L'Opération bleue (en allemand Fall Blau) est une offensive menée par la Wehrmacht sur le front de l'Est au cours de l'été 1942, pendant la Seconde Guerre mondiale. Woods, Wiest, Barbier. Lancée le , elle sera renommée opération Braunschweig (en ) le Kriegstagebuch des Oberkommandos der Wehrmacht (journal de marche de la Wehrmacht)..
L'offensive est nommée ainsi car les plans de guerre allemands étaient des « cas ». Cette opération est la continuation de l'opération Barbarossa (Cas Rouge) qui n'avait pas rempli tous ses objectifs l'année précédente. Le groupe d'armées Sud (Heeresgruppe Süd) de la Wehrmacht fut divisé en deux groupes d'armées : le groupe d'armées A et le groupe d'armées B (Heeresgruppe A et B). L'offensive allemande devait résoudre deux problèmes : la résistance acharnée de l'Armée rouge qui occupait une position défensive à l'ouest de la Volga (une importante voie de ravitaillement fluviale) et le manque d'essence en sécurisant les champs de pétrole du Caucase.
L'opération était risquée car les groupes d'armées allemands devaient accomplir deux objectifs, dans une zone peu développée à des milliers de kilomètres de l'Allemagne et en affrontant cinq fronts soviétiques (similaires aux groupes d'armées allemands). Ceux-ci étaient du nord au sud : le front de Voronej, le front sud-ouest, le front du Don, le front de Stalingrad et le front Transcausien. De plus pour atteindre les champs pétrolifères de Bakou, l'armée allemande devait franchir les monts du Caucase.
Initialement, l'offensive allemande connut des succès considérables. Cependant, la victoire soviétique lors de la bataille de Stalingrad força le repli des troupes de l'Axe qui passèrent près de la destruction totale lors de l'opération Saturne.
Contexte stratégique
À partir de l'automne 1941, Hitler est parfaitement conscient de l'échec de la stratégie qui a présidé à la réalisation de l'opération BarbarossaC. Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, .. Il assigne donc à la Wehrmacht un nouvel objectif, la conquête du Caucase, de ses réserves de pétrole, puis, au-delà, des champs de pétrole irakiens, devant se réaliser entre novembre 1941 et septembre 1942C. Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, ., dans un contexte marqué par la phase finale du processus aboutissant à l'entrée en guerre des États-UnisC. Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, . ; ainsi, l'offensive au sud, malgré son caractère hasardeux, qui frappe les généraux allemandsC. Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, . est placée dès le départ dans la perspective d'une stratégie mondiale de lutte contre les Alliés.
La question était de savoir où frapper : sur le front nord, l'Armée rouge avait pu stopper l'avancée allemande en deux points vitaux : Léningrad et Moscou, mais Léningrad subit un siège et le front n'était qu'à de Moscou. Cependant la Wehrmacht n'avait plus les moyens de lancer une offensive sur toute la longueur du front. Moscou et Léningrad étaient des proies tentantes mais symboliques pour Hitler, d'autant que les Soviétiques avaient massé leurs meilleures unités sur ce secteur ; sur le front sud, l'avancée allemande avait été plus brutale puisque toute l'Ukraine et certaines villes russes (Koursk, Orel, Belgorod) étaient tombées en seulement six mois. Les Allemands parvinrent à conserver ici une supériorité matérielle sur les Soviétiques, et eurent toujours l'avantage de l'initiative. C'est donc sur ce front que se déroula l'offensive d'été.
L'opération devait initialement s'appeler « Siegfried », d'après le héros germanique. Cependant, Hitler se rappelant le nom grandiloquent de la précédente opération en Russie, Barbarossa, et de ses résultats décevants, se rabattit sur le nom plus modeste de « plan Bleu ».
Les facteurs qui menèrent à la création de Fall Blau furent :
Le terrain favorable aux unités blindées et motorisées dans la steppe du Kouban, au sud-ouest de la Volga ; La nécessité de capturer les champs de pétrole du Caucase et en particulier ceux de Bakou ; La capture de la ville industrielle de Stalingrad et de l'importante voie de ravitaillement qu'est la Volga.
Cependant, depuis le , les Allemands butaient sur Sébastopol. La prise de ce port-forteresse en Crimée était un préliminaire du plan Bleu.
Le plan L'offensive devait être menée dans le Sud de la Russie, dans la région du Kouban. Les groupes d'armées participant à cette offensive étaient : groupe d'armées A, sous le commandement de Wilhelm List (campagne du Caucase) : la armée roumaine, la armée de Panzer, la armée, la armée ; groupe d'armées B, sous le commandement de Maximilian von Weichs (campagne de la Volga) : la armée hongroise, la armée italienne, la armée roumaine, la armée de Panzer, la armée, la armée ;
soit un total de 88 divisions. Sur ces 88 divisions, 28 étaient étrangères et loin d'égaler les troupes allemandes en termes d'équipement, de commandement ou de moral. De plus, sur les 60 divisions allemandes, seules 9 étaient blindées. La disproportion des moyens et des objectifs est clairement visible, car il y a entre Kharkov et Stalingrad et entre le Don et Bakou. Il aurait fallu des forces plus importantes, mais Hitler avait déjà dû réduire à 85 divisions les troupes qui tenaient les de front depuis la Carélie jusqu'à Voronej.
L'offensive allemande se composait de trois attaques dans le Sud de la Russie : la armée de Panzer, commandée par Hermann Hoth (transféré du Groupe d'armées Nord), et la armée, soutenues par la armée hongroise attaqueraient depuis Koursk vers Voronej pour sécuriser le flanc nord de l'offensive sur le fleuve Don ; la armée, commandée par Friedrich Paulus avancerait en direction de Stalingrad depuis Kharkov ; la armée de Panzer soutenue par la armée et la armée roumaine progresserait en direction de l'embouchure du Don.
Ces offensives devaient déboucher sur des encerclements massifs de troupes soviétiques.
Pour réaliser la prise de contrôle des champs pétrolifères du Caucase, une armée composée de troupes rapides est constituée à partir , pour être en mesure de descendre le Don, puis de contrôler, sans forcément la prendre, la ville de Stalingrad, le but étant, au minimum, de limiter les possibilités de mouvements soviétiques à partir de la ville ; ce nœud de communication contrôlé, les troupes rapides auraient pour consigne de foncer sur le Caucase, puis au-delà. Même aux yeux de Hitler, la prise de contrôle des champs de pétrole du Caucase en 1942 représente la dernière chance du Reich de gagner le conflit, tout en affaiblissant durablement les capacités productives des territoires soviétiques non occupésC. Baechler, Guerre et exterminations à l'Est, ..
Les opérations thumb|300px|Avancée allemande du 7 mai au 18 novembre 1942.
L'offensive allemande commença le et partout les forces soviétiques durent reculer. Le , les unités avancées de la armée de Panzer atteignirent le Don près de Voronej et furent mêlées à la bataille pour prendre la ville lors de la première bataille de Voronej. L'Armée rouge en coinçant la armée de Panzer put gagner du temps pour se repositionner. Ainsi, lorsque les pinces de l'offensive se refermèrent, elles ne trouvèrent que des traînards et des unités d'arrière-garde, qui convainquirent Hitler que l'Armée rouge était au bout du rouleau. Cependant celle-ci avait appris de ses erreurs de l'année précédente et se repliait au lieu d'essayer de conserver des positions intenables. On a longtemps cru que ce repli s'était effectué en bon ordre, mais les archives russes indiquent que la situation était plus chaotique. Dans certains cas, elle était entièrement hors de contrôleMichael Jones, Stalingrad: How the Red Army survived the German onslaught, Casemate, 2007.. L'ordre fut restauré au fur et à mesure que l'Armée rouge approchait de la Volga.
Division du Groupe d'armées Sud
Croyant que la menace soviétique avait été éliminée, le besoin impérieux d'essence et l'envie de réaliser tous les objectifs ambitieux du Cas Bleu poussèrent Hitler à effectuer une série de changements : réorganiser le groupe d'armées Sud en deux groupes plus petits : le A et le B ; ordonner au groupe d'armées A d'avancer vers le Caucase et de capturer les champs de pétrole (opération Edelweiss) ; ordonner au groupe d'armées B d'avancer vers la Volga et vers Stalingrad (opération Fischreiher).
Les succès initiaux de la armée furent tels qu'Hitler ordonna à la armée de Panzer de soutenir la armée de Panzer pour traverser le Don inférieur. Ce soudain redéploiement d'une armée entière causa d'énormes problèmes logistiques dans cette zone peu développée. Les encombrements qui en résultèrent ralentirent l'avancée des Groupes A et B et permirent à l'Armée rouge de consolider ses défenses. De plus, devant la tournure favorable de l'offensive, Hitler décida de ranimer le combat au nord et envoya l'un de ses meilleurs officiers, Erich von Manstein, qui venait de recevoir son bâton de maréchal pour la prise de Sébastopol, pour terminer le siège de Léningrad.
La campagne du Caucase - Groupe d'armées A
Le groupe d'armées A reprit la ville de Rostov le après de violents combats urbains mais sans encercler l'Armée rouge. Une fois le Don franchi, l'avance faiblit du fait des ordres de Hitler demandant de séparer la armée de panzers. Les combats se déroulèrent sur un large front. La armée (avec des éléments de la armée) avançait vers la mer Noire tandis que la armée de panzers traversait un Kouban largement abandonné par l'Armée rouge. Le , elle atteignit les contreforts du Caucase et la ville pétrolière de Maïkop, avançant de en moins de deux semaines. Néanmoins les Soviétiques avaient eu le temps de saboter les puits de pétrole et le rendement de ceux-ci resta faible durant l'occupation allemande.
thumb|Troupes allemandes dans le vaste arrière-pays russe (). Le , le groupe d'armées reçut l'ordre d'avancer vers l'ouest pour capturer Krasnodar, la capitale du Kouban. Pendant ce temps, la Wehrmacht continua son avancée vers Grozny et Bakou. Dans le même mois, les forces allemandes capturèrent la péninsule de Taman et la base navale de Novorossiïsk et continuèrent leur avance vers Touapsé, la clé de la domination de la côte est de la mer Noire.
Durant l'été 1942, Hitler se réjouit de la possibilité d'envahir le Kazakhstan. Cette prise permettrait d'offrir un excellent front pour flanquer les positions britanniques au Moyen-Orient, menacer l'Inde britannique et peut-être établir un contact avec le Japon.
Mais Hitler ne se rendit plus vraiment compte de la réalité du terrain. Il avait d'ailleurs renvoyé tous les généraux du groupe d'armées Sud et dirigeait désormais lui-même toutes les opérations. Le ravitaillement n'arrivait plus à suivre à travers la steppe et les montagnes. Le front atteignit plus de .
Le , la Wehrmacht s'empara de Naltchik et poussa vers Vladikavkaz, qui ouvrirait la route de Grozny. Plus tard, les Allemands décidèrent de se retrancher à Naltchik et à Mozdok pour reprendre l'offensive au printemps suivant. Les troupes de montagne s'offrirent même la gloriole d'escalader l'Elbrouz.
La campagne de Stalingrad - Groupe d'armées B
thumb|275px|Soldats allemands progressant durant l'été en Russie. L'un d'eux porte une mitrailleuse MG34.
À la fin juillet, la armée reprit son offensive et vers le , elle avait nettoyé la rive occidentale du Don. Cependant, la résistance soviétique continuait et retardait l'avancée du Groupe d'armées B.