, le mancenillier, aussi appelé médecinier aux Saintes, est une espèce de plantes à fleurs de la famille des . C'est un petit arbre très toxique qui pousse dans les régions équatoriales d'Amérique, dans des sols secs et sableux.

Nomenclature, étymologie

En 1753, Linné a donné la première description « normée » de l’espèce sous le nom de Hippomane mancinella dans Species Plantarum 2: 1191. Il renvoie à la description et aux illustrations antérieures de Charles Plumier (1646-1704), qu'il a faite sous le nom de Mançanilla. Après plusieurs voyages aux Antilles, il devint un spécialiste de la flore antillaise.

Le nom de genre Hippomane vient du grec ιππομανές – hippomanes, synonyme de κάππαρις – kapparis (Dioscoride, 2, 173) renvoyant à Capparis spinosa L. (1753). Le terme grec ιππομανές – hippomanes est une composition des deux étymons grecs ίππος – hippos, « cheval » et μαίνω – mainô, . Soit ensemble . Le fruit ressemble à une petite pomme verte appétissante, et nombreux sont ceux qui ont essayé de la croquer et qui l'ont amèrement regretté car il contient un latex très toxique qui entraîne des brûlures intenses, un gonflement des lèvres et la tuméfaction de la langue.

L’épithète spécifique mancinella est dérivé de l’espagnol manzanilla dérivé lui-même de manzana « pomme ». le mot est connu en français dès 1527 (mancaville), 1617 (mancenilier).

En français, le nom vernaculaire de « mancenillier » dérive de l'espagnol qui signifie « petite pomme », en raison de la forme de son fruit. Les premiers conquistadors qui découvrirent cet arbre et sa toxicité le surnommèrent « arbre de la mort » () et le fruit « petite pomme de la mort » ().

Synonymes

Selon POWO, Hippomane mancinella possède deux synonymes hétérotypiques Hippomane dioica Rottb Mancinella veneta Tussac Description Ce petit arbre de de haut (jusqu'à en situation abritée), possède le port d'un poirier et une écorce gris clair assez lissenous donnons les dimensions de Fournet valables pour les Antilles qui sont nettement plus grandes que celles données par eFloras pour la Floride . Blessé, il produit un latex blanchâtre extrêmement toxique. vignette|gauche|200px|Pétiole avec glande. Ses feuilles sont luisantes, ovales à elliptiques, à bords entiers, de de long. Leur base est arrondie, tronquée à subcordée. Le pétiole de porte une grosse glande rouge à l'apex.

C'est un arbre monoïque, portant sur un épi (de ) à la fois des fleurs mâles vers l'apex en groupe de (en cymules, 10-30 fleurs) et des fleurs femelles globuleuses dans les aisselles des bractées inférieures.

La floraison a lieu en février-mars puis en aout à novembre.

Le fruit, la mancenille, est une drupe de de diamètre ressemblant à une petite pomme verte. Ce fruit très toxique exhale pourtant une odeur agréable de citron et pomme reinette.

Écologie vignette|Port du mancenillier, en Guadeloupe.

Selon POWO, l’aire de répartition naturelle de cette espèce s’étend des Keys de la Floride aux Caraïbes, du Mexique au N. Venezuela, et aux Galápagos. Il est originaire des régions sèches et chaudes d'Amérique tropicale : Mexique, Floride, Amérique centrale, Antilles et Nord de l'Amérique du Sud. Dans l'Outre-mer français, on le retrouve communément en Martinique et en Guadeloupe.

Le mancenillier pousse sur le littoral sableux ; on le trouve donc généralement à proximité des plages. Composition chimique Toutes les parties de l'arbre contiennent divers alcaloïdes comme la physostigmine et une ..

Les substances irritantes du latex sont des diterpènes de structure tigliane et daphnane.. qui deviennent irritantes après estérification. Les structures daphnanes diterpèniques sont l'hippomane A et B. Ce sont les mêmes genres de facteurs irritants que l'on retrouve chez la Passerine hérissée ou dans l'huratoxine, extraite de Hura crepitans. De plus, ce sont des substances potentiellement cancérigènes.

Toxicité vignette|Mancenillier : aux Antilles, les arbres sont signalés par une marque rouge. vignette|Brûlure occasionnée par un contact direct de la peau avec des feuilles de mancenillier.

Le latex de cette euphorbiacée est très toxique, il déclenche par simple contact avec la peau ou les muqueuses une réaction inflammatoire intense. Toutes les parties sont empoisonnées mais la quantité de latex peut varier suivant les saisons. Même le bois est toxique et les bûcherons qui abattent l'arbre et les menuisiers qui le travaillent doivent prendre de grandes précautions.

Le simple contact cutané avec les feuilles, le fruit ou la sève peut provoquer des dermatites bulleuses sévères, parfois purpuriques..

En général, les gens qui mordent dans la « pomme » la recrachent aussitôt en raison de son goût très âcre. Mais s'ils avalent la bouchée, les conséquences peuvent être très graves.

Mordre le fruit entraîne des brûlures intenses, un gonflement des lèvres, la tuméfaction de la langue qui se couvre de cloques. Toute la muqueuse de la cavité buccale se détache ensuite par larges plaques. Les œdèmes pharyngés peuvent nécessiter une trachéotomie. L'intoxication s'accompagne d'une chute de la tension artérielle et d'un choc. Les conséquences peuvent être fatales.

En cas de pluie, il convient de ne pas s'abriter sous l'arbre, car l'eau ruisselant des feuilles se charge d'éléments toxiques.. C'est pourquoi il est conseillé de ne pas faire la sieste sous l'arbreOn voit cependant des Martiniquais faire du camping sauvage sous les mancenilliers moyennant quelques précautions..

Enfin, si le pollen emporté par le vent se colle sur la peau, il peut aussi causer de douloureuses dermatites.

Des cas de conjonctivite ont été signalés pour des personnes s'étant assises sous l'arbre.

Utilisations Il constitue un excellent coupe-vent naturel, ses racines stabilisent le sable et permettent de prévenir l'érosion.

Il a été prétendu. que les Caraïbes utilisaient le latex du mancenillier comme poison de flèche. Dans ses mémoires, Voyage aux Isles (1693-1705), le père dominicain Jean-Baptiste Labat affirme ainsi : . Vigors Earle rejette pour sa part cette allégation.

Dans la fiction Eugène Sue y fait allusion dans son roman Le Morne-au-diable de 1842.

Le mancenillier, sérénade - Rayons et Ombres est une ballade au piano composée en 1848-1849 par Louis Moreau Gottschalk.

Gustave Flaubert fait écrire à Rodolphe, le premier amant de Madame Bovary en 1856, dans sa lettre de rupture, . Plus loin, le pharmacien Homais, après l'empoisonnement d'Emma, voulant montrer son érudition, le cite dans une litanie de toxiques.

Victor Hugo dans son roman Les Misérables de 1862, y fait référence dans la « Cosette », livre II, chapitre III :

Dans l'opéra L'Africaine de Giacomo Meyerbeer en 1865, Selika, abandonnée par Vasco de Gama, se suicide en inhalant la fleur mortelle d'un mancenillier. L'opéra ne se passe pourtant pas dans un pays où pousse cet arbre.

Dans le numéro du de La Patrie en Danger, Auguste Blanqui écrit :

Le personnage d'Edison, dans L'Eve future (1886) de Villiers de l'Isle-Adam, compare la dangerosité de certaines femmes vénales — qui vont conduire leur proie au désespoir et parfois à la mort — à celle du mancenillier (qu'il considère à tort comme synonyme de l'upas) : "

Dans son livre Maurras et notre temps (1951), Henri Massis compare André Gide et Marcel Proust à des mancenilliers :

Le mancenillier est évoqué dans le film La Forêt interdite de Nicholas Ray (1958) : un homme est mis à mort attaché à l'arbre.

Le mancenillier est évoqué dans le roman SAS aux Caraïbes de 1967 : un jeune homme est torturé par l'utilisation de la sève acide de l'arbuste.

Dans Top Secret (Blake Edwards, 1974) le personnage incarné par Omar Sharif déconseille à la femme qu'il aime de s'attarder sous les branches de l'arbre en cas de pluie à cause de son latex dangereux.

Dans le film Cayenne Palace de 1987, L’Équateur, personnage joué par Jean Yanne, est tué en étant jeté sur un mancenillier.

Hervé Guibert dans son ouvrage Paradis de 1992 dont l'intrigue se déroule principalement à la Martinique évoque également la menace du mancenillier qui devient un élément obsédant du livre.

Julien Gracq y fait allusion dans au moins deux de ses ouvrages : Manuscrits de guerre. : et Un balcon en forêt. : « Tous les dix mètres, Grange se retournait, et jetait un coup d’œil soupçonneux dans l'épaisseur des bois vides : cette île de clair-obscur et de calme autour de lui devenait vénéneuse, comme l'ombre du mancenillier. » Michel Leiris fait mention de ..

Jeff Lindsay, dans le roman Double Dexter de 2011 évoque assez longuement la toxicité de l'arbre, ainsi que ces usages par certains peuples indigènes des Caraïbes, lors de supplices. Le personnage de Dexter Morgan est évidemment intéressé par les propriétés morbides de cette plante, qui sont évoquées à de jeunes scouts, lors d'une excursion à laquelle il participe.

La sève de mancenillier est utilisée comme méthode pour tuer l'une des victimes dans le téléfilm policier Meurtres à Marie-Galante.

Dans la série Astrid et Raphaëlle, une victime est retrouvée brûlée par la sève corrosive du mancenillier (épisode Les fleurs du mal).

Dans le roman L'adolescence du perroquet de 2026 d'Amélie Nothomb, le mancenillier et l'œuvre de Gottschalk du même nom inspirent un passage..

Notes et références

Notes

Références

Catégorie:Euphorbiaceae