Le camp de Gurs est un camp d'internement construit en France à Gurs« Accès au camp de Gurs » – Localisation du camp de Gurs. près d'Oloron-Sainte-Marie dans les Basses-Pyrénées (actuellement Pyrénées-Atlantiques) par le gouvernement d'Édouard Daladier entre le et le pour interner les personnes fuyant l'Espagne (Républicains espagnols, combattants des Brigades internationales) après la prise de pouvoir du général Franco.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, le même gouvernement y interna des étrangères ressortissantes des pays en guerre contre la France ainsi que des militants du Parti communiste français, favorables au Pacte germano-soviétique.

Après l'armistice du 22 juin 1940, signé avec l'Allemagne par le gouvernement français de Pétain, le camp fut utilisé comme camp d'internement mixte pour des Juifs de toutes nationalités – sauf français – capturés et déportés par le régime nazi dans des pays sous son contrôle (Allemagne, Autriche, Belgique, Pays-Bas)Opération nommée en Allemagne : « Wagner-Bürckel-Aktion ».. Près de furent transférés au camp de Drancy, entre le et le , puis en Pologne au camp d'Auschwitz où ils furent presque tous assassinés.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, le camp reçoit en plus des personnes qui avaient traversé la limite avec la zone occupée par les Allemands, des Espagnols qui avaient déjà été détenus au camp et qui, libérés à l’automne 1940, se trouvaient dans la région sans justifier d’emploi, des Espagnols en provenance d’autres camps fermés en raison des conditions de vie ou du faible nombre de détenus, des apatrides, des gitans, certains prisonniers de droit commun en attente de jugement (prostitution, marché noir, faux papiers).

Après la libération de la France, et avant sa fermeture définitive en 1946, y furent brièvement internés des prisonniers de guerre allemands, des Français ayant collaboré avec les Allemands et des combattants espagnols qui avaient pris part à la Résistance, mais que leur volonté de mettre fin à la dictature de Franco rendait dangereux aux yeux des Alliés.

Environ y ont été internées, et y sont mortes, entre son ouverture en et sa fermeture à la fin de la guerre en .

vignette|Mémorial, Gurs, 2007.

Le camp vignette|alt=Photo en noir et blanc de baraques alignées|Vue du camp d'internement de Gurs vers 1939. À la suite de la victoire des troupes putschistes de Franco, Mola, Yagüe et Queipo de Llano sur les troupes républicaines espagnoles en 1939, de nombreux combattants et combattantes, dont ceux et celles qui craignaient les représailles franquistes, fuient vers la France. Le gouvernement d'Édouard Daladier construit plusieurs camps pour enfermer les masses de gens qui arrivent sur le territoire français du fait de la proximité géographique. Gurs est le plus important d'entre eux, érigé sur les communes de Gurs, Dognen et Préchacq-Josbaig, dans le département des Basses-Pyrénées (actuelles Pyrénées-Atlantiques), à à l'est de l'océan Atlantique et au nord de la frontière espagnole.

On choisit pour l'installation du camp une colline allongée, plate à son sommet, argileuse, dont l'utilité pour l'agriculture était pratiquement nulle : terres à maïs et landes à bovins. La construction débute le sous la tutelle des Ponts-et-Chaussée. et n'est pas achevée à l'arrivée du premier groupe de réfugiés, le de la même année.. Le chantier est déclaré terminé le .

Photographie du site vignette|Barraque reconstituée. vignette vignette|Œuvre artistique de Dani Karavan. Le camp s’étendait sur près de de long et sur de large, couvrant une superficie de . Une seule rue le traversait sur sa longueur. De part et d’autre de celle-ci étaient délimitées des parcelles de de long et de 100 de large, appelés îlots, sept d’un côté et six de l’autre. Les parcelles étaient séparées les unes des autres, et de la rue, par des murets qui étaient doubles sur la partie extérieure, formant un chemin emprunté par les gardes.

Chaque parcelle contenait , pour un total de 382J. Tronel, « Les îlots du camp de Gurs : prison militaire de Paris repliée », Arkheia, , Montauban, 2009.. Ce type de baraque avait été inventé par les troupes françaises durant la Première Guerre mondiale ; installées près du front mais abritées de l’intensité des tirs de l’artillerie ennemie, elles étaient destinées à accueillir pour quelques jours les soldats qui arrivaient de l’arrière et qui attendaient leur affectation à la tranchée qu’ils devaient défendre. Elles étaient faites de planches de bois recouvertes de toile imperméabilisée et étaient de construction et de taille identiques. Aucune fenêtre ni ouverture d’aération n’avaient été prévues. Elles ne protégeaient pas du froid et très vite la toile imperméable se détériorait, laissant entrer les eaux de pluie. Il n’y avait pas de meubles et il fallait dormir sur des sacs emplis de paille, jetés à même le sol. Durant les périodes d’occupation maximale du camp, chaque baraque accueillit jusqu’à .

La nourriture était rare et de mauvaise qualité ; il n’y avait pas de sanitaires, d’eau courante, ni d’hygiène, dans les baraques. Le camp ne disposait pas de drainage. La zone, à cause de la proximité de l’océan Atlantique, est souvent arrosée par la pluie, ce qui fait que le terrain argileux, à l’exception des mois d’été, était un bourbier permanent. Les détenus, avec les quelques cailloux qu’ils pouvaient trouver, essayaient tant bien que mal d’empierrer les chemins pour résoudre le problème de la boue. Des arbustes qui avaient été dépouillés de leurs épines avaient été disposés pour faciliter le passage des personnes entre les baraques et les latrines.

Dans chaque îlot il existait des lavabos rudimentaires, semblables aux abreuvoirs utilisés pour les animaux, et une plate-forme de de haut, à laquelle on accédait par un escalier et sur laquelle étaient construites les latrines. Sous la plate-forme, des grands réservoirs recueillaient les excréments. Une fois pleins, ils étaient transportés en charrette à l’extérieur du camp. Les clôtures s’élevaient à de haut, n’étaient pas électrifiées, ni jalonnées de tours de garde avec des sentinelles dirigeant leurs mitraillettes sur les détenus. L’ambiance était radicalement différente de celle des camps de concentration et il n’y eut ni exécution ni sadisme de la part des gardes.

Fuir du camp n’était pas difficile : les clôtures n’étaient pas très solides et la surveillance n’était pas très sévère. Mais mal vêtues, sans argent ni connaissance de la langue du pays, les personnes qui fuyaient étaient vite rattrapées et renvoyées au camp. À leur retour, elles étaient internées dans un îlot surnommé l’îlot des « révoltés ». En cas de récidive, elles étaient envoyées dans un autre camp. Mais lorsqu’une aide extérieure était possible, la fuite, en Espagne ou dans une cache sur le sol français, pouvait réussir. Ils furent 755 dans ce cas.

L'action d'organisations humanitaires À partir du , différentes organisations de secours purent apporter leur aide : en plus du gouvernement basque en exil, des postes du Secours suisse s’installèrent à Gurs, ainsi que des organisations juives françaises tolérées par le régime de Vichy et des organisations protestantes comme les Quakers, la CimadeJeanne Merle d'Aubigné, « Gurs, la faim, l'attente », 1968. et le YMCA.

Bien que le camp fût situé dans une zone où les habitants étaient dans leur grande majorité catholiques, la présence de nombreux combattants républicains de la Guerre d'Espagne et de nombreux communistes hostiles au clergé fit qu'aucune organisation catholique n’offrit d’aide aux prisonniers.

Le , vint s’ajouter l’Œuvre de secours aux enfants (organisation juive), qui installa un dispensaire médical et obtint du gouvernement de Vichy la permission de faire sortir de Gurs de nombreux enfants, qu’elle plaçait dans des foyers répartis sur toute la France.

Les détenus D'Espagne Les réfugiés en provenance d’Espagne furent répartis en quatre groupes portant des noms français.

Brigadistes : soldats volontaires ou mercenaires, en général originaires d'Europe centrale (Russie, d'Allemagne, des Pays baltes, d'Autriche, de Tchécoslovaquie) venus soutenir les républicains en Espagne dans les Brigades internationales. De par leurs pays d’origine il ne leur était pas possible de retourner chez eux. Beaucoup parviennent à s’enfuir et la majorité finit par s’engager dans la Légion étrangère française.

Basques : il s’agissait de gudaris (basques nationalistes)Gudari, mot basque, qui signifie soldat ou guerrier, de guda (guerre) et du suffixe -ari, qui indique l'occupation.

Les gudaris étaient les membres de l'armée basque (Eusko Gudarostea) durant la guerre civile espagnole. Les membres d'ETA sont également parfois appelés gudaris., qui avaient pu sortir de l’encerclement de Santander et qui, transportés par mer vers la zone républicaine, avaient continué la lutte de l’extérieur. Du fait de la proximité entre Gurs et leur terre d’origine, ils parvinrent presque tous à obtenir des soutiens qui leur permirent de quitter le camp et de trouver travail et refuge en France.

Aviateurs : ils étaient membres du personnel à terre de l’aviation républicaine. En tant que mécaniciens, il leur fut aisé de trouver des entreprises françaises qui, leur donnant du travail, leur permirent de quitter le camp.

Espagnols : c’étaient surtout des paysans ou des personnes peu qualifiées professionnellement. Ils n’avaient personne en France qui eût pu s’intéresser à eux. Représentant une charge pour le gouvernement français, une campagne de harcèlement est menée pour qu’ils soient rapatriés en Espagne, mais seule une minorité d'entre eux, essentiellement composée de Basques., se laisse convaincre, d'autant que le gouvernement franquiste marque peu d'intérêt pour le retour de ses ressortissants, ce qui explique le rythme excessivement lent du rapatriement..

De 1939 à l’, c’est la langue espagnole qui dominait dans le camp. Les détenus créèrent un orchestre et aménagèrent un terrain de sports. Le , fête nationale française, les d’origine espagnole défilèrent martialement sur le terrain de sports et chantèrent La Marseillaise, et offrirent des démonstrations de sport, et des concerts vocaux et instrumentaux.

Les Allemands des Brigades internationales éditèrent un journal qui parut sous le nom de Lagerstimme K.Z. Gurs, et connut plus de cent numéros. Les habitants des environs pouvaient approcher le camp et vendre des produits alimentaires aux internés. Pendant quelque temps, le commandant du camp autorisa quelques-unes des femmes du camp à louer une charrette à cheval et les laissa sortir du camp pour acheter des provisions à des coûts moins élevés. Un service de courrier fonctionnait et, bien que de façon très occasionnelle, les visites étaient autorisées.

De France thumb|upright=1.3|Vignette de Mickey au camp de Gurs, bande dessinée de Horst Rosenthal relatant son internement au camp. Au début de la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement d'Édouard Daladier, puis le régime de Vichy utilisèrent le camp pour des prisonniers de droit commun, pour des « indésirables », puis après l'armistice du 22 juin 1940 pour des familles juives venues des zones occupées par l'Allemagne.

Dans une récente étude, le chercheur Jacky Tronel révèle que le camp fut aussi la prison militaire de Paris repliée.

Des Allemands qui se trouvaient en France, quelle que soit leur origine ou tendance politique, en tant que citoyens étrangers d’une nation ennemie. Parmi ceux-ci se trouvait un nombre important de juifs allemands qui avaient précisément fui le régime nazi, comme Hannah Arendt, réfugiée en France en 1933 et internée au camp de Gurs en Camp dont elle parvint à s'enfuir avant de rejoindre les États-Unis via le Portugal..