Auguste Frédéric Louis Viesse de Marmont, duc de Raguse (1808), maréchal d'Empire (1809) et pair de France (1814), est un militaire français né le à Châtillon-sur-Seine et mort le . à Venise.

Fils d'un officier noble, il commence sa carrière militaire comme simple lieutenant lors des guerres de la Révolution. En 1793, lors du siège de Toulon, il s'attache au général Bonaparte et dans son sillage connait une ascension fulgurante : colonel du 2e régiment d'artillerie à cheval en 1797, général de brigade en 1798, général de division en 1800 et général en chef de l'armée de Hollande en 1804. Il fait partie des meilleurs amis du général Bonaparte. Bonaparte, devenu entretemps consul puis empereur, le choisit pour des missions éloignées du théâtre principal des opérations militaires. C'est ainsi qu'il est envoyé à la tête d'une armée française en Dalmatie en 1806, dont il est nommé gouverneur général avant d'être fait duc de Raguse en 1808. En 1809, il participe à la campagne d'Autriche et sa victoire de Znaïm lui vaut d'être fait maréchal d'Empire puis gouverneur général des Provinces illyriennes. En tant que gouverneur général, c'est-à-dire dans les faits vice-roi, des Provinces illyriennes, Marmont jouit des pleins pouvoirs. Il modernise le pays en construisant de nombreuses voies de communication notamment à Raguse, devenue Dubrovnik. Les Dalmates disaient ainsi : "Les Autrichiens pendant huit ans ont discuté des plans de route sans les éxécuter; Marmont est monté à cheval et, quand il est descendu, elles étaient terminées". En 1818, lorsque l'empereur d'Autriche François Ier visita la Dalmatie avec le prince de Metternich, qui connaissait bien le maréchal, il dit à ce dernier : "Il est bien fâcheux que le maréchal Marmont ne soit pas resté en Dalmatie deux ou trois ans de plus".

Commandant l'armée du Portugal (1811), il est défait et grièvement blessé lors de la bataille des Arapiles (1812), puis participe activement à la campagne d'Allemagne de 1813 et notamment à la bataille de Leipzig où il se distingue, puis à la campagne de France en 1814. C'est alors que Marmont se décide à abandonner Napoléon et entre directement en négociation avec l'ennemi pour lui livrer tout son corps d'armée et ainsi priver l'Empereur de toute capacité de riposte. Cette défection oblige Napoléon à abdiquer puis à se retirer sur l'île d'Elbe.

Avec le retour de Louis XVIII et la Restauration, Marmont est fait major-général de la Garde royale puis pair de France en . Rejeté et méprisé par les bonapartistes qui voient ces nominations comme une récompense à sa trahison, Marmont est contraint de servir les Bourbon plus qu'il ne l'aurait lui-même souhaité Marmont, dans ses Mémoires.. Il assiste impuissant au retour de Napoléon lors des Cent-Jours et doit s'exiler avec le roi Louis XVIII à Gand. Lors de la Seconde Restauration, Marmont se remet au service des Bourbon mais sans en recevoir d'avantages équivalents à ceux qu'il avait sous l'Empire. Peu à peu marginalisé et ruiné par des placements aventureux dans l'industrie, il en est réduit à solliciter auprès de l'Autriche la restitution de ses dotations de duc de Raguse pour maintenir un niveau de vie convenable.

Major-général de la Garde royale avec les maréchaux Macdonald, Oudinot et Victor en 1830, c'est son tour de service en juillet, au moment des premières émeutes, et c'est à lui que revient le commandement de toutes les forces royales chargées de s'opposer aux émeutiers. Dans ses Mémoires, il définit son rôle «comme la plus cruelle mission […] parce que mes opinions bien connues, mes doctrines politiques, proclamées et incontestables, étaient en tous points et en toutes choses opposées à la marche du gouvernement». Au terme d'une bataille de trois jours avec les insurgés, Marmont est battu et doit évacuer la capitale, précipitant la chute des Bourbons et l'avènement du duc d'Orléans. Marmont décide de suivre Charles X dans son exil en Angleterre, puis en Autriche. Outre la répression sanglante de la révolution de Juillet, personne en France n'a oublié sa trahison de 1814 en ces temps de retour en grâce de l'épopée impériale. Il finit ses jours en exil après avoir fait de nombreux voyages dont il publie les récits. Après sa mort à Venise le , son corps est rapatrié en France où il reçoit les honneurs militaires du tout nouveau Second Empire. Mais la publication posthume de ses Mémoires en 1856 ravive les passions et il est de nouveau livré à la vindicte populaire.

Marmont résume ainsi sa vie dans ses Mémoires du Maréchal Marmont, duc de Raguse :

Napoléon, quant à lui, juge que Cité par Las Cases dans Le Mémorial de Saint-Hélène..

Biographie

Jeunesse thumb|left|180px|Georges Rouget, Auguste-Frédéric-Louis Viesse de Marmont, lieutenant d'état-major d'artillerie en 1792 (1835).Il reste l'unique enfant de Nicolas Edme Viesse de Marmont, ancien capitaine au régiment de Hainaut, riche propriétaire de forges en Bourgogne, et de Clotilde Chappron issue d'une famille bourgeoise. La noblesse de sa famille remonte à l'anoblissement de son grand-père, Edme Viesse, seigneur de Riel, Marmont, président au Grenier à sel de Châtillon sur Seine, par l'achat d'une charge de conseiller-secrétaire du roi en la chancellerie près le Parlement de Besançon. Il descend toutefois en lignée féminine de la très ancienne noblesse française dont la famille Armynot du Châtelet, originaire de Bretagne et arrivée en Bourgogne quand François d'Avaugour, fils du duc de Bretagne François II et demi-frère d'Anne de Bretagne obtint le comté de Vertus situé en Champagne. En tant que descendant de cette famille, Marmont est un cousin éloigné de Claude-Henri Belgrand de Vaubois, général napoléonien et pair de France célèbre pour le blocus de Malte.

Marmont passe son enfance au château familial de Châtillon-sur-Seine où il reçoit l'éducation d'un précepteur avant d'entrer au collège de Châtillon.

En 1789, Marmont a à peine 15 ans lorsque, grâce à ses relations, son père lui fait obtenir le brevet de sous-lieutenant d'un bataillon de milice de Chartres.

La Révolution et le Consulat

La Révolution (1789-1796) Alors que la Révolution se déchaîne, Marmont poursuit ses études à Dijon où il se distingue particulièrement en mathématiques. À Dijon, il fait la connaissance, grâce à un ami commun, d'un Corse, un certain Napoleone Buonaparte qu'il rencontre quelquefois.

Il s'inscrit à l'école d'artillerie de Châlons en et obtient son diplôme en août, finissant de sa promotion. À Chalons, Marmont rencontre Duroc, artilleur comme lui. Comme la plupart des jeunes militaires de sa génération, Marmont adhère aux idées libérales de l'époque mais conserve un goût prononcé pour l'ordre public. En septembre, juste après Valmy, Marmont est affecté au d'artillerie à Metz où il reste en garnison.

En 1793, il est réaffecté à l'armée républicaine des Alpes commandée par Kellermann où il reçoit son baptême du feu contre les Piémontais. En décembre, il fait partie d'un détachement de deux compagnies d'artillerie qui est envoyé par Kellermann au siège de Toulon où les fédérés insurgés ont livré la ville aux Anglais et aux Espagnols. Lieutenant, Marmont arrivé sur place le est placé sous les ordres du tout nouveau capitaine d'artillerie Napoléon Bonaparte. À ses côtés, Marmont participe à l'assaut et à la reprise de la ville le . Fait capitaine à la suite du siège, il reste affecté aux côtés de Bonaparte à l'artillerie de l'armée d'Italie. Marmont y est chargé de la défense des côtes maritimes.

Après la chute de Robespierre le 9 thermidor (), le général Bonaparte, accusé d'être partisan de Robespierre, se retrouve en disgrâce. Marmont quitte son poste à l'armée d'Italie pour suivre son général à Paris. Marmont est alors, avec Junot, dans le premier cercle d'amis de Napoléon. Tous trois âgés de moins de 25 ans, ils errent pendant de long mois dans les couloirs du Palais-Royal (haut lieu de la prostitution parisienne) .

En 1795, Marmont obtient une affectation dans l'artillerie de l'armée du Rhin et il quitte Paris et Bonaparte pour Mayence où l'armée française tente de prendre la ville aux Autrichiens. À la tête d'une batterie de 24 obusiers, Marmont procède au bombardement de la ville assiégée mais assiste, le , à la débâcle de l'armée française et manque de peu d'être fait prisonnier. Le , Marmont est chargé du commandement de l'artillerie de la division d'avant-garde du général Desaix avec lequel il se lie d'amitié. Il assiste alors à ses premières manœuvres militaires combinées entre l'artillerie, l'infanterie et la cavalerie, lui qui n'avait jusqu'à présent assisté qu'à des sièges ou des combats sporadiques.

Au début de 1796, Marmont est rappelé à Paris par Bonaparte, devenu entretemps commandant en chef des armées de l'intérieur et sauveur de la République après son action du 13 vendémiaire. Marmont est fait chef de bataillon rattaché à l'état-major de Bonaparte. Avec Junot, Marmont fait introduire Murat dans l'état-major de Bonaparte. Bientôt Bonaparte est nommé commandant en chef de l'armée d'Italie et Marmont le précède à Nice à la fin mars.

La campagne d'Italie (1796-1797) thumb|300px|Horace Vernet, Charge du pont d'Arcole.

Marmont participe à la brillante campagne d'Italie. Il se distingue notamment à la bataille de Lodi où il effectue plusieurs charges de cavalerie ce qui lui vaut un sabre d'honneur. Puis il est détaché du gros de l'armée pour mener des opérations contre les armées pontificales, sources d'immenses profits militaires et financiers. Une fois l'armistice de Bologne signé avec le Pape, Marmont est d'abord affecté auprès du général Sérurier au siège de Mantoue avant de prendre le commandement de l'artillerie de la division Augereau. C'est à ce titre qu'il participe aux batailles de Lonao et Castiglione en . Le , Marmont effectue une charge de cavalerie lors de la bataille de Saint-Georges qui oblige les Autrichiens de Wurmser à se retirer dans Mantoue. En récompense, il est choisi par le général Bonaparte pour porter les trophées de l'armée d'Italie à Paris. Marmont présente alors au Directoire lors d'une fastueuse cérémonie les 22 drapeaux autrichiens pris lors des combats d'août et septembre et il est fait colonel du second régiment d'artillerie à cheval. Il est de retour à l'armée d'Italie le , juste avant le début de la bataille d'Arcole où il participe à la fameuse, mais infructueuse, charge du pont d'Arcole aux côtés du général Bonaparte. À la fin de l'année, il est choisi par Bonaparte pour négocier, sans succès, avec la république de Venise une alliance contre les Autrichiens.

vignette|Anne Marie Hortense Perregaux (1779-1857), maréchale de Marmont et duchesse de Raguse, miniature, 1818 (Cleveland Museum of Art