thumb |Détail d'un mur recouvert de zelliges, Marrakech, Maroc.

Le zellige, zliz, zellij, zellidj ou encore jelliz suivant les régions, (de l'arabe : , « petite pierre polie ») est un type de mosaïque ornementale dans le domaine de l'architecture islamique. Les éléments unitaires, appelés « tesselles », sont des morceaux de carreaux de faïence colorés monochrome artisanaux. Ces morceaux de terre cuite émaillées sont découpés un à un et assemblés sur un lit de mortier pour former un assemblage géométrique polychrome. Il décore aussi bien les monuments religieux que les palais et certaines habitations privées.

Le zellige est un composant caractéristique des arts décoratifs de l'architecture mauresque. Ses origines restent obscures et la technique semble avoir été développée simultanément au Maghreb et dans la péninsule Ibérique à partir de racines qui remontent à la mosaïque romaine et byzantine. Des décorations architecturales en céramique sont employées entre les et le zellige dans sa forme typique connait une vaste diffusion aux .

Étymologie

Le terme zallīd̲j̲ employé au Maghreb et dans la documentation textuelle dérive de la racine qui signifie ; d’après l’orientaliste néerlandais Reinhart Dozy, il viendrait de l'arabo-persan lāzuward (lapis-lazuli), à cause de l'importance du bleu dans les motifs. Tandis que le terme espagnol alicatado est attesté, dans le même sens, et dérive d'une racine signifiant Bazzana, A., “Zallīd̲j̲”, in: Encyclopédie de l’Islam. Consulted online on 23 April 2022 <http://dx.doi.org/10.1163/9789004206106_eifo_SIM_8103> Première publication en ligne: 2010. Le terme zellige serait d'origine espagnole ou issu de l'arabe andalou. Les « zelliges » seraient ainsi nommés car à l’origine de leur fabrication les ornements étaient peints d’une seule couleur : le bleu, qui se traduit en arabe par « azul », ce que nous désignons communément du mot composé « bleu d’outremer ».

Historique alt=Photographie du mihrab de la grande mosquée de Kairouan, dont l'état actuel, daté de 862-863, est dû au prince aghlabide Abou Ibrahim Ahmed. Il s'agit d'une niche soigneusement décorée, aménagée à peu près au milieu du mur méridional, dit de la qibla, de la salle de prière.|vignette|Gros plan sur le mihrab de Kairouan (), qui associe différentes céramiques. L'origine du zellige a fait l'objet de plusieurs hypothèses. Le zellige est inspiré de la mosaïque romaine puis byzantine.. . Il existe également le site archéologique d'Utique dans le nord de la Tunisie où des mosaïques géométriques romaines y sont retrouvées, aujourd’hui conservées au British Museum.

En Afrique du Nord, la présence de mosaïque remonte à l'Antiquité. Les premiers emplois du procédé de mosaïque de faïence sont connus dans la Perse antique et en Mésopotamie, puis utilisés par Rome et Byzance. L’utilisation de fragments de marbres de couleurs différentes se retrouve dans quelques essais maladroits à la mosquée de Cordoue et dans le palais de Madinat Azahra.

Le plus ancien témoignage que nous ayons d’une production lustrée dans le bassin méditerranéen se trouve dans la grande mosquée de Kairouan en Tunisie en 862, à la suite de l'ordre de reconstruction et d'ornementation de la grande mosquée, ordre donné par Ibrahim ibn al-Aghlab. Il consistait à ornementer le dôme qui surmonte le mihrab et aussi la façade du minaret. Cette production lustrée se constitue de carreaux polychromatiques et monochromatiques. Il est aujourd’hui admis qu'une partie des carreaux (les monochromatiques) étaient produits sur place par des artisans venus de Bagdad important donc avec eux un savoir-faire qui se développera par la suite et se diffusera dans le Maghreb en une déclinaison de différents styles régionaux propres. Les polychromatiques étaient eux importés directement de Bagdad ; leur style esthétique étant similaire à ceux retrouvés sur place, ils proviennent sûrement des mêmes ateliers. gauche|vignette|352x352px|Zelliges Hammadides, Zianides et Mérinides La mosaïque de carreaux atteint un niveau sophistiqué dans l'Occident musulman au . Selon le département des arts de la faculté de Tlemcen nous ne pouvons attribuer l’utilisation des zelliges à une région précise car ils seraient apparus en même temps chez les Almohades (1130/1269) dans le minaret de la Mosquée d'El-Mansour ou Mosquée de la Kasbah et dans le minaret de la mosquée de la Koutoubia à Marrakech, ainsi que chez les Mérinides du Maroc à Fès (1244/1465) dans le sublime zellige de la Médersa Bou Inania. On en trouve également chez les Zianides d’Algérie à Tlemcen (1236/1554), dans ce qui reste du palais El Mechouar et la médersa Tachfinia, ou bien chez les Nasrides d’Andalousie (1237/1492) dans la ville de Grenade dont le plus bel exemple est le palais de l’Alhambra, ainsi que chez les Hafsides de Tunisie dans la ville de Tunis (1229/1574). Rusita Choskey, publie une thèse universitaire selon laquelle il est généralement admis que le procédé est natif d'Afrique du nord avec des origines marocaines notamment car des formes anciennes datant du de cet art, de la période almohade, ont été documentées au Maroc. En effet, le Maroc a développé le zellige comme un art tout à fait particulier.

Toutefois les zelliges tels qu'ils sont définis aujourd'hui ne connaîtront un réel essor qu'à la fin du et au début du . Cette technique est apparue simultanément dans des régions qui se trouvaient sous le contrôle des Almohades, des Mérinides, des Zayanides, des Nasrides et des Hafsides. La tradition du zellige en Afrique du Nord atteint sa maturité sous les Mérinides (1244-1465), qui prennent le pouvoir à Fez. En Espagne, la tradition du zellige devient commune du au début du . Les couleurs employées en Espagne varient, notamment par un usage plus fréquent du bleu utilisant le cobalt comme pigment.

Connu sous le nom d'alicatodos en Andalousie, la technique pourrait être importée d'Afrique du Nord car il existe un lien étroit entre les alicatodos et les zelliges fabriqués au Maghreb et plus spécifiquement au Maghreb al-Aqsa (Maroc) à l'époque almohade, puisqu'on en trouve dès le dans la Koutoubia de Marrakech. En effet, son développement sera particulièrement florissant en Andalousie sous les Nasrides avec l'Alhambra. Le zellige est également décrit comme une faïence mauresque d'origine andalouse. Il parait erroné d'affirmer qu'il s'agit d'une importation andalouse au Maroc étant donné qu'elle est présente sous sa forme la plus ancienne dans toutes les régions de l'empire almohade et qu'elle apparait sous sa forme la plus commune à Fès et Grenade à la même époque. La technique de réalisation des zelliges à Fès est conforme à la tradition andalouse avec une certaine richesse de tons. Un autre élément contredirait une origine andalouse, les premiers exemples seraient attesté en Iran du Nord au . La question reste posée d'une influence orientale sur le Maghreb, ou de l'évolution simultanée de deux pôles aux extrémités du monde musulman.vignette|310x310px|Zelliges Hammadide et Almohade Les premières hypothèses d'une origine andalouse seraient à délaisser au profit d'une origine au Maghreb et plus particulièrement à la Qalaa des Bani Hammad. Le premier témoin de céramique émaillée retrouvé en Afrique du Nord l'a été sur le site de la Qalaa Beni Hammad au . Il est potentiellement inspiré des Aghlabides qui eux-mêmes se sont inspirés des modèles abbassides. Aux et , cette céramique émaillée sert surtout à l'ornement des tours et minarets. Pour le zellige proprement dit, le relais principal est la Qalâa des Béni Hammad () où des briques émaillées et une véritable marqueterie ont été découverts. De là, et de la capitale Hammadide ultérieure de Béjaïa, la mode de ce type de décoration architecturale se serait répandue non seulement en Espagne et au Maroc, où elle allait devenir une des caractéristiques majeures de l’architecture de ces pays, mais aussi en Europe.

Selon l'ouvrage Arts et traditions du Maroc, c'est avec les Mérinides, que la marqueterie de faïence polychrome va se perfectionner, grâce notamment aux petits éléments découpés qui passeront par deux cuissons, l'une pour fixer la forme de l'argile, l'autre pour l'émail. L'origine cette fois-ci du Zellige ne se serait plus à rechercher dans le monde gréco-romain, ou en Andalousie mais bien au Maghreb, particulièrement à la Qalâa des Béni Hammad. Autrement dit: "La présence à la fin du de faïences employée en revêtement à la Médersa Seffarine de Fès semble devoir étayer l'hypothèse de l'origine marocaine de cette technique.".

La technique pourrait avoir été développée plus tôt car des fragments d'Al-Mansuriya en Tunisie pourraient dater de la fondation fatimide d'origine du milieu du ou de la période ziride ultérieure au milieu du . Elle s'est poursuivie dans le minaret de la Koutoubia (Marrakech, 1190) et dans celui de la grande Mosquée de Tlemcen (1280). Cette lente mise en place aboutit, après les essais premiers, aux décors de l’Alhambra de Grenade. Les Mérinides et les Nasrides permettront la généralisation du zellige au . La technique a été très développée au cours de ces deux dynasties, ce qui lui a donné plus d’importance autour du .. À Tlemcen cependant, la fin du montrait que tous les prérequis techniques nécessaires étaient déjà connus. La géométrie est partagée par l'ensemble de l'Occident musulman mais la complexité des motifs varie selon les émirats.

Par pays Algérie vignette|Zellige zianide de Tlemcen (-), conservé au musée de Tlemcen. L'ouvrage Arts et traditions du Maroc suppose une origine du zellige à rechercher au Maghreb en particulier à la Qalaa des Beni Hammad, ancienne capitale hammadide, dont les vestiges datant du sont classés à l'UNESCO.

Le musée archéologique de Tlemcen renferme de nombreux vestiges de panneaux et des fragments de zellige provenant de différents monuments médiévaux. La variété des compositions géométriques comme les nuances de couleurs employées laissent penser que des ateliers maîtrisant parfaitement des notions de géométrie pour concevoir les panneaux, comme l'art de réaliser et de tailler les pièces de terre émaillée, étaient à l’œuvre dans la capitale des ZianidesCHARPENTIER Agnès, TERRASSE Michel, BACHIR Redouane, , « Palais du Meshouar (Tlemcen, Algérie) : couleurs des zellijs et tracés de décors du xive siècle », ArcheoSciences, 2019/2 (), ..

Les récentes études archéologiques ont remis en cause les idées reçues sur les ouvrages mérinides. Qu'il s’agisse de Mansourah, de la mosquée Sidi Boumediene ou de celle de Sidi El Haloui, l’intervention d'ateliers locaux est démontrée si bien que la commande des Mérinides, loin d'imposer un art venu d'ailleurs au pays tlemcenien, a stimulé une école régionale de l'Occident musulman. En effet, les découvertes de zelliges, lors des fouilles du palais El Mechouar à Tlemcen, ont permis de dégager les caractéristiques des œuvres des ateliers zianides du . Les arabesques végétales sur le zellige employé dans le portail de la mosquée Sidi Boumediene, sont une exception, alors que la plupart des motifs étaient géométriques et rivalisent avec les plus beaux stucs.

Espagne

Maroc Le zellige apparaît au Maroc, d'abord avec des nuances de blanc et de brun. Il s'est ensuite épanoui au sous la dynastie des Mérinides. avec, surtout, l'utilisation du vert et du jaune. Les Mérinides l'ont largement utilisé notamment à Fès et Meknès qui restent les centres de cet art. Au apparaît l'école de Tétouan qui pratique l'art du zellige aux tons prédominants de vert turquoise, bleu pâle, jaune, brun et blanc.. Le rouge ne sera utilisé qu'à partir du .

Des émaux aux teintes naturelles continuent à être utilisés au Maroc. Les techniques de fabrication ont peu évolué depuis la dynastie en question. Le zellige est un élément de l'architecture arabe-andalouse qui a su s'adapter aux styles de décoration contemporains tout en préservant un mode de fabrication artisanal.