Hastings Kamuzu Banda ( ... - ) est un homme politique et dirigeant du Malawi de 1964 à 1994.
Premier ministre du royaume du Malawi à la suite de l'indépendance du Nyassaland en 1964, il devient le premier président après que le dominion devient une république en 1966. Chef du Parti du Congrès, son parti le nomme président à vie en 1970, ce qu'il instaure lui-même l'année suivante. Anti-communiste, il s'associe au bloc de l'Ouest pendant la guerre froide Kalinga, Owen J. M. (2012). Historical Dictionary of Malawi, Fourth Edition, p. 12. Durant sa présidence, il favorise généralement les droits des femmes, le développement des infrastructures et le maintien d'un système d'éducation performant par rapport aux systèmes des autres pays africains.
Sa présidence, considérée comme l'une des plus répressives des régimes africains, entraîne la mort d'entre et opposants politiques. Son régime, caractérisée comme une autocratie hautement répressive, il reçoit aussi des critiques pour avoir maintenu des relations diplomatiques avec les gouvernements voisins d'Afrique du Sud et de Rhodésie pratiquant l'apartheid.
Avec la hausse des pressions internes et internationale, il organise un référendum sur l'ouverture au multipartisme en 1993. Il perd l'élection de 1994 et meurt à Johannesbourg en Afrique du Sud en 1997.
Biographie Premières années Né Akim Kamnkhwala Mtunthama Banda à Kasungu dans le protectorat britannique d'Afrique centrale, la date de naissance de Banda demeure incertaine en raison de l'absence de registre des naissances. Plus tard, à la suite de la présentation de certaines coutumes locales par un ami, le Dr Donald Brody, Banda déclare que: « Personne ne connaît l’heure, la date, le mois ou l’année de ma naissance, même si j’accepte maintenant les preuves que vous me donnez – mars ou »..
Il fréquente l'école du village de son pays natal près de Mtunthama, avant de quitter pour Chikondwa et rejoindre ses grands-parents maternels en 1908. En 1910, il se rend dans la mission Chilanga et est baptisé en 1910.
Son nom Kamnkhwala signifie petit médecin et il le remplace par Kamuzu soit petite racine. Ce nom serait en référence à l'utilisation par sa mère de racines données par un médecin pour contrer l'infertilité. Il prend aussi le nom chrétien de Hastings après son baptême par le ministre du culte et docteur de l'Église d'Écosse, d'après le missionnaire écossais John Hastings qui œuvre près de son village.
Vers 1915-1916, il quitte l'école de missionnaire de Livingstonia avec son oncle et enseignant Hanock Msokera Phiri pour Hartley en Rhodésie du Sud. Voulant entrer à l'institut missionnaire presbytérienne écossaise de en Afrique du Sud, il termine ses études dites Standard 8 sans fréquenter l'établissement.
En 1917, il se rend à Johannesbourg pour ensuite travailler dans la mine de Witwatersrand au Transvaal pendant quelques années. Durant cette période, il fait la rencontre de l'évêque épiscopalien méthodiste africain qui lui offre de lui payer son éducation dans l'école méthodiste aux États-Unis où il se rend pour New York en 1925.
Éducation États-Unis vignette|redresse|gauche|Hastings Banda dans sa jeunesse.
Banda étudie à l'institut Wilberforce en Ohio, un collège afro-américain maintenant connu en tant qu'Université d'État du centre. Ayant obtenu son diplôme en 1928 et avec la fin de son soutien financier, il s'engage avec l'éducateur ghanéen Kwegyir Aggrey qu'il avait rencontré en Afrique du Sud.
Fréquentant et discutant au club Kiwanis, il fait la rencontre du Dr Herald qui l'aide à débuter des études pré-médicales à l'université de l'Indiana. Entretemps, il écrit des essais sur les Chewas pour le folkloriste Stith Thompson qui l'introduit à l'anthropologue Edward Sapir de l'université de Chicago. Il travaille aussi avec l'anthropologue et linguiste afro-américain qui contribue à la publication d'un livre de grammaire sur la langue chewa. À Chicago, il loge chez l'afro-américaine Corinna Saunders et termine un B.Phil. en histoire en 1931.
Recevant un soutien financier de Mme Smith, femme de l'homme d'affaires Douglas Smith qui a fait fortune avec le dentifrice Pepsodent en tant que membre du conseil d'administration de Eastman Kodak, Banda étudie alors la médecine au collège noir de Nashville au Tennessee.. Il obtient un M.D. en 1937, devant ainsi le deuxième Malawite à compléter cette formation après Daniel Sharpe Malekebu. Durant ses études, il épouse Robertine Edmonds en 1934.
Royaume-Uni Pour être autorisé à pratiquer la médecine sur le territoire de l'Empire britannique, Banda doit compléter une seconde formation en médecine qu'il réalise à l'université d'Édimbourg en 1941. Pour le soutenir dans ses études et favoriser son retour au Nyassaland, le gouvernement colonial lui offre une subvention de 300£ par an. Alors qu'il débute une formation en maladies tropicales à Liverpool, le gouvernement cesse ses subventions et il quitte l'université lorsqu'il refuse d'être enrôlé comme médecin militaire. Il retourne en Écosse et travaille dans une paroisse de l'Église d'Écosse.
Travaillant comme médecin à North Shields près de Newcastle upon Tyne de 1941 à 1945, il débute une relation avec Merene French, un belle-fille de l'une de ses patientes.
Après la Seconde Guerre mondiale, il ouvre un cabinet à Kilburn en banlieue de Londres. Il entre en politique en devenant membre du Parti travailliste. En 1945, il s'établie à Harlesden.
En 1945, avec le chef Mwase du Kasungu, qu'il avait rencontré en Angleterre en 1945, il représente le Nyasaland African Congress lors du Congrès panafricain à Manchester. La conférence voit aussi la participation de futurs chefs d'État africains dont Jomo Kenyatta et Kwame Nkrumah.
Fédération de la Rhodésie et du Nyassaland En 1953, le docteur Banda s'oppose à la fusion de la colonie anglaise avec les deux Rhodésies que prône le nord-rhodésien Roy Welensky. Banda s'inquiète d'une fédération qui aurait pour effet de réduire les droits des Noirs du Nyassaland.
Alors que son retour est attendu dans la colonie en 1951, il s'installe en Côte-de-l'Or britannique. Il s'installe sur place en raison d'un scandale impliquant sa réceptionniste à Harlesden, Merene French, qui entre-temps était maintenant enceinte. Banda est accusé d'adultère avec French qui la suit jusqu'en Afrique de l'ouest. Malgré sa présence, Banda ne poursuit pas la relation et elle meurt en 1976.
Appel au retour au Nyassaland De retour au Nyassaland en 1958, après deux années passées au Ghana et à la demande de plusieurs hommes politiques du Congrès dont , , et , reçu comme un héros dans son pays natal même s'il en a oublié la langue après 42 ans d'absence, Banda s'affirme comme un opposant décidé à la présence britannique et à la fédération imposée en 1953.
Leader écouté, il fait rapidement le tour du pays afin de parler contre le maintien de la Fédération de Rhodésie et du Nyassaland (ou Fédération d'Afrique centrale) et fonde le Parti du congrès du Malawi (MCP) auquel il enjoint la population à en devenir membre.. Malgré sa connaissance du chewa, il doit recourir à un interprète qui sera initialement et ensuite John Tembo qui le suivra durant le reste de sa carrière Kamuzu Banda of Malawi: A Study in Promise, Power, and Paralysis (Malawi Under Dr Banda) (1961 to 1993), John Lloyd Lwanda, Dudu Nsomba Publications, 1993, p. 278. L'enthousiasme face à son discours anti-colonial atteint un tel sommet que des troupes rhodésiennes sont mobilisées afin de maintenir l'ordre et l'état d'urgence est déclaré en . Durant l', plusieurs membres du MCP, dont Banda, sont emprisonnés à Gwelo en Rhodésie du Sud Attorney General v Malawi Congress Party & Ors. (Civil Appeal 22 of 1996) MWSC 1 (30 janvier 1997). La gestion du parti est alors temporairement assumée par .
Sortie de prison et route vers l'indépendance Alors que le Royaume-Uni entame un processus de décolonisation, Banda sort de prison en et est immédiatement invité à Londres pour débuter des pourparlers amenant à l'indépendance. En 1961,il profite de l'octroi du régime représentatif pour gagner les élections (censitaires). Le MCP devient de fait, une sorte de parti unique compte tenu de la faiblesse des autres formations d'opposition. Banda occupe alors la fonction de ministre des Terres, des Ressources naturelles et du Gouvernement local et donc, de facto, la fonction de Premier ministre du Nyassaland qui obtiendra de façon formelle le . Le gouvernement s'active ensuite au développement de l'instruction secondaire et de la justice locale, ainsi que la fin de certains tarifs agricoles. En , Rab Butler, secrétaire d'État aux Affaires africaines, met fin à la fédération.
Effective en 1963, la sécession du Malawi de la Fédération est le prélude à l'indépendance octroyée l'année suivante. Banda choisit alors le nom de Malawi en raison de l'apparition du lac Maravi sur la terre des Bororos sur une vielle carte en français New encyclopedia of Africa, Volume 1, John Middleton, Joseph Calder Miller, Thomson/Gale, 2008, p. 215. L'indépendance du Nyassaland, devenu Malawi, est effective le soit six ans après le retour de Banda au pays.
Chef du Malawi Crise du cabinet de 1964 vignette|gauche|Hastings Banda avec Jomo Kenyatta du Kenya en 1961. Durant le mois suivant l'indépendance, survient la . La crise est issue des tendances autocratiques de l'exercice du pouvoir par Banda et la tentative de ministres pour le limiter. Banda limoge alors quatre de ses ministres et certains autres démissionnent par solidarité. Des dissidents ont même quitté le pays.
Nouvelle constitution et consolidation du pouvoir Banda dirige d'abord une monarchie constitutionnelle, vite transformée, en 1966, en une république aux aspects bien souvent autoritaires mais qui reste membre du Commonwealth. La nouvelle constitution permet à Banda de s'arroger les pouvoirs exécutifs et législatifs. Le MCP devient rapidement la seule force politique d'un régime à parti unique. En 1970, Banda est déclaré président à vie lors d'un congrès du MCP et la législature malawite lui accorde officiellement en 1971.
Il devient de plus considéré comme un chef bienveillant, malgré une certaine excentricité en raison de ses costumes trois pièces de style anglais, ses mouchoirs assortis, sa canne et son chasse-mouche. En , il reçoit un doctorat honorifique de l'université de Massachusetts avec l'éloge de « pédiatre de sa nation naissante ». Malgré cette image, le régime s'avère très rigide et autoritaire pour les standards africains de l'époque.
L'incident des quatre de Mwanza vignette|Banda visitant Taïwan en 1967. En 1983, trois ministres (, et ) et un député () meurent dans ce qui est considéré comme un accident de la route. Les trois ministres avaient alors mis à l'épreuve la présidence à vie de Banda en supportant l'instauration du multipartisme. Furieux, Banda dissout alors le cabinet et les trois hommes sont torturés dans une salle du parlement à Zomba. Chiwanga qui est témoin de la scène est ensuite réduit au silence. Les dépouilles sont embarquées dans une Peugeot 604 dans laquelle un accident est simulé dans le district de Mwanza près de Blantyre. Plus tard, il est rapporté que les parlementaires avaient été tués avec des piquets de tente enfoncés dans leur crâne Shaw 2005, 8 & Mwanza Road Incident Report (Limbe, Malawi, 1994).
Politique étrangère Relations avec les pays africains voisins Dès sa prise de pouvoir, Banda va s'éloigner des mouvements nationalistes africains et, non sans les scandaliser, établir des relations avec ses voisins rhodésiens, sud-africains et portugais. À maintes occasions, Banda justifiera ce choix par l'enclavement géographique du Malawi qui interdit toute hostilité envers les États « blancs ». En politique intérieure, il favorise une forme de tribalisme.