La porcelaine de Limoges est une production industrielle traditionnelle de porcelaine, attestée dans la ville française de Limoges et dans sa région. Elle est née, entre 1765 et 1770, de la découverte de kaolin à proximité de Limoges, matériau indispensable à la production de cette céramique dure et translucide.

Avec celle de Sèvres, c'est l'une des deux principales productions porcelainières de France, et la seule issue d'un véritable territoire de production, organisé autour de la ville de Limoges, dans le département de la Haute-Vienne, représenté par plusieurs entreprises encore en activité dont certaines sont pluriséculaires.

Appellation Depuis 2017, l'indication d’origine « Limoges » bénéficie de la reconnaissance et de la protection d’une appellation d'origine sous la forme d'une indication géographique. Cependant, depuis une décision du tribunal de commerce de Limoges, dès 1962, la dénomination « Limoges » était réservée à la porcelaine fabriquée et décorée à Limoges.. L'historien Florent Le Bot explique que cette question d'une marque distinctive est en débat à Limoges depuis au moins le début du . Ce débat s'est intensifié avec l'accroissement de la concurrence internationale (Allemagne et Tchécoslovaquie, États-Unis et Japon notamment). Dans les années 1930, une marque collective est même adoptée par les entreprises, avec un marquage spécifique des produits. Le cahier des charges du produit n'étant pas spécifié, la marque, a été un échec et abandonnée dès la fin des années 1930.

Le , la porcelaine de Limoges devient le premier produit protégé au niveau de l'Union européenne par une indication géographique protégée pour les produits artisanaux et industriels.

Historique Origines vignette|gauche|redresse=1.2|Marcognac, site d'extraction du kaolin vignette|redresse=1.2|Dessous d'une coupe à décor végétal européen (d'une paire). Dynastie Qing, fin de la période Kangxi (1662-1722). Porcelaine chinoise destinée à l'exportation, imitant une coupe émaillée de Limoges du , et portant le monogramme de Jacques Laudin. Musée Guimet, Paris.

En 1710, Frédéric-Auguste Ier de Saxe dit Auguste le Fort, le prince-électeur de Saxe, fonde à Meissen la première manufacture de porcelaine d'Europe. L'Europe entière l'envie mais les mines de kaolin sont rares. Ce n'est que vers 1767 que le gisement français est découvert.

François-Xavier d'Entrecolles, père jésuite résidant à Jingdezhen, en Chine, étudie et révèle en 1712 la composition et les secrets de fabrication de la porcelaine chinoise. Il est à l'origine de la production de la porcelaine véritable en France et en particulier à Limoges.

Il détaille la technique de fabrication de la porcelaine chinoise dans deux lettres restées célèbres, en date du et du .. Tout au long du arrivent en France nombre d’albums illustrés reproduisant les différents stades de la fabrication., ainsi que des échantillons de kaolin, qui se révélèrent fondamentaux pour la production de la porcelaine véritable.

Débuts de l'industrie limougeaude Si l' met au jour une substance très proche des kaolins en Saxe dès 1705, le gisement de Saint-Yrieix-la-Perche, proche de Limoges, n'est découvert qu'en 1767 par le chirurgien Jean-Baptiste Darnet, qui signale à un apothicaire bordelais, Villaris, l’existence de terre blanche utilisée par sa femme pour faire sa lessive. C'est à ce gisement que Limoges doit sa réputation de capitale de la porcelaine en France.

En 1769, achète le gisement, faisant de la production de porcelaine un privilège royal. C'est seulement à partir de cette date qu'on a le droit de fabriquer de la porcelaine en France. La fondation de la première manufacture de porcelaine limousine, celle des frères Grellet et Massié-Fournérat, date de 1771. En 1774, la manufacture de Limoges passe sous la protection du comte d'ArtoisAntoine Perrier, Limoges, Étude de géographie urbaine, Les Éditions du Bastion, 1939. Cette manufacture restera de 1784, date d'obtention officielle du titre de manufacture royale, à 1794, une annexe de Sèvres.

L'époque des grandes manufactures vignette|redresse|Usine de porcelaine Haviland au début du : les tonneaux de porcelaine sont prêts à l'expédition vers les États-Unis.

Mise à mal durant la période révolutionnaire, l'industrie porcelainière reprend son expansion avec François Alluaud aîné, l'un des industriels précurseurs du développement de l'industrie porcelainière limousine dans la première moitié du . À la tête de sa manufacture en 1800, il innove et améliore les procédés de fabrication. La manufacture Alluaud (aujourd'hui Royal Limoges) contrôle en outre toute la production de kaolin, les gisements étant tous situés sur ses propriétésCes gisements sont aujourd'hui épuisés.. En 1807, on dénombre à Limoges cinq fabriques, fonctionnant grâce à sept fours, employant environ deux-cents ouvriers, et dont la production représente une valeur de .

Les kaolins du Limousin sont réputés pour leur blancheur. Broyés dans des moulins situés sur la Vienne, ils alimentent, outre l'industrie locale, les manufactures de porcelaine d'Alcora, Amsterdam, Copenhague, Dresde, Frankenthal, Höchst, Londres, Mayence, Nyon, Zurich et Saint-Pétersbourg.

En 1827, la ville compte seize manufactures. Les années de la Restauration sont également marquées par la fondation de fabriques dans la campagne limousine (Coussac-Bonneval, Magnac-Bourg, Solignac, Saint-Brice, Saint-Léonard, Bourganeuf, etc.)

À cette époque, l'industrie porcelainière nourrit une grande partie de la population limougeaude. Le flottage du bois destiné à cette industrie exige de la main-d'œuvre pour retirer le bois de la rivière, l'empiler et le livrer aux fabriques pour l'alimentation des fours à porcelaine. Le cycle de fabrication des porcelaines fait appel à de nombreuses professions différentes. Durant la décennie 1830, huit nouvelles se créent à Limoges. À partir de 1836 et la suppression des droits d'octroi sur le bois à l'entrée de Limoges qui jusqu'alors expliquaient la multiplication des usines à la campagne, les fabriques gagnent davantage la ville.

À partir du milieu du siècle, à la suite de l'impulsion donnée par l'Américain Haviland, on en compte plus de trente. C'est ce dernier qui séduit à Paris par la qualité et la finesse de la production limousine, va encourager le secteur de la décoration sur porcelaine sur le site limougeaud, en accord avec les goûts de la clientèle américaine. En 1848, on compte dix-neuf fabriques et dix-sept ateliers de décor à Limoges. Le chiffre d'affaires global de la société Haviland atteint les quatre millions de francs. L'année 1853 est marquée par la création de sa fabrique regroupant ateliers de fabrication et ateliers de décoration, employant .

Le Second Empire est la première période de forte croissance de la porcelaine de Limoges, en cela soutenue par l'activité de la banque régionale Tarneaud. Le cap des dix-mille ouvriers est atteint en 1891Laurent Bourdelas, Histoire de Limoges, Limoges, Geste Éditions, 2014..

L'activité se développe notamment grâce au bois de chauffage qui est mis à flotter sur la Vienne depuis la Montagne limousine et qui est arrêté à Limoges via un grand ramier, en fonction jusqu'en 1897. Le développement du transport ferroviaire contribue également à l'essor du secteur.

Restructurations du

Les conditions de travail sont des plus éprouvantes du fait des lourdes charges à porter dans les carrières de kaolin, tandis que l'intoxication par le sel de plomb provoque la mort de dizaines d'ouvriers chaque année dans les manufactures. Les ouvrières sont aussi confrontées à la discrimination salariale, avec une rémunération inférieure à celle des hommes..vignette|Anciennes manufactures Leclair, Limoges. Symptôme des conditions de travail difficiles, des grèves ouvrières très dures éclatent en 1905, ce sera la révolte des porcelainiers. Le parti socialiste et le mouvement anarchiste de même que les syndicats ouvriers font le plein d'adhésions. Cependant le parti communiste peine à recruter.

La crise de 1929 et les deux conflits mondiaux assènent un coup à l'industrie porcelainière, en dépit d'efforts nourris dans le sens d'une modernisation de l'activité. Les difficultés économiques favorisent les reconversions d'activité : Jean Mondot élargit en 1919 l'activité de la manufacture Betoule et Legrand pour créer une activité d'appareillage électrique, qui devient rapidement l'usine Legrand. Les changements dans les habitudes de consommation réorientent progressivement la production vers le secteur du luxe.

Porcelaine de Limoges au : entre niches d'excellences et quête de protection vignette|gauche|redresse=.5|Marque d'une porcelaine de Limoges. Retourner son assiette pour y lire la signature Limoges constituerait une pratique courante qui appartient à la culture populaire limougeaude...

Au , toute porcelaine fabriquée dans le département de la Haute-Vienne est marquée d'un tampon au vert de chrome « Limoges France » associé à des initiales ou symboles qui permettent d'identifier les différents fabricantsDeshoulières, fabricant de porcelaine de Limoges, au Dorat (Limousin), bénéficie également de l'appellation Limoges..

Le secteur de la porcelaine représente, en Haute-Vienne, une douzaine de manufactures principales et mille salariés. Les principales manufactures sont les maisons Bernardaud, Haviland, Raynaud, Doralaine (Deshoulières), Royal Limoges. Plusieurs de ces entreprises bénéficient du label Entreprise du patrimoine vivant.

En 2008, la porcelaine de Limoges est inscrite à l'Inventaire du patrimoine culturel immatériel en FranceFiche d'inventaire de la Porcelaine de Limoges à l'inventaire du patrimoine culturel immatériel français, sur culturecommunication.gouv.fr (consultée le 9 octobre 2015)..

En , la France demande que la porcelaine de Limoges soit inscrite sur la liste du Patrimoine culturel immatériel de l'humanité., mais le dossier est finalement retiré par l'État après une observation de la part de l'UNESCO, reprochant à la candidature d'accorder avant tout un souci au devenir commercial de l'activité« Unesco : le dossier de la porcelaine de Limoges provisoirement retiré », Le Populaire du Centre, 23 novembre 2011..