Hommage à la Catalogne (titre original : ) est un ouvrage de l'écrivain britannique George Orwell, publié en 1938, qui traite de la guerre civile espagnole. L'édition française, traduite par Yvonne Davet, paraît pour la première fois en 1955 aux éditions Gallimard sous le titre La Catalogne libre.

Écrit à la première personne, le livre relate l'engagement d'Orwell dans le conflit espagnol. Il participe aux combats en Catalogne et dans la région d'Aragon de à , au sein du Parti ouvrier d'unification marxiste (POUM). Il décrit principalement la guerre de tranchées dans « une région particulièrement calme d'un front calme », puis, en 1937, les dissensions au sein du camp républicain qui conduisent aux Journées de mai, à la dissolution du POUM et à la persécution de ses membres, ce qui le contraint à fuir l'Espagne.

Le récit constitue à la fois une critique du pouvoir franquiste et une dénonciation des agissements des staliniens du Parti communiste d'Espagne (PCE), dont furent victimes les communistes anti-staliniens du POUM. Ces thèmes liés à l'oppression et au totalitarisme se retrouvent ensuite dans 1984, le roman le plus célèbre d'Orwell.

Orwell fait partie, avec des intellectuels comme André Malraux ou Robert Capa, de ceux qui s'engagèrent dans les troupes républicaines et allèrent au cœur du conflit. Hommage à la Catalogne constitue ainsi une œuvre centrale dans le parcours d'Orwell, confrontant ses idéaux à la réalité et influençant son œuvre littéraire ultérieure.

Présentation Résumé général du livre Dans Hommage à la Catalogne, Orwell arrive à Barcelone en 1936, dans une ville en pleine ébullition, dans l'intention première d'y faire son travail de journaliste. Mais il décide rapidement de s'engager dans les milices communistes du POUM. La révolution et les anarchistes remodèlent la ville catalane, modifiant les habitudes de la population civile : le « salud » est de mise au lieu du traditionnel « buenos dias », et on efface le « usted », le pronom personnel de politesse utilisé en espagnol, ainsi que le « don ». Orwell raconte ensuite sa vie dans les tranchées, pendant l'hiver 1936. Il quitte finalement le front fin à la suite d'une blessure au cou. Il est alors démobilisé, et retrouve sa femme Eileen à Barcelone.

Orwell réalise alors que la situation des anarchistes s’est nettement dégradée et que la ville a régressé jusqu'à devenir une Barcelone divisée, dominée par le PCE. Les différents partis républicains se déchirent dans les rues de la ville. Après les Journées de mai, le POUM est déclaré hors-la-loi par le gouvernement. Les miliciens qui s’y étaient engagés sont persécutés. Néanmoins, ceux restés au front ne sont pas tenus au courant : « Je sais bien que c’était une tactique courante de laisser ignorer aux troupes les mauvaises nouvelles […] Mais c’était tout autre chose d’envoyer des hommes au combat, et de ne pas même leur dire que derrière leur dos on était en train de supprimer leur parti, d’accuser leurs chefs de trahison et de jeter en prison leurs parents et leurs amis »Extrait d’Hommage à la Catalogne de G. Orwell, , Éditions 10/18, janvier 2000.. À cause de cela, Orwell décide de quitter l’Espagne en juin.

La dédicace liminaire du livre se compose de deux proverbes bibliques (XXVI, 4-5)Proverbes 26:4-5: « Ne réponds pas à l’insensé selon sa folie, de peur de lui ressembler toi-même. Réponds à l’insensé selon sa folie afin qu’il ne s’imagine pas être sage. » Cette dédicace est étonnante de la part de l'auteur qui, dans La Ferme des animaux, tournait en dérision la religion en la parodiant à travers un culte satirique, centré sur les animaux. Considérant, tout comme Marx, que la religion est l'opium du peuple.

Hommage à la Catalogne, un témoignage de l’auteur Si choisissent de rejoindre le conflit qui déchire l'Espagne en formant les Brigades internationales, Orwell prend le parti de rejoindre le POUM, communiste, plus tard rejoint par son épouse Eileen, recommandés par l'Independent Labour Party (ILP, Parti travailliste indépendant).

D'abord peu conscient des différences politiques, il se retrouve dans une brigade du POUM « simplement parce que [il] étai[t] venu en Espagne avec un laissez-passer de l'I.L.P. »George Orwell, Hommage à la Catalogne, Appendice I. Durant un certain temps, il ne comprend pas pourquoi tous les socialistes ne forment pas un parti unique. Mais il est peu à peu rattrapé par la réalité espagnole, où les communistes affiliés au Komintern et le PSUC veulent d'abord mener la guerre, alors que les militants de la CNT-FAI et le POUM veulent mener de front la guerre et la révolution. Il est dans un premier temps plus proche de l'idéologie des « communistes » et a durement critiqué la ligne du POUM. Il a aussi voulu rejoindre les Brigades internationales pour se battre, malgré l'avis de ses compagnons. Il ne les rejoindra finalement pas. Après sa blessure, il revient à Barcelone, où l'atmosphère révolutionnaire est retombée. Éclatent alors les Journées de mai 1937 à Barcelone. Il se rend compte que la révolution est réprimée par le gouvernement, de plus en plus contrôlé par les communistes staliniens. Par la suite, Orwell, socialiste convaincu, voit en le POUM la correspondance de son idéologie personnelle : rupture consommée avec le stalinisme« Le POUM (Partido Obrero de Unificacion Marxista) était l'un de ces partis communistes dissidents que l'on a vu apparaître en beaucoup de pays au cours de ces dernières années, par suite de l'opposition au stalinisme, c'est-à-dire au changement, réel ou apparent, de la politique communiste » George Orwell, Hommage à la Catalogne, ., et « sorte de microcosme de société sans classes »Orwell, ibid., . Il pose ainsi, dans un essai intitulé Why I write George Orwell, Why I Write, 1946, : “The Spanish war and other events in 1936-37 turned the scale and thereafter I knew where I stood. Every line of serious work that I have written since 1936 has been written, directly or indirectly, against totalitarianism and for democratic socialism, as I understand it. » Texte intégral qu'il publie en 1946, la visée politique comme une des quatre motivations à son écriture (l'égoïsme pur, l'enthousiasme esthétique et la poussée historique étant les trois autres) : pour lui, l'art est intimement lié au fait politique. Il y cite de surcroit la guerre d'Espagne comme l'événement qui lui a fait prendre conscience de l'importance du politique dans sa production : « La Guerre d'Espagne et les événements de 1936-37 ont complètement changé la donne, et j'ai alors su où je me tenais. Chaque ligne des écrits un tant soit peu consistants que j'ai pu produire depuis 1936 a été écrite, directement ou indirectement, contre le totalitarisme, et en faveur du socialisme démocratique, tel que je le conçois ». Après sa mise hors-la-loi, Orwell regrettera de n'être pas devenu membre du POUM.

Simon Leys, dans l'essaiSimon Leys, Orwell ou l'horreur de la politique, Plon, 1984 qu'il consacre à Orwell, met en exergue la frustration de la Première Guerre mondiale comme autre moteur de l'engagement du Britannique dans ce conflit espagnol. L'auteur, témoin de ce carnage militaire, confie ainsi à son ami Richard Rees combien il l'a marqué : « Parlant de la Première Guerre mondiale, il dit que les gens de sa génération avaient été marqués pour toujours par l'humiliation de n'y avoir pris aucune part. Bien entendu il avait été trop jeune pour y participer. Mais le fait que plusieurs millions d'hommes, certains d'entre eux guère plus âgés que lui, avaient subi une épreuve qu'il n'avait pas partagée, lui était apparemment intolérable. »Simon Leys, ibid., Orwell oppose son engagement actif à la passivité des « communistes de salon », qui n'allèrent pas sur le terrain : il évoque Jean-Paul Sartre : « Je pense que Sartre est une baudruche et je vais lui donner un bon coup de pied. »Lettre non publiée à David Astor, citée dans George Orwell, Une Vie, de Francis Crick, page 467.

Orwell lui-même met en abîme son projet et ses motivations dans un article qu'il publie en 1949, soit peu avant qu'il n'ait fini la rédaction de son 1984 : « Tôt dans ma vie, j'ai remarqué qu'aucun événement n'avait jamais été relaté avec exactitude dans les journaux ; mais en Espagne, pour la première fois, j'ai lu des articles de journaux qui n'avaient aucun rapport avec les faits, ni même l'allure d'un mensonge ordinaire. J'ai vu l'histoire rédigée non pas conformément à ce qui s'était réellement passé, mais à ce qui était censé s'être passé selon les diverses “lignes de parti”. Ce genre de choses me terrifie, parce qu'il me donne l'impression que la notion même de vérité objective est en train de disparaître de ce monde. » George Orwell, Looking Back on the Spanish War, Penguin, 1942, texte intégral disponible en ligne.

Cette recherche de la vérité objective est donc essentielle : il s'agit pour lui de restituer le conflit espagnol de façon aussi proche de la réalité que possible. Ceci explique donc la précision des dates et des événements relatés dans Hommage à la Catalogne, si bien que plusieurs chapitres trop chronologiques ou fourmillant de détails politiques seront placés par son éditeur en annexe, pour ne pas en rendre la lecture trop fastidieuse.

Dans un entretien qu'il donne après la parution d'Hommage à la Catalogne, il affirme avoir été incité à ne pas restituer la réalité de la guerre civile espagnole : « Un bon nombre de gens m'ont dit avec plus ou moins de franchise que l'on ne doit pas dire la vérité sur ce qui se passe en Espagne et sur le rôle joué par le PCE, parce que cela susciterait dans l'opinion publique un préjugé contre le gouvernement espagnol, en aidant ainsi Franco » George Orwell, interview publiée dans The Observer, numéro du 24 décembre 1944.. Toutefois, malgré ces pressions pour qu'il camoufle cette vérité-là, il a résisté, s'en tenant à son « opinion passée de mode et qui veut qu'à la longue, dire des mensonges ne paie pas »Entretien cité par Hugh Thomas dans La guerre d'Espagne, ibid., page 627..

La dernière motivation à l'engagement d'Orwell au sein des brigades du POUM est la noblesse de la cause républicaine qui se dresse face à la montée du fascisme, et plus largement, l'espoir de voir l'idéal révolutionnaire s'accomplir sous ses yeux, d'en être un acteur. Il reconnaît lui-même que, derrière son engagement, « il y avait la foi dans la révolution et dans l’avenir, l’impression d’avoir soudain débouché dans une ère d’égalité et de liberté. Des êtres humains cherchaient à se comporter en êtres humains et non plus en simples rouages de la machine capitaliste. »Stéphanie Duncan, Émission du juillet 2012, disponible en podcast sur France Inter (lien en annexe)

Imprégné de l'idéal révolutionnaire marxiste, Orwell s'engage donc dans un conflit qui n'est pas le sien, pour la beauté du geste. Il s'y engage en tant que « citoyen », comme il le précise lui-même : « Quand un écrivain s'engage dans la politique, il doit le faire en tant que citoyen, en tant qu'être humain, et non pas en tant qu'écrivain. » George Orwell, The Collected Essays, Journalism and Letters of George Orwell, Londres, 1968, vol. IV, .

Thèmes évoqués Vie au front « Dans la guerre de tranchées, cinq choses sont importantes : le bois à brûler, les vivres, le tabac, les bougies et l’ennemi. » explique Orwell, « Tel était bien leur ordre d’importance, l’ennemi venait bon dernier. »Extrait d’Hommage à la Catalogne de G. Orwell, , ibid.