Philippe-Emmanuel de Coulanges, dit le « marquis de Coulanges », né à Paris le , baptisé le à l'église Saint-Paul de ParisAuguste Jal : Dictionnaire critique de biographie et d'histoire , Paris, Plon, 1872, ., mort à Paris le , est un magistrat et un homme de lettres français, apprécié de son vivant en tant que « chansonnier » (au sens ancien du terme, c'est-à-dire auteur de chansons).

Il n’est connu de nos jours que comme cousin et ami de madame de Sévigné, qui parle souvent de lui dans ses lettres.

Biographie vignette|alt=façade briques et pierres de taille d'un hôtel de style Henri IV|gauche|upright=1|Hôtel Coulanges, place des Vosges, à Paris.

Il naît à Paris le Jean-Charles Roman d'Amat donne cette date, tout en signalant que l'on trouve aussi la date du 3 août 1631. Roman d'Amat, « Coulanges (Philippe-Emmanuel, qualifié marquis de) », Dictionnaire de biographie française, Paris, Letouzey et Ané, 1961, XIX, col 902. de Philippe II de Coulanges et de Marie Le Fèvre d'Ormesson. Il naît, dit Desnoiresterres, ; c'est . Il grandit chez son grand-père , dans l’hôtel Coulanges de la place Royale (aujourd’hui place des Vosges), auprès de sa cousine germaine Marie de Rabutin-Chantal, la future madame de Sévigné, qui a sept ans de plus que lui et qui est orpheline. Le grand-père est le tuteur de Marie.

Après la mort du grand-père en 1636, de Coulanges, le père de Philippe-Emmanuel, devient le tuteur de MarieJean Lemoine, de Sévigné, sa famille et ses amis, Hachette, 1926, 111.. Les deux enfants ne vont donc pas se quitter. Ils habitent un moment rue Barbette, puis dans l’hôtel de Coulanges de la rue des Francs-Bourgeois, où Marie reste jusqu’à son mariage, en 1644Roger Duchêne, Madame de Sévigné, Fayard, 2002, 55..

D’, d’, d'un naturel , Philippe-Emmanuel n’approfondit pas des études . Son père envisage de lui procurer une charge de conseiller au parlement de Paris. Le prix en étant trop élevé, il lui achète une charge de conseiller au parlement de MetzYves Coirault, in V, de 803.. Philippe-Emmanuel est reçu le , à Toul, où le parlement tient sa séanceRoman d'Amat, , XIX, col 902.. Mais, dès septembre, le jeune homme part en voyage. L'empereur vient de mourir et le roi envoie des ambassadeurs à la diète électorale de FrancfortMémoires du maréchal de Gramont, sur books.google.fr, Paris, Foucault, 1827, LVI, 435.. Coulanges veut assister à l'événement. Puis il suit Charles Amelot de Gournay à Munich« Extrait d’un manuscrit de M. de Coulanges », Mémoires de M. de Coulanges, , 2-7.. Il voit Stuttgart, Heidelberg, Venise, Lorette et, en mars 1658, il arrive à Rome. En août, il se rend à Florence. Il voit aussi Livourne, Plaisance, Turin. C’est en Italie qu’il acquiert le goût de la peinture. Il va se constituer par la suite une collection de tableaux, puis il va se passionner pour les faïences, les cornalines, les cristaux, les agates« Cabinet de De Coulanges », sur curiositas.org..

vignette|alt=façade pierres de taille d'un hôtel dont les deux ailes, à la perpendiculaire, encadrent la cour d'honneur|droite|upright=1|Hôtel de Coulanges, rue des Francs-Bourgeois, à Paris.

Il rentre à Paris le . Le , il vend sa charge de conseiller au parlement de Metz. Le , son père lui achète une charge de conseiller au parlement de Paris. Ce père meurt le Roman d'Amat, « Coulanges (famille de), , XIX, col 901.. Philippe-Emmanuel hérite de l’hôtel de Coulanges« Hôtel de Coulanges », sur structurae.info.. Il épouse le Marie-Angélique du Gué de Bagnols. Michel Le Tellier, oncle par alliance de sa femmeYves Coirault, , V, de 803., vit dans le vaste hôtel voisin (aujourd’hui disparu). Il a un si grand train de maison qu’il ne sait où le logerLouis André, Michel Le Tellier et Louvois, sur books.google.fr, Paris, Colin, 1942, de 591.. En 1662, il achète à son neveu l’hôtel de Coulanges, qui devient une annexe de l’hôtel Thierry Halay, Paris et ses quartiers, sur books.google.fr, coll. « Histoire de Paris », L'Harmattan, 2000, 82..

Coulanges bénéficie d' qui lui promettent bien des avantages. Mais il est un très mauvais magistrat, manquant de maturité, incapable de la gravité qu’exige la professionProsper Goubaux, « Coulanges (Philippe-Emmanuel, marquis de) », sur books.google.fr, in Alexis-François Artaud de Montor (dir.), Encyclopédie des gens du monde, Paris, Treuttel et Würtz, 1836, VII, , 112., peu appliqué, très souvent absent : on le trouve à Lyon en 1672 et en 1675 ; il rejoint madame de Sévigné en Provence et en Bretagne.

Pourvu d'une charge de maître des requêtes, il prête serment le . Mais ce petit homme tout rond qui inspire une n’est nullement apprécié de deux personnages importants, l'oncle et le neveu de sa femme, Michel Le Tellier et Louvois. — L'épouse de Michel Le Tellier et la mère de Marie-Angélique de Coulanges, filles de Turpin, sont demi-sœurs. Louvois, fils de Michel Le Tellier, est donc le cousin germain de Marie-Angélique. Gaspard Thaumas de La Thaumassière, Histoire de Berry, sur books.google, Paris, Morel, 1639, 1125.. En 1675, il est cruellement mortifié : Le Tellier lui refuse la charge d'intendant de la Flandre, et la donne à un autre de ses parents, Dreux Louis du Gué de Bagnols, cousin et beau-frère de Marie-AngéliqueMadame de Sévigné, lettre à madame de Grignan, 4 décembre 1675. — Dreux Louis du Gué de Bagnols a épousé en 1672 Anne du Gué de Bagnols, sa cousine issue de germain, la sœur cadette de Marie-Angélique de Coulanges. Louis Monmerqué, in Lettres de madame de Sévigné, de sa famille et de ses amis, sur books.google.fr, Paris, Hachette, 1862, II, 12, note 3.. Et c'est peut-être par dépit de n’avoir pu obtenir une intendance, mais peut-être aussi par besoin d'argent que Philippe-Emmanuel se défait de sa charge de maître des requêtesCoulanges évoque sa démission dans une de ses chansons, Dialogue de M. de B. et de M. de C., in Recueil de chansons choisies, divisé en deux parties, Paris, Benard, 1694, 18-20. — Les sources ne s’accordent pas sur la date à laquelle il se défait de sa charge de maître des requêtes. Saint-Simon ne donne pas de date. Yves Coirault dit qu’il la vend « quelques mois » après l’avoir obtenue. Roman d’Amat dit qu’il « ne la garda qu’un an ». Madame de Sévigné dit, en décembre 1675, qu’il est « très résolu de vendre sa charge » (et une note précise qu'il s'agit bien de la charge de maître des requêtes obtenue en 1672). — . — Roman d'Amat, « Coulanges (Philippe-Emmanuel, qualifié marquis de) », , XIX, col 902. — Madame de Sévigné, Correspondance, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », Gallimard, 1974, II, 177, et .. Il renonce à la magistrature. Il peut enfin mener , et composer plus à son aise de joyeux couplets. Mais il est, dit Desnoiresterres, . Sa belle-mère l'aide financièrement. Il fréquente la meilleure compagnie de la ville et de la cour, mais toujours : il ne se montre que rarement à la cour.

En 1689, à la mort d'Innocent XI, le duc de Chaulnes, protecteur et ami de Coulanges, est chargé d'aplanir les difficultés apparues entre le Saint-Siège et le roi de France durant le pontificatLouis Monmerqué, « Avertissement de l'éditeur », , v.. Coulanges accompagne le duc à Rome. Le conclave élit le . Se plaisant à Rome, où il mène joyeuse vie, Coulanges y reste plus de deux ans. Il s'y trouve au moment du conclave qui élit le .

Philippe-Emmanuel de Coulanges meurt le , à Paris, , . Sa vie . Il est inhumé dans la chapelle familiale, en l'église du couvent de la Visitation de la rue Saint-Antoine, à Paris, toutes proches de sa rue des TournellesPrécision apportée par une main inconnue, à la suite du manuscrit de Coulanges. « Extrait d’un manuscrit de M. de Coulanges », in Mémoires de M. de Coulanges, , 72..

Vu par ses contemporains vignette|alt=portrait en buste|droite|upright=1|Madame de Sévigné, vers 1665.

Madame de Sévigné, sa parente et son amie, en parle souvent dans ses lettres, le nommant parfois « le petit Coulanges ». Elle lui écrit ce qu’elle pense de lui :

Saint-Simon, qui est souvent cruel, se montre indulgent à son égard, et même, selon Yves Coirault, :

Œuvres Lettres

Mais madame de Sévigné parle de lui, elle lui écrit. Et, en retour, il lui adresse des lettres . On trouve 29 de ses lettres dans Recueil de lettres choisies, pour servir de suite aux lettres de madame de Sévigné à madame de Grignan, sa fille, Dresde, Walther, 1753. Elles auraient été réunies, selon Antoine-Alexandre Barbier, par Denis-Marius de PerrinRecueil de lettres choisies, sur catalogue.bnf.fr., premier éditeur officiel des lettres de madame de Sévigné à sa fille.

Mémoires On a conservé le manuscrit de la Relation de mon voyage en Allemagne et en Italie en 1657 et 1658. Il peut être consulté en lignePhilippe-Emmanuel de Coulanges, Relation de mon voyage d'Allemagne et d'Italie ez années Mil six cens cinquante sept et cinquante huict, sur gallica.bnf.fr. Selon Monmerqué, ce manuscrit n'est pas de sa main, mais annoté par lui. Louis Monmerqué, « Avertissement de l'éditeur », , viij.. Les Mémoires de M. de Coulanges sont édités par Monmerqué (Paris, Blaise, 1820, in-8° et in-12)Mémoires de M. de Coulanges, sur catalogue.bnf.fr.. Le livre portant ce titre comprend : des extraits de la Relation de mon voyage en Allemagne et en Italie ; les Mémoires de M. de Coulanges, où l'auteur raconte son deuxième séjour à Rome, en 1689-1691, évoquant notamment les deux conclaves ; deux lettres inédites de Coulanges à la marquise d’UxellesMarie Le Bailleul (1626-1712), épouse en 1644 le marquis de Nangis. Très vite veuve, elle épouse en 1645 Louis Chalon du Blé, marquis d'Huxelles (ou d'Uxelles). — Roger Duchêne, in Madame de Sévigné, Correspondance, , 1972, I, de 20. — Yves Coirault, « Index », in Saint-Simon, , 1988, VIII, 1402. ; des .

Chansons

Ayant , Coulanges a beaucoup de chagrin de les voir un jour publier furtivement, dans un choix qu'il juge mal fait. Lui-même propose un Recueil de chansons choisies, divisé en deux parties, Paris, Benard, 1694Recueil de chansons choisies, sur catalogue.bnf.fr. Madame de Sévigné évoque cette publication dans sa lettre à madame de Coulanges du . — Philippe-Emmanuel Coulanges, Recueil de chansons choisies, divisé en deux parties, sur books.google.fr, sans nom d'éditeur ni date. Le nombre de chansons de la première partie correspond à celui de l'édition originale de 1694. La pagination est également concordante., qui contient . En 1698, il publie chez le même libraire une seconde édition, contenant Roger Duchêne, in Madame de Sévigné, Correspondance, , 1978, III, de 1070..

Au , ces chansons ne suscitent pas l'enthousiasme des commentateurs. Pour Louis Simon Auger, Gustave Desnoiresterres va dans le même sens :

Famille vignette|alt=dessin à l'encre et lavis de jardins à la française devant les bâtiments de l'abbaye|droite|upright=1|L'abbaye Notre-Dame de Livry, en 1642. Son grand-père paternel, Philippe de Coulanges (1565-1636), est un riche financierRoger Duchêne, in Madame de Sévigné, Lettres choisies, coll. « Folio classique », Gallimard, 1988, 304., trésorier des guerres, fermier des gabelles, fournisseur aux vivres, qui . Il est le grand-père maternel et le premier tuteur de Marie de Rabutin-Chantal. C'est lui qui fait construire, en 1606 l'hôtel Coulanges de la place Royale, où il vit entouré de ses enfants et petits-enfants. Son père, Philippe II (1595-1659), conseiller du roi, maître ordinaire à la chambre des comptes, devient tuteur de Marie après la mort de . Sa mère, Marie Le Fèvre d'Ormesson (1606-1654), est chargée de l'éducation de Marie. Un de ses oncles, Christophe de Coulanges (v. 1607-1687), celui que madame de Sévigné nomme le « Bien Bon », est abbé commendataire de l'abbaye de Livry. L'épistolière et Philippe-Emmanuel sont des hôtes assidus de l'abbaye de Livry.