Anouar el-Sadate, transcrit également ʼAnwar as-Sādāt (en ; nom complet Mohamed Anouar el-Sadate (en Muḥammad ʼAnwar as-Sādāt), prononcé en arabe égyptien ) est un homme d'État égyptien, né le à et assassiné le au Caire.

Président de l'Assemblée nationale, vice-président de la République du général Gamal Abdel Nasser, il exerce les fonctions de président de la République de 1970 jusqu'à son assassinat, en 1981. Il occupe également le poste de président du Conseil par deux fois durant sa présidence. Son régime se caractérise par des pratiques autocratiques, telles que des rafles de centaines d'opposants et des persécutions contre la presse. Il est toutefois admiré par plusieurs pour sa visite surprise en Israël en , et sa décision de faire la paix avec ce pays.

Il reçoit le prix Nobel de la paix en 1978, conjointement avec le Premier ministre israélien Menahem Begin pour son rôle dans les accords de Camp David.

Biographie Origines familiales et études gauche|vignette|redresse|Sadate en 1936.

Sadate naît le à Mît Aboul-Kom, petit bourg du delta du Nil situé à une soixantaine de kilomètres du Caire. Il est issu d'une famille pauvre comptant treize enfants. Son père, Anouar Mohammed El Sadate, est originaire de Haute-Égypte tandis que sa mère, Sit Al-Berain, est d'origine soudanaise.

En l'absence de ses parents (son père travaille au Soudan dans une unité médicale de l'armée anglo-égyptienne), le jeune Anouar est élevé pendant la majeure partie de ses premières années par sa grand-mère paternelle. Il connaît une enfance heureuse, en dépit de conditions matérielles très modestes. D'abord élève dans une école coranique, il fréquente pendant quelques mois un établissement copte. En 1925, il doit cependant quitter son village natal pour Le Caire où son père, rentré du Soudan, a décidé de réunir la famille.

Il intègre la prestigieuse école secondaire du roi mais ses résultats médiocres l'obligent à changer plusieurs fois d'établissement avant l'obtention de son diplôme du secondaire. En tant que lycéen, il participe à des manifestations contre la présence britannique ou le gouvernement et tente, sans succès, de devenir comédien. Grâce à l'intercession du médecin-major Fitzpatrick, une connaissance de son père, Sadate entre à l'Académie militaire royale du Caire en et en sort diplômé en avec le grade de sous-lieutenant. À l'issue de ses études, il est affecté au corps des télécommunications.

En 1949, il épouse en secondes noces Jihane Raouf Safwat qui devient par la suite une défenseure des droits des femmes et des catégories défavorisées.

Carrière militaire En 1942, Sadate est emprisonné par les troupes britanniques pour les activités qu'il mène contre l'occupation britannique en animant un réseau d'espionnage en faveur de l', les Allemands ayant promis en cas de victoire de libérer l'ÉgypteChronique du , ..

En 1945, il se rapproche des Frères musulmans avec lesquels il participe à des attentats comme celui contre le ministre des Finances Lisa Romeo, https://www.lesclesdumoyenorient.com/Anouar-al-Sadate.html, Les clés du Moyen-Orient.. Il est arrêté, passe trois ans en prison. Il est expulsé de l'armée en 1948, ne participe pas à la première guerre israélo-arabe, où l'Égypte figure parmi les perdants. Réintégré en 1950, il participe à la création de l'association clandestine du Mouvement des officiers libres dont le but est de libérer l'Égypte du contrôle britannique, et participe en au coup d'État qui détrône le roi .

Débuts dans la politique avec Nasser alt=Deux hommes en costume assis côte à côte les mains posées sur une table.|gauche|vignette|Anouar el-Sadate (à gauche) et Nasser à l'Assemblée nationale en 1964.

De 1960 à 1968, après avoir assumé quelques fonctions ministérielles dans le gouvernement égyptien, il devient président de l'Assemblée du peuple. Il est ensuite nommé vice-président de la République par le président Gamal Abdel Nasser le ..

Plus tard, il accuse ce dernier de manquer d'une vision claire pour l'évolution de l'Égypte et d'intérêt pour le bien-être des citoyens..

Présidence de la République Élection à la présidence Le , après la mort de Gamal Abdel Nasser, en sa qualité de vice-président, il devient président de la République par intérim..

Du fait de son teint foncé, il est victime de racisme dans son pays..

Le , il est désigné par l'Union socialiste arabe comme candidat unique à la présidence de la République arabe unie. Sa désignation par le parti surprend les experts qui voyaient comme successeur possible à Nasser le prosoviétique Ali Sabri ou le pro-américain Zakaria Mohieddin. Henry Kissinger va jusqu’à déclarer à Golda Meir qu'Anouar el-Sadate est « un imbécile, un clown, un bouffon »Jihan El-Tahri, .. alt=Anwar_Sadat_(1971)|vignette|200x200px|Sadate s'adressant à l'Union socialiste arabe en 1971 Le , il est élu président de l’Égypte à la suite d'un referendum où il obtient 90 % des voix.

Décidé à réorienter la politique gouvernementale vers le capitalisme, il entre rapidement en conflit avec les ministres du gouvernement de Nasser. Ceux-ci sont arrêtés, ainsi que les chefs de l'armée, sous l'accusation de s’apprêter à mener un coup d’État.

Il choisit comme chef de gouvernement le pro-américain Aziz Sedki et fait renvoyer les conseillers militaires soviétiques d’Égypte le . Par ailleurs, la religion obtient de nouveau une place prépondérante dans la société égyptienne. La loi islamique, la charia, devient la source de législation de l’État.

Guerre du Kippour vignette|260px|Des véhicules blindés égyptiens traversent le canal de Suez le 7 octobre 1973, pendant la Guerre du Kippour. vignette|230px|Sadate avec le ministre de la Guerre Ahmad Ismaïl Ali lors de la réouverture du canal de Suez, le 5 juin 1975. En 1973, Sadate, de concert avec la Syrie, mène l'Égypte dans la guerre du Ramadan / guerre du Kippour contre Israël pour tenter de reprendre le Sinaï perdu en 1967 lors de la guerre des Six Jours.

Il élabore dans ce but une manœuvre militaire afin de masquer ses plans en faisant passer ses mouvements de troupes le long du canal de Suez pour des exercices militaires, fréquents à l'époque dans l'armée égyptienne. Il met ainsi l'armée égyptienne dans une position favorable sans éveiller les soupçons israéliens. En parallèle, il s'assure suffisamment de soutien militaire et logistique, sans que ses alliés ne soient au courant du jour où l'armée passerait à l'offensive. Seul Hafez el-Assad, président syrien, est informé afin de mener une offensive coordonnée avec l'assaut égyptien.

Le , jour de Yom Kippour (jour du Grand Pardon, le jour le plus saint pour les Juifs), alors que Sadate ordonne le début des hostilités, avec l'opération Badr, l'état-major israélien est surpris et doit se rendre à l'évidence : malgré une nette supériorité militaire de Tsahal, les forces égyptiennes sont décidées à reprendre les territoires perdus en 1967, profitant de la diminution des effectifs du fait de la fête religieuse en Israël.

Même si l'effet escompté par Sadate est réussi, les Égyptiens tout comme les Syriens, ne peuvent contenir les contre-attaques israéliennes, qui repoussent l'armée syrienne sur le Golan, encerclent la égyptienne, retraversent le canal de Suez et menacent le Caire. Finalement, un cessez-le-feu est négocié par les États-Unis et l'Union des républiques socialistes soviétiques, alliés respectifs d'Israël et de l'Égypte, et des pourparlers de désengagement peuvent alors débuter au de la route Le Caire-Suez. vignette|Anouar el-Sadate, accompagné de son épouse Jihane, avec Richard Nixon et son épouse, à la nécropole de Gizeh, le . La pyramide de Khéphren est visible en arrière-plan. Le sentiment général qui prédomine dans le monde arabe, et notamment en Égypte, est, paradoxalement, celui d'une grande victoire, en dépit de celle des Israéliens. Les Égyptiens ont de nouveau mis un pied dans le Sinaï, après en avoir été chassés en 1967. Anouar el-Sadate tire profit de cette situation et devient, à la suite de son rapprochement avec les Américains à la fin de la guerre du Kippour, un interlocuteur privilégié dans la région. Les Soviétiques perdent ainsi un de leurs alliés et la Syrie reste le dernier pays de la zone à leur être encore favorable. Cette dernière peut donc négocier avec Moscou en position de force, .

Le monde arabe sort grandi de cette guerre car il a prouvé, grâce au soutien militaire d'une dizaine de pays de la région, dont l'Algérie, l'Irak ou la Jordanie, qu'il pouvait compter sur ses différents membres dans les moments difficiles. Le pétrole, utilisé comme une arme, lui a aussi permis de donner une tribune internationale à ce conflit en obligeant les superpuissances américaine et soviétique à intervenir. En Israël, même si la guerre a été gagnée militairement, elle a coûté la vie à , et le gouvernement se voit reprocher de ne pas avoir suffisamment anticipé l'attaque égypto-syrienne et d'avoir ainsi mis le pays en très fâcheuse posture pendant les tout premiers jours du conflit.

gauche|vignette|250x250px|Sadate prononce un discours en arabe devant la Knesset (1977).

Accords de paix israélo-égyptiens En , le Likoud de Menahem Begin accède au pouvoir en Israël, le Likoud préconise dans son programme politique de négocier immédiatement avec les gouvernements arabes.. Sadate propose alors, de sa propre initiative, d'effectuer une visite officielle en Israël, afin de rechercher un accord de paix permanent et de régler la question du Sinaï (perdu lors de la guerre des Six Jours). Begin accepte la proposition. Le , Sadate devient donc le premier dirigeant arabe à effectuer une visite officielle en Israël. Il y rencontre le premier ministre Menahem Begin et prend la parole devant la Knesset à Jérusalem. C'est une rencontre historique entre un ancien terroriste juif de l'Irgoun et un homme qui, quelques années plus tôt, voulait la destruction totale de l'État d'Israël. Les autorités du monde arabe réagissent très défavorablement à cette visite de Sadate dans un État , symbole de l'impérialisme. Mais l'initiative de Sadate est saluée en Occident, et le président égyptien noue une amitié personnelle avec le premier ministre israélien.. Avant cette rencontre, Sadate se dit pour faire la paix avec les Israéliens, l'idée lui serait venue lors d'un pèlerinage dans le Sinaï, et il ne regrette jamais son voyage..vignette|gauche|Menahem Begin, Jimmy Carter et Anouar el-Sadate en 1978, à Camp David.|250x250px

Le , les accords de Camp David sont signés à Washington en présence de Sadate, Begin et du président américain Jimmy Carter. Un mois plus tard, le , Sadate et Begin reçoivent le prix Nobel de la paix. Néanmoins, cet accord est extrêmement impopulaire dans le monde arabe et musulman. L'Égypte est alors la plus puissante des nations arabes et une icône du nationalisme arabe. De nombreux espoirs reposaient dans la capacité de l'Égypte à obtenir des concessions d'Israël pour les réfugiés, principalement palestiniens, dans le monde arabe. En signant les accords, Sadate fait défection aux autres nations arabes qui doivent désormais négocier seules. Son action est considérée comme une trahison du panarabisme de son prédécesseur Nasser, cela a détruit le front arabe uni. Les intégristes égyptiens, qu'il avait largement réhabilités, sont parmi les plus acharnés contre luiRhéda Malek, Une expérience cruciale à méditer : le terrorisme islamiste en Algérie, Recherches Internationales, Année 2003, 67-68, ..

En conséquence, l'Égypte est expulsée de la Ligue arabe le tandis que ses relations diplomatiques avec les pays membres de la ligue sont suspendues, à l'exception du Soudan et du sultanat d'Oman.

gauche|thumbtime=4:07|vignette|Sadate et les relations avec l'URSS.

vignette|270x270px|Sadate, Begin et Carter lors de la signature du traité de paix israélo-égyptien en 1979.

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