou la biologie.

En ce qui concerne l'apparition de la vie, l'attitude scientifique prévalente est de dire que la vie a débuté sur Terre, bien que d'aucuns puissent imaginer que les composés organiques présents dans les comètes aient pu être une importante source de matériel pour l'apparition de la vie. L'expérience de Miller-Urey a montré que des acides aminés pouvaient se former à partir d'un environnement primitif correspondant à celui de la Terre avant l'apparition des organismes producteurs de dioxygène. Néanmoins, bien que les travaux scientifiques sur la genèse artificielle de ces acides aminés progressent, aucun consensus quant à l'origine de la vie n'a encore été atteint.

Croyances religieuses et apparentées Plusieurs religions ont leur récit originel, cosmogonique ou non. Selon certaines, l'Univers doit son existence et sa forme présente à un acte de création par un être suprême ou le Dieu créateur, tandis que selon d'autres, un ou des dieux façonnent le monde et/ou la vie à partir d'un matériel préexistant (par exemple, le chaos ou le prakriti).

Étapes classiques de création du monde La majorité des récits ont ceci en commun qu'ils ne présupposent pas l'existence d'un Univers incréé, immuable et éternel, mais suggèrent des étapes et des devenirs possibles du monde : apparition de l'Univers à partir du néant (ex nihilo), du chaos ou de l'inconnu ; naissance du temps et de l'espace, de la lumière et de la matière. À partir du chaos primordial inerte, les éléments, eau, terre, feu et air (en Occident ; dans d'autres cultures, les éléments fondamentaux sont organisés différemment) s'animent ; apparition de la vie à partir de la rencontre et du mélange de ces éléments ; apparition de l'homme ; possibilité de création d'un nouvel univers après un cataclysme mondial.