Le de tirailleurs tunisiens ( RTT) est un régiment d'infanterie français, de l'armée d'Afrique., en activité entre 1884 et 1962.. Il fait partie de la famille des régiments de tirailleurs tunisiens, dont il est le doyen et le seul maintenu sans interruption jusqu'à sa dissolution.

Il est l'un des régiments les plus décorés de l'armée française.. Il se distingue particulièrement lors de la Première Guerre mondiale, au cours de laquelle il est cité six fois à l'ordre de l'Armée et obtient la Légion d'honneur, puis lors de la Seconde Guerre mondiale, au sein de la d'infanterie algérienne, notamment lors de la campagne d'Italie avec le corps expéditionnaire français du général Juin ; il est à nouveau cité quatre fois à l'ordre de l'Armée.

Création et différentes dénominations au : régiment de tirailleurs algériens ( RTA). au : régiment de tirailleurs indigènes ( RTI). Appellation officielle très peu utilisée. au : régiment de tirailleurs tunisiens ( RTT) au : régiment de tirailleurs nord-africains ( RTNA). Appellation officielle très peu utilisée. au : régiment de tirailleurs tunisiens ( RTT)

Chefs de corps Lieutenant-colonel Albert Daugan, commandant le régiment à titre temporaire le , puis à titre définitif le et ce jusqu'au . Lieutenant-colonel Georges Ernest Maurice, commandant le régiment du au . Lieutenant-colonel Heni Louis Victor Dardenne, commandant le régiment du au . Lieutenant-colonel Charles Joseph Aubertin, commandant le régiment du à 1919. - : colonel Jacques Roux (1891-1944), tué au combat le au cours des combats au Belvédère (au nord de Monte Cassino). vignette|upright|centre|Colonel Roux (1891 - 1944). - : colonel Georges Guillebaud (1894-1973).

Historique des garnisons, combats et batailles De 1884 à 1914 À l'origine, les régiments de tirailleurs algériens et tunisiens sont « fondus » en un seul système de numérotation, sans doute lié au fait que les territoires correspondants ont été soustraits de la même tutelle ottomane dont les responsables sont le dey d'Alger et le bey de Tunis. Ce sont souvent leurs anciennes troupes qui sont recrutées dans un premier temps pour constituer la base des premiers régiments. De là vient certainement le surnom de « Turcos » donné à ces unités. Selon d'autres sources, les tirailleurs gagnent leur surnom lors de la guerre de Crimée..

Créé le , sous l'appellation de ( RTA), il établit sa garnison principale à Sousse et est constitué essentiellement de soldats tunisiens et de cadres français, ces derniers représentant entre 20 et 30 % des effectifs. Il compte en 1899 six bataillons de chacun.

En , le premier bataillon est envoyé au Tonkin alors qu'en 1907 et 1908, les et sont engagés dans la campagne du Maroc avec le bientôt rejoint en Chaouia par le . D' à , six des douze bataillons que compte alors le régiment sont également engagés dans des combats contre les tribus hostiles au nouveau protectorat français. Dans un message adressé au bey de Tunis, le , Eugène Regnault, ambassadeur de France au Maroc, souligne alors « la valeur, la discipline et le dévouement […] au-dessus de tout éloge » dont font preuve les tirailleurs tunisiens.

Le , en application de la loi du , six de ses bataillons servent à constituer un nouveau régiment, le régiment de tirailleurs tunisiens, dont le RTT est ainsi la matriceJean Bournizeau, « Les tirailleurs tunisiens dans la guerre du Rif », Revue historique des armées, , 1987, (lire en ligne)..

Première Guerre mondiale vignette|Nouba et drapeau du de tirailleurs nord-africains en 1915.

Au début de la Première Guerre mondiale, la France mobilise en Tunisie , contre , en plus des , soit un total de . Engagés pour la première fois le à Hanzinelle (Belgique), les soldats ne tardent pas à découvrir la guerre des tranchées.

Seuls peuvent être « mobilisés » les citoyens de pleine nationalité française. Les musulmans d'Algérie, qui n'ont pas la pleine nationalité, ainsi que les Tunisiens de nationalité tunisienne, ne sont pas « mobilisés » mais souscrivent un engagement volontaire auprès de l'armée française..

Affectations

1914 Le , le régiment de marche ( RMT) est formé en Tunisie. Il est initialement composé des et du RTT. Le , le RMT reçoit le du RTT en provenance du régiment de marche de tirailleurs de la division marocaine. D'abord rattaché à la DI, le RMT passe à la division marocaine le , aux côtés des RMLE, RTA ainsi que du RMZ. Le , il intègre la marocaine.

1915 25 septembre-6 octobre : seconde bataille de Champagne

1916 Bataille de la Somme, 1-

1917 Les faits d'armes des tirailleurs tunisiens du Chemin des Dames à Verdun leur valent, en plus de la Croix de guerre et la Légion d'honneur, six citations à l'ordre de l'armée pour le régiment et sept pour les bataillons ainsi qu'une participation au défilé du . Les bilans chiffrés de la participation tunisienne à la Grande Guerre varient sensiblement selon les sources : selon Ridha Kéfi, le ministère français de la Guerre rapporte tombés au champ d'honneur sur un total de morts maghrébins estimé entre 28 et ; une autre source militaire indique sur un total de tunisiens.. Le cadre général du recrutement et de l'effort de guerre tunisien est analysé par François Arnoulet..

1918 Entre-deux-guerres

vignette|Drapeau du salué par le résident général Armand Guillon en à Sousse.

Après l'armistice de 1918, les bataillons tunisiens sont redéployés dans d'autres théâtres d'opérations : Maroc, Sud tunisien ou Dardanelles mais aussi Syrie où ils aident à mater la révolte du Djebel druze en 1925-1926.

En 1921., la différenciation s'opère entre tirailleurs algériens et tunisiens : il n'existe plus de de tirailleurs algériens, les numéros multiples de quatre étant désormais attribués aux tirailleurs tunisiens (, , , , , régiments), les autres l'étant aux tirailleurs algériens. Les héritages de la Grande Guerre sont alors répartis entre plusieurs numéros : les régiments de marche envoyés en France deviennent des régiments autonomes — ainsi le régiment mixte de zouaves et tirailleurs devient le RTT tandis que le régiment de marche donne naissance au RTT.

Le régiment prend part à la guerre du Rif au Maroc. Son (1/ RTNA) y est engagé du au au sein des groupes mobiles, aux côtés de sept autres bataillons de tirailleurs tunisiens issus des , et régiments — soit huit bataillons de quatre régiments au total. Il combat notamment dans la région de Taza, chez les Branès et vers Bab Achbeur, où le capitaine Gonnet est tué le . Le bataillon, qui perd environ 20 tués et 110 blessés au cours de la campagne, regagne la Tunisie en ; les pertes cumulées des huit bataillons tunisiens engagés dans le Rif sont estimées à environ 660 hommes hors de combat (160 tués et 500 blessés), le RTT étant le seul dont le drapeau reçoit l'inscription « Maroc 1925 ».

Seconde Guerre mondiale 1940 À la mobilisation du , le RTT forme, avec le RTT et le régiment de tirailleurs sénégalais, l'infanterie de la division d'infanterie d'Afrique ; il tient d'abord un secteur de la ligne Mareth avant d'être transporté en France à la fin du mois de ..

Pendant la campagne de France, le , lors de combats entre les troupes allemandes et le RTT, sont tués à Ablis. et à Houville-la-Branche (Eure-et-Loir), où un cimetière militaire est aménagé après le conflit. Parmi les tués se trouve le soldat Mohamed Amar Hedhili Ben Salem Ben Hadj dont le corps sera transféré en au Mont Valérien. Son corps est inhumé dans le caveau de la crypte du mémorial..

1943 Lors de la campagne de Tunisie, équipés d'un matériel de fortune et dépourvus d'une véritable intendance, ils se battent aux côtés d'autres Français, d'Américains et de Britanniques, et aident à arrêter l'avance de l'Afrikakorps.

1944 En 1944, pendant la campagne d'Italie, le RTT est commandé par le colonel Jacques Roux puis par le colonel Guillebaud. Il constitue, avec les et de tirailleurs algériens, l'infanterie de la d'infanterie algérienne commandée par le général de Monsabert au sein du corps expéditionnaire français. Il combat dans la région de l'abbaye du Mont-Cassin, réussit à franchir la ligne Gustave et s'empare du Belvédère, durant la Bataille du Belvédère. Durant ces combats, qui durent du au , le bilan est lourd : la moitié des effectifs du régiment et les trois quarts de ses cadres, dont le colonel Jacques Roux, sont tués ou blessés (, 75 disparus et ). Selon le général Charles de Gaulle, lors de ces combats du Belvédère, « le régiment de tirailleurs tunisiens accomplit un des faits d'armes les plus brillants de la guerre au prix de pertes énormes »..

L'historien Jean-Christophe Notin a consacré à cet épisode, longtemps resté dans l'ombre, un développement dans son étude de référence sur la campagne d'Italie.. Le général René Chambe lui avait déjà consacré un ouvrage complet dès 1953. ; un autre ouvrage de référence est constitué par la biographie écrite par le général Douceret sur le commandant Paul Gandoët. Outre son colonel, deux officiers ont joué un rôle central dans les combats du Belvédère : le commandant Gandoët (chef du bataillon) et le lieutenant Raymond Jordy (1914-1944). Tué le dernier jour des combats, à l'âge de , le , Jordy fut l'utilisateur du ravin Gandoët dans lequel il lança sa , le , perçant la ligne Gustave. Le maréchal Alphonse Juin lui rendit un hommage dans son ouvrage sur la campagne d'Italie.

1945 Après le Belvédère, bien que décimé, le régiment est reconstitué et participe après le débarquement de Provence, en , à d'autres combats décisifs contre les forces allemandes, dans le Doubs, les Vosges (notamment lors des combats du Hohneck), en Alsace puis en Allemagne. L'adjudant-chef Ahmed El Abed est présenté par plusieurs sources comme l'un des premiers soldats de l'armée française à franchir la frontière allemande lors de la libération de Scheibenhard. À la tête de sa section, il enlève le village, alors tenu par une unité SS, contribuant à l'établissement d'une tête de pont en territoire allemand. La date de cette action varie selon les sources : la citation qui lui est décernée en la situe au , date également retenue par l'historien Jean Bournizeau.., tandis que Ridha Kéfi retient le . La quatrième citation à l'ordre de l'armée du régiment situe pour sa part au le franchissement de la Lauter à Lauterbourg et Scheibenhardt par l'ensemble du régiment, au cours de la percée qui le porte au-delà de la ligne Siegfried.

Dans son journal de guerre, Ahmed Farhati, soldat du RTT, note à la date du : Paris est libre. Nous les Tunisiens, Marocains, Algériens et Sénégalais pouvons être fiers de nous : nous nous sommes battus pour la France comme si elle était notre patrie. J'espère que lorsque je rentrerai, enfin si je rentre en Tunisie, nous pourrons être considérés par les Français comme des frères et non comme des colonisés.

Bilan des pertes

vignette|Cimetière militaire du à Houville-la-Branche, Eure-et-Loir. (combat du ).

Du au , le RTT a subi (575 en Italie, 342 en France et 92 en Allemagne), 879 disparus et .. Plus largement, sur les Tunisiens qui ont pris part aux combats, sont morts à la fin de la guerre et 450 sont portés disparus.

De 1945 à nos jours Guerre d'Indochine Aussitôt la guerre finie, la France fait de nouveau appel au régiment pour rétablir sa souveraineté en Indochine. Le RTT est reconstitué dès le et l'expédition de ses et bataillons au Cambodge puis au Sud-Vietnam dure jusqu'en 1955.

Début , le bataillon de marche du RTT, qui était déployé dans le sous-secteur de Phan Thiêt depuis le , quitte l'Indochine : il débarque à Bizerte le . Au retour d'Indochine, les deux bataillons de marche du régiment servent, en 1955, à recréer le RTT.