vignette|alt=La photographie couleur représente une allée dallée qui conduit à une surélévation maçonnée supportant trois croix métalliques. Chacune porte le nom des massacres subis par les Polonais : Katyń, Charkow et Miednoje. Devant le mémorial, un bas relief est fleuri par trois gerbes de fleurs rouges et noires.|Mémorial au cimetière militaire de Katyń.
Le massacre de Katyń est l'assassinat de masse, par la police politique de l’Union soviétique (le NKVD), au printemps 1940 dans la forêt de Katyń, en Union soviétique, de plusieurs milliers de Polonais, essentiellement des officiers d'active et de réserve (dont des étudiants, des médecins, des ingénieurs, des enseignants), et de divers autres membres des élites polonaises considérées comme hostiles à l’idéologie communiste.
L'URSS a nié sa responsabilité dans le massacre dès qu’il a été révélé par les militaires allemands en 1943 ainsi que durant toute la guerre froide, et en a rendu l’Allemagne nazie responsable. Toutefois, en 1990, via des excuses de Mikhaïl Gorbatchev, l'URSS a reconnu que ce massacre avait bien été ordonné par les responsables soviétiquesCommuniqué de presse original de la TASS, . « Upheaval in the East; Gorbachev Hands Over Katyn Papers », The New York Times, . « Russian parliament condemns Stalin for Katyn massacre » [« Le parlement russe condamne Staline pour le massacre de Katyn »], BBC News, ..
Pour différentes raisons, dont l’exploitation au début de l'année 1943 par la propagande allemande du massacre de Katyń découvert en 1941 lors de l’avancée allemande en Russie, l’histoire a retenu ce massacre particulier comme emblématique de l’ensemble des crimes commis par l’URSS à l'encontre de la nation polonaise.
Dans l'ensemble, ces exécutions massives de membres de l’élite polonaise, en divers lieux de l’ouest de l’URSS à la suite du partage de la Pologne entre l’Allemagne nazie et l'Union soviétique, ont concerné environ exécutées et déportées (essentiellement les membres des familles).
Même si les Allemands menaient dans le même temps des opérations anti-polonaises identiques (opération Tannenberg, opération extraordinaire de pacification) et que la Gestapo et le NKVD coopéraient notamment entre et , il n'existe pas de preuves que les Allemands connaissaient le massacre de Katyń avant la découverte des charniers en 1941 à la suite de l'invasion de l'URSS.
Tensions entre la Pologne et l'Union soviétique durant la première moitié du 1918-1921 : renaissance de la Pologne et guerre russo-polonaise À la fin de la Première Guerre mondiale, la Pologne recouvre son indépendance. Cependant, la frontière avec la Russie est mal définie par le traité de Versailles. Alors que la Russie veut avancer vers l'ouest pour faire jonction avec la Hongrie communiste et les révolutionnaires allemands, la Pologne veut récupérer, vers l'est, les territoires qu'elle a perdus lors des partages de la Pologne à la fin du .
Trop occupée avec sa guerre civile, la Russie laisse la Pologne lancer la première offensive de grande ampleur, l'opération Kiev, qui marque le début officiel de la guerre soviéto-polonaise de 1920. Kiev est pris le par les forces polonaises, mais pour peu de temps. La Pologne est bientôt menacée par la supériorité numérique de l'Armée rouge, qui reprend Kiev et marche sur Varsovie. Soutenue par le Royaume-Uni et la France, elle résiste cependant victorieusement : c'est ce qui a été appelé le « Miracle de la Vistule ». La Pologne peut ainsi imposer à la Russie la paix de Riga en , qui voit la frontière de la Pologne avancer de quelque à l’est. Selon Vladimir Poutine en 2010, le décès de et officiers russes faits prisonniers par les Polonais pendant ce conflit serait à l'origine du massacre, qu'il présente comme une vengeance de Staline.
1937-1938 : persécutions des Polonais en URSS lors des Grandes purges
Pendant les Grandes Purges, diverses opérations, telle la déportation, visent les minorités en URSS (, coréenne, ).
Les Polonais sont visés par l'ordre 00485 du NKVD qui prévoit et au Goulag. Le simple fait de porter un nom à consonance polonaise met en danger et, sachant que les persécutions connaissent alors un pic, on estime les totaux à et pour l'ensemble des années 1930 en URSS.
1939 : invasion de la Pologne par l'Allemagne et l'URSS
vignette|redresse=1.8|alt=Deux cartes en couleur représentent la partition de la Pologne par le pacte germano-soviétique. La première montre les sphères d'influences respectives des deux puissances, et la seconde, les zones d'occupation en 1940.|Répartition des territoires prévue par le Pacte germano-soviétique, à la veille de la Seconde Guerre mondiale.
La Pologne se fixe une ligne politique d'équilibre entre ses deux voisins aussi puissants qu'hostiles, qui n'ont pas accepté sa renaissance après la Première Guerre mondiale. Aussi, après son alliance défensive avec la France de 1921 signe-t-elle un pacte de non-agression avec l'Union soviétique en , puis avec l’Allemagne en . La Pologne espère que ces accords diplomatiques lui permettront d'échapper à la guerre et/ou à l'occupation.Michael Jabara Carley, 1939 : l’alliance de la dernière chance : une réinterprétation des origines de la Seconde Guerre mondiale, chap. 1..
Le fragile équilibre est rompu lors des accords de Munich, conclus le entre l'Allemagne, le Royaume-Uni, la France et l'Italie. La Pologne refuse d'accorder un droit de passage sur son territoire à l'Armée rouge pour défendre la Tchécoslovaquie. et participe au démantèlement de la Tchécoslovaquie en occupant les territoires contestés de la Zaolzie (région de Český Těšín). Mais surtout, la France et le Royaume-Uni sont discrédités sur le plan international et l'Union soviétique peut voir dans ces accords le risque d'un front commun occidental contre elle.
Lorsque les troupes nazies deviennent menaçantes, la Pologne refuse de servir d'« avant-poste » à l'Armée rougeVoir, par exemple, Michael Jabara Carley, 1939 : l’alliance de la dernière chance : une réinterprétation des origines de la Seconde Guerre mondiale, chap. 5. et cette situation internationale nouvelle conduit aux négociations donnant lieu le au Pacte germano-soviétique. L'une des clauses secrètes de ce pacte consiste justement en un partage de la Pologne entre l'Allemagne et l'URSS, partage qui suit le tracé proposé par les Occidentaux lors de la guerre de 1920 (ligne Curzon) à deux exceptions près (Białystok et Lwów).
La Pologne est finalement envahie par les armées allemandes le , puis par l’Armée rouge le , les Soviétiques prétextant notamment le besoin de protection des populations biélorusses et ukrainiennes, majoritaires ensemble dans une partie des territoires polonais concernésOrdre du de libérer les territoires de « Biélorussie de l’Ouest » et de « l’Ukraine de l’Ouest » de « l’occupation fasciste polonaise »..
Les massacres et déportations Avant Katyń La répression soviétique en Pologne est très dure. sont incorporés de force dans l'Armée rouge et dans des bataillons de construction spéciaux (strojbatami).
Une première déportation d'au moins a lieu le , dont 70 % de Polonais, des Ukrainiens et Biélorusses, avec une mortalité élevée aggravée par les conditions météorologiques du moment et les envois vers le nord de l'URSS.
Environ sont emprisonnées de 1939 à 1941, dont seront déportées dans des camps de travail de la Vorkouta, exécutées en marge de Katyń et environ ont été assassinées lors de l'évacuation des prisons à la suite de l'invasion allemande de l'été 1941 (voir plus loin).
Les massacres et déportations d'avril-mai 1940 vignette|alt=L'image montre un document tapé à la machine en caractères cyrilliques. Des inscriptions manuscrites barrent en bleu la feuille en travers. |Le document officiel de Lavrenti Beria, daté du , demandant à Joseph Staline l'autorisation d'exécuter les officiers polonais. Le mot russe signifie pour. Sont pour, dans l'ordre : Staline, Vorochilov, Molotov et Mikoyan ainsi que, en marge, Kalinine et Kaganovitch..
Dès le , le commissaire du peuple aux Affaires intérieures et à la sécurité de l’État de l’URSS, Lavrenti Beria, ordonne au NKVD de créer un « Directorat pour les prisonniers de guerre », afin de prendre en charge les prisonniers polonais. Le NKVD organise un réseau de centres de détention et de camps de transfert, puis transfère les prisonniers dans l'ouest de l'URSS.
Environ polonais, dont Le livre noir du communisme, [« Prisons et déportations »]., sont faits prisonniers par les Soviétiques. Aussi, d'après des estimations des années 2000 fondées sur l'examen des archives, entre et , plus de de la zone occupée par l'Armée rouge sont déportés au Goulag ou assassinés par les Soviétiques dans le but d’éliminer au communismeStéphane Courtois, « Tout le symbole du mensonge totalitaire », Le Figaro, .. Selon Jean-Sylvestre Mongrenier, Jean-Sylvestre Mongrenier, « Katyn et l’hémiplégie historique française », Institut Thomas-More, 13 avril 2010..
Fin , et assimilés et restent toujours internésLe livre noir du communisme, .. Ces prisonniers sont soigneusement triés. Les officiers, parmi lesquels de nombreux étudiants (car le système de conscription polonais les incorpore systématiquement dans l’armée de réserve), sont rassemblés dans les deux camps de concentration de Kozielsk et de Starobielsk. Les cadres de la police, de la gendarmerie, des gardiens de prison, des gardes frontières et du scoutisme dans celui d'Ostachkov. Ces trois camps ont également reçu des membres de l'élite civile polonaise (médecins, avocats, professeurs…), de même que sept autres camps mineurs de l'URSS occidentale. La répartition des hommes est la suivante : à Kozielsk, à Ostachkov et à StarobielskDavid Rousset, Théo Bernard, Gérard Rosenthal, Pour la vérité sur les camps concentrationnaires, Paris, Le Pavois, 1951. .. Le jour de Noël 1939, les religieux de toutes les confessions en sont retirés. On suppose qu’ils sont éliminés. Tous ces hommes subissent de longs interrogatoires et un espionnage interne permanent destinés à repérer ceux qui seraient enclins à collaborer avec les Soviétiques. L’échec est total Janusz K. Zawodny, Death in the Forest: The Story of the Katyn Forest Massacre, 1962, University of Notre-Dame Press ..
Le , les membres du Politburo, Staline, Kliment Vorochilov, Anastase Mikoyan, Viatcheslav Molotov, Lazare Kaganovitch et Mikhaïl Kalinine donnent leur accord à la demande de Lavrenti Beria d'appliquer à , sans comparution des détenus devant les tribunaux spéciaux du NKVD, ni acte d'accusation.
vignette|350px|Carte situant les lieux de crimes (en polonais).
Les assassinats sont perpétrés par les services spéciaux du NKVD, qui comptent quelques milliers « d'exécuteurs de sentences » professionnels, spécialement entraînés pour tuer les condamnés et cacher leurs corps. Ces meurtres de masse nécessitent un personnel nombreux et formé, afin de fusiller en moins d'un mois des milliers de personnes, de cacher leurs corps, d'effectuer des transports dans une zone rurale, mais densément peuplée et de maintenir le secret sur l'ensemble du processus.
Les victimes sont tuées d'une balleSur certains cadavres, on trouve la trace de deux projectiles. tirée dans la partie postérieure du crâne. Si les munitions sont indubitablement de fabrication allemande, les corps de certaines victimes présentent des traces de coups de baïonnette à quatre arêtes, utilisées par l'Armée soviétique, et les cordes qui attachent les mains derrière le dos et sont reliées à une corde nouée autour du cou, sont également de production soviétique.