Joseph Bonaparte, né le à Corte, pendant la période d'indépendance de la République corse, et mort le à Florence, dans le grand-duché de Toscane, est un homme d'État français et le frère aîné de l'empereur . Sa carrière politique, diplomatique et militaire est intimement liée à celle de son frère Napoléon.

Après une enfance passée dans la maison familiale des Bonaparte à Ajaccio, il est élève au collège d'Autun pendant cinq années. À l'issue de brillantes études au sein de cet établissement, Joseph Bonaparte refuse d'embrasser la carrière ecclésiastique, contre l'avis de sa famille. Diplômé en droit à l'université de Pise en 1788, il s'installe comme avocat à Ajaccio peu avant le début de la Révolution française. C'est à partir de cette période qu'il occupe des fonctions de plus en plus importantes. Président du district d'Ajaccio puis membre du directoire du Conseil général de la Corse, il est nommé commissaire des guerres en 1793. La promotion de son frère comme général de division en 1795 accélère son ascension à l'instar de celle de sa famille. Élu député du Liamone au Conseil des Cinq-Cents en 1797, Joseph Bonaparte est nommé ambassadeur auprès du duc de Parme, puis à Rome auprès du pape la même année.

Sous le Consulat, il est d'abord nommé membre du Conseil d'État et du Corps législatif en tant que député du Golo, puis chargé de plusieurs missions diplomatiques d'importance majeure : c'est notamment lui qui négocie le traité de Mortefontaine avec les États-Unis, celui de Lunéville avec l'Autriche et la paix d'Amiens avec le Royaume-Uni, tout en prenant part aux discussions qui aboutissent à la signature du concordat.

Grand électeur et prince français après l'avènement de l'Empire le , Joseph Bonaparte assure la responsabilité du gouvernement pendant les campagnes militaires de son frère. Roi de Naples de 1806 à 1808, puis d'Espagne de 1808 à 1813, il est un personnage important du dispositif que met en place Napoléon pour asseoir la souveraineté de la France sur l'Europe continentale. Son second règne, qui s'achève par une défaite cinglante des armées napoléoniennes qu'il dirige à la bataille de Vitoria, est marqué par une guerre incessante qui fait de lui , un roi intrus incapable de gouverner en raison de l'éclatement du pays et de la mainmise de Napoléon sur sa politique.

Nommé lieutenant général de l'empereur lors de la campagne de France en 1814, il ne peut empêcher la capitulation de Paris devant les troupes coalisées. Exilé en Suisse, au château de Prangins, il est rétabli dans toutes ses fonctions pendant la période des Cent-Jours, mais finalement contraint à un nouvel exil après l'abdication de son frère, cette fois aux États-Unis. Écarté de la politique, il fait prospérer ses affaires en Amérique, mais essaye de jouer de nouveau un rôle important en faveur de son pays. En 1832, après la mort de son neveu , il devient le premier héritier du trône impérial et retourne en Europe. Établi à Londres, il tente de faire valoir les intérêts de sa famille et de convaincre, en vain, les responsables politiques et le peuple français de rétablir l'Empire. Après un autre séjour aux États-Unis entre 1835 et 1839, il revient une nouvelle fois en Europe à la mort de sa troisième fille, Charlotte, et s'installe à Florence où il meurt quelques années plus tard en 1844.

Homme cultivé, littéraire, séducteur et raffiné, Joseph Bonaparte souffre de la comparaison avec son frère sur le plan politique. Les historiens, comme la plupart de ses contemporains, ne lui attribuent que peu de qualités, tout en soulignant son incompétence militaire. Révolutionnaire libéral, partisan des gouvernements équilibrés, il apparaît comme un modéré face à la fougue et à l'autoritarisme de son frère Napoléon. S'il combat souvent les projets de l'empereur, Joseph Bonaparte se résout toujours à soutenir celui dont il a probablement été .

Biographie Naissance et jeunes années thumb|alt=Photographie d'un immeuble ancien à plusieurs étages.|La maison natale de Joseph Bonaparte à Corte.

Joseph Nabulion Bonaparte naît le à Corte, dans la maison de Giovan Tomaso Arrighi, conseiller d'État du gouvernement de Pascal Paoli. Il est le premier enfant viable de Charles Bonaparte et de Letizia Ramolino, installés à Corte après leur départ d'Ajaccio au début de l' pour que Charles étudie dans la nouvelle université dirigée par le père Francesco Antonio Mariani. Joseph Bonaparte est baptisé le lendemain de sa naissance dans l'église de l'Annonciation par l'abbé François Antoine Gaffori, en présence de Giovan Tomaso Arrighi et de sa femme Maria Biadelli, choisis pour parrain et marraine.

Quelques jours après la naissance de Joseph, la famille Bonaparte quitte la maison Arrighi pour s'installer à quelques mètres de là, dans la maison de l'ancien médecin et général Jean-Pierre Gaffory, assassiné en 1753. Après la signature du traité de Versailles le , par lequel la république de Gênes cède à la France l'exercice de la souveraineté sur la Corse, Charles Bonaparte s'engage auprès de Pascal Paoli pour défendre l'indépendance de l'île. Il refuse pourtant de suivre ce dernier dans son exil en Angleterre après la défaite de Ponte-Novo en . Dès lors, Charles Bonaparte se tient à l'écart du débat politique et la famille rentre à Ajaccio. Il se rend à Pise à la fin du mois de pour y obtenir un diplôme en droit civil et droit canon puis s'installe comme avocat à son retour en Corse. Il prend définitivement le parti de la France et se lie d'amitié avec le gouverneur Charles Louis de Marbeuf qui lui permet, de même que son oncle Lucien Bonaparte, de se faire une place dans la bonne société corse.

C'est dans ce contexte que grandissent Joseph et son jeune frère Napoléon, né le . Les deux garçons, inséparables dans leur enfance, reçoivent une éducation assez stricte et sont directement placés sous l'autorité de Letizia car leur père est peu présent. À cette époque, Joseph et Napoléon fréquentent régulièrement leur oncle Joseph Fesch, de cinq ans l'aîné de Joseph, et leur cousin Charles André Pozzo di Borgo, quatre ans plus âgé. Sur le plan scolaire, Joseph Bonaparte présente un goût prononcé pour la littérature. Il est notamment instruit par son père, qui souhaite que ses fils bénéficient d'une éducation digne du rang qu'il ambitionne pour eux, ainsi que par son grand-oncle Lucien. Joseph et Napoléon sont également inscrits au cours de l'abbé Jean-Baptiste Recco.

Formation du collège d'Autun à l'université de Pise thumb|upright|alt=Portait peint en plan taille d'un homme en tenue de courtisan.|Charles Bonaparte, le père de Joseph.

Contrairement à la tradition qui veut alors que l'aîné de la famille soit dirigé vers la carrière militaire, Charles Bonaparte choisit de destiner Joseph à la prêtrise. Au début de l', Joseph et Napoléon entrent au collège d'AutunLe collège est renommé Collège Joseph-Bonaparte, par décret impérial, le . Voir . et sont confiés à l'abbé François Chardon, sous la protection de l'évêque d'Autun Yves Alexandre de Marbeuf, neveu du gouverneur de Corse. Si Napoléon quitte l'établissement moins de quatre mois plus tard pour rejoindre l'école de Brienne, l'aîné y étudie pendant cinq ans. Il y obtient d'excellents résultats, bien que laissant apparaître un faible goût pour l'effort. Tout au long de sa scolarité, Joseph Bonaparte reçoit de nombreux prix. Passionné de littérature, notamment par les œuvres des poètes épiques, de Fénelon ou de Saint-Lambert, il participe à des représentations théâtrales comme lors de la remise des prix de 1782 où il interprète le rôle principal dans la mise en scène de la comédie Les Fâcheux de Molière.

thumb|left|alt=Photographie d'un bâtiment scolaire.|Le collège d'Autun accueille trois des frères Bonaparte.

À Autun, Joseph Bonaparte tisse un deuxième réseau après celui de ses amis corses. Outre ses différents maîtres, qu'il fera récompenser sous l'Empire comme le futur évêque Claude Simon, il y rencontre notamment son futur aide de camp Aimé Lucotte, le futur préfet et gouverneur de province espagnole Hugues Nardon, le futur général Louis Gareau, le futur diplomate Ferdinand Guillemardet ou encore le futur régent de la Banque de France Jean-Baptiste Jame.

Ses études au collège terminées en 1783, Joseph Bonaparte désobéit à sa famille en renonçant à la carrière ecclésiastique. En dépit des vives critiques de son père et de son frère cadet, Napoléon, il persiste dans sa résolution et rentre à Ajaccio à la fin du mois d'. Contre l'avis de son père, qui souhaite le voir devenir comme lui avocat, Joseph envisage finalement une carrière militaire. Comme Napoléon, il est accepté à l'école de Brienne où Charles choisit de le conduire lui-même. Les deux hommes quittent la Corse à la fin de l', mais se rendent d'abord à Montpellier où se trouve un collège de médecins renommés. Depuis de longs mois, Charles Bonaparte est en effet frappé par un mal qui le ronge et lui procure de sévères maux d'estomac. Il y meurt le . Dans les derniers jours de sa vie, il fait promettre à Joseph de renoncer à la carrière des armes et de rentrer en Corse pour veiller sur sa famille.

Pour autant, Joseph Bonaparte ne devient pas immédiatement chef de famille à la mort de son père. C'est d'abord à son grand-oncle, l'archidiacre Lucien Bonaparte, que revient la charge de Letizia et la tutelle de ses enfantsDepuis la naissance de Napoléon, Charles et Letizia ont eu plusieurs enfants dont six ont survécu : Lucien en 1775, Élisa en 1777, Louis en 1778, Pauline en 1780, Caroline en 1782 et Jérôme en 1784, quelques semaines avant le décès de Charles.. Avant de revenir en Corse, Joseph séjourne quelque temps en Provence dans des familles de notables, avec lesquelles il noue de nouvelles amitiés, comme celle de Joachim-Jean-Xavier d'Isoard. Sans être démunie, la situation financière de la famille Bonaparte est alors assez précaire et ses membres sont contraints de réduire leur train de vie. Au contact de Lucien, Joseph apprend à gérer et faire fructifier leurs différents biens ; il prend peu à peu la direction des dossiers familiaux. Selon Thierry Lentz, son biographe, c'est à ce moment de sa vie qu'il devient .

Au début de l', Joseph Bonaparte s'inscrit à l'université de Pise pour y suivre des études de droit. En Toscane, il rencontre les membres de la communauté corse en exil depuis la fin des et organisée autour de Clément Paoli, avec lesquels il développe des idées patriotiques : .. Le , il est reçu docteur étranger devant le professeur Antonio Maria Vanucci et rentre en Corse une semaine plus tard pour prêter serment devant le Conseil supérieur. Au début du , il effectue un deuxième voyage en Toscane pour tenter de prouver l'origine noble de sa famille et d'intégrer l'ordre de Saint-Étienne, sans succès. Il regagne Ajaccio au début du mois de juillet suivant.

Révolution française Engagement révolutionnaire en Corse Dès les premiers temps de la Révolution française, Joseph Bonaparte et son frère Napoléon entendent profiter des événements pour affirmer leur position sociale. L'excellente maîtrise de la langue française par Joseph, dans une île où les habitants s'expriment encore majoritairement en italien, lui permet d'officier dès l' comme secrétaire bénévole du comité de trente-six membres créé en marge de la municipalité officielle ajaccienne, toujours dirigée par le podestat. Il est notamment chargé de traduire en italien les décrets de l'Assemblée constituante. Bien que n'ayant pas l'âge requis pour être candidat aux premières élections municipales de , il est élu au conseil. Le nouveau maire, son cousin Jean-Jérôme Levie, ne s'exprimant qu'en italien, c'est à lui que revient la charge d'enregistrer et de traduire les différents actes reçus du continent.

thumb|upright|alt=Visage d'un homme portant une perruque.|Le général Pascal Paoli dont Joseph se rapproche avant de soutenir un autre parti.