LArmée rouge (en , ou plus exactement , , « l'Armée rouge des ouvriers et paysans ») est l'armée mise sur pied dans l'ancien Empire russe par le nouveau pouvoir bolchévique, à la suite de la révolution d'Octobre, afin de combattre la contre-révolution des Armées blanches soutenues par les puissances étrangères (France, Royaume-Uni, Tchécoslovaquie, États-Unis, empire du Japon). Le terme a une connotation révolutionnaire.

En 1946, un an après la fin de la Seconde Guerre mondiale, cette armée, tout en gardant en Occident le surnom d'Armée rouge, prend le nom officiel dArmée soviétique (, ), qu'elle conserve jusqu’à la dislocation de l'Union soviétique en lorsqu'elle devient les Forces armées de la fédération de Russie.

Débuts pendant la guerre civile

Après le renversement du gouvernement provisoire d'Alexandre Kerensky, dans la nuit du 24 au (6 au dans notre calendrier grégorien) 1917, les bolchéviks ne disposent que des volontaires de la Garde rouge et de quelques unités d'élite comme les Tirailleurs lettons, pour asseoir leur pouvoir politique. Au vu des leçons de la Commune de Paris, les bolcheviks veulent disposer d'un instrument militaire puissant, pour combattre les forces qui leur sont hostiles.

175px|vignette|gauche|L'un des nombreux monuments dédiés à l'Armée rouge.

Dès le () 1918, un décret du Conseil des commissaires du peuple transforme la Garde rouge en Armée rouge des ouvriers et paysans, et le , ont lieu les premières levées de masse à Petrograd et Moscou et le premier combat contre l'armée impériale allemande sur le front de l'Est. Le devient un jour férié en Union soviétique, celui des défenseurs de la patrie.

Amélioration de l'armée par Trotski Cette nouvelle force armée n'est pour l'instant qu'une levée de volontaires, menée au combat par des officiers élus, certes motivée politiquement et idéologiquement, mais dépourvue d'expérience militaire.

L'Armée rouge des ouvriers et des paysans (ou RKKA en russe) voit sa naissance officielle par décret le .

Les premières expériences dites des Gardes Rouges en , une milice basée sur le volontariat composée de paysans et d'ouvriers avec un commandement élu et devant pratiquer la guérilla s'avèrent en réalité rapidement inaptes au combat face à l'armée impériale allemande aguerrie.

En effet, le Parti théorise qu'aun sein de la nouvelle armée, la discipline soit obtenue par la visée d'une idéal commun révolutionnaire, encadrée par des cadres élus, l'absence de hiérarchie et une égalité permanente sans grade distinctif.

L'homme qui va donner l'impulsion pour l'organiser et la rendre efficace au combat sera Léon Trotski, compagnon de Lénine et commissaire à la guerre de 1918 à 1924. Il est chargé par ce dernier d'équiper, d'organiser et de diriger cette nouvelle entité dont la raison d'être, pour le pouvoir bolchévique est de devenir le bras armé du parti. Armée aussi bien de classe que révolutionnaire, dans son fonctionnement comme de ses objectifs, elle doit être de ce fait, placée sous tutelle permanente du pouvoir soviétique.

Trotsky réinstaure la peine de mort en cas de désertion, réintroduit les peines sommaires et créé les bataillons chargés d'empêcher les retraites sans ordre et les paniques.

Le service militaire est rendu obligatoire de 18 à , par le décret du et on crée des commissaires militaires ou voenkomat (военный комиссариат, военкомат) pour encadrer cette mobilisation. Pour pallier le manque d'expérience des cadres, on leur adjoint des spécialistes militaires ou voenspetsy (« военный специалист »), sélectionnés par une commission spéciale dirigée par Lev Glezarov (Лев Маркович Глезаров). Ces adjoints sont souvent recrutés parmi les anciens officiers de l'armée impériale russe, libérés à cet effet, mais dont on s'assure de la loyauté par une étroite mise sous tutelle et sous contrôle de commissaires politiques et des prises d'otage parmi les familles et les proches. Après le ralliement d'Alexeï Broussilov en 1920, la pratique se généralisera et l'effectif atteindra les en août.

De l'expérience des gardes rouges n'est conservé que l'absence de marque de hiérarchie, les statuts et grades étant supprimés, le terme d'officier étant remplacé par celui de commandant.

Pendant la guerre civile, lorsqu'en l'instruction devient obligatoire, l'Armée rouge devient l'un des principaux instruments d'alphabétisation. Dès 1919, elle compte de lecture et politiques, scientifiques ou agricoles..

Grâce à ce système et à sa supériorité numérique, l'Armée rouge prend définitivement l'ascendant sur les troupes blanches, malgré les 700 000 hommes dont ils disposaient en 1919 et l'intervention des puissances étrangères.

Lutte durant la guerre civile

vignette|Drapeau du commandant en chef suprême des forces armées de l'URSS. vignette|1919 – division de Taman. vignette|Étendard de la première division de l'Armée rouge du Caucase, 1921, au musée historique de Maïkop. vignette|Cliché pris à Moscou le lors du congrès du Parti communiste : on y aperçoit Vorochilov, Lénine et Trotski entourés de soldats ayant maté la révolte de Kronstadt.

Au début de 1919, l'Armée rouge compte d'infanterie dotées de fusils, de mitrailleuses de type « Maxim », de revolvers et de grenades à main ; la cavalerie compte ; il y a d'artillerie ; les forces blindées se développent et comprennent un train blindé (une locomotive blindée + blindés + 2 ou de contrôle) et aussi des détachements de blindées ; l'aviation est pourvue d'environ ; la marine (sans compter les flottes fluviales) est forte de de ligne, , , , de mines et de troupes. Ces armements proviennent pour une grande partie de l'arsenal de l'ancienne armée impériale, mais aussi de matériel pris aux Allemands et à l'Autriche-Hongrie, ou acheté grâce à l'or de la banque nationale roumaine déposé à Moscou en 1916.

Au printemps 1919, l'Armée rouge est déjà une force considérable avec aguerris, dont bien armés ; plus de d'entre eux sont membres du parti bolchevik et sont commissaires politiques.

Les troupes blanches, quant à elles, alignent 700 000 soldats et sont soutenues par les puissances étrangères. À cette époque, les Blancs occupent la quasi-totalité des régions agricoles et minières de Russie. Malgré cette situation précaire et bien qu'en infériorité numérique sur le front sibérien (), l'Armée rouge arrive à repousser les forces de Koltchak (). Celui-ci réussit cependant à prendre Oufa sur son front ouest (). La rouge perd à cette occasion 50 % de ses effectifs. Avec les défaites et la faim, des mutineries éclatent, soutenues par les opposants aux Bolcheviks (les paysans fournisseurs qualifiés de « koulaks » et les socialistes révolutionnaires démocrates). Mais l'Armée rouge reçoit de Moscou des renforts d'ouvriers, de cheminots et de vivres : elle arrive à contenir Koltchak et à mater les révoltes en son sein. En avril, sur le front sud-est, les troupes blanches d'Orenbourg visent Kazan et Samara, afin de rejoindre les armées de Koltchak sur la Volga, mais Frounze rétablit habilement la situation de l'Armée rouge, les armées blanches à contrario, agissant de manière dispersée et sans coordination.

Répression contre-révolutionnaire Si l'Armée rouge a indéniablement sauvé la révolution bolchevique, elle se révèle aussi, pendant la guerre civile, un redoutable instrument répressif déjà employé contre les diverses sections du peuple russe qui n'acceptent pas le pouvoir bolchevik ou qui nourrissent un projet de société différent. De très nombreux paysans fuient dans les forêts pour éviter l'enrôlement dans les troupes rouges ou blanches, mais aussi les violentes collectes forcées des deux armées. Ils constituent des « armées vertes » qui affrontent alternativement ou simultanément l'Armée rouge et les armées blanches. Des milliers de révoltes paysannes de toute envergure seront réprimées par l'Armée rouge, pourtant constituée aux quatre cinquièmes de paysans.

En 1921, Toukhatchevski réprime de manière brutale et n'hésite pas à bombarder les populations aux gaz chimiques pour mater la grande révolte des campagnes de Tambov et qui regroupent 50 000 paysans en armes.

En 1920, les troupes de Trotski se retournent contre leur ancien allié, l'anarchiste ukrainien Nestor Makhno, et mettent fin brutalement à l'expérience de la Makhnovchtchina en le taillant en pièces. C'est aussi à l'Armée rouge qu'il revient de faire cesser l'indépendance tout juste conquise de certaines portions de l'ancien empire des tsars : elle permet notamment de rattacher de force à la nouvelle Union soviétique les éphémères États d'Arménie (1921) et de Géorgie (1922), pourtant internationalement reconnus.

En , alors que la guerre civile n'est pas terminée, les marins de Kronstadt, au nombre de 15 000 et qui s'étaient précédemment distingués dans la lutte révolutionnaire, se soulèvent contre les communistes, et exigent la fin du parti unique et le retour au pouvoir des soviets et aux libertés de la révolution de Février. Parallèlement à la tonalité socialiste des revendications, les chefs des insurgés dont Petrichenko entreront en contact avec les armées blanches et l'émigration dans l'espoir d'un soutien militaire contre les bolcheviks.

Du côté de l'Armée rouge, le général Toukhatchevski qui n'a pas 30 ans, pilote à nouveau la répression. En , l'île de Kronstadt est prise au cours d'un assaut qui fait plusieurs milliers de morts dans l'Armée rouge et chez les marins, des centaines d'entre eux sont fusillés sur place sans jugement tandis que sept camps de concentration sont créés pour interner leurs proches.

A l'été 1921, le soulèvement paysan de la région de Tambov est également réprimé par l'Armée Rouge.

En 1921, l'Armée Rouge, décisive, permet la reconquête de la Géorgie et de l'Ukraine qui avaient opté pour l'indépendance avec l'effondrement de l'empire russe en 1918.

A l'est, après l'évacuation de l'armée japonaise en , elle contrôle enfin l'étendue du territoire restant de l'ancienne Russie tsariste, mettant fin à la guerre civile.

Cependant à l'Ouest, la guerre soviéto-polonaise de 1920 marque un coup d'arrêt brutal de l'extension de la révolution bolchévique avec une défaite de l'Armée rouge devant la capitale polonaise, Varsovie, avec le miracle de la Vistule. Elle contredit la croyance des dirigeants bolchéviques, Lénine en tête, que la seule présence de l'Armée Rouge puisse faire surgir des soulèvements ouvriers dans les pays environnants.

Entre-deux-guerres Le pays ressort de la guerre civile globalement épuisé avec une chute du revenu national tombé à 18% du revenu de 1913 et des pertes estimées à 10 millions de morts toutes pertes confondues. Ce qui contraint les dirigeants soviétiques à décider une pause dans l'édification du socialisme. Véritable période de récupération pour la société civile russe, la NEP va remplir ce rôle.

En contre partie, les effectifs de l'Armée Rouge sont réduits à partir de 1925 à 550 000 hommes composés à 90% de cavaliers et de fantassins avec un parc de 87 automobiles blindées et 200 avions dépassés technologiquement.

Ces effectifs se divisent en 62 divisions réparties en 36 divisions de milice territoriale et 26 professionnelles. Le service de milice territoriale intégrée dans l'armée qui illustre les errements du parti communiste sur la composition de l'Armée Rouge, se mainiendra jusqu'à 1935, année à partir de laquelle l'Armée bascule progressivement sur un modèle d'une armée permanente pouvant intérgrer des réservistes en cas de conflit.

Le Congrès des Soviets examina la création d'une base économique saine pour bâtir la défense de l'URSS. Cela passe d'abord par doter l'Armée rouge de matériel moderneJoukov, Mémoires, .. Le défi est important : non seulement l'URSS doit se doter d'une armée fiable, non seulement elle doit mettre à jour son équipement suranné, mais en plus elle devra tout au long de l'entre-deux-guerres rattraper les avancées technologiques prises par les autres pays.