vignette|droite|upright|Marché de Breslau dans les années 1900.
Cet article présente les faits saillants de lhistoire de Wrocław, la quatrième ville de Pologne par sa population (), la cinquième par sa superficie (), et l'une des plus anciennement fondées (vers le ).
Aujourd’hui, Wroclaw est le chef-lieu de la voïvodie de Basse-Silésie.
Signes distinctifs
Le grand sceau de la ville représente son patron, saint Jean-Baptiste, et la mention Wratislaviae sigillum civitatis, tandis que Wrezlawe est un nom simplifié de la ville donné en 1175. Les textes postérieurs montrent que les noms de la ville furent Wrocisław en polonais, Vratislav en tchèque ou Prezla en moyen haut-allemand ce qui signifie la ville de Wrocisław/Vratislav.
Le nom polonais fut ensuite simplifié phonétiquement en deux étapes : Wrocisław→Wrotsław→Wrocław, et ce dernier fut utilisé jusqu'au . La version tchèque fut utilisée dans les documents latins, Wratislavia ou Vratislavia, mais la prononciation polonaise fut également influente comme on le voit dans la prononciation tchèque de Wracislavia. La version allemande du nom (Presslaw dans les documents plus anciens) — Breslau (à l'époque de la domination prussienne) — fut utilisée comme nom officiel de la ville du , jusqu'en 1945. En dialecte silésien de l'allemand la ville s'appelait Prassel.
Les croyances traditionnelles veulent que le nom de la ville provienne d'un personnage appelé Wrocisław/Vratislaw, bien qu'il n'existe aucun lien prouvé avec le duc de Bohême Vratislav de Bohême. Il est également possible que la cité se soit appelée ainsi en fonction d'un seigneur d'une tribu silésienne (cf. ci-dessus l'inscription sur la monnaie, datée du , trouvée lors de fouilles archéologiques). Il existe également une autre version qui voudrait que son nom provienne d'un duc polonais appelé Wrócisław, ce qui en vieux polonais veut dire « celui qui reviendra glorieux ». Le premier bourg (civitas du Géographe de Bavière du ) fut érigé sur les quartiers actuels de Ołbin et Ostrów Tumski (île de la Cathédrale).
Noms de la ville en langues étrangères : Breslau en allemand Vratislav en tchèque Vratislavia en latin Boroszló en hongrois Breslavia en italien et espagnol.
Origines de Wrocław
Un endroit privilégié
Le premier établissement fut localisé juste après le long, marécageux et difficile à traverser segment du fleuve qui se divise à cet endroit en créant une dizaine d'îlots constituant un gué naturel et un abri aux bergers et pêcheurs qui longeaient ses rives. Autre raison de cette localisation est sa position « internationale » au carrefour des deux axes de communication : la voie terrestre est-ouest reliant l'Europe à la mer Noire (à mi-chemin entre Bruxelles et Kiev) et la voie d'eau sud-nord reliant le système danubien à la mer Baltique (à mi-chemin entre Uppsala et Tarente). Il est néanmoins difficile d'affirmer l'existence sans interruption d'un bac depuis l'époque romaine (la voie d'ambre qui partait depuis Aquilée, passait par la porte de Moravie, Calisia-Kalisz pour atteindre les rivages de la mer) jusqu'aux premiers établissements médiévaux (cf. la localisation de Paris).
Le massif des Sudètes – plus particulièrement celui des monts Géants (Karkonosze) -, distant d'à peine une centaine de kilomètres au Sud, riches en minerais comme le fer, qui avait attiré les Celtes, mais aussi charbon, plomb, étain, cuivre, or et argent, constitue une barrière franchissable seulement par un ou deux cols. De plus s'y trouvent de nombreuses sources minérales qui depuis l'époque préhistorique fascinaient les adorateurs de la nature jusqu'aux adeptes des cures thermales modernes. La « bourgade insulaire » devint naturellement un centre de commerce et de transport de ces richesses.
Les Celtes
Après la période néolithique se développent dans la région deux cultures successives de bronze, celle de Unetice (ca 1800-1400 av. notre ère) et celle de Lusace (ca 1300-400 av. notre ère). La présence des Celtes (occultée, voire niée par les idéologues nazis et communistes), associés à l'âge du fer, sur ces terrains n'est plus mise en cause aujourd'hui par la majorité des scientifiques bien que l'école prussienne qui dominait à partir de 1850 jusqu'en 1945 et l'école « autochtoniste » polonaise (1945-1990) n'eussent l'intention d'y consacrer l'espace et le temps.
La civilisation celtique parvint à la Silésie depuis la Bohême au avant notre ère et s'y maintint pendant deux siècles en prolongeant son influence au-delà de cette césure. Les preuves incontestables de sa présence sont les résultats des fouilles archéologiques polonaises dans les environs comme les colliers typiques de la culture du Tène (le Tène étant une localité au bord du lac Neuchâtel), bijouterie en verre et céramique décorée (à Karńcza Góra-Kentschken), les 23 tombes de guerriers, pleines d'épées en fer (à Sobocisko-Zottwitz), et les trésors de monnaies celtiques (à Brzezinka Sredzka-Klein Bresa) ou encore la présence d'une haute colonne celtique en calcaire près du sanctuaire de la montagne Ślęża, Mons Silensis du chroniqueur Tiethmar au sud-ouest (à Sobótka-Sobten).
Les Vénètes
Entre 200 avant notre ère et 600 de notre ère, le bassin de l'Oder entra dans la période dite des Vénètes qui possède une culture archéologique à l'aspect « principalement » celtique. Celle-ci et la suivante, celle de Przeworsk (de nombreuses trouvailles aux environs du "Bourg insulaire") se distinguaient par le progrès rapide du travail de fer et de la fabrication d'armes. Ces changements sont liés au début de la période de grandes difficultés dues aux invasions et passages des peuples nomades décrits par les auteurs antiques (Hérodote, Strabon, Pline le Jeune et Tacite) : les Scythes, peuple d'Asie centrale, les Sarmates, peuple caucasien (Tacite les décrit avec un dégoût non caché, en parlant de leur influence néfaste sur les Vénètes).
La découverte d'une tombe en 1886 au nord-est du « Bourg insulaire », contenant, à part les squelettes d'un prince, sa femme et son enfant, la bijouterie en or et argent, la vaisselle en bronze et verre coloré ainsi que les monnaies romaines et sarmates en forme de boucle et les objets provenant du Pont septentrional fit sensation. Les archéologues du Reich allemand y voyaient les preuves de la présence germanique dès cette époque et, sans hésitation, ils classèrent la famille du défunt prince parmi le peuple Vandale.
Invasions germaniques
Les invasions des peuples germaniques (Goths, Burgondes, Marcomans) marquent les débuts de notre ère. Ces tribus menaient une vie plutôt sédentaire et pacifique comme les Sarmates et seulement de rares et sporadiques migrations donnaient lieu à des attaques et des pillages des installations autochtones. La donne change à l'arrivée des Vandales provenant du Jütland septentrional (région de Vensyssel). Une fois installés dans les cours, inférieur de la Vistule et inférieur et moyen de l'Oder, leur séjour en Silésie est associé aux échanges intenses avec les Romains (les esclaves et l'ambre contre les objets en verre et les monnaies). En 406, sous pression de la vague migratoire les Vandales rejoignirent les Goths, Suèves et Alains et entreprirent une audacieuse invasion de l'Empire romain. Les invasions des Huns contribuèrent au dépeuplement de la région (cf. Procope).
Au milieu du millénaire avant notre ère la liste des groupes culturels, tribus et peuples, qui habitaient le "Bourg insulaire" ou ses environs atteint le chiffre de 20 (peuple de la céramique à corde, peuples des cultures de Jordanów, de Unetice, de Lusace, de Bylany, celtique sans précision, de Vénètes, de Przeworsk, mais aussi celle des Scythes, Sarmates, Marcomans, Vandales, Goths, Huns, Gépides et Slaves indéterminés). À chaque étape les arrivants se confondaient avec les autochtones pour les remplacer à la fin. La question du peuplement de la Silésie a été l'objet des thèses et débats, souvent marqués idéologiquement par le nationalisme, entre les chercheurs allemands et polonais. Alors que les historiens du Reich allemand n'y voyaient que des peuples germaniques, goths et vandales, les autres peuples leur échappant, les historiens nationalistes polonais de l'école « autochtoniste » sont arrivés à la conclusion que la préhistorique culture de Lusace non seulement fut l’œuvre des "Proto slaves", mais aussi que leurs soi-disant représentants slaves étaient les seuls « autochtones » de la région. Les besoins politiques ont enfermé beaucoup de scientifiques dans ces positions qui ont imprégné la conscience nationale des deux voisins, jusqu'en 1945, ennemis séculaires. Les Tchèques pourraient aussi légitimer l'appartenance de la ville à la Bohême, d'autant plus facilement que la région fut déjà sous son influence à l'époque préhistorique (cf. les cultures archéologiques) jusqu'en 990 et ensuite à partir du jusqu'à la première moitié du .
Les nomades slaves
Les premiers nomades slaves seraient arrivés dans le bassin de l'Oder au tournant du de notre ère. Ils pénétraient cette région progressivement ainsi que le firent les peuples antérieurs. La présence plus tangible des « Croates blancs » est confirmée à partir de la première moitié du par les chroniqueurs arabes et l'empereur byzantin Constantin Porphyrogénète ainsi que par Alfred le Grand (la "Croatie blanche" s'étendait à cette époque sur les terrains nord-ouest des Carpates, de la Petite Pologne, de la Silésie et de la Bohême orientale).
Vers 635, l'empereur Héraclius invita les « Croates blancs » à entrer dans l'Empire afin qu'ils l'aidassent à chasser les Avares. Selon une des hypothèses ce seraient les Sarmates slavisés. L'espace abandonné par ces derniers fut occupé durant un siècle par 7 ou 8 tribus dont les noms se sont conservés en version latine ou slave dans la topographie locale. Les tribus silésiennes (Slężanie) subirent, peu de temps après leur installation, l'expansion du royaume de Grande-Moravie, christianisé par Cyrille et Méthode puis détruit par les invasions magyares. La mission constantinopolitaine, arrivée dans la capitale Nitra en 863, aurait envoyé un certain « Oslav » en Silésie alors que des princes slaves transcarpatiques y seraient venus afin d'être baptisés. Le successeur de l'État morave, la dynastie des Přemyslides de Bohême reçut finalement le baptême de Rome avant la victoire commune aux Champs de Lech (955) sur les Magyars, remportée par de Germanie et Boleslav le Cruel. La Silésie se trouva sous l'autorité tchèque.
La christianisation
Le plus ancien objet archéologique d'origine tchèque trouvé dans le "Bourg insulaire" est une monnaie avec l'inscription "Vratsao" datée du temps du prince Boleslav le Cruel et qui confirme l'autorité de Bohême sur la Silésie. Mais il est fort probable que la domination tchèque est antérieure de deux ou trois décennies et remonterait au prince Vratislav Ier (915-921) et son nom, dans sa version non écrite, constitue l'origine du nom contemporain du "Bourg insulaire". L'hégémonie tchèque dut prendre un aspect assez lâche mais ses conséquences politiques furent d'une lourde gravité : la diffusion des influences germaniques et le renforcement du christianisme dans la région. La christianisation des Slaves faisait entrer en compétition trois pôles, ceux de Byzance, de Rome et du jeune et dynamique Saint-Empire, consolidé par la dynastie saxonne. La Bohême hésita longtemps entre Constantinople et la latinité romaine mais après la chute de l'État de Grande-Moravie et l'assassinat de saint Venceslas en 929, l'influence allemande prit le dessus et ainsi fut créé un évêché à Prague dépendant de la métropole mayançaise.