Le Capitole (en latin : Capitolinus Mons, en italien : Campidoglio) est l'une des sept collines sur lesquelles Rome a été fondée. C'est le centre religieux de la ville avec le Temple de Jupiter capitolin consacré à la triade Jupiter, Junon et Minerve. Par extension chaque cité romaine se doit d'avoir son Capitole.
Son altitude est de sur lArx (actuelle basilique Santa Maria in Aracoeli ), de dans lAsylum (actuelle place du Capitole) et de sur le Capitole proprement dit (palais Caffarelli al Campidoglio).. Le Palais sénatorial est également le siège de la municipalité de Rome.
Description
À l'origine, le Capitole ne fait pas partie des Septeme montes des et . Avec le Quirinal, le Capitole forme un ensemble considéré comme distinct par rapport aux autres collines dont le mont Palatin occupe le centre. Ce n'est que plus tard , une fois la ville étendue, que la colline devient une des sept collines de la Rome classique.
Le Capitole est la plus petite de ces sept collines, avec une longueur de pour une largeur moyenne de . Il se trouve entre le Forum Romain et le Champ de Mars. La colline est entourée par des falaises raides de tous côtés excepté à l'est, où elle est accessible via une rampe (Clivus Capitolinus) depuis la vallée du Forum Romain. C'est du côté du Tibre que se trouve la célèbre roche Tarpéienne, du haut de laquelle les traîtres à la patrie sont précipités durant la période de la Rome antique. C'est pourquoi le Capitole est considéré comme une forteresse naturelle de Rome, offrant de nombreuses possibilités de défense. De plus, sa position stratégique au cœur des voies de communications terrestres et fluviales, dominant d'un côté le fleuve Tibre et de l'autre côté la plaine du Forum romain, près du gué de l'Île Tibérine, permet aux Romains de contrôler la traversée et la remontée du fleuve.
Le mons Capitolinus se compose de deux collines boisées reliées entre elles par une dépression. Au nord, la colline de l'Arx, de hauteur, est fortifiée dès l'origine de Rome. C'est ce sommet qui constitue la véritable citadelle (en latin, arx signifie « citadelle » ou « forteresse »Dictionnaire Gaffiot 1934). Au sud, le deuxième sommet est baptisé Capitolium. Il s'agit du Capitole proprement dit, culminant à . C'est sur ce sommet que se trouve le complexe religieux. Son nom vient du latin caput qui signifie « tête », mais aussi « principal »Dictionnaire Gaffiot 1934. Le Capitole est le Caput Urbis, c'est-à-dire littéralement « l'endroit principal de la ville », ou tout simplement le « chef-lieu », puisqu'il est d'abord le centre religieux de Rome. Les deux sommets sont reliés par lAsylum ou lIntermontium, une dépression de de hauteur, actuellement occupée par la place moderne du Capitole.
Histoire Époque archaïque
Selon la tradition romaine, le premier établissement sur la colline est fondé par le dieu Saturne (où il y avait aussi un temple dédié au dieu), où les Grecs dirigés par Hercule ont été accueillis.
Étant donné sa situation et son aspect de roche inexpugnable, le Capitole constitue un site idéal pour une occupation précoce, peut-être dès l'âge du bronze comme semblent l'attester des fragments de céramiques datés du , retrouvés dans la vallée du Vélabre où ils ont été réutilisés comme remblai. Cette première découverte est confirmée par la mise au jour de céramiques dans la dépression de lIntermontium, au pied du capitole, dans l'aire de Sant'Omobono et dans les fouilles du , dont certaines remontent à l'âge de bronze final. Ces fragments correspondent à une production à petite échelle et non à celle d'une ville ce qui montre qu'à cette époque, la colline n'est encore occupée que par un ou plusieurs villages isolés. Ce premier secteur d'habitation s'est ensuite étendu dans la plaine en contrebas jusqu'à la zone occupée plus tard par l'arc d'Auguste, à l'extrémité orientale du Forum Romain.
Les recherches archéologiques menées dans le secteur du palais des Conservateurs tendent à confirmer les légendes sur les origines de la ville : les traces d'une occupation ont été repérées à laquelle se rattachent quelques sépultures d'enfants et les témoignages diffus d'une activité artisanale, liée au travail des métauxCommune di Roma, Les musées capitolins, guide, Le Capitole, pp. 4-10..
Selon la tradition, peu après la fondation de Rome, dans cette petite vallée centrale, Romulus institue un asile sur le Capitole (Asylum), un refuge à caractère sacré destiné aux vagabonds, esclaves et hommes libres, venus des centres voisins.
Pour se venger de l'enlèvement des Sabines, les Sabins attaquent les Romains et déclenchent une guerre. Quelque temps plus tard, la colline subit une attaque des troupes de Titus Tatius qui s'emparent de la citadelle du Capitole après la trahison de Tarpeia dont le nom dérive de l'ancien nom de la colline : le mons Tarpeius. Pour mettre fin au conflit, les Sabines kidnappées, désormais épouses et mères de Romains, interviennent pour réconcilier les belligérantsTite-Live, Ab Urbe condita, I, 11-13.. Cette guerre se conclut par un accord entre Romains et Sabins ayant pour conséquence le fusionnement des deux peuples.
Selon l'historien Tacite, le Capitole, ainsi que le forum romain sous-jacent, ont été ajoutés à la Roma quadrata de Romulus par Titus TatiusStrabon, Geografia, V, 3,7; Tacite, Annales, XII, 24.. La découverte d'un crâne lors de la construction du Capitole permet au devin Caleno de prédire que Rome deviendra la première ville de l'univers.
Époque républicaine
Le Capitole devient la véritable acropole sacrée de la ville : les derniers rois de la tradition romaine, les Tarquins, bâtissent le temple de Jupiter capitolin mais sa dédicace n'aurait eu lieu qu'en , date symbolique de la première année de la République. Ce temple devient le symbole de la civilisation romaine, et est reproduit dans toutes les nouvelles villes fondées par Rome.
Des travaux sur la colline sont réalisés par le cinquième roi de Rome, Tarquin l'Ancien, qui construit l'entrée triomphaleEutrope, Breviarium ab Urbe condita, I, 6.. Le mur servien est agrandi pour inclure la colline entière.
En , une troupe de quatre mille Sabins menée par Appius Herdonius parvient à s'emparer de la collineDenys d'Halicarnasse, Antichitiquités romaines, X, 14.. Avec ce coup, ils tentent de prendre la ville qui résiste pendant quatre jours. Appius Herdonius est finalement vaincu, capturé et tué par les Romains menés par le consul Publius Valerius Publicola (consul en -475), qui meurt également à la suite des combats<ref>Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, X, 15-16.</ref>. Après la guerre contre les Sabins, le Campidoglio et le Quirinal sont incorporés à la ville. Cet évènement renvoie à la prise du Capitole par les Sabins de Titus Tatius et lie un peu plus la colline aux Sabins.
L'ancienne voie d'accès carrossable au Capitole est le Clivus Capitolinus, une continuation de la Voie Sacrée, qui commence près du temple de Saturne : un tronçon notable de celle-ci est encore visible après le portique des Dieux Conseillers ; plus loin, la route s'est effondrée. , elle continue probablement en ligne droite, puis tourne pour déboucher devant le temple de Jupiter capitolin où se trouve lauguraculum ou clôture de salutation, l'espace consacré orienté vers les points cardinaux, où sont effectués les haruspices. En 216 av. J.-C. y est également construit un temple dédié à Concorde (différent de celui du Forum romain).
Le nom de la colline dérive probablement de la tête de guerrier nommée Tolo ou Olo trouvée lors des fouilles des fondations du temple de Jupiter capitolin (Capitolium), ou temple de Jupiter Optimus MaximusVarron, De lingua latina, V, 7, 1., dédié à la triade capitoline (Jupiter, Junon et Minerve), qui dans l'Antiquité occupait le deuxième sommet et n'était qu'un autelZonara, Epitome, VII, 11.. Le temple actuel de Jupiter est commencé, selon la tradition, par Tarquin l'Ancien et terminé par Tarquin le Superbe, mais selon Tite-Live, il n'est consacré qu'en , lors de la première année de la République romaineTite-Live, Periochae ab Urbe condita libri, 1.27.. Le sacrifice final des triomphes romains y a lieu, qui se terminait auparavant au temple de Jupiter Férétrien, remontant à Romulus, dont le nom fait peut-être référence au chêne, l'arbre sacré qui poussait sur la colline et auquel Romulus accrocha ses armes lors du combat avec le roi ennemi (dépouilles opimes). De plus, le temple de Jupiter incorporait les sanctuaires de Terminus et IuventasTite-Live, Periochae ab Urbe condita libri, 1.28.Florus, Epitoma de Tite-Live, bellorum omnium annorum DCC, I, 7.8. (selon le traditionalisme religieux romain, on préférait incorporer plutôt que détruire). Le bâtiment a subi de nombreuses restaurations et reconstructions. C'est lors de la fouille de ses fondations que fut retrouvé un crâne humain attribué à l'époque à Aulus Vipsania (ou Vibenna), l'un des comites du héros Mastarna (Servius Tullius - l'autre était son frère Caelius Vibenna) ; à partir de là, on suppose que toute la colline a pris son nom : caput Auli d'où capitolium.
En , lors d'une invasion des Gaulois, la colline du Capitole est le théâtre d'un des épisodes les plus célèbres, celui des Oies du Capitole. Le cri des oies conservées dans l'enceinte sacrée du temple de Junon, auraient, selon la légende, donné l'alerte à la garnison, sauvant ainsi la citadelle, dernier refuge des Romains. En mémoire de l'épisode, le temple de Junon Moneta (pièce de monnaie ou « admoniteur ») est érigé en 345– sur la colline de l'Arx : la première Monnaie (institution) est située dans le temple de Junon, une fabrique de pièces de monnaie nommée d'après le temple, d'où dérive le terme actuel de « pièce de monnaie ».
Immédiatement après le siège gaulois de , les défenses sont renforcées avec un mur en correspondance de la dépression centrale de la colline, qui sert d'ouvrage de sous-structures (c'est-à-dire de confinement des pentes) et de fortification. Cependant, il tombe rapidement en désuétude après la construction de la muraille Servienne en Une série de portes s'ouvrent dans ce mur défensif : une vers le forum romain, Porta Saturnia, près du temple de Saturne, ou Porta Capitolini (mons), ou Porta Tarpeia, ou Porta Pandana, ou sempre aperta (« toujours ouverte ») pour les Sabins à la suite de l'accord entre Romulus et Titus Tatius., qui permet l'accès depuis le clivus Capitolinus, le chemin suivi par les processions des triomphes ; une deuxième porte, Porta Catularia, s'ouvre du côté opposé pour un axe routier montant (clivus) venant du Campo Marzio, tandis qu'une troisième porte, Porta Carmentalis, vers le sud-ouest, permet l'entrée de l'escalier du Centum gradus, dont le nom évoque les cent marches qui descendent de Fornix Calpurnius du côté de la roche Tarpéienne, vers le théâtre de Marcellus. D'autres noms de portes du Capitole nous ont été transmis : Porta Flumentana, peut-être au nord-ouest, et Porta Fontinalis ou peut-être Ratumenna au nord-est.
Un autre accès depuis le Forum romain est constitué par l'escalier des Scalae Gemoniae, qui monte à l’Arx, correspondant peut-être avec l'escalier actuel, passant entre le Tullianum et le temple de la Concorde ; les corps des personnes exécutées de la prison voisine pour le crime de lèse-majesté sous l'empereur Tibère y sont jetés. Le gradus Monetae, l'escalier menant au temple de Junon Moneta, est probablement un prolongement des Scalae Gemoniae au point culminant de la citadelle.