Carl Haller von Hallerstein (1774-1817) est un architecte et archéologue allemand originaire de la région de Nuremberg.

En 1810-1811, il fonde l'association Xénéion, et accompagne les architectes britanniques Charles Robert Cockerell et John Foster et l'archéologue allemand Jacob Linckh dans leurs recherches aux temples d'Aphaïa sur l'île d'Égine et d'Apollon à Bassae dans le Péloponnèse.

Il dessine le fameux chapiteau corinthien du temple de Bassae (détruit lors de son transport).

Il travaille ensuite sur Ithaque, Céphalonie ou Milos et meurt en Grèce avant d'avoir pu publier l'intégralité de ses travaux.

Biographie

Formation Johann Carl Christoph Wilhelm Joachim, baron de Haller von Hallerstein, est né le à Hiltspolstein près de Nuremberg. Il est le huitième enfant d’une fratrie qui en comptait dix. Son père, Carl Joachim Haller von Hallerstein (1733-1793) et sa mère, Sophie Amélie, née baronne von Imhof von Morläch (1739-1788), sont issus de la noblesse franconienne mais sont de modeste fortune. Cette condition financière difficile marque par la suite le parcours de leurs enfants, en particulier, celui de Carl. À seize ans ce dernier entre au service du prince Louis de Nassau-Saarbruck en qualité de page. Ce soutien permet à Carl Haller von Hallerstein de suivre des cours à la Hohe Carlsschule de Stuttgart, une école destinée aux enfants de l’aristocratie wurtembergeoise qui proposait des formations militaires ou artistiques. Après la mort de son protecteur, son fils Henri-Louis de Nassau-Saarbruck continue de soutenir la formation de Haller von Hallerstein qui peut se rendre à Berlin et suit des cours à la Bauakademie fondée en 1799. Il est, entre autres, formé par David Gilly et son fils, Friedrich Gilly. Au sein de cette institution, il côtoie notamment Carl Friedrich Schinkel ou Leo von Klenze De retour à Nuremberg en 1806, Carl Haller von Hallerstein est nommé inspecteur royal des bâtiments. Mais les missions liées à cette fonction l'intéressent peu : il envisage alors un voyage en Italie afin de compléter sa formation d'architecte. En 1808, il décide de se rendre à la cour de Munich avec l'espoir d’obtenir le versement d'appointements destinés à financer son projetEckhard Wirbelauer, « Ce qu'il reste d'un long voyage : Carl Haller von Hallerstein en Grèce (1810-1817) » dans Dominique Dinet, Jean-Noël Grandhomme, Isabelle Laboulais (dir.), Les Formes du voyage, approches interdisciplinaires, Strasbourg : Presses universitaires de Strasbourg, 2010, 399 p..

Le Voyage en Italie 1808-1810 vignette|gauche|Carnet de croquis numéro 4. Arrivé à Rome, après avoir été détroussé par des brigands lors de son passage des Alpes, il entre par la Porta del Popolo le . Haller von Hallerstein visite les musées, découvre les sites antiques ; dès ces années il tient à la fois un journal et des carnets contenant notes et croquis de ses observationsBibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg (Bnu), Ms.2.720, 1, Haller von Hallerstein, Carl, Chemise intitulée « Tagebuch aus Italien 3 juni 1808-30 juni 1809 ». Journal du voyage de Carl Haller von Hallerstein en Allemagne, en Autriche et en Italie, à travers les villes d'Eschenau, Salzbach, Munich, Berlin, Brockdorf, Planitz, Tolz, Schwaz, Innsbruck, Trente, Vérone, Vicence, Padoue, Venise, Bologne, Florence, Rome etc. daté du 3 juin 1808 au 30 juin 1809, 89 fol. Bnu, Ms.2.723,1,1 Haller von Hallerstein, Carl, Carnet numéro 1 : Dessins à l'encre, au crayon et à l'aquarelle d'éléments architecturaux, de paysages, de plans faits dans divers lieux d'Italie en 1809 ; Bnu, Ms.2.723,1, 2, Haller von Hallerstein, Carl, Carnet numéro 2 : Croquis de plans, vues de ville, de statues faites à Rome le 11 avril 1809 ; Bnu, Ms.2.723,1,3, Haller von Hallerstein, Carl, Carnet numéro 3 : Croquis d'éléments architecturaux, vues de villes, faits à Rome le 9 mars 1809 ; Bnu, Ms.2.723,1,4, Haller von Hallerstein, Carl, Carnet numéro 4 : Croquis d'éléments architecturaux, de statues, de paysages fait à Rome et Naples le 12 avril 1810.. Il intègre rapidement les réseaux de sociabilité formé par des voyageurs venus de toute l’Europe ; alors qu’il travaille dans l’atelier de Canova, Haller von Hallerstein est remarqué par les . C’est dans leur entourage qu'il rencontre ses futurs compagnons de voyage : les Danois Georg Koës et Peter Oluf Brönstedt, le Balte Otto Magnus von Stackelberg et l’Allemand Jacob Linckh originaire de Stuttgart. Les deux premiers sont à Rome depuis l'été 1809 pour y étudier l’archéologie et l’épigraphie, ils ont suivi des cours de philologie en Allemagne et à Paris. Alors que Stackelberg et Linckh se distinguent davantage par leurs talents d’artistes, tous sont portés par une passion commune pour l’Antiquité classique qui nourrit leur imaginaire et leur soif de découvertes.

Ces rencontres vont profondément modifier la nature du voyage projeté par Carl Haller von Hallerstein. En 1810, Georg Koës et Peter Olaf Brönstedt proposent de se rendre en Grèce, province de l’Empire ottoman située en marge des affrontements qui opposaient les grandes puissances européennes à cette époque. Il s’agit alors d’une contrée relativement peu explorée et d’une destination périlleuse ; en effet, la traversée de la mer Adriatique supposait de prendre le risque de se trouver pris dans les affrontements entre flottes française et anglaise pour le contrôle des îles ioniennes par les autorités impériales qui en avaient obtenu la souveraineté lors du Traité de Tilsitt en 1807Eckhard Wirbelauer, « Ce qu’il reste d’un long voyage : Carl Haller von Hallerstein en Grèce (1810-1817) » dans Dominique Dinet, Jean-Noël Grandhomme, Isabelle Laboulais (dir.), Les Formes du voyage, approches interdisciplinaires, Strasbourg : Presses universitaires de Strasbourg, 2010, .. Les voyageurs danois sont rapidement rejoints par Stackelberg, Linckh et, après quelques hésitations, par Haller von Hallerstein. Ils forment plus tard le souhait de publier à partir de leurs découvertes un ensemble qui prendrait la forme d’une livraison de plusieurs ouvrages qui traiteraient des plus beaux monuments de la Grèce.

Le Voyage en Grèce 1810-1817 Au printemps 1810, Koës et Brönstedt obtiennent une reconnaissance officielle de leur projet de voyage en Grèce, présenté comme une mission du gouvernement danois auprès de la Sublime Porte ; ce soutien leur permet d’obtenir les autorisations nécessaires pour se rendre dans cette province de l’Empire ottoman. Au sein du groupe, Stackelberg et Linckh sont présentés comme des « voyageurs », alors que Haller von Hallerstein se voit confier la charge de secrétaireKlaus Frässle, Carl Haller von Hallerstein (1774-1817), [Thèse pour l’obtention du diplôme de docteur de la faculté de philosophie de l‘Université Albert-Ludwig de Fribourg-en-Brisgau], Fribourg-en-Brisgau, 1971, .. Une fois ces formalités remplies, les cinq compagnons quittent l’Italie pour la Grèce.

Après une traversée périlleuse de la Mer Adriatique, marquée notamment par un report d'une première tentative en raison d'une tempête, le groupe de voyageurs débarque sur l'île de Corfou, avant de rejoindre Patras, Corinthe et enfin Athènes à la mi-Klaus Frässle, Carl Haller von Hallerstein (1774-1817), [Thèse pour l’obtention du diplôme de docteur de la faculté de philosophie de l‘Université Albert-Ludwig de Fribourg-en-Brisgau], Fribourg-en-Brisgau, 1971, .. Les voyageurs s'intègrent aux autres Européens présents en Grèce à cette époque, ils se lient d'amitié, notamment avec les architectes anglais John Foster et Charles Robert Cockerell, mais aussi avec Louis François Sébastien Fauvel, vice-consul de France ou avec Georg Gropius vice-consul du Royaume-Uni puis consul d'Autriche.

Parcours et principales découvertes dans le Péloponnèse 1810-1812 Les trois premières années du séjour en Grèce de Carl Haller von Hallerstein sont essentiellement consacrées à l’exploration du Péloponnèse et de l’Attique. En général, ces expéditions durent plusieurs mois, la composition des groupes évolue au gré des possibilités et des disponibilités de ses compagnons de voyage. Les moyens financiers limités dont il dispose le contraignent souvent à renoncer à des déplacements trop lointains, ce qui explique pourquoi, il privilégie la découverte du Péloponnèse aux périples en Asie mineure effectués par Stackelberg ou Cockerell. Les itinéraires et le choix des étapes du voyage s’appuient sur les récits de voyages publiés par leurs prédécesseurs sur ces lieux, mais aussi sur les conseils de Sébastien Fauvel ou de Georg Gropius. Dès le mois d’, il se rend avec Koës et Brönstedt en Argolide en passant par l’île de Hydra. Ils visitent Mycènes, Tirynthe et le site d’Épidaure, avant de repartir pour Athènes en faisant halte à Argos, Némée et à Corinthe. De mauvaises conditions météorologiques les empêchent d’effectuer des relevés dans des conditions idéales. En 1811, Haller von Hallerstein accompagné de Cockerell, Foster et de Linckh se rend sur l’île d’Égine pour explorer le site du temple attribué, à cette époque, à Jupiter PanhelleniusCarl Haller von Hallerstein, Georges Roux (éd.), Le Temple de Bassae : relevés et dessins du temple d'Apollon à Bassae, conservés à la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg, Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg, Strasbourg, 1976, . connu aujourd'hui sous le nom de Temple d'Aphaïa. Ils découvrent ensemble les restes du fronton du temple depuis attribué à Aphaïa. Les statues en marbre sont immédiatement transférés à Athènes puis Zante et enfin, en raison de la crainte d'un débarquement français sur cette île alors occupée par les Anglais, vers l'île de Malte. Après des tractations entre grandes puissances et certaines dissensions entre les voyageurs, les marbres du fronton du temple d'Egine sont acquis par Louis de Bavière, le prince héritier de ce royaume. Ils forment ainsi les premiers éléments des collections antiques bavaroises.

Emportés par l’euphorie de la découverte des fameux marbres, les trois amis prolongent leur séjour en se rendant à Phigalie sur le site du temple d'Apollon à Bassae. Leurs fouilles y sont interrompues sur ordre de , le gouverneur de la Morée. Ils sont contraints de repartir et décident de visiter Karýtena, Mégalopolis, Kalamata, les sites de Lycosura et de Messène. Ils traversent ensuite le massif du Taygète en direction de Sparte avant de traverser l’Argolide en faisant étape à Argos, Tirynthe, Nauplie, Épidaure, Mycènes, Némée et Corinthe. Au mois de novembre, les voyageurs retournent à Athènes après être passés par Mégare et Éleusis.

À la fin de l’année 1811, Haller von Hallerstein est le dernier à demeurer à Athènes, ses compagnons - à l’instar de Cockerell parti pour l’Asie mineure - se sont dispersés. Malgré ses difficultés financières, il est contraint d’entreprendre un voyage sur l’île de Zante pour encadrer l’embarquement des statues d’Égine pour Malte. Il y reste environ un mois avant de repartir pour le Péloponnèse, il débarque à Chiarenza (aujourd'hui Kyllini) puis longe la côte septentrionale de la péninsule pour retourner à Athènes.