Les Aventures de Tom Bombadil est un recueil de poèmes de paru en 1962. Il se compose de seize poèmes, dont seuls les deux premiers ont véritablement à voir avec le personnage de Tom Bombadil. L'ensemble forme une collection hétéroclite où l'humour léger (« Le Troll de pierre », « Fastitocalon ») et les jeux sur les sonorités (« Errance », « Chat ») côtoient des vers plus sombres et mélancoliques (« La Cloche marine », « Le Dernier Vaisseau »).
La plupart de ces poèmes sont des œuvres de jeunesse de Tolkien n'ayant à l'origine aucun lien avec la Terre du Milieu. Pour leur parution dans ce recueil, l'écrivain procède à des révisions plus ou moins importantes de chacun d'eux et feint, dans la préface du livre, d'en être non pas l'auteur, mais simplement le traducteur, de la même façon que Le Hobbit et Le Seigneur des anneaux sont supposés être tirés du Livre rouge de la Marche de l'Ouest.
Origines et publication
thumb|alt=Décor d'un trou de hobbit utilisé pour les films de Peter Jackson|Les Aventures de Tom Bombadil est censé être un recueil de poèmes hobbits du début du Quatrième Âge, issus des fables du Comté et influencés en partie par Fendeval et le Gondor.(Vue de l'intérieur d'un trou de hobbit ayant servi de décor aux films de Peter Jackson)
À la fin de l'année 1961, Tolkien reçoit une lettre de sa tante Jane Neave qui lui demande s'il « n'allait pas publier un petit livre autour de Tom Bombadil, le genre de livre que nous les vieux pouvons nous permettre d'offrir comme cadeau de Noël. ». Séduit par l'idée, Tolkien propose à son éditeur, Allen & Unwin, d'éditer le poème « Les Aventures de Tom Bombadil », déjà paru dans la revue en 1934, sous la forme d'un petit livre illustré par Pauline Baynes, dont il apprécie particulièrement le travail. Rayner Unwin répond favorablement en suggérant d'ajouter d'autres poèmes pour « donner corps » au livre..
Tolkien passe la fin de 1961 et le début de 1962 à la recherche de vieux poèmes pouvant être publiés avec « Les Aventures de Tom Bombadil ». Si ces recherches l'amusent., elles s'avèrent difficiles, car, écrit-il à son éditeur, « il n'y a pas grand-chose qui puisse vraiment aller avec Tom Bombadil. ». Il finit par rassembler une dizaine de poèmes écrits et publiés dans les années 1920-1930, qu'il reprend plus ou moins en profondeur. D'autres poèmes sont écartés, notamment « Les Arbres de Kortirion », rédigé en 1915 et révisé en 1937, puis en 1962, dont Tolkien estime que, , il , et peut-être aussi « La Petite Maison du jeu perdu : Mar Vanwa Tyaliéva ». Ces deux poèmes ont été publiés à titre posthume par Christopher Tolkien dans Le Livre des contes perdus. À ces anciens textes révisés, Tolkien joint deux poèmes issus du Seigneur des anneaux (« L'Homme dans la lune a veillé trop tard » et « Oliphant »), un autre écrit quelques années plus tôt pour une de ses petites-filles (« Chat ») et un dernier (« Bombadil en bateau ») spécialement écrit pour ce livre.
Tolkien rédige également une préface où, feignant d'être simplement « l'éditeur » de ces poèmes, il prétend les avoir découverts dans les marges du Livre rouge, les mémoires de Bilbo (Bilbon) et Frodo (Frodon) dont sont censés provenir Le Hobbit et Le Seigneur des anneaux. Ainsi, « Errance » et « L'Homme dans la lune a veillé trop tard » sont attribués à Bilbo, tandis que « Le Troll de pierre », « Perry-le-Bigorneau » et « Chat » sont signés des initiales de Sam, bien que, pour le dernier, « Sam n'ait guère pu faire plus que retoucher un poème plus ancien. ». Les deux premiers poèmes, qui concernent Bombadil, « viennent de toute évidence du Pays-de-Bouc. », et l'origine de « L'Homme dans la lune est descendu trop tôt » et « Le Dernier Vaisseau » est à chercher du côté du Gondor : ils ne sont « que des remaniements d'une matière du Sud ». « Le Trésor », quant à lui, trouve son origine à Fendeval (Fondcombe), où Bilbo séjourne quelque temps.
Pauline Baynes, qui a déjà illustré le conte Le Fermier Gilles de Ham quelques années plus tôt, accepte de fournir des illustrations pour Les Aventures de Tom Bombadil, qui est publié le .. Le livre est réédité en 1990 avec des illustrations de Roger Garland, ainsi que dans divers recueils de textes courts de Tolkien comme (1966), (1980) et (1997).. Une réédition augmentée du recueil original, chapeautée par Wayne G. Hammond et Christina Scull, a paru en . Outre les poèmes originaux avec les illustrations de Pauline Baynes, elle inclut les versions antérieures de certains poèmes, un troisième poème concernant Tom Bombadil intitulé « », et d'autres textes inédits..
Le recueil a été traduit en français par Dashiell Hedayat et publié chez Christian Bourgois en 1975. Une traduction révisée, effectuée par Céline Leroy, est parue en 2003 dans le recueil Faërie et autres textes, également chez Bourgois. Seule cette dernière version inclut la préface originale du recueil.
Réception
Les critiques des Aventures de Tom Bombadil à sa sortie sont généralement positives. Si le critique anonyme de qualifie ce recueil de , évoque la de Tolkien, Anthony Thwaite, « , , 22 novembre 1962, ; cité dans ., et le critique anonyme du estime que Anonyme, « , , 23 novembre 1962, ; cité dans .. Le livre se vend bien : près de s'écoulent avant même sa publication et il doit être réimprimé en hâte..
Les poèmes
Les Aventures de Tom Bombadil
La première incarnation du poème « Les Aventures de Tom Bombadil » remonte à la fin des années 1920 ou au début des années 1930, à l'époque où Tolkien raconte des histoires sur ce personnage (dont les vêtements bariolés et le nom dérivent de ceux d'une poupée) à ses enfants.. Il est publié en dans .
La version de 1962 est quelque peu allongée, mais raconte essentiellement la même histoire : Tom Bombadil rencontre successivement Baie d'Or, le Vieil Homme-Saule, des Blaireaux et un Esprit des Tertres (Être des Galgals) ; tous le menacent plus ou moins sérieusement, mais il triomphe à chaque fois et finit même par capturer Baie d'Or, qu'il épouse. Les péripéties du Seigneur des anneaux impliquant Bombadil trouvent leur origine dans ce poème. La préface du recueil indique que le poème provient du Pays-de-Bouc, et qu'il compile plusieurs légendes hobbites concernant Bombadil (un nom provenant lui-même du Pays-de-Bouc).
La métrique de ce poème est purement accentuelle, à quatre accents par vers. Les strophes sont inégales, à rimes plates, toutes fémininesEn poésie anglaise, une rime féminine comporte une syllabe accentuée suivie d'une ou plusieurs syllabes inaccentuées, de sorte que le vers ne se termine pas sur un accent tonique..
Bombadil en bateau
Ce poème, de même forme que le précédent, fait suite aux « Aventures de Tom Bombadil » : on l'y voit se rendre en bateau chez son ami, le père Magotte, et faire face à divers obstacles sur sa route : un martin-pêcheur, une loutre, un cygne et les gardiens hobbits de la frontière orientale du Comté. « Bombadil en bateau » avait le mérite, pour Tolkien, . Dans une lettre à Pauline Baynes, Tolkien indique que le poème .
Errance
Ce poème est publié pour la première fois dans , en 1933.. Tolkien en fait par la suite lecture aux Inklings et il semble avoir connu une certaine célébrité à travers le bouche-à-oreille.. Son histoire textuelle est très confuse, puisqu'il semble avoir connu pas moins d'une vingtaine de versions. avant de donner naissance à deux poèmes distincts : « Errance », qui ne diffère guère du poème publié en 1933, publié dans Les Aventures de Tom Bombadil, et le poème sur les voyages d'Eärendil récité par Bilbo à Fendeval dans Le Seigneur des anneauxDans sa préface aux Aventures de Tom Bombadil, Tolkien explique ce lien entre les deux poèmes de façon interne : ils auraient été tous deux composés par Bilbo, le « poème nonsensique » original (« Errance ») ayant été adapté « de façon assez incongrue » à la légende d'Eärendil.).
Le poème est d'une grande complexité formelle, composé en un tétramètre iambique très régulier ; les vers pairs riment deux à deux tandis que les vers impairs comportent une rime interne, et le trisyllabe final des vers impairs allitère ou assone avec la première moitié des vers pairs, ce à quoi s'ajoutent divers autres jeux de sonorités. Tolkien admet n'avoir jamais rien composé d'autre sous cette forme..
Les premiers vers du poème, nés d'une inspiration de Tolkien, sont inspirés d'une comptine jacobite moquant le mariage de la princesse Marie, fille de , et de Guillaume d'Orange, en 1677. :
« Errance » évoque les voyages d'un « joyeux messager » qui parcourt le monde à bord de sa gondole ; ce n'est qu'après maintes péripéties qu'il se rappelle le message qu'il est censé transporter et reprend sa mission. D'après Tolkien, ce poème était conçu pour être récité à différentes vitesses (vite le début des strophes, puis en ralentissant jusqu'à la fin de la strophe), et une fois terminé, « l'orateur était supposé commencer à répéter le début du poème (encore plus vite), à moins que quelqu'un ne s'écrie "Une fois suffit" »..
John D. Rateliff rapproche « Errance » de Sire Topaze, l'un des Contes de Canterbury de Geoffrey Chaucer. On trouve dans les deux poèmes une scène où le héros revêt son armure, et dans les deux cas, la description est poussée jusqu'à l'absurde, avec des détails tous plus fantastiques les uns que les autres (de manière plus atténuée dans la version « sérieuse » parue dans Le Seigneur des anneaux). Lorsque Tolkien explique que le poème doit être lu jusqu'à ce que le public se révolte, il ferait un clin d'œil à Chaucer, dont le conte de Sire Topaze est effectivement interrompu en des termes assez rudes..
Le compositeur Donald Swann a réalisé une adaptation musicale de ce poème dans son cycle en 1967.
Princesse Moa
« Princesse Moa » s'inspire d'un très ancien poème de Tolkien, « », écrit en et publié dans le recueil en 1924. De forme irrégulière, il décrit la Princesse dansant de nuit, et son reflet sous ses pieds — Tolkien joue sur le thème du double en appelant la princesse Mee (, « moi ») et son reflet Shee (, « elle »), respectivement rendus par « Moa » et « Soa » dans la traduction française.
L'Homme dans la lune a veillé trop tard
thumb|upright|«… la vache sauta par-dessus la lune… »(illustration de la comptine par , 1902)
Ce poème, inspiré de la comptine , connut sa première incarnation vers 1919-1920, sous le titre « ». Il a été par la suite publié dans en 1923 sous le titre « ».. Enfin, sa version finale apparaît dans Le Seigneur des anneaux : elle est chantée par Frodo à l'auberge du Poney Fringant, à Brie (Bree).
« L'Homme dans la lune a veillé trop tard » évoque une descente sur Terre de l'Homme dans la Lune (un personnage également présent dans Le Livre des contes perdus et Roverandom), qui se rend dans une auberge à la bière réputée. Il en boit tant qu'il doit être ramené sur la Lune par l'aubergiste et le palefrenier, tandis que le chat de ce dernier entame un morceau agité sur son violon, faisant danser tous les clients de l'auberge, les chevaux et la vache qui « saute par-dessus la Lune » ; après quoi tous vont se coucher, à la grande surprise du soleil levant.
Le poème se compose d'une série de quintils de tétramètres et de trimètres iambiques rimés sur une disposition A / B / C / C / B (A et C étant des tétramètres, B des trimètres).
L'Homme dans la lune est descendu trop tôt
La première version de ce poème est rédigée en ; il s'intitule alors « Pourquoi l'Homme dans la Lune descendit trop tôt : une fantasie d'Est-Anglie ». Il est publié dans le recueil en 1923.. Il s'inspire d'une comptine sans titre du commençant par La version des Aventures de Tom Bombadil a subi quelques révisions, notamment pour l'ancrer en Terre du Milieu : elle mentionne la baie de Belfalas (« baie de Bel »), au Gondor, et la tour de Dol Amroth (« Tirith Aear »).