thumb|Stèle portant une dédicace en araméen au dieu Salm, , trouvée à Tayma en Arabie.

L'araméen (en syriaque : ܐܪܡܝܐ arāmāyā, en phénicien : 𐤀𐤓𐤌𐤉𐤀, en araméen impérial : 𐡀𐡓𐡌𐡉𐡀, en araméen carré : אַרָמָיָא) est une langue qui appartient à la famille des langues chamito-sémitiques (ou langues afro-asiatiques). Son nom vient d'AramCette langue a été connue sous plusieurs noms au cours des siècles. Selon l'Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, arts et des métiers, . Le mot « araméen » a été créé au pour désigner cette langue., une très ancienne région du centre de la Syrie.

Dans cette famille des langues chamito-sémitiques, l'araméen appartient à la branche sémitique. Plus précisément, il constitue une partie de la sous-famille sémitique occidentale septentrionale, qui comprend également les langues cananéennes telles que l'hébreu et l'ougaritique. L'alphabet araméen a été largement adopté pour écrire d'autres langues et il est l'ancêtre des alphabets hébreu et arabe, ainsi que de l'alphabet kharoshthi dans le nord-ouest de l'Inde, et peut-être l'alphabet brahmi.

Les variétés modernes de l'araméen sont le ma'alouléen (ou néo-araméen occidental), le mandéen moderne (ou ratna), le touroyo (l'un des deux dialectes du néo-araméen central) et le soureth (ou néo-araméen du nord-est).

Durant ses d'histoire écriteL'araméen apparaît entre le avant notre ère. Klaus Beyer (1986 : The Aramaic language: its distribution and subdivisions) suggère que l'écriture araméenne date probablement du avant notre ère, et il est établi que les plus anciennes inscriptions du Nord de la Syrie datent du . Wolfhart Heinrichs (1990 : Studies in Neo-Aramaic) utilise la date moins controversée du , pour lequel il existe un consensus., l'araméen a été utilisé comme langue administrative d'empires de la région et comme langue de culte. C'était une des langues quotidiennes en Judée pendant la période du Second Temple de Jérusalem (539 – 70 ), et donc la langue parlée par Jésus-Christ ., la langue d'une grande partie des livres bibliques de Daniel et d'Esdras, et la principale langue du TalmudBeyer 1986, p. 38–43 ; Casey 1998, p. 83–6, 88, 89–93 ; Eerdmans 1975, p. 72.. Toutefois, le judéo-araméen était différent par les caractères et par la grammaire.

La longue histoire de l'araméen et son utilisation diversifiée et généralisée ont abouti à la création de nombreux dialectes, parfois considérés comme des langues. Ainsi, il n'y a pas eu une langue araméenne statique. Chaque époque et chaque zone géographique a plutôt eu sa propre variété. L'araméen a été retenu comme langue liturgique par certaines Églises orientales, sous la forme du syriaque, variété araméenne dans laquelle a été diffusé le christianisme oriental. Ces communautés parlent encore cette langue ou emploient une autre forme d'araméen comme langue vernaculaire.

L'araméen moderne est parlé aujourd’hui comme première langue par de nombreuses petites communautés chrétiennes, juives, éparses et en grande partie isolées, et par les groupes ethniques mandéens de l'Asie occidentaleHeinrichs 1990, p. xi–xv ; Beyer 1986, p. 53. . Toutes ces communautés ont conservé une utilisation dominante comme langue véhiculaire d'une des langues araméennes, malgré les transferts linguistiques.

Les langues araméennes sont considérées comme des langues en voie de disparition« L'araméen, la langue parlée par Jésus, menacée d'extinction », article paru sur le site Atlantico, 26 janvier 2013..

Importance historique de l'araméen

L'araméen est attesté à partir du et prospère d'abord au sein des empires néo-assyrien et néo-babylonien..

Au et jusqu'à son remplacement par le grec après les conquêtes d'Alexandre le Grand, l'un des dialectes de l'araméen était la langue administrative de l'Empire perse. Du jusqu'à 650 , c'était la principale langue parlée du Proche-Orient. L'araméen écrit est utilisé par l'administration de plusieurs localités dont Édesse et Palmyre; l'évolution de ce standard donnera naissance au syriaque. L'araméen écrit est également utilisé en Palestine, en concurrence avec l'hébreu. La langue a donné son nom à l'alphabet araméen avec lequel elle était écrite. L'araméen pouvait servir de langue véhiculaire ou lingua franca« Aramaic language » dans l'Encyclopædia Britannica, version en ligne consultable au 4 novembre 2009..

Une des plus grandes collections de pièces en araméen achéménide, au nombre de lisibles (correspondant à environ 500 textes déchiffrés), est celle des tablettes de PersépolisJohn A. Matthew Stolper, « What are the Persepolis Fortification Tablets? », The Oriental Studies News & Notes, hiver 2007, pp. 6-9, transcrit sur le site Persepolis Archive Project, consulté le 12 février 2007.Ces textes ont été édités par R. A. Bowman sous le titre : Aramaic Ritual Texts from Persepolis, Oriental Institute Publications, volume XCI, University of Chicago Press, 1970 .. L'araméen était la « langue de relation » de cette époque, la langue de l'éducation et du commerce. Au , on parlait couramment l'araméen de l'Égypte à l'Asie majeure, jusqu'au Pakistan, et c'était la principale langue des grands Empires d'Assyrie, de Babylone et, plus tard, de l'Empire chaldéen ainsi que du gouvernement impérial de la Mésopotamie. L'araméen s'est également répandu en Palestine, supplantant entre 721 et 500 l'hébreu comme langue la plus couramment parlée. Une grande partie de la loi judaïque a été créée, débattue et transmise en araméen, et c'est aussi la langue à la base du Talmud.

C'est pourquoi on considère que l'araméen était la langue de Jésus de Nazareth et de ses disciples : si les Évangiles, qui datent du , sont rédigés en grec car ayant vocation à toucher des populations hellénophones, il leur arrive de citer le Christ en araméen.

Langue historiquement employée pour exprimer des idées religieuses, l'araméen constitue un lien entre le judaïsme et la chrétienté. Le professeur Franz Rosenthal a écrit, dans le Journal of Near Eastern Studies (traduction libre) :

Groupes vignette|Alphabet araméen ancien L'araméen existe sous forme de multiples dialectes depuis au moins .. Les trois groupes dialectaux actuels sont : le néo-araméen occidental (syriaque occidental), parlé par quelques milliers de locuteurs de trois villages syriens de l'Anti-Liban (dont Maaloula), et probablement par certaines familles de la diaspora dans les villes syriennes et libanaises et en Amérique. le néo-araméen oriental (néo-syriaque, syriaque vulgaire), qui compterait des centaines de milliers de locuteurs particulièrement dans le nord de l'Irak appelé « soureth », dans le Caucase et dans la diaspora (Europe, Amériques, Australie), membres de diverses églises chrétiennes orientales (voir Assyriens), Juifs (ou Juifs kurdes, voir lishán didán et judéo-araméen) ou mandéens. le néo-araméen central parlé par quelques centaines de milliers de locuteurs des villages du Tur Abdin (sud-est de la Turquie : dialecte touroyo) et de sa diaspora. Aussi, en Syrie dans le gouvernorat de Hassaké et en diaspora particulièrement en Suède.

L'hébreu, l'arabe et le persan ont emprunté de nombreux mots à l'araméen.

Propagation Les papyrus araméens d’Éléphantine, témoins de la vie d'une communauté juive en Égypte à l'époque achéménide, constituent un autre important corpus de textes.

Communauté juive

vignette|Inscriptions en araméen sur les murs de la synagogue de Doura Europos en Syrie (). Le Livre de Daniel et le Livre d'Esdras sont écrits en partie en araméen.

Parmi les manuscrits de la mer Morte, une centaine est constituée de textes rédigés en araméen, notamment des traductions de la Bible (targoums)..

Le Targoum Onkelos, attribué traditionnellement à Onkelos, est la traduction officielle de la Torah utilisée par la communauté juive. L'araméen était également la langue employée par les rabbins qui ont participé à l'écriture du Talmud de Babylone et du Talmud de Jérusalem, langue dans laquelle les deux Talmuds furent rédigés intégralement. Seule la Mishna est rédigée en hébreu. Ainsi un étudiant talmudique digne de ce nom a souvent de meilleures connaissances en araméen qu'en hébreu moderne.

Époque de Jésus

L'araméen était, pense-t-on, la langue usuelle en Judée du temps de Jésus de Nazareth et le resta dans toute la région, puisque Mani prêchera en araméen. Bien que certains historiens estiment que l'emploi du grec s'était alors étendu à tout le pourtour de la Méditerranée, les Galiléens ne parlaient pas le grec et ne commencèrent à le parler qu’au IIe siècle, lorsque le Sud de la Galilée fut urbanisé ; dans le Nord de la Galilée, on ne trouve que peu d’inscriptions en grec, elles sont en hébreu ou en araméen.

Dans les Évangiles, des expressions araméennes de Jésus sont transcrites : « Talita qoum » (Mc 5,41), « Ephphata » (Mc 7,33), ainsi que le « Rabbouni » dont Marie de Magdala l'honorait (Jn 20,16)..

On estime que Jésus de Nazareth a prêché en araméenM. Black, An Aramaic Approach to the Gospels and Acts, éd., , 1967 . C. F. Burney, The Aramaic Origin of the Fourth Gospel, Oxford at the Clarendon Press, 1922 ; M. Casey, The Aramaic Sources of Marks' Gospel, Cambridge University Press, 1998 ; M. Casey, An Aramaic Approach to Q, Cambridge University Press, 2002 . F. Zimmermann, The Aramaic Origin of the Four Gospels, Ktav Publishing House, 1979..

Une phrase mise dans la bouche de Jésus (« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? ») est transcrite différemment dans l'évangile selon Marc et dans l'évangile selon Matthieu.

Dans les éditions critiques actuelles, Matthieu porte « ηλι ηλι λεμα σαβαχθανι » (Mt 27,46) et Marc « ελωι ελωι λεμα σαβαχθανι » (Mc 15,34) ; la première forme d'appellation correspond à l'hébreu ʾēlî, la seconde à l'araméen ʾelāhîBruce M. Metzger, A Textual Commentary on the Greek New Testament, Stuttgart, United Bible Societies, 1971, p. 70 et 119-120.. Chacune des deux formes est attestée dans l'autre évangile par une partie de la tradition manuscrite, ce que les éditeurs analysent comme des harmonisations (voir Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?).

La Traduction œcuménique de la Bible (TOB) signale en note que les deux versets représentent une citation en araméen de psaumes 22:2 (en hébreu, ) (Eli, Eli, lama azavtani) « mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ». La Bible de Jérusalem met en note sur le verset de Marc 15:34 : Ces deux traductions transcrivent Éli (Eli) pour Matthieu, et Élôï (Eloï) pour Marc.

Moyen Âge Le Sefer HaZohar (Livre de la Splendeur), livre ésotérique juif, est rédigé en araméenLe Zohar, traduction de l'araméen par Charles Mopsik, Lagrasse, Verdier, 1981-2001, .. Il aurait été écrit soit en Palestine au par le rabbin Shimon bar Yohaï (Livre du Zohar, Parashat HaAzenou)., soit par une multiplicité d'auteurs réunis en « cercles » kabbalistiques disséminés dans l'entourage de Moïse de León au Voir les différentes œuvres de Gershom Scholem..

Le serait à l'origine de l'incendie commis par les troupes musulmanes, qui détruisit les immenses bibliothèques parthes en araméen de la capitale perse sous les Sassanides Mostafa El-Abbadi et Omnia Mounir Fathallah, What Happened to the Ancient Library of Alexandria ?, Brill, 2008, pp. 214-217.Gergie Zeidan, History of Islamic Civilization, 3rd volume, p. 42-47..

De nos jours vignette|Fichier audio de prononciation du projet Lingua Libre : araméen biblique. Le premier logiciel de traitement de texte en langue araméenne a été élaboré en 1986-1987 au Koweït par Sunil Sivanand, un jeune professionnel des technologies de l'information qui est maintenant directeur général et ingénieur en chef chez Acette, une société implantée à Dubaï. Le projet avait été parrainé par Daniel Benjamin qui était à la tête d'un groupe de personnes qui s'efforcent de préserver et de faire revivre la langue araméenne.