thumb|Armes de la Principauté de Liège

Lhistoire de la principauté de Liège, un ancien État du Saint-Empire romain germanique dont Liège était la capitale, s'étend du au .

Issue de l'Église impériale, la principauté est née en 985 lorsque l'impératrice ThéophanoFormellement, la décision est prise par le fils de Théophano : le roi des romains Otton III, qui est alors âgé de 4 ou 5 ans. attribue à l'évêque de Liège le pouvoir temporel sur le comté de Huy. L'histoire de la principauté s'achève en lorsqu'elle est rattachée à la République française.

Origine L'émergence du diocèse de Liège thumb|Pèlerinage en l'honneur de saint Lambert, gravure de 1648.

Lorsque le christianisme se répand dans l'empire romain au , l'Église romaine calque son organisation territoriale sur celle de l'État romain. À la cité romaine de Tongres se superpose dès lors le diocèse de Tongres, dont le premier évêque attesté est Saint-Servais. Tongres est toutefois supplantée par Maastricht à partir du , ce qui conduit l'évêque Monulphe à adopter le titre d'évêque de Maastricht (trajectensis episcopus) Jean-Louis Kupper, « », dans Jean-Louis Kupper, Françoise Pirenne et Philippe George (dir.), , Liège, Éditions du Perron, 2000, ..

Le d'une année inconnue (696, 700 ou 705), Pépin de Herstal, le maire du palais du royaume d'Austrasie fait assassiner l'évêque Lambert par l'intermédiaire d'un certain Dodon. L'exécution a lieu dans la maison de campagne du prélat, une villa romaine réaménagée, située à Liège, qui n'est alors qu'un petit village Jean-Louis Kupper, « », dans Bruno Demoulin et Jean-Louis Kupper, , Toulouse, Éditions Privat, 2002, .. Le lieu du martyre de Saint-Lambert devient un site de pèlerinageEn 814, le maire des palais de Neustrie et de Bourgogne Grimoald de Herstal est assassiné au cours d'un pèlerinage auprès de Saint-Lambert, soit directement sur le site, soit sur la route au retour.

Le successeur de Lambert, l'évêque Hubert prend, aux alentours de 715, la décision essentielle d'organiser la translation des reliques de Saint-Lambert depuis Maastricht vers Liège où il lui consacre un martyrium, qui deviendra plus tard la cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Lambert. Liège devient un centre de pèlerinage et connaît un essor rapide, si bien que vers l'an 800, le siège de l'évêché y est transféré. Le diocèse est désormais appelé diocèse de Liège.

Le diocèse multiplie les acquisitions domaniales. Cette extension est en grande partie due aux donations des rois et empereursOn compte parmi les donateurs Pépin le Bref, Charlemagne, Louis le Pieux, Lothaire Ier, Charles III le Gros, Otton Ier... Jean-Louis Kupper, « », dans Bruno Demoulin et Jean-Louis Kupper, , Toulouse, Éditions Privat, 2002, qui effectuent ainsi un geste à la fois religieux et politique. En 817, la charte de l'évêque Walcaud indique qu'il possédait déjà des biens à Tongres, Maastricht, Huy, Dinant, Ciney et l'abbaye de Saint-Hubert. En 889, l'évêque Francon acquiert l'abbaye de Lobbes, qui reste néanmoins rattachée au diocèse de Cambrai du point de vue spirituel Jean-Louis Kupper, « », dans Jean-Louis Kupper, Françoise Pirenne et Philippe George (dir.), , Liège, Éditions du Perron, 2000, .

Liège dans l'Église impériale

thumb|Collégiale Saint-Martin, sur le Publémont à Liège

En 843, au traité de Verdun, le diocèse de Liège est intégré à la Francie médiane Jean-Louis Kupper, « "L'échec de Charlemagne" », dans Bruno Demoulin et Jean-Louis Kupper, , Toulouse, Éditions Privat, 2002, .

Entre 923 et 925, la Lotharingie, dont dépend Liège, est rattachée définitivement à la Francie orientale, par l'entremise de l'aristocratie lotharingienne. Celle-ci représente un danger tant pour l'Église de Liège qu'elle désire contrôler que pour l'empereur.

Otton et son frère Brunon, archevêque de Cologne font donc alliance avec l'épiscopat liégeois, afin de maintenir la Lotharingie dans le giron germanique. À part Baldéric , les évêques (Hugues, Farabert, Rathier, Éracle et Notger) sont tous évêques par la volonté d'Otton ou de son frère.

En 936, Otton devient roi de Germanie. Il nomme lui-même les évêques et donne naissance à la période dite de l'Église impériale. À Liège, elle dure jusqu'en 1209.

Le jour de Noël 953, Liège connaît sa première émeute. L'aristocratie lotharingienne, menée par Régnier III de Hainaut et son frère Raoul, prend la ville. Ils installent Baldéric sur le siège épiscopal. L'évêque Rathier renonce à ses fonctions épiscopales en 955.

En 954, les Hongrois ravagent la région.

En 959, la Lotharingie est divisée : la Basse-Lotharingie ou Lothier, et la Haute-Lotharingie ou Lorraine. Liège dépend donc du Lothier. Elle en est un des trois sièges épiscopaux, avec Cambrai et Utrecht.

C'est aussi en 959 qu'Éracle est élu évêque de Liège. Il réorganise les écoles liégeoises.

En 962, le roi de Germanie, Otton, se fait couronner empereur par le pape Jean XII. Le Saint-Empire romain germanique est né.

En 971, Éracle, proche d'Otton , décède. Il est enterré dans le chœur de la collégiale Saint-Martin, dont il voulait faire la nouvelle cathédrale. En effet, il estimait que le centre de Liège et sa cathédrale étaient indéfendables.

Devenus des soutiens solides de l'Allemagne, les évêques de Liège et leur entourage se défendent avec succès face aux révoltes des seigneurs lotharingiens. Afin de renforcer l'autorité des évêques, et en récompense des services rendus, l'empereur n'hésite pas à accroître leurs domaines et à compléter leur pouvoir spirituel du pouvoir temporel de prince leur permettant d'administrer le diocèse avec une autorité seigneuriale.

La naissance de la principauté

Depuis la mort de Lambert de Maastricht, Liège a bien changé. Du modeste village qu'elle était, elle est devenue une cité florissante. Liège, depuis Charlemagne est resté terre d'Empire. Ses écoles sont renommées dans toute l'Europe, de nombreux étudiants brillants, originaires de diverses contrées, y sont formés.

Le territoire de l'évêque s'est considérablement accru. Outre Liège, Amay, Ville-en-Hesbaye et Lustin, l'Église possède biens et droits à Tongres, Maastricht, Huy, Namur et Dinant. L'évêque possède aussi d'importants domaines : Pont-de-Loup, Marchienne-au-Pont, Arches (Charleville), Theux ; ainsi que de nombreuses abbayes et leurs dépendances : Saint-Hubert, Lobbes, Fosses, Hastière, Malines et Aldeneick. L'évêque de Liège exerce là son autorité temporelle sur ce qui sera toujours environ un tiers de son diocèse. Après 1559, le diocèse de Liège étant beaucoup plus petit, la part de la souveraineté temporelle que le Prince-évêque y exerce s'accroît fatalement.

L'épiscopat de Notger Notger naît en Souabe vers 930. Issu de la noblesse, il a effectué ses études à Saint-Gall, dont il aurait été prévôt. En 972, il est appelé sur le siège épiscopal de Liège. Il punit les agitateurs qui avaient sévi sous le règne d'Éracle.

L'acquisition de pouvoirs temporels L'évêque reçoit de l'empereur Otton II certains droits en 974 : celui de tonlieu, de marché et celui de gruits (faire de la matière à cervoise).

L'empereur confirme les droits et les possessions de l'évêque de Liège en 980. Il lui accorde la souveraineté sur Tongres, une partie de Huy, Fosses et Malines.

La même année, Otton II accorde un privilège d'immunité générale à l'évêché de Liège : les terres et possessions de l'évêque sont immunisées à la levée d'impôts et de troupes ainsi qu'à l'exercice de la justice par les comtes. Elles relèvent désormais exclusivement de l'évêque (lui-même soumis à l'empereur) qui assure dans la pratique les mêmes fonctions qu'un comte, sans pour autant en porter le titre. Ce privilège est toutefois restreint aux seuls domaines de l'évêché éparpillés dans le diocèse, pas à l'ensemble du territoire.

L'empereur Otton II meurt en 983, son épouse l'impératrice Théophano Skleraina assure la régence pour son fils Otton III. Le roi de Francie occidentale, Lothaire, souhaite en profiter pour faire main basse sur la Lotharingie, dont Liège fait partie.

Afin de prémunir ces visées expansionnistes, l'impératrice est soucieuse de s'assurer de la fidélité de l'évêque Notger. Elle demande au comte de Huy, Ansfrid, de renoncer à sa seigneurie, qu'elle concède ensuite à l'évêché le Chantal du Ry, Huy: histoire d'une ville médiévale à travers ses légendes et ses monuments, CEFAL, 2002, . L'évêque de Liège portera désormais le titre de comte. Dans le comté de Huy, le comte-évêque dispose désormais d'une plénitude de juridiction : il est compétent pour juger l'ensemble du contentieux judiciaire Julien Maquet, « », dans Jean-Louis Kupper, Françoise Pirenne et Philippe George (dir.), , Liège, Éditions du Perron, 2000, .

Cet évènement constitue l'acte fondateur de l'État liégeois. L'attribution d'un comté entier à un évêché constitue une première dans l'histoire du Saint-Empire.

Notger semble avoir songé un temps à transférer le siège du diocèse de Liège à Huy , qu'il considère comme plus facile à défendre. Il renonce à cette idée en 987 Jean-Louis Kupper, « », dans Jean-Louis Kupper, Françoise Pirenne et Philippe George (dir.), , Liège, Éditions du Perron, 2000, .

En 987, le diocèse de Liège reçoit un second comté : le Brunengeruz. Il acquiert également l'abbaye de Gembloux et son domaine foncier, situé entre le comté de Namur et le comté de Louvain, tout en laissant l'avouerie (le devoir de protection) à ce dernier Jean-Louis Kupper, « », dans Jean-Louis Kupper, Françoise Pirenne et Philippe George (dir.), , Liège, Éditions du Perron, 2000, . Ces deux extensions seront à l'origine d'une rivalité entre la principauté de Liège et le comté de Louvain d'abord, puis son successeur le duché de Brabant.

Cette année, le comte-évêque Notger, en compagnie de l'impératrice Théophano, prend et détruit le château de Chèvremont qui sert de base d'une révolte contre l'autorité du Saint-Empire Claude Gaier, « », dans Jean-Louis Kupper, Françoise Pirenne et Philippe George (dir.), , Liège, Éditions du Perron, 2000, .

Notger le bâtisseur L'acquisition de nouvelles terres - la principale source de richesses au Moyen-Âge - permet à Notger de financer de nombreux chantiers.

En 978, Notger fait ériger la nouvelle cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Lambert de Liège. Elle remplace la basilique édifiée par saint Hubert. Sa construction s'étend jusqu'en 1015.

Sous son épiscopat, la collégiale Saint-Paul est achevée tandis que sont également érigées les collégiales Sainte-Croix, Saint-Denis et Saint-Jean.

Notger fait ceindre sa capitale d'une muraille.

Vers l'an 1000, Liège est devenue un centre culturel de l'Europe occidentale, une Athènes du Nord, place que lui prend Paris deux siècles plus tard. Elle possède les écoles les plus renommées du monde chrétien.

Instrument puissant de la politique impérialiste, cet homme influent est en outre un conseiller intime de l'empereur. Notger meurt le . Il laisse une marque indélébile dans la ville de Liège : fondation de plusieurs collégiales et abbayes, fortifications, le palais épiscopal, la construction du quartier de l'Isle. On a coutume de dire « Liégeois, tu dois Notger au Christ et le reste à Notger ».

De Baldéric II à Théoduin (1008-1075) Baldéric II devient prince-évêque de Liège en 1008. Cet aristocrate originaire du diocèse fut chapelain d'Otton III et d'Henri II. La même année, il agrandit les terres de la principauté de terres condrusiennes situées sur les hauteurs de Huy. Henri II lui fait aussi don du village de Jupille et ses dépendances à l'évêque de Verdun

En 1012, le prince fait fortifier le village de Hoegaarden, sur la Gette, non loin de Louvain, ce qui déclenche les hostilités du comte Lambert de Louvain. Les forces liégeoises sont écrasées à Hoegaarden le . Le Brunengeruz passe sous suzeraineté de Louvain, ainsi que l'avouerie de Gembloux.

En 1014, la principauté reçoit le marquisat de Franchimont.