Alep (en / ḥalab) est une ville de Syrie, chef-lieu du gouvernorat d'Alep, le gouvernorat de Syrie le plus peuplé, situé dans le nord-ouest du pays. Pendant des siècles, Alep a été la ville la plus grande de la région syrienne et la troisième plus grande ville de l'Empire ottoman (après Constantinople et Le Caire). Avec une population de en 2004., Alep était la ville la plus peuplée du pays et du Levant avant l'arrivée de la guerre civile.

Située à l'emplacement de l'antique Bérée (en / Béroia ; en ), Alep est une ancienne métropole, l'une des plus vieilles villes du monde à avoir été constamment habitée, étant habitée depuis le millénaire Son importance historique est attribuée à son emplacement stratégique en tant que centre de commerce à mi-chemin entre la mer Méditerranée et la Mésopotamie (l'Irak moderne), puis à sa situation sur la route de la soie.

Lorsque le canal de Suez a été inauguré en 1869, le commerce a été dévié vers la mer et Alep commença à décliner doucement. À la chute de l'Empire ottoman après la Première Guerre mondiale, Alep céda le nord de son arrière-pays à la Turquie moderne de la même manière que le chemin de fer Berlin-Bagdad.

Dans les années 1940, la ville a perdu son principal accès à la mer lorsqu'Antioche et Alexandrette sont rattachées à la Turquie. Ce déclin a contribué à la préservation de l'ancienne ville d'Alep, son architecture médiévale et son patrimoine traditionnel classé au patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco en 1986. Au cours des années 1990 et 2000, la ville montre un nouveau dynamisme et une forte croissance, mais elle subit d'importantes destructions au cours de la bataille d'Alep de 2012 à 2016.

Toponymie

Le nom francophone Alep dérive du nom arabe prononcé Halab. Une hypothèse fait remonter ce mot à l'amorrite Halaba au deuxième millénaire av. J.-C. signifiant en référence à la couleur de la terre et du marbre abondant dans la région The origin of the name Aleppo.. Elle a aussi pour surnom en arabe moderne ach-Chahbaa''' (الشهباء), qui veut aussi dire .

Géographie La ville d'Alep est située au nord-ouest de la Syrie, au bord de la rivière Qouweiq (connue pour le massacre portant son nom), sur un plateau à d'altitude, à de la mer Méditerranée et à de la frontière turque.

Climat Alep est soumis à un climat semi-aride subtropical (Köppen : BSh, Trewartha: Bshk), plutôt sec et avec des influences continentales se caractérisant par des étés très chauds et secs et par des hivers frais et pluvieux contrairement au sud de la Syrie, caractérisée par un climat désertique chaud.

Histoire vignette|Monnaie frappée en la cité d'Alep.

Antiquité C'est une des plus anciennes villes habitées au monde : elle existe déjà à l'époque paléo-babylonienne (2004–1595 ), sous le nom de Halab. Des fouilles archéologiques à Tell as-Sawda et Tell al-Ansari, juste au sud de l'ancienne ville d'Alep, montrent que la zone était occupée par les Amorrites au moins dans la dernière partie du millénaire ; de plus Alep est mentionnée pour la première fois dans des tables cunéiformes exhumées à Ebla et en Mésopotamie, faisant partie de l'État amorrite de Yamkhad et connu pour ses compétences militaires et commerciales.

En 1595 av. J.-C., elle est prise par les Hittites et devient une grande étape pour les caravanes entre la Syrie et la Mésopotamie.

Vers l'an mille , Alep devient la plaque tournante du marché du savon dans le monde connu, position qu'elle garde jusqu'aux temps modernes. En 738 av. J.-C., elle est rattachée à l'Assyrie sous le nom de Halman. Elle est conquise par Alexandre le Grand en 333 av. J.-C. et passe ensuite aux Séleucides, avec Séleucos qui y établit une colonie hellénistique baptisée Beroia, d'après la ville éponyme de Macédoine (et francisée en Béroé). Le Nord de la Syrie est alors en plein épanouissement économique et culturel et certaines cités, comme Beroia, jouissent d'une grande autonomie avec une boulè prenant des mesures sans contraintes Robert R. Phenix, The sermons on Joseph of Balai of Qenneshrin, 2008. au sein de l'Empire séleucide. L'Ancien Testament y signale l'existence d'une tour remplie de cendres où l'on jetait les condamnés, qui y périssaient par asphyxie.

Elle est ensuite occupée en 88 par Tigrane le Grand et entre dans le royaume d'Arménie, mais Tigrane est vaincu par les Romains et Pompée fait de la Syrie en 64 une province romaine. Cela donne une certaine stabilité à la région pendant trois siècles dont Beroia profite largement. La province est administrée par un légat. L'administration et l'élite continuent à parler grec qui sert également de lingua franca dans tout le Moyen-Orient.

La prospérité de la période romaine implique un accroissement de population, notamment dans le Nord de la Syrie, qui se poursuit avec encore plus d'intensité sous l'ère byzantine, jusqu'à la fin du . Beroia est à la fin de l'Antiquité la deuxième ville de Syrie romaine après Antioche (capitale de la Syrie romaine et troisième ville de l'Empire romain). Les découvertes archéologiques apportent la preuve d'une grande densité de population et de nombreux villages dans le Nord de la Syrie entre Antioche et Beroia, jusqu'au . Il y avait de grands domaines agricoles, des villas romaines et de grandes églises, comme en témoignent les ruines de l'église Saint-Siméon-le-Stylite au mont Siméon Robert R. Phénix, . Beroia est citée dans le deuxième livre des Maccabées (13, 3) de l'Ancien Testament.

Période romaine et byzantine vignette|La mosquée d'Abraham de la citadelle d'Alep, ancienne église byzantine.

Les noms de plusieurs évêques de Beroia de la province de Syria Prima sont rapportés dans les documents écrits qui nous sont parvenus. L'un des premiers est saint Eustathe d'Antioche qui, après avoir été évêque de Beroia, est devenu patriarche d'Antioche, juste avant le premier concile de Nicée en 325. Son successeur sur le siège de Beroia est l'évêque Cyrus dont on rappelle la fidélité au symbole de Nicée qui lui vaut l'exil de la part de l'empereur Constance II. Après le concile de SéleucieSéleucie d'Isaurie, actuelle Silifke. en 359, convoqué par Constance, Mélèce est transféré de Sebastia à Beroia (Béroé), mais l'année suivante, il est promu au siège d'Antioche. Son successeur à Beroia est Anatolius qui assiste au concile d'Antioche en 363. Sous la persécution de l'empereur Valens, l'évêque est un certain Theodotus, ami de Basile le Grand. Acace de Béroé lui succède et reste en place pendant cinquante ans. Il participe au premier concile de Constantinople en 381 et au concile d'Éphèse de 431. Théoctiste arrive ensuite en 438. Il participe au concile de Chalcédoine en 451 et signe en 458 une supplique des évêques de la province de Syrie à l'empereur Léon le Thrace à propos du meurtre de Protérius d'Alexandrie. En 518, l'empereur Justin exile l'évêque de Béroé (Beroia) Antonin pour avoir rejeté le concile de Chalcédoine. Le dernier évêque connu de ce siège est Megas, qui participe à un synode en 536, convoqué par Mennas de Constantinople Michel Lequien, Oriens christianus in quatuor Patriarchatus digestus, Paris 1740, Vol. II, coll. 781-786.Raymond Janin, v. 2. Berrhée dans Dictionnaire d'Histoire et de Géographie ecclésiastiques, vol. VIII, 1935, coll. 887-888.. Après la conquête arabe, Béroé cesse d'être un siège ecclésiastique. C'est aujourd'hui un siège titulaire (in partibus) pour l'Église catholiqueAnnuario Pontificio 2013 (Libreria Editrice Vaticana 2013 ), ..

Quelques rares éléments architectoniques demeurent de cette période, notamment dans la citadelle d'Alep. Ses deux mosquées sont d'anciennes églises byzantines reconverties en mosquéesJulia Gonnela, 2008, . sous les Mirdassides au .

Moyen Âge

vignette|Entrée de la citadelle avant la guerre civile syrienne. vignette|Au caravansérail Al-Wazeer à Alep ().

En 540, le roi persan sassanide Khosro incendie la ville; que Justinien reprendra et rebâtira.

Elle est conquise par les Arabes commandés par Khalid ibn al-Walid en 637. La ville s'étend et de nouveaux remparts sont érigés pour intégrer l'expansion. Les musulmans bâtissent les principaux monuments de la ville : la grande mosquée, bâtie en 715 par le calife Al Walid, reconstruite en 1129 par Nur ad-Din, la Madrassé Halawiyé (école), sur l'emplacement de l'ancienne cathédrale Sainte-Hélène, la citadelle, bâtie par l'émir hamdanide Ali Sayf al-Dawla, les souks (marchés couverts), les khans (caravansérails).

Sous les Omeyyades, la ville connaît une certaine stagnation. En 944, elle devient la capitale des Hamdanides. C'est l'âge d'or d'Alep. L'émir Sayf al-Dawla en fait un prestigieux centre littéraire et le point chaud de la lutte entre les musulmans et les Byzantins. En 962, Alep est prise et incendiée par le général byzantin Nicéphore II Phocas. La ville est reprise par les Hamdanides et reconstruite mais ne recouvre pas sa splendeur. Elle passe ensuite aux Fatimides puis aux Seldjoukides. Possession du sultanat de Roum, elle est conquise en 1086 par Tutuş, émir de Damas, qui se proclame ensuite sultan seldjoukide de Syrie. À sa mort, ses émirats sont partagés entre ses deux fils, qui se détestent. Il va s'ensuivre une rivalité entre les deux émirats qui va survivre longtemps à l'extinction de la descendance de Tutuş.

En 1098 et 1124, Alep est assiégée par les croisés, qui échouent devant ses murs. En représailles aux exactions commises par le comte d'Édesse en 1123 dans les environs d'Alep, le cadi de la ville fait détruire le chœur de la plupart des églises et les transforme en mosquéesJean Richard, « Face aux croisés », L'Histoire 337, décembre 2008, 55.. Lié à Mossoul qui le protège des attaques des Latins, l'émirat se retrouve dans l'empire zengide, avant de devenir le centre du pouvoir de Nur ad-Din.

En 1138 a lieu un des tremblements de terre les plus mortifères de l'histoire. En 1183, il revient à Saladin et à la dynastie des Ayyoubides. Alep devient alors un grand centre de vie intellectuelle et religieuse ; de nombreuses madrasas y sont élevées ; sa citadelle et ses murailles sont rebâties..

En 1260, Alep est prise par les Mongols avant d'être reprise par les mamelouks en 1317. Après sa prise en main par les mamelouks, ces derniers décident d'entamer une reconstruction de la cité qui retrouve sa magnificence. Dans la deuxième moitié du XIVe siècle, on rapporte que les édifices construits à Alep dépassent en beauté ceux de Damas, plusieurs institutions religieuses et éducatives sont construites ainsi que des Khans remarquables, La ville retrouve à cette période une place commerciale et artisanale majeure et devient un carrefour de circulation des biens et marchandises dans la région..

En 1400, le Turco-Mongol Tamerlan reprend la cité aux mamelouks. Il préside au massacre d'une grande partie de ses habitants et il ordonne qu'une tour de vingt mille crânes soit érigée à l’extérieur de la ville.. Après le retrait des Mongols, la population musulmane retourne à Alep, alors que les chrétiens préfèrent s'établir dans le nouveau quartier de Jdeïdé-Salibé au cours du Pauline Bosredon Habiter et aménager les centres anciens. Les reconfigurations du rapport des acteurs à la vieille ville par le classement au patrimoine mondial : une comparaison entre Harar en Éthiopie et Alep en Syrie, faculté de géographie de l'université de Rennes 2, 2009, ..

La ville renaît au pour devenir une grande place commerciale entre l'Orient et l'Occident, pratiquant surtout le commerce de la soie.

Époque ottomane

vignette|Citadelle d'Alep vers 1900 avec mosquée en arrière-plan.

En 1516, elle est annexée par l'Empire ottoman, qui la conserve jusqu'en 1918. Au , la ville est la troisième de l'Empire avec . Elle est la capitale du pachalik d'Alep puis du vilayet d'Alep.