Une agression sexuelle sur mineur (l'anglicisme « abus sexuel sur mineur » étant à éviter« Abus sexuel sur mineur » est une traduction littérale de l'anglais . En français, « abus » sous-entendrait qu'il s'agit d'un simple abus d'un droit existant.) est une action à caractère sexuel exercée à l'encontre d'un enfant ou d'un adolescent. Si l'âge du consentement varie selon les pays, il est communément admis qu'en dessous de cette limite, en raison du manque de discernement du mineur et de l’autorité de l’adulte, toute relation sexuelle entre ce dernier et un adulte est une agression.
L'agression sexuelle comporte souvent un contact corporel, mais pas toujours (exhibition, exposition à la pornographie ou pédopornographie). Il entraîne de multiples conséquences traumatiques à court et à long terme, comme le stress post-traumatique. L’agresseur peut être extérieur à l'entourage du mineur mais est souvent quelqu'un de familier voire de proche, comme le montrent les cas d'inceste. Des dynamiques institutionnelles peuvent étendre la fréquence de ces relations abusives.
Définition et nature de l'acte Terminologie L'agression sexuelle sur mineur renvoie à tout acte sexuel entre un enfant et un adulte ou entre enfants, impliquant ou non un contact corporel. Montrer des parties génitales ou inciter à l’acte sexuel relèvent également d'une agression sexuelle.
Bien que ce soit le terme utilisé par la directive européenne, l'expression d’« abus sexuel sur mineur » est parfois contestée, pour des raisons différentes, dans son usage et dans sa forme. Certains pédopsychiatresYvonne Coinçon, Jean-Pierre Thévenot, in Atteintes sexuelles sur enfants mineurs, API, 2001 lui reprochent de suggérer, par la notion d'« abus », qu'Ibid., p. 4.
Absence du consentement
Le discernement de l'enfant est insuffisant pour comprendre les implications et la nature d'un acte sexuel. L'enfant ne peut jamais consentir à une relation sexuelle. La sexualité de l'enfant n'appartient qu'à lui-même et toute intrusion dans cette intimité peut-être vécue comme une atteinte. La limite de la majorité sexuelle, qui détermine l'âge du consentement dans la loi, varie selon les pays.
En Europe, l'âge de consentement varie entre 14 et 18 ans. La directive 2011/93/UE du Parlement européen et du Conseil relative à la lutte contre les abus sexuels et l’exploitation sexuelle des enfants, ainsi que la pédopornographie définit des mesures de protection et des peines minimales à fixer dans chaque État membre« âge en dessous duquel il est interdit, conformément au droit national, de se livrer à des activités sexuelles avec un enfant » ; un enfant étant défini comme « toute personne âgée de moins de dix-huit ans », selon la .
En France, l'âge de la majorité sexuelle est de 15 ans, mais l'adulte commet une infraction s'il a une relation avec une personne consentante de moins de dix-huit ans, s'il est une personne ascendante ou ayant autorité sur le mineur de par sa fonction ou si le mineur est une personne vulnérableArticle 227-27 du code pénal : « Les atteintes sexuelles sans violence, contrainte, menace ni surprise sur un mineur âgé de plus de quinze ans et non émancipé par le mariage sont punies de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende : 1° Lorsqu’elles sont commises par un ascendant ou par toute autre personne ayant sur la victime une autorité de droit ou de fait ; 2° Lorsqu’elles sont commises par une personne qui abuse de l’autorité que lui confèrent ses fonctions ». S’il n’existe aucune forme d’autorité de fait ou de droit, il n’y a donc pas d’infraction. Sur le site Jurisamination.fr.. D'autre part, cette relation, dite "librement consentie" par le mineur, ne doit pas être entachée de circonstances précises qui la rendent punissable : rémunération en argent ou en nature (prostitution), incitation à la débauche ou à la pornographie, soustraction à l'autorité parentaleMajorité sexuelle sur le site Adheos.org..
Conséquences sur la santé et le développement Impact multiforme, sévère et durable L'abus sexuel a des conséquences multiples et graves sur les victimes, à court et à long terme. Un grand nombre de séquelles psychopathologiques d'une gravité également variable résulte de cette agression et le manque de marqueurs spécifiques compliquent le diagnostic . Les conséquences sont plus ou moins sévères selon la répétition de l'agression, la réalisation d'une pénétration, l'usage de la violence, la proximité entre l’abuseur et l'abusé, les blessures physiques et le soutien de l'entourage..
Les troubles de l’anxiété, le syndrome dissociatif, la dépression, le trouble de la personnalité borderline et des conduites sexuelles problématiques, comme l'hypersexualisation, un usage compulsif de la pornographie, le développement de paraphilies ou des mises en danger, peuvent ainsi être des signes d'un abus sexuel pendant l’enfance. De plus, des problèmes méthodologiques se posent pour la recherche dans ce domaine, comme la difficulté à mesurer la gravité de l'abus, à obtenir un échantillonnage et le manque de groupe de contrôle..
Selon la psychiatre et psychologue Muriel Salmona, les répercussion des traumas sur le cerveau son visibles à l'IRM dès le troisième trimestre de grossesse. Les enfants ayant vécu des violences auront 10 à 17 fois plus de risques de développer des troubles ORL, maux de ventre, anorexie et autres trouble alimentaires, conduites à risque, délinquance, troubles psychiatriques tel que schizophrénie, dépression ou trouble dissociatif de l'identité, pensées et passages à l'acte suicidaires, et risque de reproduire des violences intra-familiales ou de les subir.
Syndrome post-traumatiques et stress
Le syndrome de stress-traumatique est l'une des premières conséquences psychiques des agressions sexuelles extrafamiliales et dans une moindre mesure intrafamiliales. Il peut s'accompagner du syndrome traumatique dissociatif, qui s'accompagne de troubles somatoformes et de phobies spécifiques, et du syndrome secondaire de type limite, qui se manifeste par exemple chez l'enfant par des stratégies d'évitement, des comportements répétitifs et un changement d'attitude envers autrui..
Il faut distinguer deux types de dommages psychologiques. :
le viol du consentement, l'adulte imposant à l'enfant un comportement auquel ce dernier ne se prête pas ; le sentiment de culpabilité de l'enfant, qui peut être amplifié par l'injonction du secret imposé.
Dans le domaine de la neurobiologie, l'exploration des conséquences d'abus sexuels dans l'enfance est entamée depuis les années 2000, et les conclusions convergent vers la mise en évidence de l'acquisition d'une vulnérabilité physiologique définitive http://www.pedagopsy.eu/abus-sexuel.htm Académie Américaine de Psychiatrie « Aucun enfant n'est préparé psychologiquement à faire face à des stimulations sexuelles répétées. Même un enfant de 2 ou 3 ans qui ne peut pas savoir que cette activité sexuelle "c'est mal", va développer des problèmes résultant de son incapacité à faire face à cette sur-stimulation. »http://www-sante.ujf-grenoble.fr/SANTE/medilega/pages/enfprb.html#ancre726824 Paragraphe 2.2 « Le garçon peut rechercher une relation masochiste passive, ou au contraire tenter d'effacer ce qu'il a subi en devenant à son tour agressif et séducteur à l'égard de jeunes garçons. Les garçons victimes d'abus sexuels sont plus enclins à s'organiser sur le mode de la psychopathie. ».
À partir des années 2000, plusieurs études distinctes concluent que des abus dans l'enfance, notamment sexuels, avaient des conséquences définitives en induisant une vulnérabilité acquise que l'on retrouve dans la réponse au stress. La première mise en évidence chez l'humain date de 2000Heim C, Newport DJ, Heit S, Graham YP, Wilcox M, Bonsall R, Miller AH, Nemeroff CB: Pituitary-adrenal and autonomic responses to stress in women after sexual and physical abuse in childhood. JAMA 2000; 284:592–597 texte complet., elle est poursuivie en 2003Altered Pituitary- Adrenal Axis Responses to Provocative Challenge Tests in Adult Survivors of Childhood Abuse. Par Christine Heim, Ph.D., D. Jeffrey Newport, M.D., Robert Bonsall, Ph.D., Andrew H. Miller, M.D., et Charles B. Nemeroff, M.D., Ph.D., et d'autres études exposent les risques de dépendances notamment à l'alcoolDonnées épidémiologiques sur l’abus, la dépendance et les comorbidités, par l'INSERM (France).
Le développement du système neuronal peut-être perturbé par les violences sexuelles, ayant une influence sur la production des hormones liées au plaisir, comme la dopamine et l'ocytocine, et au danger comme l'adrénaline et le cortisol.
Selon Fabrice Jollant, qui répertorie l'histoire de ces recherches en 2007 dans un cycle de conférence intitulé Devenir des maltraitances infantiles, les différentes études corroborent la piste d'un taux plus bas de l'hormone du stress (le cortisol) dans le cas d'abus dans l'enfance. Ce faible taux hors période de stress entraine une réponse plus forte et différente au stress. Quand cette vulnérabilité acquise débouche sur une dépression, quelle qu'en soit la cause, on commence à identifier une forme de dépression différente de la dépression classique, avec des réactions différentes à un antidépresseur spécifiqueVidéo de la conférence • Conséquences neurobiologiques des traumatismes infantils. Par Fabrice Jollant..
Comportement sexuel Les comportements inadaptés dans le domaine de la sexualité sont l'un des symptômes les plus caractéristiques. Ils peuvent se manifester par le développement de paraphilies, une forme d'agressivité dans les relations sexuelles et une tendance à vouloir contraindre, forcer ou faire mal, une hypersexualité se traduisant par exemple par de multiples partenaires, des mises en danger, une consommation compulsive de pornographie ou une excitation traumatique dans des situations douloureuses.
Des victimes d'inceste d'âge préscolaire sur une longue période peuvent avoir des difficultés à distinguer les relations sexuelles et affectives. Cependant, les abus sexuels pendant l’enfance peuvent aussi produire l’effet inverse et inhiber durablement la sexualité. Dans le premier cas, le sujet cherche une répétition du trauma ; dans le second cas il s'efforce d'éviter un stimuli sexuel.
Dépression et suicide Au niveau neurobiologique, une étude post-mortem de victimes ayant subi des abus durant l'enfance a montré une régulation épigénétique des récepteurs glucocorticoïdes dans l'hippocampe reliée au risque de suicide à l'âge adulte..
Maladies sexuellement transmissibles La présence d'une maladie sexuellement transmissible chez un mineur, a fortiori d’origine inconnue, doit éveiller des soupçons d'agression sexuelle. En plus d'un entretien avec l'enfant et les parents, une enquête épidémiologique facilite l'identification de l’abuseur responsable de l’infection. Un traitement prophylactique lorsque la santé sexuelle de l’agresseur est inconnue semble peu recommandable dans un contexte avec faible taux de contamination et de l'absence d'activité sexuelle de l’enfant. Une étude de 1982 informe ainsi que la gonorrhée, la syphilis, l'herpès simplex et les verrues vénériennes ont par exemple été décrites chez l'enfant. Comme chez l'adulte, des symptômes au niveau des parties génitales, du système urinaire, du périnée et de l’anus conduisent vers un examen clinique et/ou des analyses de laboratoire. La thérapie est similaire à celle des adultes. Cependant, les doses doivent être adaptées à leur âge et à leur poids ; la tétracycline est contre-indiquée chez l'enfant de moins de huit ans et la fille enceinte sauf en cas de danger mortel et les traitements oraux sont à privilégier..
Blessures et traumatismes physiques