La Société des Cincinnati (Society of the Cincinnati), ou l'ordre de Cincinnatus, est la plus ancienne société patriotique américaine, fondée par George Washington le et composée de ceux qui s'étaient distingués pendant la guerre d'indépendance des États-Unis. Elle est formée de 13 sociétés d'États, correspondant aux 13 États américains existants lors de la constitution des États-Unis, ainsi que d'une société française nommée Société des Cincinnati de France. La coordination des activités de ces 14 sociétés est assurée par une société générale (The General Society of the Cincinnati) dont le siège est à Anderson House à Washington (district de Columbia).

La création de cette société a été critiquée par Benjamin Franklin et John Adams qui craignaient de voir dans cette organisation la constitution d'une nouvelle noblesse dans une société républicaine, en reprochant surtout le caractère héréditaire des membres de la société. Le comte de Mirabeau a repris la même critique dans un pamphlet publié à Londres.

Cette société subsiste de nos jours aux États-Unis. Elle est tombée en léthargie à la mort de Washington pour redevenir active aux États-Unis en 1854. Elle a été refondée en 1925 en France. Elle continue de réunir les descendants des membres d'origine ainsi que quelques membres honoraires. Les Cincinnati veulent promouvoir les valeurs de liberté, d'initiative, de dévouement au bien commun et de responsabilité qui ont fait la réussite des États-Unis. Ils s'attachent également à maintenir les liens privilégiés établis entre les États-Unis et la France à l'occasion de la guerre d'Indépendance et prolongés durant les deux guerres mondiales.

Origine du nom et de l'insigne de la Société thumb|150px|Médaille de l'Ordre de Cincinnati de Tadeusz Kościuszko.|alt= Il s'agit d'une « société d'amis », expression que l'on retrouve à cette époque dans toutes les sociétés proches des quakers, comme les « Amis de la Constitution ».

Son nom de Cincinnatus fut choisi en référence au héros romain, qui, alors que la patrie était en danger, fut appelé par le Sénat pour prendre la tête des armées de la République, et qui, après avoir victorieusement servi son pays, fondit son épée pour la transformer en soc de charrue et retourna, loin des honneurs, labourer ses terres pour continuer à le servir par son travail.

Les membres portent une médaille dessinée par le major Pierre Charles L'Enfant (1754-1825), qui fut le premier secrétaire français. Cette médaille dorée se présente sous la forme d'un aigle à tête blanche (bald eagle) chargé d'un médaillon illustrant l'histoire de Cincinnatus sur un fond bleu, avec, à l'avers, ce citoyen romain exemplaire représenté quittant sa charrue pour servir l'État entouré de la légende « OMNIA – RELINQT – SERVARE – REMPU », « Il abandonna tout pour servir la République », et au revers, le retour de Cincinnatus au labour avec la devise « VIRT – PRAEM – SOCI – CIN – RUM – INST– AD 1783 », « en récompense de la bravoure – Société des Cincinnati fondée en 1783 après J-C. ». La médaille est tenue par un ruban bleu clair bordé de blanc.

Statut juridique de la Société Juridiquement, l'appartenance à la Société des Cincinnati ne saurait être considérée comme une appartenance à un ordre national américain (Washington n'étant pas chef d'État lorsqu'il la fonda), mais comme l'appartenance à une association patriotique héréditaire. Ses membres se distinguent par le port d'un insigne et non d'une décoration.

Louis XVI, cependant, par lettres du et du , reconnaît en France les membres de cette société américaine comme appartenant au . L'insigne se portait après la croix de Saint-Louis.

De nos jours, la Société des Cincinnati de France, supprimée en 1792 et refondée en 1925, est une association reconnue d'utilité publique par décret du Journal officiel du 21 juillet 1976 - page 4340.

Création de la Société thumb|right|Anderson House, siège de la Société américaine. Quelques mois avant la signature du traité de Versailles consacrant l'indépendance des États-Unis, le , le général Henry Knox et un Prussien, le baron von Steuben, qui avait pris une part importante à la formation de l'armée américaine, eurent l'idée de fonder une association d'anciens officiers. L'objet en était d'entretenir les liens d'amitié établis entre camarades de combat sur le point d'être démobilisés et ensuite dispersés sur le territoire américain, déjà vaste ; maintenir le culte du souvenir ; défendre les intérêts de ses officiers face à un Congrès peu généreux à leur égard ; et, enfin, faire preuve de patriotisme exemplaires, notamment en encourageant l'unification des treize États d'origine, dont certains ne tenaient pas à perdre leur indépendance au profit d'un État fédéral gourmand. Cette société, dont les objectifs sont pourtant de veiller au respect et à la transmission des principes qui fondèrent la république américaine, mais qui admet une appartenance fondée sur l'hérédité, fut un temps considérée par certains aux États-Unis comme difficilement compatible avec l'esprit républicain.

Le principe héréditaire fut appliqué dès les premières années de la Société : la société du Maryland admit le fils du major général Johann de Kalb, mort en 1780 des blessures reçues à la bataille de Camden, en représentation de son père.

left|thumb|George Washington, premier président de la société.|alt= L'organisation des Cincinnati comporta, dès sa création, treize sociétés, une par État d'origine, à savoir : New Hampshire, Massachusetts, Rhode Island, Connecticut, New York, New Jersey, Pennsylvanie, Delaware, Maryland, Virginie, Caroline du Nord, Caroline du Sud et Géorgie. Le général George Washington se préoccupa rapidement de maintenir les liens avec les camarades de combat français et la France sans laquelle la victoire sur les Anglais n'aurait pas été possible. C'est à son initiative que fut créée la branche française; le nombre des branches coiffées par la Society of the Cincinnati s'éleva donc à quatorze.

La Society of the Cincinnati vit le jour le , et se donna pour premier président le général George Washington le de la même année; il le demeura jusqu'à sa mort en 1799.

Portraits des fondateurs

Objet et principes constitutifs de la Société thumb|Certificat de membre de la Society of the Cincinnati ().|alt= La raison d'être de cette nouvelle confrérie avait été définie en ces termes :

Histoire des Sociétés d'États américaines thumb|Le marquis de La Fayette.|alt= Bien que la plupart des sociétés d'États aient négligé de tenir des archives au début de leur existence, on s'accorde aujourd'hui à penser qu'en 1790, ils étaient , alors que officiers ayant pris part à la guerre d'indépendance auraient été admis s'ils avaient fait acte de candidature.

Manifestement, Knox voulait que la Société générale fût une clé de voûte, un facteur de coordination et de sauvegarde des principes énoncées plus haut, de même qu'un ciment entre États. Dans un premier projet, Henry Knox avait prévu que la Société se réunirait en assemblée générale, comportant le président général et les représentants de toutes les sociétés d'États, seulement tous les trois ans. Cependant, cette disposition fut rapidement annulée et l'Assemblée générale devint annuelle.

Ils demeurèrent influents jusqu'au début des années 1790. Par exemple, lorsqu'ils fut question de réformer la constitution américaine dans le sens du renforcement du pouvoir exécutif au détriment de celui du Congrès, vingt-et-un sur les cinquante membres de la Convention chargée de cette réforme étaient des Cincinnati ; de plus, George Washington leur fit une grande place dans le gouvernement formé après l'adoption de cet amendement.

Mais, peu après, les Cincinnati perdirent insensiblement leur dynamisme ; seules sept sur les treize sociétés d'État se firent représenter à l'assemblée annuelle en 1790. Elles ne furent que cinq en 1796 et deux seulement en 1799 alors que Washington se mourait.

À partir de ce moment, la Société tomba en léthargie. Il en fut de même pour la plupart des sociétés d'État.

Sept d'entre elles se réveillèrent de temps à autre, mais au moins une d'entre elles se saborda tout à fait en 1802 : celle du Delaware. La Société disparut pendant un demi-siècle, si on excepte trois tentatives, dont celle de 1838 à laquelle ne participèrent que le président général, le secrétaire général et le délégué de Pennsylvanie. Lors du voyage triomphal de La Fayette aux États-Unis en 1824-1825, les Cincinnati accueillent à plusieurs reprises le "héros des deux mondes". Par exemple le , il est accueilli par les Cincinnati de New York pour un grand buffet d'honneurÉtienne Taillemite, Lafayette, Fayard, Paris, 1989, .

On n'en continuait pas moins à désigner, certes d'une manière bien artificielle, des Présidents généraux, toujours choisis parmi les vieillards, anciens combattants de l'Indépendance. Le dernier d'entre eux mourut en 1848.

L'institution renaquit de ses cendres en 1854 sous la présidence énergique de Hamilton Fish, qui fit adopter un assouplissement considérable des conditions d'admission ainsi que la faculté, pour chacune des sociétés d'État, d'introduire certaines variantes dans leurs statuts, en fonction des conditions locales, tout en conservant l'essentiel. Ces mesures réalistes, de même que la personnalité attachante de Fish, eurent des conséquences heureuses : en quelques années, l'organisation comptait de nouveau 800 membres.

Tout naturellement, la guerre de Sécession (1861-1865) interrompit le fonctionnement de l'association, car il y avait des Cincinnati dans les deux camps, mais la réconciliation fut rapide entre collègues peu après la fin des hostilités.

Les Cincinnati attendirent le début du pour se réconcilier avec l'Angleterre. En 1947, ils allèrent même jusqu'à accueillir dans leur sein Winston Churchill, en sa qualité de descendant par sa mère d'un officier américain qui avait combattu contre les Britanniques.

Les Cincinnati s'organisèrent peu à peu. Le premier annuaire général parut en 1929. Dès lors, on connut de manière exacte les effectifs de chacune des quatorze sociétés ; avant cela, il n'y avait rien de sûr.

La Société des Cincinnati de France thumb|right|L'amiral d'Estaing, premier président de la Société des Cincinnati de France. vignette|Plaque hôtel de Rochambeau, 40 rue du Cherche-Midi (Paris). La Société des Cincinnati de France fut fondée en 1783 (approuvée par le roi Louis XVI le à Versailles) sous la forme d'une société d'amis par ceux des officiers français qui, ayant combattu pour l'indépendance des États-Unis d'Amérique avaient, à ce titre, été invités par la Société générale des Cincinnati des États-Unis à en devenir membres à part entière, sous réserve de l'agrément du roi Louis XVI..

Dans une lettre du , la Société des Cincinnati avait désigné les Français qui devaient recevoir la médaille de l'ordre de la Société et qu'elle avait l'honneur de considérer comme ses membres : le chevalier de La Luzerne, ministre plénipotentiaire, le sieur Gérard, ancien ministre plénipotentiaire, le comte d'Estaing, le comte de Grasse, le comte de Barras, le chevalier des Touches, les amiraux et commandants de la Marine, le comte de Rochambeau, commandant en chef, les généraux et colonels de son armée Elle tint sa première assemblée générale le . À cette première réunion qui se tient dans l'hôtel du comte de Rochambeau, rue du Cherche-Midi, sont présents :